DEUXIÈME PARTIE
tanniques et l’admiration de nos hommes d’État pour les mœurs politiques de l’Angleterre préparèrent l’introduction des clubs en France.
Plusieurs clubs se formèrent spontanément à Versailles, en 1789, autour de l’Assemblée nationale (1) et la suivirent quand elle vint s’établir à Paris. Là, au sein d’une population effervescente, les clubs crûrent rapidement en nombre et en force; ils rivalisèrent bientôt d’influence avec l’Assemblée et finirent, en se propageant sur tout le territoire, par s’emparer presque absolument de la direction des affaires. Leur influence expira, comme on sait, le 9 thermidor avec la domination des jacobins qui leur avaient donné une organisation formidable (2).
Il serait hors de propos d’examiner ici leur action dans ses détails ; il convient seulement de remarquer que les clubs contribuèrent puissamment à répandre dans les masses cette opinion funeste, beaucoup trop accréditée encore dans certains esprits, que la liberté se peut fonder par le despotisme et que la compression violente des adversaires de la révolution est une œuvre de raison politique. Le nouvel essai tenté pendant les trois premiers mois de la révolution de Février ne montre pas l’influence des clubs beaucoup plus favorable au progrès des idées, et l’organisation des réunions populaires demeure encore aujourd’hui, après ces expériences réitérées, une des difficultés les plus considérables de l’établissement républicain (3).
(1) Le premier club avait été ouvert à Paris, par le conseiller Duport, dans sa maison au Marais. Il était composé de parlementaires. Il se transporta à Versailles à l’ouverture de l’Assemblée et prit le nom de Club breton. Revenu à Paris, il s’établit dans l’ancien couvent des Jacobins où il changea complètement de caractère et de tendances, sous l’influence de Danton et de Camille Desmoulins.
(2; Il y eut, pendant le cours de la Révolutiou, jusqu’à 2,400 sociétés jacobines qui formèrent un gouvernement véritable, rendant des décrets, prononçant des jugements, etc.
(3) « Rien n’est plus mal combiné, dit madame de Staèl {Considérations sur la Révolution française), dans un temps où les espr'ts sont agités, que ces réunions d’hommes dont les fonctions se bornent à parler; on excite ainsi d’autant plus l’opinion qu’o)i ne lui donne point d'issue. » C’était aussi l’opinion de Carnot, « d’accord avec Rousseau dans la pensée que
Le gouvernement provisoire avait conscience de ces dangers, mais il pensa gue, manquant du temps nécessaire pour préparer une sérieuse et utile organisation des clubs, il agirait néanmoins sagement en favorisant leur propagation, afin que, par leur nombre et leur diversité même, toute action commune leur devînt impossible. En conséquence, le maire de Paris mit à la disposition des réunions populaires des salles convenables dans les édifices publics (1), et chacun des membres du conseil s’occupa d’avoir dans les clubs ses agents particuliers chargés de détourner les discussions dangereuses, de distraire, en les flattant, les passions révolutionnaires, de semer la division entre les meneurs delà place publique et surtout d’avertir à temps le conseil des entreprises concertées contre l’Hôtel-de-Ville.
J’ai raconté comment s’improvisa, le 25 février au soir, autour de M. Blanqui, le premier club. Le lendemain, M. Xavier Durrieu, rédacteur en chef du Courrier français , publiait une note par laquelle il invitait à se constituer en association et à s’entendre dans un but commun tous les hommes d' intelligence et de dénouement consacrés par dix -sept années de lutte contre la tyrannie. Un grand nombre d’écrivains de nuances diverses répondirent à cet appel. On vit à la réunion préparatoire de la société, qui prit le nom de Société centrale républicaine, MM. Vidal etToussenel, économistes de l’école socialiste, M. Renouvier, M. Thoré, publiciste, ami de M. Barbés, M. Lachambeaudie, fabuliste populaire, ancien saintsimonien, etc. Mais beaucoup, soit qu’ils devinassent aussitôt que l’organisation de la Société centrale avait, sous une apparence de libre discussion, un dessein secret et qu’elle subissait déjà la loi d’un homme, soit par d’autres motifs particuliers, ne suivirent point M. Blanqui quand celui-ci transporta les séances dans la salle du Conservatoire de musique ; ils re-
les clubs agitent plus qu’ils n’éclairent. » {Mémoires, t. I,