‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 92 sur 216 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

que c'étaient les compagnies de grenadiers coiffés de bonnets à poil, qui venaient réclamer contre un décret du gouvernement par lequel on leur enlevait ce privilège d'uniforme, décret qui rompait leurs cadres trop étroits pour y faire entrer tous les citoyens sans privilèges et sans distinction de coiffures. 11 s'affligea de celte puérilité dans un moment si grave. Il les harangua, et les fit consentir à l'abolition d'un signe qui n'était qu'une vanité militaire, quand il s'agissait de confondre toutes les vanités dans le patriotisme.

Pendant ces harangues faites aux grenadiers, le général Gourtais, leur commandant, accourait à cheval sur la place avec son état-major, se lançait seul au milieu des rangs tumultueux, recevait des outrages, bravait des menaces, courait des dangers. Le peuple ému par ce rassemblement se pressait aux embouchures du quai et des rues criant à l'aristocratie, au privilège ! La place immobile et compacte restait néanmoins couverte de légions sans armes qui semblaient attendre un événement.

La séance secrète du gouvernement s'ouvrit sous ces auspices. Les deux camps étaient en [)résence dehors et dedans : dehors par hasard, dedans par la volonté de Lamartine. Les physionomies étaient sombres, contractées, résolues comme au moment (jui précède le combat.

180 HKVOLUTION DE ^848.

Liiniartine posa sui* la table la proclamation (ju'il avait t'crile la nuit et qu'il n'avait communi(juée à personne.

« Messieurs, tlit-il, jusciu'ici nous avons été fondus

(( en un seul faisceau d'opinions et de sentiments par

« le feu même des grands mouvements rcvolution-

« naires dans lequel nous nous sommes précipités

« pour l'éteindre et pour le changer en gouvernement

«républicain fort, unanime, régulier; maintenant

« nous ne pouvons i)lus nous le dissimuler, les actes

u et les paroles du ministre de l'intérieur, en contra-

« diction avec le sens unanime (\ue nous avons voulu

« donn(M' à notre dictature, sendjlent indiquer claire-

« ment deux choses : la })remière, que ce ministre |)ré-

(( tend engager par des actes individuels le gouverne-

« ment tout entier (jui doit délibérer en commun ce

« (juil dit et ce qu'il fiiit en matière si grave; la

(( seconde, que ce ministre entend gouverner dans un

« espiil (|ue je ne crois pas être l'esprit de la Hej)ubli-

« (|ue, l'esprit de la majorité du gouvernement, et

« {\\\\ (liins Ions les cas n'est pas mon espiil à moi. 11

(c laul (pia riuMire même, ici, séance leiiaiile, nous

« sachions si, en elïi^l, il y a {\cu\ esi)rits dans le

(f gouvernement? et s'il y en a deu\ en eff(*t, il faut

« (jue Tuii on l'autre l'emporte, alin (jue celui <jui

<( sera vaincu se rcîtirc et cède le gouvernement à celui

« (pii sera vaiiujueur; car Tuu ne [xnit pas accepter

« sur sa consci(Mice la responsabilité ^le l'autre; et la

« iié|)ublique dans sa [)ériode la plus problématicjue,

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