‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 125 sur 266 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

de la liberté devint aussi l’occasion ou le prétexte de beaucoup de bruit et de quelques désordres.

Pour inoffensifs que fussent ces promerfades, ces mannequins brûlés et ce gai refrain des lampions, devenu si populaire, ils ne laissaient pas de troubler beaucoup la sécurité des quartiers riches ; les avis affichés par le préfet de police pour exhorter les citoyens à s’en abstenir augmentaient plutôt les craintes qu’ils ne les calmaient (1).

Le palais des Tuileries était aussi, depuis le 25, le théâtre de scènes étranges. Quand M. Saint- Arnaud, capitaine dans la première

(1) Un avis du préfet de police, affiché le 23 mars, disait ; « Attendons que la République soit en danger pour agir à la ciirt' des torches!... » On ignorait alors dans Paris que le préfet de police, qui trouvait politique d’effrayer la bourgeoisie, encourageait ces promenades noclunies.

légion de la garde nationale, fut envoyé par le gouvernement provisoire pour en prendre le commandement et le préserver de la dévastation, il y trouva des postes d’hommes du peuple qui s’étaient formés spontanément dans ce dessein et qui exerçaient une police rigoureuse a la sortie du palais, afin de prévenir ou de châtier toute tentative de vol (1). Le ministre de l’intérieur avait chargé MM. Mérimée, Léon de Laborde, Gavé et Châlons d’Argé de faire retirer les tableaux et les autres objets d’art. M. de Pontécoulant était autorisé, par M. Arago, à opérer la recherche et le classement des papiers appartenant à la famille royale. On transporta les diamants et l’argenterie au Trésor et à l’hôtel de la Mon-

(1) Cette police fut si rigoureuse, qu’un homme fut fusillé sur l’heure sous le p.avillou de l’Horlogô’, parce C-u’on trouva sur lui un couvert d'urgent.

D. STEllN'.

TROUPES CRr.ÉGS EN 1848 f P. 202).

Tiaie, dans des fourgons escortés par des ouvriers et par des élèves de 1 École polytechnique. Enfin, malgré la foule immense qui ne cessa, pendant plusieurs jours, de traverser la longueur des appartements royaux depuis la porte de la chapelle jusqu’au pavillon de Flore, il se commit peu de dégâts, et l’on n eut a regretter la perte que d’un très-petit nombre d’objets de prix (1).

Le 1®'' mars, conformément au décret du g;ouvernement provisoire, on organisa, dans les grands salons de réception du premier étage, un service d’hôpital pour les JuTalides civils. Cent vingt lits reçurent lés blessés. M. Leroy d’Étiolles fut nommé médecin en chef; M. Imbert, ancien détenu politique, directeur du servi-ce. Le clergé accourut avec empressement. Dans la salle du trône, sur une console dont on fit un autel, l’archevêque de Paris vint, en grande pompe, ofirir le sacrifice de la messe. A l’aide de paravents, on établit des confessionnaux, et, comme un grand nombre de blessés recevaient les soins de femmes avec lesquelles ils entretenaient des relations non consacrées par l’Église, comme beaucoup d’entre eux n’avaient jamais approché des sacrements, on célébra des mariages, on donna la première communion. Il arriva même que l’on eut à administrer le baptême en même temps que l’extrême-onction à ces prolétaires restés indifférents jusque-là aux enseignements de la religion catholique.

Pour que rien ne manquât au spectacle étourdissant de cette mêlée révolutionnaire, pendant que le clergé officiait dans la salle du trône, une partie des hommes qui avaient formé les postes de surveillance et qui avaient empêché bien des dégâts, se relâchaient de leur première discipline et se mettaient à faire bombance dans les caves et les cuisines royales. C’étaient pour la plupart des gens exerçant les professionslesplusbasses, modèles académiques, escamoteurs, vendeurs de contre-marciues, etc. On peut se figurer l’éblouis-

fl) Sur une valeur de trois millions d’argenterie, gar exemple, il en in;;nqua pour une dixaine de mille IVancs.

sernent de ces hommes de misère, quand ils I se virent dans ce palais .splendide , convives ' d’un festin préparé pour des princes, libres de troquer leurs haillons contre le brocart et la soie et de reposer l’ivresse des vins exquis sur les lits et les divans des princesses royales ! Afin de rendre la fête plus complète, ils appelèrent dans le palais des filles de joie.

Bientôt le bruit courut qu’ils prétendaient y perpétuer leurs .saturnales. Comme on entendait parfois la nuit des détonations mystéj rieuses dans la cour ou dans le jardin, on crut qu’ils commettaient des crimes affreux; on leur prêta mille projets sinistres. Le préfet de police pensa qu’il y allait de son honneur de mettre fin à un état de choses aussi irrégulier, et qu’il suffirait pour cela d’envoyer l’un de ses chefs montagnards à la tête d’une com- I pagnie, avec l’ordre d’expulser de gré ou de force l’étrange garnison des Tuileries. Mais cet ordre imprudent faillit amener une catastrophe. Quand le capitaine Saint -Amand transmit à ces hommes, auxquels il était censé comm.ander, mais qui, en réalité, n’obéissaient qu’à deux ou trois des leurs, l’injonc- I tion de M. Caus.sidière, on lui répondit par un refus péremptoire. Une rumeur effroyable s’éleva dans les rangs; tous s’écrièrent qu’on leur faisait un outrage , qu’on les voulait ' chasser avec ignominie, eux, les braves combattants, les citoyens dévoués qui avaient sauvé les Tuileries de la dévastation; tous déclarèrent qu'ils feraient plutôt sauter le palais que de subir nu affront pareil. En proférant ces menaces , ils chargeaient leurs armes et s’apprêtaient au combat. Dans le même temps, on entendait au dehors la troupe de M. Caussidière qui battait la charge etcroisait la baïonnette. Que le signal de l'as.saut ' fût donné, et c’en était fait peut-être du palais ' des Tuileries, Dans cette extrémité, le capi- ^ taine Saint-Amand, qui avait envoyé prévenir ' le gouvernement provisoire, essaya de gagner du moins un peu de temps et se mit à haranguer sa redoutable garni.-on. I! feignit d’en- : trer dans ses colères, de partager son indi-

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