‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 83 sur 216 · LIVRE ONZIEME. V.\l · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME. V.\l

de cœur, porta dans son attitude le sentiment de ses deux patries. Le ministre allait l'élever h des fonctions plus hautes, quand l'Assemblée nationale s'ouvrit. M. Bixio voulait y entrer; il se dévoua dans les journées de Juin comme un soldat d'avant-garde ; il versa à grands flots son sang pour la République. Devenu ministre après l'élection du président , il se retira après quelques jours, avec M. de Maleville, par une susceptibilité d'honneur exagérée. Ses aptitudes s'étaient révélées pour les négociations : il y doit être rappelé.

M. de Boissy avait été nommé ministre à Florence. Ancien diplomate, il connaissait la Toscane. Sa femme, née à Ravenne, était célèbre par la beauté, l'enthousiasme et le patriotisme. Son nom seul négociait avec le haut libéralisme de l'Italie centrale. Elle était liée d'amitié littéraire avec tous les patriotes illustres des États romains, de Pise, de Venise, de Florence. M. de Boissy, homme d'audace et d'extrémité, avait résolument adopté la République. Il se montrait à Paris aussi courageux de sa personne pour la défendre contre la démagogie qu'il était propre par son existence splendide et par l'aristocratie de son nom à la servir au dehors. Il ne partit pas pour son poste, plus jaloux d'entrer à l'Assemblée nationale et de retrouver une tribune que de figurer dans une cour; il fut remplacé auprès du grand-duc de Toscane parM. Benoît (^.lianipy, allié de M. de Lamennais et patroné |)ar ce nom illustre et po|)ulaire. Ce choix fut heureux. L'homme se trouva

«r,8 RÉVOLUTION DE 18 18.

(ligne (lu prince et (éclairé et libéral i\uï faisait de la Toscane une républiciue ou plut(jt une famille par les traditions libres et douces de ce gouvernement. M. Benoît Champy fit aimer la Ré[)ublique française du prince môme que son contre-coup devait jeter (juelques jours aprè's hors de ses États. Ses conseils, plus énergiquement suivis, auraient préservé la Toscane de ce deuil et de cette réaction contre le centre de ITtalie.

Madrid était une des cours où il était le plus dil'licile d'approprier un envoyé de la France à la situation de TEspagne. Le général Narvaez, Iionnne très-supérieur à la renommée soldatesque qu'on lui a faite au dehors, était pour l'Kspagne une sorte de Richelieu militaire tout-puissant au second rang. Sous une cour divisée (^t j^longée dans les plaisirs, Narvaez avait étudié, avec une sombre et nuiettcî anxiété au premier moment, le caractère et la révolution franco-aise, .lugeant la France par rKsi)agne il avait du croire que la guerre civile s'y choisirait des chefs j)armi les princes et parmi les généraux de la maison d'Orléans. Dans la prévision de ces événements où ri']s[)agne aurait eu lin v6\g à jouer |)ar suite de ses liaisons de famille avec la dynastie de Jiiillrt, il s'était expli(|uéavec une ambiguïté in(|uietant(' cl il avait concentré des troupes vers les Pyrénées. Le manifeste du gouvcMuenient

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