‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 174 sur 266 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

RACMEt. CHANTANT L.A MARSEILLAISE (p, 34S).

d’une tempête formidable, leur transmettait ce droit naturel et leur imposait le devoir de l’exercer en vue du salut commun.

. Si l’on remonte dans l’histoire à l’origine des souverainetés les mieux établies, à partir de la souveraineté élémentaire des chefs de hordes nomades jusqu’à celle des dynasties royales et aux souverainetés compliquées des gouvernements constitutionnels, il est douteux qu’on en découvre une seule qui ait été conférée ou subie à un autre titre. Le consentement universel n’ajamaispu être que supposé et déduit de l’acclamation d’un grand nombre.

Mais cette légitimité d’origine admise pour le gouvernement provisoire, quelle était la nature et jusqu’où s’étendait la limite de ses pouvoirs? C’était Tà une question plus grave encore, et qui devait donner lieu à des accusations nouvelles. Le gouvernement lui-même se partagea sur ce point ; il se forma dans le conseil une majorité et une minorité; il s’y produisit spontanément comme deux consciences politiques. Selon la minorité, les pouvoirs du gouvernement, par cela seul qu’ils étaient révolutionnaires, étaient absolus, illimités, constituants; on ne devait les abdiquer

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qu'après avoir complètement organisé les forces et institué les principes révolutionnaires dans l’Etat. Selon la majorité, le gouvernement d’urgence sorti de l’insurrection avait pour tâche uniquement d’aider la nation à se donner un pouvoir légal et, en attendant qu’il fût formé, d’administrer la chose publique, sans s’immiscer dans la législation, sans rien préjuger, sans anticiper en aucune manière sur les décisions de l’Assemblée nationale, pas même par la proclamation de la République.

Dans l’un comme dans l'autre de ces jugements, je trouve quelque chose de trop absolu.

Après trente années de règne constitutionnel, dans un temps et dans un pays où les mœurs ne permettaient pas les violences systématiques, la dictature exercée par onze hommes aussi divisés entre eux que l’étaient les différentes classes de la nation entre elles, c’était une conception chimérique. L’adminis= tration pure et simple des affaires, cette espèce d’arbitrage, de justice de paix sans initiative, en était une autre non moins absurde, dans un moment où le besoin d’agir, de se répandre, de s’organiser, poussait chaque jour les masses de prolétaires armés sur la place publique, où la soif des nouveautés s’était emparée des imaginations, de telle sorte qu’il fallait se hâter de la satisfaire, sous peine de la voir dégénérer en fureur. La raison d’État commandait, en des circonstances si compliquées et si graves, d’abréger la durée d’un pouvoir né fortuitement d’une nécessité temporaire; mais elle commandait également d’ouvrir au plus vite de large's issues à l’esprit révolutionnaire qui, depuis 1789, n’a jamais reculé en France que pour revenir à la charge avec une intensité redoublée, et de lui donner toutes les satisfactions que ne repoussait pas la conscience publique.

C’était là une question d’appréciation infininrent délicate. Il aurait fallu aux hommes du gouvernement provisoire un don singulier d’intuition pour reconnaître, dans la multitude

des exigences, des vœux, deë avis dont ils se voyaient assaillis à toute heure, les idées susceptibles d’être formulées en l(fis, autrement dit, les idées qui trouvaient dans les mœurs cette préparation suffisante, laquelle est aux créations de la science sociale ce qu’un certain état de l’atmosphère est aux créations de la nature physique. Il aurait fallu que, dans ce conflit tumultueux des passions déchaînées, ils entendissent distinctement, pour lui obéir, la 'ooix du 'peuple , qui, selon l’antique et mystérieux axiome, est l’oracle souverain, la voix de Dieu.

Nous touchons ici au point essentiel de notre examen.

Que doit-on entendre par cette voix du, peuple ou de Dieu,, que la révolution venait de donner pour fondement au droit politique, en instituant le suffrage universel?

Pas autre chose que l’instinct commua à tous les êtres organisés, depuis le plus infinie animal jusqu’aux sociétés les plus parfaites, de retenir ou d’accroître en eux la vie en repoussant ce qui nuit, en s’assimilant ce qui convient à leur nature.

C’est par ce travail organique que les êtres s’individualisent, que lés individus forment des races, que les races se conservent et se perfectionnent. Quand ce travail s’alanguit et s’arrête, l’individu ou la race décroît et meurt.

Mais ce qui reste chez les races inférieures à l’état de pur instinct, se combine chez l’homme avec la réflexion et prend un caractère supérieur : Vmstinct devient le génie.

Tous les gouvernements que les peuples se sont donnés ont eu pour mission de représenter cette action commune de la raison combinée avec l’instinct et d’exprimer ainsi le génie national aux différentes phases de son développement historique.

Ils ont été légitimes et forts tant qu’ils ont écouté l’instinct confus et général des masses, tant qu’ils l’ont défini, particularisé suivant les temps, et prononcé dans les lois. Ils ont été brisés, expulsés par les révolutions, quand.

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