‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 117 sur 266 · partie · texte numérisé non relu

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(1) Le 14 mai suivant, les établissements de l’État furent fermés aux clubs.

joignirent M. Barbés qui, de son côté, ouvrait au Palais national le clul) cU la Révolution.

La Société centrale, appelée bientôt, du nom de celui qui en était l’àme, le club Blanqui, devint ainsi la réunion à peu près exclusive des communistes matérialistes. Présidé par Blanqui, ou quand l’épuisement de ses forces le retenait chez lui, par l’un ou l’autre dei ses plus fanatiques adeptes , le docteur Lacambre ou le cuisinier Flotte, ce club attira une affluence considérable, non-seulement de prolétaires, mais aussi de ‘bourgeois, curieux de voir de près l’homme qui passait pour le plus terrible des révolutionnaires et flattés dans leurs secrets penchants par les critiques acerbes qui se faisaient là de toutes les personnes et de tous les actes du gouvernement provisoire.

* La société parisienne, après le premier moment de consternation, trop troublée encoi’e pour reprendre ses réunions et ses plaisirs accoutumés, mais* trop avide «de distraction pour rester chez elle, courait de club en club et se donnait, comme elle l’eût fait à un spectacle mélodramatique , une excitation de nerfs qui la tirait de son abattement. Entre tous les clubs, le club Blanqui avait la faveur des curieux de cette trempe. Les loges et les galeries où, dans les années précédentes, une société d’élite venait entendre avec recueillement les chefs-d’œuvre de l’art musical, la Symphonie pastorale, le Requiem ou l’ouverture à' Euryantlie, étaient chaque soir envahies par un public singulièrement mélangé et tapageur. Les femmes du monde, sous des vêtements plus que modestes, s’y glissaient furtivement, protégées par da lumière crépusculaire des quinquets où l’huile était parcimonieusement mesurée. On se reconnaissait de loin, on se saluait d’un signe rapide, perdu qu’on était dans cette foule en blouse et en veste que l’on croyait armée et qui s’amusait souvent, dans ses harangues et ses apostrophes, à qualifier les riches d’une façon peu flatteuse, à les menacer, à leur prédire, s’ils osaient lever la tête, un châtiment exemplaire.

Le club de la Révolution avait un caractère tout différent. M, Barbés attirait à lui, non par art ni par effort de volonté, mais par l’ascendant naturel d’une âme honnête, ce qu’il y avait dans la Révolution de mieux intentionné et de plus droit. Des hommes plus doués que lui de talent et de capacité rendaient hommage à sa supériorité morale. Il était en vénération au peuple. Le rare accord de ses actes et de ses paroles dans tout le cours d’une vie jetée à la tourmente révolutionnaire, la dignité parfaite qu’il avait su garder toujours dans les échecs de ses tentatives, dans les dissensions de son parti, devant ses juges, devant ses geôliers, devant la mort qu'il vit de près en plus d’une rencontre, donnaient à Barbés une autorité toujours croissante dans le déclin d’une fortune de plus en plus contraire. On ne lui demandait pas compte de ses doctrines. On ne s’inquiétait pas de savoir s'il avait ou non de la prudence et du discernement. La pureté de ses intentions, la candeur et le dévouement qu’il portait dans des entreprises nuisibles à sa propre cause, lui tenaient lieu de tout dans l’esprit des masses et forçaient au respect ses rivaux et ses adversaires.

L’enfance d’Armand Barbés avait été sans joie. Il était le fruit d’une union qui fut pleine d’amertume. Son père, d’une famille aisée de Carcassonne, était entré jeune dans les ordres. Aux premiers jours de la Révolution, il quitta l’habit ecclésiastique, passa à la Guadeloupe, y pratiqua la médecine pour vivre. Une jeune fille, sauvée par ses soins d’une maladie mortelle, s’éprit de lui et l’épousa. Lorsqu’elle revint avec lui dans sa ville natale, elle y apprit ce qu’il avait eu la faiblesse de lui cacher; elle connut quelle avait contracté un lien réprouvé par l’Église. Sa piété s’épouvanta. L’énormité de son sacrilège involontaire chargea sa conscience d’un poids accablant. Elle languit dans les larmes et mourut bientôt, laissant deux fils et deux filles aux soins d’un homme atteint aussi et troublé par le remords. La fatalité acharnée contre Barbés ne devait pas s’arrêter là. Sa fille aînée

rue ùu Hac.

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