DEUXIEME PARTIE
CSBET, RASPAIL, BARBÉS (p. 230),
avocat, député de l’Ariége en 1831, élu à Toulouse en 1839, non réélu en 1846, défenseur des accusés républicains dans le procès d’avril, était l’iin des plus caractérisés entre ces républicains armés de toutes pièces auxquels, depuis la circulaire du 8 mars, on donnait, un peu ironiquement, le nom de H'pullicains de la veille. Il possédait à fond la pratique et le langage des anciens patriotes; il aimait l’appareil militaire ; il croyait fermement ce que M. Ledru-Rollin ne parvenait pas
toujours à se persuader : que le gouvernement républicain devait se montrer jalousement exclusif, et qu’entrer en accommodement avec le temps, les hommes et les choses, ce serait une trahison à la cause démocratique.
On se rappelle le triste procès intenté au frère Léotade, dans le courant de l’année 1847. La ville de Toulouse en était encore tout émue. Les passions religieuses s’étaient réveillées en cette occasion avec une ardeur qu’on ne leur croyait plus. Catholiques et
D. STERN
protestants, nobles légitimistes et bourgeois libéraux se retrouvaient en présence, armés de tous leurs préjugés, de tous les souvenirs de leurs anciennes luttes.
M. Jolly, défenseur des parents de Cécile ! Gombette, la victime de Léotade, était, le 26 février, à l’audience, où il se disposait à plaider, lorsqu’on lui remit une lettre qui lui ap^ prenait les événements de Paris. D’autres correspondances, arrivées par le même courrier, annonçaient à plusieurs personnes présentas au palais la régence de madame la duchesse d’Orléans et le ministère de M. Odilon Barrot. Le trouble causé par ces nouvelles fut si grand, qu’il fallut suspendre l’audience.
Les amis politiques de M. Jolly, qui l’atten- j daient à la sortie du palais, au nombre de quatre à cinq cents environ, décidèrent qu’il fallait faire la révolution à Toulouse et, sans attendre d’autres nouvelles de la capitale, proclamer, à leurs risques et périls, la république.
Aussitôt cette résolution prise, une vingtaine d’étudiants se répandent par les rues pour soulever le peuple. M. Jolly, à la tête d’une colonne de républicains, très-petite au départ, mais qui grossit en marchant, va droit à la place du Capitole, où la troupe, sans trop comprendre de quoi il est question, la laisse passer. Il entre dans la salle du conseil municipal qui, en l’absence du préfet, M. Duchàtel, administre le département. Après avoir destitué de sa propre autorité les membres présents, il paraît au balcon, harangue le peuple qui, dans cet intervalle, s’est rassem- | blé en grande foule sur la place, proclame la | république et ordonne aux officiers, qui le re- i gardent tout ébahis, de faire rentrer les trou- I pes dans les casernes. A la préfecture, M. Jolly j ne rencontre pas plus de difficultés. Le secré- j taire général, apprenant ce qui se passait au ; Capitole, avait jugé prudent de s’éloigner en ; laissant les clefs à un garçon de bureau. Trois cents hommes du régiment d’artillerie, qui : occupaient l’hôtel, ne firent pas mine de le vouloir défendre. Du 26 au 29 février, où le i
télégraphe apporta à M. Jolly la nouvelle officielle de l’établissement d’un gouvernement provisoire et sa propre nomination aux fonctions de commissaire, la ville de Toulouse demeura dans le plus singulier état qui se puisse imaginer. La république était proclamée, à la vérité, mais elle n’avait qu’une existence tout à fait abstraite, car, en cas de lutte, la petite minorité de la population qui l’aurait soutenue était sans armes et sans organisation. Depuis sept ans la garde nationale était dissoute; tandis que le parti conservateur, s’il avait eu la moindre velléité de combat, disposait de 6,000 hommes de troupes régulières dans la ville et de 12 à 15,000 dans les environs. Les républicains eux-mêmes ne pouvaient croire à un si facile succès. Plus tard, quand les royalistes se vengèrent du dédain qu’on avait trop laissé paraître pour eux, ils oublièrent qu’ils devaient surtout s’en prendre à eux-mêmes de tout ce qui les avait blessés, et qu’une attitude plus ferme eût rendu les procédés dont ils se plaignaient absolument impossibles chez un peuple où le courage tient le premier rang entre toutes les vertus dans l’estime publique.
Cependant M. Jolly se trouva bientôt dans une situation embarrassée entre le ministre de l'intérieur, qui désapprouvait formellement les destitutions, les suspensions, toutes les mesures conformes au vieux programme de la politique jacobine, et le club communiste, par lequel il se voyait traité de réactionnaire.
Les défiances en étaient venues à ce point, parmi les ouvriers qui fréquentaient ce club dirigé par un partisan de M. Blanqui, que, le 9 avril, ils se portèrent à la préfecture dans le dessein de s’en emparer et d’en chasser le commissaire ; mais M. Jolly avait été prévenu. La garde nationale, accourue à sa défense, eut aisément le dessus dans la lutte qui s’engagea, malgré l’extrême animation des ouvriers , parce que ceux-ci, au nombre de neuf cents environ, étaient très-mal armés et que leur chef se laissa prendre dès le commencement de la lutte. Le lendemain, le club communiste fut fermé, son journal suspendu; la garde na-