LIVRE ONZIÈME. l.iO
provisoire et les explications de son ministre avec le chargé d'affaires d'Espagne à Paris avaient changé les dispositions de Narvaez. Les intrigues de la France et de l'Angleterre à Madrid agitaient l'Espagne et inquiétaient sans cesse le général sur la durée de son autorité. Lamartine, en retirant la main de la France de ces intrigues et en laissant l'Espagne à son indépendance intérieure, tranquillisait le gouvernement espagnol; il ne laissait à Narvaez d'autre tiraillement qu'avec l'Angleterre. Le résultat d'une pareille politique fut ce qu'il devait être : la France ne porta plus ombrage et fut d'autant plus recherchée qu'elle s'imposait moins.
Cependant, [)Our persister dans ce système, il ne fallait pas à ^Madrid un républicain trop ardent qui eut porté ombrage à la Constitution et agité les fermentations de républicanisme impuissant en Catalogne; ni un nom militaire, il eut ravivé les souvenirs de la guerre de l'indépendance; ni un diplomate de Juillet trop tiède pour la Républicjuc, il eut j)u se laisser amollir par un attachement trop frais à la maison d'Orléans et fermer les yeux sur des tentatives de restauration dynastique en France tramées peut-être dans ce palais de Madrid ou de Sévillc que le duc de IMontpensier allait habiter. Le ministre des alTaircs étrangères avait rencontré dans iM. de Lesseps, consul de France à Barcelone, un homme exercé au caractère es[>agnol, agréable à Narvaez, dévoué à ses instructions : il le nonnna à Madiid. Les détiances mutuell(?s
se ilisr^ipèrcnt, les répugnances lonibèreiU devanl Tinlérct bien entendu des deux peuples. Jamais la France et l'Espagne ne rentrèrent plus complètement dans leur nature, qui les rap[)roclie ([uand une fausse politique ne les sépare pas Le général Narvaez comprit bien la pensée de la France; l'attrait des deux peuples l'un })our l'autre [)ut se développer librement. Le gouvernement provisoire épargna au pays le rassemblement (le Tarmée des Pyrénées, mieux gardé pai- la siVeté des rapports et par la loyauté récipro(jU(î cjue par la force.
L'état (le rilalie ne se révélait pas encore. 1,«^ ministre de la Hépubllipie \o pressentait. La silualion qui allait en résultei' i)our la France ne permettait pas d'établir des négociations intinies avec TAutriche.
M. de Metternich régnait encore à Vienne, sans se douter du volcan (ju'il avait sous les pieds. Ce grand ministre n'avait point vieilli par l'esprit, mais il avait laissé amollir son caractère par la hmgiK^ prospérité de l'Empire. Il croyait à réternilé de Faristocratiegermani(|ue et se liait à son génie. (îrand , serein , lieureux , facile, il laissait tout faiie depuis (|ucl(jues années à la fortune; cette longue fortune était un piège. Lamartine en a\ait rinslincl. .le ne sais (juel vent de décadence soufflait depuis (|ucl(jues années du cabinet devienne. Hongrie, (jallicie, Pologne, Holièmc,