‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 18 sur 266 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

■ sentes sur divers sujets importants, notamj Inent sur les biens communaux, sur le régime des hypothèques, sur le mont-de-piété, sur l’application des caisses d’épargne à de nouvelles améliorations dans la condition des classes ouvrières. C’est mon vœu constant, que ! mon gouvernement travaille avec votre con- I cours à développer en même temps la moralité et le bien-être des populations.

« Mes rapports avec les puissances étrangères me donnent la confiance que la paix du monde est assurée. J’espère que les progrès de la civilisation générale s’accompliront partout et de concert entre les gouvernements et les peuples, sans altérer l’ordre intérieur et les bonnes relations des États.

« La guerre civile a troublé le bonheur de i la Suisse. Mon gouvernement s’était entendu I avec les gouvernements d’Angleterre, d’Auj triche, de Prusse et de Russie, pour ofifrir à ce j peuple voisin et ami une médiation bienveil- I lante. La Suisse reconnaîtra, j’espère, que le

i respect des droits de tous et le maintien des bases de la confédération helvétique peuvent seuls lui assurer les conditions durables de bonheur et de sécurité que l’Europe a voulu lui garantir par les traités.

« Mon gouvernement, d’accord avec celui de la Grande-Bretagne, vient d’adopter des mesures qui doivent parvenir enfin à rétablir nos relations commerciales sur les rives de la Plata.

« Le chef illustre qui a longtemps et glorieusement commandé en Algérie a désiré se reposer de ses travaux. J’ai confié à mon bienaimé fils le duc d’Aumale la grande et difficile tâche de gouverner cette terre française, j Je me plais à penser que, sous la direction de mon gouvernement, et grâce au courage laborieux de la généreuse armée qui l’entoure, sa j vigilance et son dévouement assureront la , tranquillité, la bonne administration et la prospérité de notre établissement, j , « Messieurs, plus j’avance dans la vie, plus j je consacre avec dévouement au service de la France, au soin de ses intérêts, de sa dignité,

de son bonheur, tout ce que Dieu m’a donnér et me conserve encore d’activité et de force. Au milieu de l’agitation que fomentent les passions ennemies ou aveugles, une conviction m’anime et me soutient, c’est que nous possédons dans la monarchie constitutionnelle, dans l’union des grands pouvoirs de l’État, les moyens les plus assurés de surmonter tous ces obstacles, et de satisfaire à tous les intérêts moraux et matériels de notre chère patrie. Maintenons fermement, selon la Charte, l’ordre social et toutes ses conditions. Garantissons fidèlement, selon la Charte, les libertés publiques et tous leurs développements. Nous remettrons intact aux générations qui viendront après nous le dépôt qui nous est confié, et elles nous béniront d’avoir fondé et défendu l’édifice à l’abri duquel elles vivront heureuses et libres. »

Ce langage ne pouvait laisser subsister aucun doute. Il était bien expliqué, bien entendu, que le ministère ne céderait pas d’une ligne à l’opposition dynastique. La manifestation des banquets n’avait à ses yeux d’autre caractère que celui d’une bravade inconsidérée, presque factieuse ; il considérait comme un droit, comme un devoir de la flétrir et de dénoncer à la France les hommes qui n’avaient pas craint de s’y associer, c’està-dire une minorité imposante dans la Chambre et une partie notable de la classe la plus influente dans le pays. C’était pousser l’infatuation jusqu’à la démence.

De crainte qu’on ne s’y méprît, M. Guizot avait d’ailleurs le soin de dicter au Journal des Débats et à la Reme des Deux Mondes^ ses organes quasi-officiels, des commentaires encore plus provoquants que le discours du trône. “ Le ministère a relevé publiquement le gant qui lui était jeté, disait la Reme du R’' janvier. Qu’il l’ait fait sous une forme tant soit peu agressive, nous ne lui en ferons pas un reproche ; nous trouvons au contraire merveilleux ceux qui accusent le gouvernement d’avoir fait du roi un chef de parti, comme si

le roi n’avait pas, après tout, le droit d’être le chef de son parti.

« Si la question est ainsi posée, à qui la faute, sinon à ceux qui, dans les banquets, ont élevé ou laissé s’élever des partis contre celui du roi et de la Constitution ? Depuis six mois, nous voyons des caricatures rétablir les autels de Robespierre et de Marat, et y sacrifier les lois, en attendant qu’ils puissent y sacrifier autre chose, et le gouvernement n’aurait pas le droit de dire que la royauté a des ennemis ! Depuis six mois, les chefs de l’opposition dynastique laissent impunément traîner la dynastie et la Charte dans la boue républicaine, et dissimulent honteusement leur drapeau devant celui des ennemis de la Constitution, et il ne serait pas permis de leur dire qu’ils sont aveugles l « Ce jour-là même le Journal des Délais disait, dans un article très-dédaigneux, en faisant allusion aux menaces du radicalisme : « Marchez sur le fantôme, il s’évanouira ; fuyez, il grandira jusqu’au ciel. »

Cependant le discours du trône faisait baisser la rente. Plusieurs fois, sur son passage ou sous ses fenêtres, Louis-Philippe put entendre dans les rangs de la garde nationale les cris de A las la corruption ! vive la réforme ! Trois élections hostiles ébréchaient la majorité conservatrice. La liste des candidats présentée au roi pour la nomination d’un maire du deuxième arrondissement portait exclusivement des noms connus dans l’opposition, et marquait ainsi, de la manière la moins équivoque, les dispositions frondeuses de l’un des quartiers les plus considérables de Paris. Enfin, le récit imprimé d’un honteux trafic de places, en entachant le président du conseil, personnellement épargné jusque-là, venait compléter la série de ces révélations ignominieuses par lesquelles le cabinet se voyait coup sur coup dépouiller du peu qui lui restait encore d’autorité morale (1). C’étaient là de

(1) Par des motifs qui furent diversement interprétés, M. Petit, receveur particulier à Corbeil, publiait, avec toutes les preuves à l’uppui, la seandaleuse histoire d’uue conven-

médiocres sujets de triomphe ; mais les ministres avaient leur arrière-pensée. Ils trouvaient, dans la tension même de cette crise dont chacun s’effrayait, des motifs de s’applaudir, parce que, selon leur conviction intime, à la première tentative d’émeute provoquée par les radicaux, le pays ouvrirait les yeux et retrouverait soudain, par la conscience du danger, le sentiment de l’ordre, c’est-à-dire une soumission absolue à la politique conservatrice. Nous allons voir de quelle manière ces prévisions furent déjouées par l’événement.

A la Chambre des pairs, c’est à peine si l’on put s’apercevoir que la situation du cabinet était empirée. L’adresse rédigée par M. de Barante reproduisait, selon la coutume, avec de légères modifications dans les termes, le discours du trône. Elle se montrait peu favorable à la réduction de l’impôt sur le sel et de la taxe des lettres. Le paragraphe relatif aux affaires de la Suisse était d’une insignifiance calculée. Tout faisait présager une discussion sans franchise, engagée pour la forme seulement, afin de demeurer dans la fiction des trois pouvoirs, fiction sans laquelle la philosophie politique de l’école doctrinaire n’admet pas que l'on puisse gouverner un peuple.

Un conservateur éprouvé, M. Meynard, vint, il est vrai, demander compte au ministère de son inertie pendant la dernière session, en insistant, au nom de la majorité, pour qu’il fût donné satisfaction au lesoin légitime de progrès. Les interpellations au sujet de ce que l’on appelait l’affaire Petit attirèrent bien aussi à M. Guizot, qui s’excusait en alléguant un usage fâcheux, des démentis de la part de MM. Molé, Passy, d’Argout ; mais c’étaient là des nuages fugitifs. Quand M. de Boissy ex-

tion faite avec M. Guizot, par l’entremise de M. Génie, chef de son cabinet, et de M. Bertin, pair de France. Il résultait de ce récit que deux recettes avaient été échangées contre la démission d’un conseiller-maître à la cour des comptes, sur la charge duquel le ministre avait jeté les yeux pour récompenser une créature. M. Alem-Rousseau et M. Petit avaient négocié cette démission au prix de 15,000 francs d’argent comptant et d’une pension viagère de 600 francs.

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