‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 176 sur 266 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

cette heure le mot d’une lutte dont on ne sait pas conjurer la menace. Socialisme ou dÀmocratie, c’est le mot incompris de l'organisation et de la paix indéfiniment ajournées. Aussi longtemps que la bourgeoisie confondra le communisme et le socialisme, la démocratie et le terrorisme, et combattra l’un avec l’autre, au lieu de combattre l’un par l’autre, la société sera livrée à l’action et à la réaction i perpétuelles de l’état révolutionnaire.

Le jour où la bourgeoisie comprendra que l’aspiration du prolétariat est légitime et qu’il lui faut donner satisfaction par la réforme des ; institutions sociales, le communisme et le ter- | rorisme auront cessé d’exister. On ne saurait trop le répéter, le communisme n’a qu’une valeur accidentelle et toute négative dans l’état social au dix-neuvième siècle, particulièrement dans l’état de la société française. Non-seulement la conception sur laquelle il repose est anti-scientifique et radicalement opposée au mouvement de la civilisation moderne, mais encore il est plus spécialement anti-français.

L’hypothèse d’un Etat communiste, admissible à la rigueur pour quelques peuples de l’Europe orientale, n’est pas soutenable quand on l’applique aux nations de race latine où le sentiment de ja personnalité, et conséquemment de la propriété, est arrivé à son plus haut degré de puissance. Dans la conception française de l’idée de propriété, on sent encore la consécration religieuse de son origine romaine. Le prolétariat communiste lui-même, qui nie la propriété et la personnalité, par

cela seul qu’il désespère d’y atteindre, le jour où il saisirait le pouvoir, se sentirait frappé d’impuissance et vaincu par le génie de la nation (1).

Aux yeux du philosophe, le problème reste aujourd’hui, après une douloureuse expérience de trois années , posé exactement dans les mêmes termes où le posa la voix du 'peuple en proclamant, le 24 février 1848, la République démocratique et sociale .

Quels que soient désormais les accidents prochains ou lointains de la crise dans laquelle la France est engagée; quels que soient le nom et la forme des gouvernements qui se succéderont, ils n’auront pas d’autre sens, nas d’autre caractère, pas d’autre mission que celle qui fut donnée au gouvernement provisoire. Ils seront brisés, ils demeureront impuissants, ils n’auront ni force ni durée, s’ils n’expriment pas le génie national, la voix de Dieu au dix-neuvième siècle ; Le siofrage universel instituant la démocratie (2).

(1) La répulsion profonde du peuple pour les deux formes de l’idée communiste qu’il voit réalisées, l’hospice et la fasse commune, serait, à défaut d’autres raisons plus scientifiques, un signe manifeste de son sentiment énergique de personnalité et de propriété. Un gouvernement qui assurerait au cadavre du pauvre la propriété de six pieds de terrain dans un cimetière serait le gouvernement le plus populaire qu’on eût jamais vu.

(2) « Le salut ou la perte des Etats, écrit Gioberti, reposent aujourd’hui sur les idées et sur les classes démocratiques. Qui les a contraires est perdu; parce que la démocratie croît terriblement chaque jour, envahit tout et acquiert de la force jusque dans ses défaites.

« La sainte o la perdizione degli statl sono oggi riposte nelle idee et nelle classi democratice. Chi le ha contro è sfedato; perché la democrazia cresce ogni giorno terribilnicnte, invadi tutti gli ardicci e acquista verbo dalle sue sciagure. » i^Dt\ Rniovamento civile d'itulia, v. I, p. 91.)

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