‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 257 sur 266 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

cultes sans nombre que lui suscitent les cardinaux, désespérant d’amener le pape à une politique sincère, très-affaibli dans l’opinion | par le ralentissement du mouvement révolu- | tionnaire et l’inaction de l’armée piémontaise j en Lombardie, se décourage et donne sa démission, Alors Pie IX, après plusieurs essais de ministères insignifiants, appelle à la tête des affaires un ancien carbonaro converti à 1 école doctrinaire, récemment ambassadeur de Louis-Philippe à la cour de Rome, le comte Pellegrino Rossi, "dont la politique déclarée en ce moment est d’unir les États italiens dans une ligue présidée par le pape et de procéder aux réformes intérieures en ajournant indéfiniment la guerre contre l'Autriche.

Le gouvernement autrichien se réjouit de la retraite de Mamiani comme d’un succès inespéré. Quand la nouvelle lui en arriva, il commençait à peine à se remettre de la frayeur extrême que la révolution survenue à la fois dans tous les États de l’empire lui avait causée.

Jamais, en effet, la maison d’Autriche n’avait été plus voisine de sa perte. Jamais la possibilité, la nécessité d’un démembrement de ses possessions n’avait paru plus imminente.

Pendant que la Lombardie se révoltait à main armée et rompait violemment ses chaînes, la Hongrie, par la seule force du droit historique invoqué avec constance et fermeté, ob- | tenait une constitution indépendante et des libertés qui devaient, en peu de temps, la conduire à une régénération complète. En Bohême, quat’ e raillions de Tchèques, qu’un mouvement de nationalité, purement littéraire à son origine (1), mais devenu insensiblement politique, soulève contre la domination des Allemands, rêvent de former avec les Serbes et les Croates un empire slave dont Prague

(1) Le manuscrit d’un poëme ossiauiqne, en langue tchèque, j découvert en par l'écrivain Hanka, fut l’origine de ce |

mouvement, protégé d’abord par le gouvernement autri- : cl'.ien et secrètement favorisé par la Rassie, dans un sys- | tème de domination politique auquel on a donné le nom de j l’anslavisme. :

serait la capitale. Ils convoquent, en opposition avec l’assemblée allemande de Francfort, une assemblée qui doit réunir les représentants de toutes les provinces de la race slave.

A peu près dans le même temps, l’assemblée de Francfort, réunie le 18 mai sous la présidence de M. de Gagern, chef du parti constitutionnel dans le sud de l’Allemagne, déclare quelle se reconnaît le droit et la mission de constituer l’unité de l’empire germanique.

Menacée de toutes parts, la cour d’Autriche ne fonde plus d’espoir que sur l’armée de Radetzky, qui, malgré ses échecs, tient encore tête à l'ennemi. Pour être plus à portée d’un secours dont elle pense avoir bientôt besoin, elle quitte Vienne, où l’esprit révolutionnaire fait des progrès rapides, et se réfugie à Inspruck, dans le Tyrol.

Nous avons vu que les longueurs du siège de la forteresse de.Peschiera, qui ne fut prise que le 30 mai, avaient laissé à Radetzky le loisir de relever l’esprit de ses troupes, de recevoir des renforts et de combiner un nouveau plan de campagne. Le général Nagent a réuni 13,000 hom.mes sur l’Isonzo, repris Udine et remporté une victoire sur les troupes romaines à Cornuda. Par une fausse attaque, il a attiré à Trévise le principal corps de ces troupes, commandé par Durando qui abandonne ainsi sa position sur la Brenta et livre la route de la Lombardie; grâce à cette manœuvre habile il a rejoint Radetzky à Vérone, après avoir rallié en route le corps du général Welden. Ainsi fortifié, Radetzky se dispose à marcher sur Milan. Mais Charles-Albert l’arrête à Goïto et le repousse après une lutte sanglante où trois mille Autrichiens sont mis hors de combat. Radetzky se retire d’abord sur Mantoue, puis il se dirige sur Vicence que le général Durando défend vigoureusement. Forcée enfin de céder au nombre, la garnison romaine capitule et promet que de trois mois elle ne prendra pas les armes. Radetzky se hâte de retourner à Vérone pendant que le général d’Aspre prend Padoue, Trévise, Palma-Nuova et soumet toute la Vénétie, à Tex-

ception d’Osoppo et de Venise. Charles-Albert j échoue dans une tentative sur Vérone et Radetzky reprend l’offensive.

Charles-Albert avait étendu ses lignes du Tjrol jusqu’à l’embouchure du Mincio; le gros de son armée était occupé au siège de Mantoue. Radetzky conçut le plan de rompre les lignes des Piémontais à Rivoli et de prendre le reste de leur armée à revers entre ses propres troupes et la ville qu’ils assiégeaient. Le combat s’engage à Rivoli où 5,000 Italiens défont 12,000 Autrichiens ; mais ils sont contraints d’abandonner la position à des forces trop supérieures. Ils se retirent sur la rive droite du Mincio. Charles- Albert essaye à son tour de prendre les Autrichiens en flanc, de les repousser sur la rive droite du Mincio et de les séparer de Vérone. Si ce plan eût réussi, l’Italie était délivrée par une seule victoire ; il échoua. Radetzky remporta un avantage signalé à Custoza, où il sut habilement engager 45,000 hommes contre 25,000 Piémontais (25 juillet). Charles- Albert, déconcerté, bat en retraite et repasse le Mincio. C’est le signal de ses revers. Les soldats piémontais ont perdu confiance dans des chefs qui ne savent pas les conduire ; une mauvaise administration laisse l’armée manquer de tout ; elle reste plusieurs jours sans vivres et sans munitions; elle se démoralise, se débande; Charles-Albert est atteint lui-même d’un abattement profond. Bien qu’il n’ait pas éprouvé de très-grandes pertes, bien que son artillerie et sa cavalerie soient encore presque intactes, il se retire précipitamment devant l’ennemi ; sous prétexte de couvrir Milan, il abandonne la ligne de l’Adda. Le 3 août, il arrive devant Milan, dont la population qui compte sur lui se prépare à faire une résistance énergique. Les Milanais n’ont rien perdu de leur ardeur * première ; ils sont décidés, plutôt que de se rendre à Radetzky, à s’ensevelir sous les ruines de la ville. On fait à la hâte des travaux de tranchée ; déjà de fortes barricades s’élèvent dans les rues. Un comité de défense, investi de pouvoirs extraordinaires, dirige ces

préparatifs; il arme les citoyens qui s’animent et s’exhortent au combat. Charles- Albert, un moment entraîné par l’exaltation des Milanais, jure de les sauver ou de mourir avec eux. Mais à deux jours de là, cédant aux conseils de ses généraux, il fait proposer à Radetzky, qui a pris Crémone, et qui, à la suite d’un faible engagement, a pénétré les lignes de l’armée piémontaise, de lui ouvrir les portes de Milan, quitte furtivement la ville et rentre dans ses Etats, livrant la population héroïque qui s’est donnée à lui aux vengeances barbares d’un ennemi implacable.

L’armistice de six semaines, signé le 9 août, par le général piémontais Salasco, était dur et humiliant. Il rétablissait toutes choses dans l’état où elles se trouvaient avant la campagne, rendait aux Autrichiens les forteresses de Peschiera et de Rocca d’Anfo avec tout le matériel de défense. La flotte sarde devait quitter l’Adriatique; Venise était abandonnée.

C’est alors que le marquis Ricci, envoyé piémontais à Paris, sollicite enfin du général Cavaignac l’intervention de la France. Milan et Venise, de leur côté, ont envoyé des délégués qui implorent un prompt secours. Le péril de l’Italie est grand, mais il peut encore être conjuré. Le gouvernement autrichien, très-inquiété par les mouvements de la Hongrie, ne se sent pas suffisamment raffermi par les succès de Radetzky pour refuser de traiter. La probabilité de l’intervention française l’effraye et le dispose à faire des concessions (1). Il sait que l’armée piémontaise est encore presque intacte ; que l’esprit révolutionnaire, loin de s’être éteint, se ranime en Lombardie; qu’à Venise enfin, le peuple, qui venait de voter avec une profonde douleur l’adjonction au Piémont, s’est soulevé en apprenant l’indigne capitulation de Milan, qu’il a chassé les commissaires sardes, annulé le

(1) Depuis la victoire de Goïto, l’Autriche, par la bouche de son envoyé à Londres, le baron de Hummelauer, parlait d’abandonner la Lombardie jusqu’à. l’Adige, en la laissant libre de se joindre au Piémont ou de se constituer en État séparé, et promettait de donner à Venise une constitution analogue à celle de la Hongrie.

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