‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 177 sur 266 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

L’Assemblé constituante. — Le ministère du travail. — Affaires de Pologne. — Journée du 15 mai.

Jamais peut-être, depuis l’établissement des gouvernements libres, aucune assemblée politique n’avait possédé une force de situation et d’opinion comparable à celle dont l’Assemblée nationale constituante se voyait investie lorsqu’elle ouvrit solennellement ses débats, le 4 mai 1848.

Derrière elle, pour la soutenir, la nation entière dont elle était issue par le suffrage universel, exercé pour la première fois dans toute son extension, avec une liberté parfaite et un ordre admirable. Devant elle, table rase. Plus un seul pouvoir debout pour partager son initiative, limiter ses droits ou résister à ses volontés; pas un tieto pour en suspendre l’application. Ni roi, ni princes, ni cour, ni ministres, pour lutter avec elle de ruse ou d’audace. Rien qui pût seulement la distraire de son omnipotence incontestée.

Que manqua-t-il donc à l’Assemblée constituante pour créer une œuvre durable? Que manqua-t-il à ses intentions droites, à ses talents, à son courage? Une chose; une seule, mais décisive dans la vie des hommes et des sociétés : la conscience de sa force.

L’expérience a fait connaître que de l’échange perpétuel des idées et des sentiments dans une réunion d’hommes, très -séparés d’ailleurs, mais appliqués à un but commun, il se dégage une sorte d’esprit collectif, qui constitue le caractère, ou ce que l’on pourrait appeler l’individualité de cette réunion. Cela

s’est vu toujours dans les communautés religieuses, dans la magistrature, dans l’armée, dans les académies, dans les assemblées politiques. Et selon que cet esprit s’est plus ou moins révélé à lui-même, on l’a vu exercer au dehors une action plus ou moins sensible. L’Assemblée constituante de 1848, troublée dès ses débuts par des événements et des influences dont je vais essayer de retracer les effets, n’est jamais arrivée à un dégagement complet du bon esprit dont elle était animée; sa personnalité ne s’est accusée suffisamment ni aux yeux du peuple, ni à ses yeux propres. Aussi, après une carrière de plus d’une année, carrière pleine d’angoisses et de contradictions, après avoir montré tour à tour beaucoup de fermeté et beaucoup de faiblesse, les pressentiments les plus justes et d’inconcevables illusions, a-t-elle résigné avec découragement et tristesse la puissance suprême, sans en laisser d’autres traces qu’une constitution

éphémère du sein de laquelle surgissaient deux pouvoirs égaux et opposés, rivaux avant même de s’être regardés face à face, et qui allaient bientôt replonger le paj^s dans une confusion plus grande encore que celle dont on venait à peine de le faire sortir.

L’histoire de l’Assemblée constituante nous offre cependant un digne sujet d’études, et l’intérêt qui s’attache à ses travaux se mesure moins aux résultats obtenus qu’à la grandeur de l’entreprise tentée.

Instituer la démocratie ce sera l’œuvre de plusieurs siècles, peut-être, car il s’agit d’une civilisation nouvelle à faire sortir d’un principe tout nouveau. Depuis que les dieux n’interviennent plus dans les affaires hunuiines, depuis (iu’on ne voit plus les législateurs des-

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