LIVRE ONZIÈME
puissamment à prévenir des desseins de propagande nuisibles aux deux peuples, à la paix européenne et à la République elle-même.
Il nomma en Hollande jM. de Lurde, qui connaissait la diplomatie du Nord et les doubles influences qui , de Pétersbourg et de Londres, se disputaient la cour de La Haye.
A Berne, il envoya M. de Thiard, homme de nom aristocratique, d'esprit étendu, de coup d'œil exercé, dévoué depuis la fin de l'émigration et depuis la chute de l'Empire à l'opposition libérale. Les vétérans de ce parti dans le National, considéraient une ambassade ofl'erte à M. de Thiard comme un gage donné à leur opinion. Le ministre des affaires étrangères le croyait très-propre à pratiquer la diplomatie républicaine mais anti-démagogique qu'il voulait faire prévaloir. Il lui recommanda les plus grands ménagements envers la Suisse, dont il voulait conquérir la cordialité, ce préliminaire des alliances; il ne réussit pas autant qu'il l'aurait désiré, soit que l'ambassadeur ne fît pas suffisamment sentir cette inclination de la France vers la Suisse, soit que la Suisse craignît de se compromettre avec une République qui n'avait que des jours d'existence. Ce fut un malheur pour les deux peuples et pour l'Italie surtout : un système de ligue paci(i(iuc reposait sur cette pensée ; ce système a été ajourné par cette froideur de la Suisse, compromis par les batailles de Goito et de Novare : il renaîtra (1(^. la nature des choses sous des gouvernements [)lus Intel-
156 RÉVOLUTION DE i8i8.
ligcnts et mieux compris. La Suisse se repentira de ses hésitations et de ses lenteurs.
M. Bixio fut envoyé comme chargé d'affaires à Turin. L'incertitude des rapports entre cette cour, jusque-là sacerdotale et absolutiste, et la République française ne permettait pas d'y envoyer un ambassadeur ou un ministre.
]\L Bixio éleva ses fonctions à la hauteur de son intelligence et de son patriotisme. Neuf dans les affaires, il montra qu'on naît diplomate. Sa mission était délicate précisément parce qu'elle était loyale. Il devait inspirer à la cour de Turin des dispositions favorables à la France, sans la j)ousser même d'un geste à une guerre contre rAntricho, guerre vers hujuelle son and)ition impatiente ne Tentraniait (juo trop témérairement. Il devait donner conliance et autorité au parti constitutionnel et libéial en Italie, sans caresser et sans susciter le parti républicain , |)arti prématuré et ruineux pour rémancipation de rilalie.
Les chances imprévues et les fortunes contradictoires du Piémont et de la Lond)ardie mirent à des épreuves dilliciles \v tact <le ce jeune diplomate. Il no lit pas une faute dans une situation où les négociateurs les plus consommés en auraient fait. La France n'eut pas une goutte du sang de Tllalir sni- les mains de sa diplomati(^ vu Piémont ni en loinbardie; l'Italie no reçut |)as un conseil (jirdle j)nt Icgitimement reprocher à la France. M. Bixio, Italien d'origine, Français