LIVRE DIXIÈME
geait de main en changeant de doctrine; qu'elle devenait une tyrannie de minorité au lieu d'être un terrain commun de liberté; que pour soutenir cette tyrannie insolente d'une minorité il n'y avait que la terreur au dedans, la guerre au dehors, le trouble, les exactions, les épurations, les sévices révolutionnaires partout. Il était résolu, ainsi que ses collègues de la majorité, à mourir mille fois plutôt que d'associer sa responsabilité devant Dieu, devant l'histoire et devant lui-même à un si exécrable gouvernement.
Il savait de plus, comme homme politique, qu'un pareil gouvernement serait avant trois mois la guerre civile , et que la guerre civile c'était la mort de la République.
Il demanda en conséquence un conseil secret et complet du gouvernement à l'Hôtel de Ville pour le lendemain 1G mars, à midi; résolu à poser devant ses collègues la question des deux principes de gouvernement qui semblaient enfin se poser d'eux-mêmes face à face, décidé, de plus, à déchirer, s'il le fallait, à tout risque, le gouvernement lui-même plutôt que de se démentir et de se dénaturer en y restant.
Il ne se dissimulait aucune des conséquences de ce déchirement à une pareille heure. Il savait (pie ro|)inion de la partie saine du peuple, de la garde nationale et de la bourgeoisie de Paris adhérait d'instinct fortement à lui; (pie la partie ultra-révolutionnaire, socialiste, terroriste, remuante, active, arnu'e de la capitale, a(.lhérait fréuéti(pi(Mnent aux chefs du paili
17i RÉVOLUTION DE 1848.
contraire; que sa retraite du gouvernement serait le signal d'un cojnbat dont toutes les chances étaient contre lui; car s'il avait l'opinion, il n'avait pas les armes. N'importe , il était à une de ces heures où l'homme politique ne calcule pas le salut, mais le devoir.
Interpellé la veille du 17 au soir, à l'IIùtel de Ville, par une députation du club de la garde nationale dont M. de Lépîne, colonel de la banlieue et citoyen influent, était l'organe, Lamartine ])rorita hardiment de l'occasion pour faire pressentir à Paris le soulèvement de son cœur contre les circulaires, et la lutte ([u'il méditait pour 1(! lendcMuain.
« Citoyens, )> répond il-il h la députation (jui Tin ail interrogé sur les intentions du gouvernement, « il ne « m'apparti(Mit i)as, dans une (juestion aussi générale, « aussi grave, de prendre l'initiative sur l'opinion do « tous mes collègues réunis. Néanmoins, je puis vous « dire (ju'ils seront profondément touchés, profondé- « ment reconnaissants de la démarche (jue vous venez « de faire et des paroles (]ue vous venez de j)rononcer.
« Le gouvernement provisoire n'a chaigé personne « (1(' pailci' en son nom a la nation et surtout de parler (( un langage su|)éri('iii' aux lois. ;^Ura\()! bravo!) Ce (( droit il ne Ta donne à pcM'sonni^l cai* il n'a |)as <( voulu Ir prcinlic poni" Itii-mémc au moment où il c( soilail coniinf» nn(^ acclaiiialion dn peuple pour remet plir moiiieiilanemenl la j)lae(> |)einl)le (pril occupe. « Il \\() l'a pas \ouln, il nv. la |)as fait, il ne \v, fera