‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 23 sur 266 · D. ST H R N · texte numérisé non relu

D. ST H R N

dette flottante dépasse de plus de deux cents millions celui que les plus alarmistes avaient osé supposer, et M. Thiers démontre qu’il est absolument impossible d’enrayer sur cette pente fatale. Il résume en ces termes la situation : « Un budget ordinaire en déficit soldé tous les ans avec les réserves de l’amortissement qui devaient suffire au budget extraordinaire; un budget extraordinaire soldé avec des réserves futures et en attendant avec la dette flottante ; enfin la dette flottante que vous diminuez de temps en temps par un emprunt resté au-dessus des'limites raisonnables, au-dessus des limites de la prudence. »

La Chambre, qui prête toujours une attention scrupuleuse aux paroles de M. Thiers, paraît frappée de ce tableau. L’inquiétude sur l’etat des finances est la seule émotion dont la majorité soit encore susceptible. Elle se rencontre un instant sur ce point avec la minorité dans un sentiment de défiance pour le cabinet; elle écoute avec incrédulité MM. Dumon et Duchàtel. Ceux-ci d'ailleurs, aux accusations de M. Thiers, ne peuvent opposeï* qu’un vague tableau des prospérités du pays et ne persuadent personne. Les coups de M. Thiers ont porté juste. Les attaques d’un homme qui connaît les affaires pour les avoir longtemps pratiquées jettent l’alarme dans tous les partis et blessent par le côté le plus vulnérable le cabinet conservateur. A quelques jours de là, on peut s’apercevoir aussi que le vote de la majorité n’est plus suffisant pour absoudre le ministère et que la pression de l’opinion publique s’exerce avec plus de force, car elle oblige les députés à revenir encore sur cette honteuse affaire Petit, que M. Guizot et ses adhérents voudraient à tout prix étouffer. A propos du quatrième paragraphe de l’adresse, qui promet au roi le concours des Chambres pour adoucir le sort de

ritage, disait-on en s’adressant au ministère, laisserez-vous au i>ays? Quel est le dernier terme prochain peut-être de votre système? Il faut dire le mot, c’est la banqueroute. Avec la durée de ce qui est, il n’y a pas d’autre issue : la banqueroute par la paix, la banqueroute comme résultat presque infaillible de cette politique d’ordre. »

ceux dont le travail est Tunique ressource, M. d-' Tocqueville, après un long tableau de la . -giadation des mœurs publiques et privées, accuse de cette dégradation le gouvernement, et en particulier M. Guizot, qui a perdu, ditil, depuis la révélation des trafics auxquels on se livre sous ses auspices, son prestige d'austère prohitè. Comme si les paroles de M. de Tocqueville n’eussent pas été assez explicites, M. Billault, reprenant le même thème, formule un acte d’accusation en règle et somme le ministre de confesser la part qu’il a dans cette affaire, ou bien de destituer son chef de cabinet, M. Génie.

M. Janvier répond à cette accusation par une apologie complète, très-hasardée en pareille circonstance, du ministère. Il vante, au milieu des rires et des interruptions les plus insultantes, l’élévation du caractère de M. Guizot et déclare que les conservateurs continueront à le soutenir, parce que quelques fautes récentes ne leur feront point oublier de si longs services rendus.

Ces louanges et ces attestations de moralité sont suivies d’un discours assez ambigu de M. Dufaure, qui adopte l’amendement de M. Billault comme un avertissement conciliable avec l'estime. Mais M. Duchàtel repousse même cet avertissement adouci, et la majorité rejette l’amendement. Les questions de probité ainsi écartées, on passe aux questions politiques.

Les affaires d’Italie sont portées à la tribune par M. de Lamartine. La plus grande fermentation continuait à régner d’une extrémité à l’autre de l’Italie. L’Autriche redoublait de rigueur en Lombardie; les prisons se remplissaient; des rixes continuelles entre les étudiants et la force armée ensanglantaient Milan et Pavie; les soldats se portaient aux plus graves excès, et les proclamations brutales du maréchal Radetzki semblaient les y encourager. Ne pouvant encore se venger par une voie plus directe, la population milanaise essayait de tarir une des sources du revenu de l’Autriche en renonçant subitement à Tusaire

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