LIVRE ONZIÈME
la réflexion. Lamartine ne devait pas aventurer ses pensées et la dii^nité de la Républi([ue par des envoyés peut-être froidement accueillis à Pétersbourg. Il y laissa un simple secrétaire d'ambassade nommé par le ministre de la monarchie, sans aucune mission politique. Il y avait dans le ministre de l'empereur à Paris . un interprète ofûcieux, habile, bienveillant, des pensées de l'empereur et de celle de la France. Les rapports , froids et rares , n'eurent jamais un accent d'aigreur. On ne se heurte pas de si loin , à moins de vouloir se lieurter par antipathie et par système. L'empereur était trop juste, la République était trop sage pour ne pas se regarder avec sang-froid.
Mais le poste auquel le ministre attachait en ce moment le plus d'importance était Berlin. La tige do l'équilibre du continent était encore, comme en 1791 , dans ce cabinet. La Russie, l'Angleterre, l'Allemagne du nord s'y rencontraient et s'y disputaient la faveur décisive d'une monarchie militaire puissante, et (Tun esprit public prépondérant dans le cabinet d'un loi philosophe, aventureux, mobile, travaillé d'initiative, intrépide aux nouveautés , ca|)able de tout comprendre, de tout riscjuer, de tout oser. Le nœud de la paix et de la guerre européenne, de rémanci|)ali()n et de la reconstruction de l'Allemagne , de la régénération ])aciri(iue et partielle de la Pologne, était à R(mlin. Le premier mot que dirait le loi de Prusse de la Ré[)ubli(jue française, serait forcément le mot du continent tout entier : nul n'oserait dire guerre où il aurait
n;i lIKVol.rïloX I)K 18i8.
(lit paix. Oïl conroit (jiiel iiitérùl avait Lamartine , qui voulait la pai.v, à ce que ce mot iVit mis sur les lèvres du roi tie Prusse parle génie de riiumanité et par des prédispositions favorables à la révolution de Paris.