‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 87 sur 216 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Il chercha et il trouva du ])rcmier geste sous sa main riiomme pro[)re à personnifier d'abord confidentiellement, puis oniciellement à IJerlin. la tendance philosoplii(jue, la science germanique, et les perspectives diplomaticjues de la nouvelle révolution française présentées à cette cour par un esprit priscjue universel.

Ol homme, peu connu jusque-là liors du monde aristocraliipic, littéraire et savant, se nommait M. de (jrcourt. H avait servi sous la Restauration dans la di|)lomatie. La révolution de hiilld l'avait rej(ié dans risolement et ilans l'opposition, plus })rès du légitimisuKî (|ue de la démocratie. Il a\ait profile de ces années pour se livrer à des études (jui auraient aiisorbé plusieurs vies d'hommes et cpii n'étaient (|ue des distractions de la sienne. Langues, races, géographie, histoire, philos()[)hie, voyages, constitutions, religions des peuples, depuis l'enfance du inond(\jus(prà nos jours, (h^puis le ThilxM jus<pi'au\ Alpes, il a\.iil tout incorporé eu lui. tout rellechi , ioul retenu; on pouvait rinlei'roger sui' riini\ ersalile Ar> faits ou des idé(^s dont se coni|)osc le monde, sans (ju'il eût besoin

LIVUK ONZIKME. IGo

pour répondre d'interroger d'autres livres que sa mémoire, étendue, surface et profondeur immense de notions, dont jamais on ne rencontrait ni le fond, ni les limites; mappemonde vivante des connaissances humaines; homme où tout était tête et dont la tête était à la hauteur de toutes les vérités : impartial du reste, indifférent entre les systèmes, comme un être qui ne serait qu'intelligence et (|ui ne tiendrait à la nature humaine que par le regard et par la curiosité.

M. de Circourt avait épousé une jeune femme russe, de race aristocratique et d'un esprit européen. 11 tenait par elle à tout ce qu'il y avait d'éminent dans les lettres et dans les cours de l'Allemagne et du Nord. Lui-même avait résidé à Berlin, il s'y était lié avec les hommes d'État; le roi de Prusse, souverain lettré et libéral , l'avait honoré de quelque intiriiité à sa cour. M. de Circourt, sans être républicain de cœur^ était assez frappé des grands horizons qu'une Ré[)ul)lique française, éclose du génie progressif et pacifi((ue de la France nouvelle, pouvait ouvrir à Tesprit humain, pour la saluer et la servir. Il comprenait , connue Lamartine, que la liberté avait besoin de la paix, et que la paix était à Berlin et à Londres.

Lamartine lui donna par écrit ses instructions confidentielles pour l'oreille du roi de Prusse et de ses ministres. Ces instructions n'étaient au fond que cette philosophie do la paix commune à toutes les Ames éclairées d'un rayon divin, philosophie dcnenui» j)()liticjue par l'accord d'idées entre le cœur d "un roi et

IGJi Hf^:VOLUTION DE 18i8.

l'esprit d'un ministre d'une grande démocratie naissante. M. de Circourt était cai)al)le de commenter les instructions et de les plier au génie d'une cour et aux éventualités de l'Allemagne; l'alliance tacite au moins entre l'AllcFnagne et la France, l'inviolabilité du territoire, la tendance à une unit('' morale de l'Allemagne qui décentraliserait les petits Ktats do Tinlluence exclusive de l'Autriche, l'arbitrage puissant d(^ la Prusse entre Tindépcndance germanicjue et la pression (le la Russie, la restitution d'une part morale de nationalité constitutionnelle aux démembrements encore vivants de la Pologne, formaient les textes à peine indi(|ués tle ces instructions.

M. de Circourt partit. Il entretint avec le ministre des affaires étrangères une correspondance intime (|ui formerait un volume sur l'état du Nord, il ne s'égara sur aucune de ses provisions, il inclina le cœur et l'esprit du roi de Prusse à toutes les idées de conciliation et d'écjuilibre qui étaient dans l'intérêt vrai des deux Etats. Ouand la révolution de Berlin éclata, la Ré|)ul)li(pie française n'avait plus besoin d'une révolution à Berlin pour y voir triompher la cause de paix (M (riiiiiiianile (jue M. dv. Circourt était allé y défendre. Lamartine et son envoyé eu Puisse s'aflligèrent plus (pfils ne se rcjoiiiiiMit (rime révolnliou (jiii vu poussant le roi au delà de ses pensées le ferait j)('ut-étre plus tard reculer juscpic^ dans les bras do la Russie.

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