‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 230 sur 266 · I.. rn · texte numérisé non relu

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ment et à l’extension des institutions démocratiques.

La répulsion de M. Grévy pour l’état de .siège fut très-combattue par les membres actifs des partis dynastiques et surtout par ceux du parti clérical qui s’efforçait de démontrer que l’état de siège ne serait pas ce qu’on pensait. « On voulait simplement, disaient-ils, une plus grande concentration des pouvoirs pendant le combat, afin de rendre la résistance militaire plus énergique ; mais l’état de siège ne pourrait jamais signifier, pour une assemblée républicaine, ni l’arbitraire des jugements, ni la suppression de la liberté. » Cette opinion s’appuyait sur un grand fait contemporain. Lorsqu’on 1832 les ministres de Louis-Philippe, sans consulter les Chambres, eurent mis Paris en état de siège, un insurgé fut condamné à mort par le conseil de guerre. L’opinion se souleva; M. Odilon Barrot plaida pour le condamné devant la cour de cassation. Il attaqua, non le droit du gouvernement de déclarer en certains cas l’état de siège, mais l’illégalité des commissions militaires. Il soutint que l’état de siège impliquait non pas les tribunaux d’exception, mais uniquement la prépondérance momentanée de l’autorité militaire sur l’autorité civile. M. Odilon Barrot fut éloquent et vrai ; il gagna sa cause devant la Cour et devant l’opinion publique.

Les républicains qui, en 1832, sous la monarchie, s’étaient fortement prononcés contre l’état de siège, ne pouvaient, sans la plus triste inconséquence, l’adopter sous la République. Aussi le projet de décret, lu par M. Pascal Duprat, le 24, à la reprise de la séance, fut-il d’abord mal accueilli. Plusieurs représentants protestèrent au nom des souvenirs de 1832. On hésitait beaucoup encore à prendre une mesure de cette gravité, qui paraissait, à bien des consciences, une violation manifeste du principe républicain. D’ailleurs, M. Pascal Duprat n’avait pas d’autorité dans la Chambre, et vraisemblablement sa proposition aurait été rejetée, si M. Bastide n’était

monté à la tribune pour l’appuyer dans les I termes les plus pressants. M. Bastide était ; très-ému ; il exhorta les représentants à ne pas perdre un temps précieux ; il les supplia de prendre une décision immédiate. « Citoyens, s’écria-t-il, au nom de la patrie, hàtons-nous ! Je vous conjure de mettre un terme à vos délibérations et de voter le plus tôt possible ; dans une heure peut-être l’Hôtel-de-Ville sera pris! J’en reçois à l’instant des nouvelles. » Cet accent suppliant d’un homme qu’on connaissait incapable d’intrigue, la parole tremblante de ce cœur plein de fermeté, l’émotion de cette âme si calme, produisirent sur l’Assemblée une impression qui entraîna tout. L’état de siège fut voté par assis et levé.

Soixante représentants seulement, parmi lesquels MM. Odilon Barrot, Grévy et Considérant votèrent contre (1).

Une heure ‘après, la commission exécutive envoyait à l’Assemblée sa démission rédigée par M. de Lamartine et conçue en ces termes ; « La commission du pouvoir exécutif aurait manqué à la fois à son devoir et à son honneur en se retirant devant une sédition et devant un péril public. Elle se retire seulement devant un vote de l’Assemblée. En lui remettant les pouvoirs dont vous l’avez investie, elle rentre dans les rangs de l’Assemblée nationale pour se dévouer avec vous au danger commun et au salut de la République. »

Ainsi tomba, à la suite de quelques intrigues de parti, mais surtout devant le désir, le besoin général d’un pouvoir fort, la commission exécutive nommée le 10 mai par l’Assemblée.

Elle ne se retira pas glorieusement, comme l’avait fait le gouvernement provisoire ; l’Assemblée ne songea pas à décréter qu’elle avait Men mérité de la 'patrie; mais elle put emporter du moins, malgré les calomnies auxquelles elle se vit en butte, la conscience d’avoir suivi l’exemple qui lui avait été légué,

(1) « Donnez-nons la chose, mais pas le mot, disait à un représentant M. Odilon Barrot; j’ai voté contre en 11332, je no sam-ais ainsi me contredire. »

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