‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 191 sur 234 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

nos professionsqui manque à nos bras. Nous le demandons, nous l'appelons de tous nos vœux. « Vous demandez la suppression immédiate dos ateliers nationaux, mais que fera-t-on des cent dix mille travailleurs qui attendent chaque jour de leur modeste paye les mo^-ens d'existeaice pour eux et leurs familles? Les lirrerat-on aux mauvais comeils de la faim, aux enlraîiwmciits du désespoir? Les jetterat-on en pâture aux factieux ? Ouvriers appelés à la construction de l'édifice social, organisez, instruisez, moralisez les ateliers nationaux, mais ne les détruisez pas ! »

Dans le même temps, ils rédigent, de concert avec les délégués du Luxembourg, la proclamation suivante :

Hep uliliqae française.

A TOUS LES TRAVAILr.EUKS

« Nous, délégués des ouvi'iers au Luxemliourg, nous, voués corps et âme à la République, pour laquelle, comme vous tous, nous avons combattu, nous vous prions, au nom de cette liberté si durement achetée, au nom de la patrie régénérée par vous, au nom de la IVaternité, de l'égalité, de ne pas joindre vos voix et votre appui à des voix anarehiques, de ne pas prêter vos bras et vos cœurs pour encourager les partisans d'un trône que vous avez brûlé ! Ces hommes sans âme, sans conviction, amèneraient inévitablement l'anarchie au milieu du pays, qui n'a besoin que de liberté et de travail.

« Nul ne doit prétendre désormais qu'au plus beau de tous les titres, à celui de cito\en. Nul ne doit essayer de lutter contre le véritable souverain, le peuple.

« Le tenter serait un exécrable crinn', et quicoiujue l'oserait serait traître à riiomieur et à la patrie.

« La réaction travaille, elle s'agite ; ses nombreux émissaires feront luire à vos yeux un rêve irréalisable, un bonheur insensé.

« Elle sème l'or. Défiez-vous, amis, déliez-

vous. Attendez encore quelques jours, avec ce calme dont vous avez fait preuve et qui est la véritable force.

« Espérez, car les temps sont venus, l'avenir nous appartient ; n'encouragez pas par votre présence les manifestations qui n'ont de populaire que le litre ; ne vous mêlez pas à ces folies d'un autre âge.

« Cro}'ez-nous, écoutez-nous, rien n'est maintenant possible en France que la République DÉMOCRATIQUE ET SOCIALE.

« L'histoire du dernier règne est teln'ible, ne la continuons pas ; pas plus d'empereur que de roi. Rien autre chose que la liberté , Yéijalité, la f râler nité.

« Tel est notre voui, tel doit être le vôtre, celui du peuple.

« Vive la République ! »

Certes, les liomraes qui pensent et écrivent ainsi ne sont ni des brutes, ni des anarchistes. Si les représentants bien intentionnés avaient eu l'idée très-simple de constater la vérité par eux-mêmes , ils n'auraient pas servi , comme ils le firent, les passions des partis. Ces partis voulaient c/i /(n/r; et ce n'était pas uniquement avec les ateliers nationaux qu'ils voulaient en finir, c'était avec la Révolution, avec la liberté, avec la République.

L'homme qui exerça dans ces jours mauvais l'influence décisive, celui qui, par une longue et habile tactique déjà signalée, contribua le plus à amener les esprits, dans la commission d'abord, puis dans l'Assemblée, à cette pensée, à ce mot terrible : il faut en fuir, ce fut sans contredit M. de Falloux. 11 fut à ce moment l'organe principal, le seul courageux, le plus éloquent de la réaction. Son nom reste attaché à la mesure funeste de la dissolution violente qui jeta les ateliers nationaux dans l'insurrection.

Il no sera donc pas sans intru-êl de nous occuper un moment de ses antécédents et de son caractère afin do mieux apprécier le rôle qu'il lui a été donné de jouer dans des circonstances si grandes,

HISTOIRE DE L.i REVOLUTION DE 1818

Né en Anjou, d'une famille aisée, récemment anoblie, en faveur de laquelle LouisXVIII créait, en 1823, un majorât avec le titre de comte, Alfred de Falloux avait reçu de la nature une intelligence déliée, un certain charme de paroles et de manières. Sa mère, dont la jeunesse s'était passée à la cour de Louis X^'I, lui communiqua de bonne heure l'esprit d'insinuation et l'art de bien dire. Lorsque le jeune Falloux, en quittant le collège d'Angers, où il avait été élevé, vint à Paris pour y faire son entrée dans le monde, une autre femme, par une influence analogue, mais supérieure, acheva de le former dans la politique. C'était une étrangère, une Russe convertie au catholicisme par M. de Maistre, et qui s'était créé à Paris, par son esprit très-fin, par ses grâces mélangées de dévotion et de mondanité, un cercle nombreux où l'on voyait assidus les membres du haut clergé et les hommes actif» du parti clérical. Ce fut à cette époque, sous une inspiration féminine et sous un patronage jésuitique, qu'Alfred de Falloux, flatté et caressé comme un homme dont on attendait beaucoup pour la cause de l'Église, fut initié aux mystères de la politique cléricale. Dès l'année 1S40, il publiail une histoire de Louis X\'I, puis une brochure sur la Saiiit-Barthélem}', qui furent suivies bientôt de l'histoire de saint Pie "V. Ces différents ouvrages révèlent, avec une audace propre à la jeunsse et avec une sincérité qii'on ne retrouvera pas plus tard, tout un ensemble de doctrines dont l'auteur fera constamment la règle de sa vie, et qu'il appliquera au gouvernement de l'Etat, le jour où la révolution lui donnera sa part de pouvoir. Dans l'histoire du pape Pic V, qu'il considère comme la plus haute personnification de ce qu'il appelle la grande politique de l'iùjlise, IM. do Falloux prend à lâche de glorifier l'iuslitulion de l'inquisition et de justifier tous sus actes. Par une suite de raisonnemonls liiés de l'axiome qnc la fin justifie les moyens, la guerre aux hérétiques y est proclamée légitiino etsainli!: l.i Inlérance y o.t présiuitLM!

comme le résultat d'une indiff'érence coupable (1). A la vérité, suivant M. de Falloux et l'école dont il est un des plus fervents adeptes, l'Etat étant aujourd'hui athée, les moyens employés par l'Eglise aux temps de foi ne sont plus applicables. L'inquisition ne serait plus qu'une erreur, sans bénéfice pour la société. Il s'agit, avant toute chose, pour les croyants, de restaurer la foi, la théocratie; cela ne peut se faire qu'en renversant les pouvoirs athées.

Pour renverser ces pouvoirs, il faut la liberté. M. de F.iUoux préconise en conséquence la liberté. Il la veut, il l'aime presque, non pas en elle-même, comme un principe sacré qui découle de la nature de l'homme et consacre sa dignité, mais comme un moj'en transitoire, dont à l'occasion les gens habiles peuvent tirer un parti meilleur que le despotisme. Quand le gouvernement théocratique sera restauré, alors seulement, selon M. de Falloux, on pouri'a rétablir les institutions des siècles de foi, qui firent, avec la puissance des Pie V et des Philippe II, la félicité du monde.

C'est sous l'inspiration de ces doctrines, réprouvées par la partie saine du clergé, qui n'ose toutefois les désavouer publiquement, que M. de Falloux donna son adhésion au gouvernement républicain.

Entré, di'puis 1846, dans la vie politique, a-\'ant acquis déjà l'expérionce de la tribune cl la prali([ue des coteries parlementaires dans l'ancienne Chambre, où il avait brillamment débuté par le discours sur le mandai auquel M. Cui/.ot avait l'épondn, M. de

(1) .. QiiaïuiriiuU et lai-eligio.n soulsoli.laircs, .lit M. do Falloux, qiiaïul lu socicHù civile repose onliiïreinent sur la foi religieuse, attaquer la foi, c'est ébranler )"orJre social. Ou a ilouc pu faire légitimeiiieut coiitro les hérétiques et les impies, ce qu'où fait aujourd'hui contre ceux qui prt^client ou conspirent contre lo gouvernement établi. » — (< La tolérance, dit-il encore dans ce livre curieux, u'était. pas cunnuo des siècles do foi, et le sentiment que eu mot nouveau roprésoulo no peut étro rangé parmi les verlui que dan» un siècle do doute. Autrefois, il y avait en ijnmidiint l'homme endurci dans son erreur toute chaii.e jionr ((ue cette erreur périt avec lui, et que les peuidi-^ .LliiriMM t dans la paix de l'iirlhodoxic. »

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