‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 26 sur 266 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

geait Thistoire, pour rappeler à une jeunesse amollie les traditions d’honneur, de patriotisme et de liberté.

Tous trois, il le faut avouer, étaient de grands révolutionnaires, à une époque et sous un pouvoir qui n’aspiraient qu’au repos dans le bien-être, car ils réveillaient les nobles curiosités, agitaient les consciences et remuaient les cœurs. Ils osaient enseigner à la génération nouvelle la haine de l’injustice et stimuler en elle le sentiment de l’indépendance; ils lui parlaient de Dieu, de patrie, de vérité ; apostolat dangereux et qu’il importait d’interdire , sous un gouvernement dont un matérialisme grossier faisait toute la force.

Depuis six mois déjà, les cours de M. Mickiewicz et de M. Quinet étaient suspendus sous prétexte que les professeurs s’étaient écartés de leur programme. On n’avait point encore osé attaquer celui deM. Michelet, parce que, mieux sur ses gardes, l’illustre historien s’était tenu plus étroitement au sujet annoncé de ses leçons; mais on épiait une occasion, et l’on trouva moyen de la faire naître. Le jour de l’ouverture au Collège de France, les étudiants, qui, en attendant l’arrivée du professeur, se livraient d’ordinaire à des passe-temps où la bienséance n’était pas toujours strictement observée, prirent pour thème de leurs joyeusetés le discours du roi aux Chambres; ils en firent une lecture ironique, accompagnée de gestes moqueurs. Aussitôt des agents de police parurent dans la salle et la firent évacuer. Le lendemain, une affiche annonça que le cours d’histoire de France était suspendu. L’indignation et la colère des jeunes gens furent extrêmes. Le soir même, ils se rendirent en très-grand nombre devant la maison de leur professeur pour lui faire une ovation. Ne l’ayant pas trouvé, ils allèrent à l’Institut et en ébranlèrent les vieilles murailles aux cris frénétiques de Vive Michelet l Le lendemain, les journaux de l’opposition donnèrent le discours qu’ils avaient voulu prononcer, et dans lequel ils protestaient avec véhémence contre les actes despotiques d’un pouvoir re¬

négat issu des larricades. M. Michelet se plaignit, par la voie de la presse, d’une mesure qui le rendait responsable de faits arrivés en son absence; à quelques jours de là, n'ayant point obtenu de réparation (1), il publia ses adieux à ses élèves, adieux éloquents, dernières paroles recueillies avec amour, qui exhortaient la jeunesse à se rapprocher du peuple, à imiter ses vertus, à plaindre ses maux, à se sacrifier au besoin pour lui.

Depuis ce jour, la fermentation avait été croissant dans les écoles; le 3 janvier, elle se produisit au dehors d’une manière qui importuna singulièrement les conservateurs. Trois mille étudiants environ, ayant rédigé une pétition aux députés, se rendirent à la Chambre pour demander justice au nom de la liberté violée et de l’indépendance de l’enseignement supérieur, atteint dans les personnes de MM. Mickiewicz, Quinet et Michelet. Après avoir déposé leur pétition entre les mains de M. Crémieux, ils allèrent successivement en bon ordre, mais avec une contenance fière et résolue, aux bureaux du National, de la Réforme, de laDémocratiepacifqve. Là, MM.Thomas. Flocon et Cantagrel, rédacteurs de ces différents journaux, les félicitèrent de leur ardeur à défendre la liberté de la pensée et les grandes idées de la Révolution ; ils annoncèrent l’heure prochaine d’un réveil formidable de l’opinion publique. Puis les étudiants se dispersèrent, sans avoir occasionné aucun désordre; mais l’impression n’en était pas moins produite sur la population parisienne. Une alliance tacite était conclue au nom des droits les plus saints. L’air se chargeait d’électricité.

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