‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 101 sur 266 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

S.\LLE DE SÉANCE DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE A L’ilOTEL-DE- VILLE

D. STERN

contingents arriérés de 1843 et 1844, de manière que l’armée d'Afrique ne se trouva point diminuée. Les gardes nationales furent armées. On leur délivra, au ministère de la guerre, pendant le mois de mars, 446,689 fusils, dont 150, 000 pour la seule ville de Paris. Uneréserve de 200 bataillons de gardes nationaux mobiles fut formée. Huit escadrons de guides furent créés pour les états-majors et pour le service de la correspondance. Cependant des économies considérables effectuées par la réduction des cadres de l'état-major, par la diminution des divisions et subdivisions militaires, par le licenciement de la garde municipale et par d'autres réformes opérées sur différents services permirent au ministre, lorsqu’il présenta à l’Assemblée constituante le compte rendu de son administration, d’annoncer, sur le budget de 1848, une économie totale de plus de 16 millions. L’organisation de la garde mobile, confiée au général Duvivier, marchait aussi avec une rapidité extrême. La première idée de ce corps, tiré des combattants de février, avait été jetée en avant, dès le 24, à l’Hôtelde-Ville, par un iM. Dubourg qui, en' 1830, avait organisé les lùolontaires de la Char le et qui depuis ce temps s’était adjugé le titre de général. Accouru à l’Hôtel-de-Ville dans le premier tumulte, il y resta sans désemparer pendant trente-six heures, demandant avec beaucoup d’instance, et comme une récompense qui lui était due, le ministère de la guerre. On parvint à l’éloigner; mais M. de Lamartine retint son idée et la formula aussitôt en un décret qui portait création, par engagements volontaires, de 20,000 hommes de garde nationale mobile. Les listes d’enrôlement ouvertes dans les mairies furent remplies en peu de jours. Une solde privilégiée de 1 fr. 50 c. (le soldat de la ligne ne reçoit que 25 c.) était un grand appât pour la jeunesse parisienne, que son instinct de tous les temps, l’enivrement des jours révolutionnaires, la tradition du 'petit caporal devenu de rien empereur, l’amour du bruit, du mouvement, de l’uniforme, et aussi l’absence de toute autre

ressource, attiraient sous les drapeaux. Le général Duvivier prit aussitôt, sur cette jeunesse turbulente, un grand ascendant. Esprit ambitieux, caractère énergique, imagination vive et d’une richesse orientale (1), comprenant toutes les ardeurs de la jeunesse parce qu’il les avait connues toutes, il exerça sur ces enfants indisciplinés, moqueurs, déjà dépravés ' pour la plupart par le vagabondage des grandes villes, une autorité paternelle. Bientôt, par la rivalité du point d’honneur qu’il sut éveiller dans les rangs, on vit ces bandits de la veille, portant fièrement leurs haillons , l’arme au bras, attentifs au commandement, parcourir en patrouilles serrées les rues de la ville, dissiper les rassemblements, faire taire les cris, les pétards, les chants noctures qui troublaient le repos public, aussi zélés au rétablissement de l’ordre qu’on les avait vus jusque-là prompts au tapage et à la mutinerie.

Les soins donnés à la réorganisation de l’armée de terre ne détournaient pas M. Arago de l’attention particulière que réclamait l’état de notre marine. A la vérité, la réduction immédiate de son budget, fixé de 10 millions à 5, ne lui permettait pas de songer à augmenter nos forces navales , et il dut se borner à rallier, dans le port de Toulon, une belle escadre d’évolution, destinée à montrer le pavillon de la République sur les côtes de la Méditerranée (2). Mais l’état moral et matériel de l’armée de mer appelait de notables réformes ; M. Arago en prit avec bonheur l’initiative. Malgré le Conseil de l’Amirauté qui jugeait toute discipline perdue si Ton se relâchait de l’ancienne rigueur, M. Arago, dès son entrée au ministère, fit décréter l’abolition des châtiments corporels à bord des bâtiments de l’Etat, effaçant ainsi de notre code maritime un système de répression qui n’était plus depuis longtemps en harmonie avec l’ensemble de notre pénalité. En même temps, il s’occu-

(1) Le général Duvivier avait rêvé un grand rôle en Orient. On assure même que, dans des vues secrètes d’ambition il avait embrassé la religion musulmane.

! (2) Six vaisseaux de haut bord, une frégate à voiles, plu-

j sieurs frégates à vapeur.

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