DEUXIÈME PARTIE
LA com:.i;£Sion du luxlmüoukg. (p. 2«0.)
ment à Paris une députation de gardes nationaux, chargée de protester contre la nomination de M, Deschamps et d’exiger qu’il fût remplacé par M. Senard. Mais, comme les accusations quelle portait contre M. Deschamps étaient des plus vagues et accompagnées de menaces, le ministre n'y fit pas droit. Dès lors, la ville de Rouen se partagea en deux camps pleins d’animosité, et il fut ai; é de prévoir qu’ils ne tarderaient pas à en venir aux mains.
L’armement de la garde nationale, dont, sous différents prétextes, on éloignait les ouvriers, fut pendant tout le mois de mars le sujet de plaintes de leur part et l’occasion de provocations imprudentes de la part de la bourgeoisie. L’irritation des ouvriers était grande; loin de chercher à l’apaiser, on la offensée de ce cl oix. Elle envoya immédiate- porta au comble en les menaçant brusquement
K ateliers nationaux, d’oü sortit incontinent la B guerre civile. j
B M. Ledru-Rollin avait nommé commissaire B dans le département de la Seine-Diférieure un B' avocat radical, d’un talent distingué, M. Des- B champs, qui, depuis bien des années, rivalisait ^ d’influence au barreau et dans la lutte politique e avec M. Senard, dont les opinions se rappro- 9 chaient davantage du libéralisme de la bourgeoisie. C’était encore là, comme partout, la V querelle du National et de la Réforme. La campagne des banquets venait d’envenimer très-fort cette querelle. Le parti radical s’était : laissé battre sur la question du toast au roi, et | quand M. Deschamps se présenta officielle- ,
■ ment à Rouen en qualité de premier fonction- . naire de la République, la bourgeoisie, qui se croyait maîiresse du terrain, se tint pour I
D. sn 1,N.
de faire fermer les ateliers nationaux. Enfin, , l’agitation causée par les élections et l’échec de la liste exclusive , très-impolitiquement suggérée aux prolétaires par le comité parisien , amenèrent l’explosion , prévue depuis longtemps, des colères du peuple.
Sous beaucoup de rapports, la ville de Lille était en 1848 dans des conditions analogues à celles oii se trouvait Rouen. Chef-lieu d’un département qui compte un million d’habitants répartis entre les travaux de l’agriculture, de la navigation et de la fabrique ; centre actif et en apparence florissant d’une province où les progrès delà culture, savamment combinés avec ceux de l’industrie et l’extension du commerce, ont atteint, dans les genres les plus variés, une perfection admirable, Lille est comme Rouen, malgré ses anciennes institutions de bienfaisance municipale plus nombreuses et plus larges qu’en aucune autre ville de France, dévorée par un effroyable paupérisme (1).
Mais l’opinion républicaine et les traditions révolutionnaires sont demeurées plus vives dans le département du Nord que dans le département de la Seine-Inférieure. La ville de Lille, qui s’était signalée, en 1789, par son patriotisme et, sous la Restauration, par son esprit libéral, avait eu, dès les premières années du règne de Louis-Philippe, une société républicaine formée des débris du carbonarisme, qui fit par la presse et par des affiliations secrètes une propagande active. Peu à peu, le radicalisme se dégagea du libéralisme avec lequel il s’était d’abord confondu. On se rappelle comment, au banquet réformiste, il l’emporta définitivement sur l’opposition dynastique représentée parM. Odilon -Barrot, dans la personne de îvl. Ledru-Rollin, à qui son ami, M. Delescluze, rédacteur en chef du journal V Impartial du Nord, avait ménagé ce triomphe. Quant
(1) De plus amples détails ne seraient pas ici à leur place. Selon le rapport d’un médecin do Lille, ou a calculé que, dans les ti'inps prospères, Lille compte un indigent sur trois habitants. Sur 21,000 enfants dans la classe pauvre, il en est mort, dans une année ordinaire, 20,700 avant l’àge de sept ans. (Voir le linpport de M. Ulawjiii à l’Académie des sciences morales et polilitpies.)
au socialisme, il existait à peine encore à l’état théorique, et l’école phalanstérienne. qui comptait à Lille un certain nombre d’adeptes, repoussait toute alliance avec les radicaux révolutionnaires (1),
Lorsque parvinrent à Lille les nouvelles de la fuite de Louis-Philippe et de l’établissement d’un gouvernement provisoire, le préfet, M. Desmousseaux de Givré, quitta précipitamment la préfecture et se retira chez le commandant de la division militaire. Le 27 février au soir, M. Antonj^ Thouret, chargé par M. Ledru-Rollin d’une mission assez vague, mais qui s’annonçait comme préfet provisoire du département du Nord, arriva à Lille escorté de quelques jeunes gens des villes d’Amiens, d’Arras et de Douai où il venait de faire pro- ' clamer la République. M. Antony Thouret fut accueilli sans démonstrations hostiles, mais avec une extrême froideur. Ses antécédents ne lui donnaient pas une grande autorité dans les départements qu’il venait administrer , et cette autorité se vit encore fort amoindrie par la lutte qui s’engagea immédiatement entre lui et M. Delescluze, à qui il avait apporté, sans le savoir, une dépêche de M. Ledru- Rollin, qui conférait à ce dernier les pouvoirs extraordinaires de commissaire général dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Des conflits qui furent la suite de ce malentendu, de l’extrême négligence dans les instructions données au ministère de l’intérieur (2), et de leur peu d’accord avec celles
(1) M. Hennequin, l’un des chefs de l’école phalanstérienne, se trouvant à Lille, le jour du bancjuet, non-seulement no s’y présenta pas, mais, pour mieux protester, il lit annoncer pour la même heure une conférence publique. De son côté, M. Ledru-Rüllin, à qui, dans un souper que lui offrait la loge maçonnique, l’un des convives posait cette question : « Etes-vous communiste? » i-épondait catégoriquement : « Je ne suis ni communiste ni socialiste. )>
(2) J’ai déjà eu occasion de . faire remarquer combien ces instructions btfaucoup trop vagues au point de vue administratif, étaient modérées et conciliantes au point do vue politique. La lettre ci-jointe de M. Jules Favre, adressée à M. Delebecque, rédacteur en chef du Libéral du Nord, en date du 2 mars, le montre avec évidence :
« Paris, 2 mars lb4S.
«( La République doit être (partout accueillie avec joie, parce qu’elle est la fin d’un système de compression et de honte nationale et le commencement d’une ère vraiment démocratique.