DEUXIÈME PARTIE
littéraires en langue magyare. Dès ce moment, il s’appliqua à rajeunir l’idiome de ses pères, qui prit sous sa plume, et plus tard dans ses harangues, une souplesse et une clarté admirables. Lorsque Kossuth parut pour la première fois, en 1830, dans l’assemblée du comitat de Zemplin, où sa condition de gentilhomme et sa profession d’avocat lui donnaient accès, quand il appela les sympathies de ses concitoyens sur la Pologne insurgée, une vive acclamation l’interrompit à plusieurs reprises; il fut décidé aussitôt qu’on enverrait à Vienne des députés, afin de demander, pour les Hongrois, l’autorisation de lever, à leurs propres frais, une armée de 50,000 hommes destinés à secourir l’insurrection polonaise. Seize comitats se joignirent à cette occasion au comitat de Zemplin. Ce premier succès donna au nom de Kossuth un retentissement dont lui-
même, sans en être ébloui, sentit toute l’importance. Kossuth était déjà possédé alors d’une haute ambition. Il voulait ranimer le patriotisme magyar et former en Hongrie un parti politique pour défendre la constitution contre les empiétements arbitraires de la cour de Vienne. N’ayant ni rang, ni biens, ni fonction dans l’Etat, son unique moyen de conquérir l’ascendant sur les grands et sur le peuple, c’était son éloquence et le prestige qui s’attache à la célébrité. Il saisit, il multiplia en conséquence les occasions de parler dans les assemblées des comitats et réussit à se faire envoyer par eux, en 1 832, à la seconde chambre de la diète, en qualité de député sup pléant. Bien que cette position ne lui donnât dans les délibérations qu’une voix consultative, malgré la jalousie des magnats que l’éclat de son nom commençait à offusquer, il sut pTen-
ni emmanuei. araco et les voraces a i.yon (r. 2f0 )
D. STRRN
dre, en plusieurs circonstances, une initiative très-heureuse, qui marqua sa place à la tête du parti national. Ce fut lui qui, le premier, conçut l’idée d’adresser aux comitats des lettres circulaires où l’on rendait compte des discussions de la diète. Jusque-là, le pays n’apprenait le résultat des délibérations que par des résumés très-succincts et très-inexacts donnés par la presse censurée.' La pensée de Kossuth, en répandant, autant que le permettait la surveillance de la police, ces comptes rendus qui rappellent les fameuses Lettres de Mirabeau a ses commettants, était éminemment politique. Aussi le gouvernement autrichien ne tarda-t-il pas à en prendre ombrage, et la correspondance parlementaire fut interdite. Mais elle avait déjà porté ses fruits. L’opinion publique avait reçu une impulsion décisive ; Kossuth se sentait appuyé à ce point qu’il pouvait tenter de résister ouvertement aux ordres de l’Autriche. Quatre années dans la forteresse de .Bude châtièrent sa hardiesse ; une popularité immense le couronna. L’attention publique se concentra sur sa personne ; il préoccupa toutes les imaginations, gagna toutes les sympathies, et, quand les portes de la prison s’ouvrirent devant Kossuth, le pays tout entier crut avoir retrouvé la liberté.
Pendant les q^uatre années qu’il vécut enfermé à Bude, il s’appliqua à l’étude de la révolution d’Angleterre et de la Révolution française, particulièrement dans la conduite des assemblées. A peine hors de prison, en 1844, il prit la direction d’un journal démocratique [Pesti Hirlap) fondé à Pesth par le baron Wesselényi. Le succès de ce journal, le premier où les affaires publiques eussent été traitées avec talent et liberté, passa toute espérance. L’adhésion du comte Louis Batthiànyi, chef de l’opposition dans la chambre des magnats, fut la marque la plus significative de ce succès. L’union du grand seigneur, resté jusque-là dans la mesure politique du parti tory, avec l’agitateur démocratique acheva de constituer le parti national.
En 1847, le comte Batthiànyi proposa la
candidature de Kossuth aux électeurs du comitat de Pesth, qui le nommèrent. Dès son eiftrée à la diète de Presbourg, et malgré les attaques du parti conservateur à la tête duquel était le comte de Szècsenyi, Kossuth se vit implicitement reconnu comme chef de l’opposition. Les hommes les plus considérables dans les deux chambres, Wesselényi, Ladislas Teleki, Majlath, Dèak,Szemere, Eotvos, recherchaient son amitié et rendaient à l’envi hommage à un talent dont aucun autre ne pouvait déjà plus balancer l’influence. Chacun des discours de Kossuth devint un événement politique. Chacun de ses succès de tribune relevait l’orgueil national et grandissait dans les cœurs l’image de la patrie. j
Lorsque arriva,^ à la diète, la nouvelle de j la révolution de Février, ce fut Kossuth qui, dans un discours où il se surpassa lui -même, ^ fixa les points principaux où l’opposition devait porter l’attaque et posa en quelque sorte les bases du nouveau droit constitutionnel sur lequel ses concitoyens auraient à édifier l’in- i dépendance de la Hongrie. Son grand sens politique lui faisait comprendre dès lors que la , Hongrie ne devait pas combattre isolément pour des droits particuliers, mais se faire le champion du droit général de toute la monarchie autrichienne. « L’avenir de la djmastie, s’écriait-il, est, selon ma ferme conviction, intimement lié à la fédération fraternelle des peuples sur lesquels s’étend son empire, et cette confédération, elle n’y peut parvenir qu’en inscrivant le droit des nationalités dans une constitution libérale. Ni le bourreau ni la ba'ionnette ne seront jamais un moyen d’organiser et d’unir les peuples. « Ce discours, ! accueilli par des applaudissements passionnés, déterminait l’assemblée à envoyer à Vienne une députation où toutes les nuances d’opinion étaient représentées, et qui, sous la conduite de l’archiduc palatin , se chargeait de porter à l’empereur les vœux de la nation hongroise.
Nous venons de voir comment cette dépu- { tation fut accueillie par le peuple. Le nom de I Kossuth, déjà populaire à Vienne, avait plus |