QUATRIÈME PARTIE
LE l'KJVCE LOÜIb-NAPOLEON IMxLTE SEUMENT A LA CON^>Tn'UTION.
presse dynastique redoublaient. Des calomnies politiques on en venait à des calomnies toutes personnelles, dont l’effet était plus certain encore sur le vulgaire ; le Constitutionnel et V Assemblée nationale unissaient leurs efforts pour ruiner dans l’opinion le chef du pouvoir exécutif. Le rédacteur en chef de la Presse ne laissait plus passer un seul jour sans attaquer le général Cavaignac, soit dans son propre honneur, en l’accusant d’avoir favorisé l’insurrection de juin, afin de se frayer une voie sanglante à la dictature (1), soit dans l’honneur de son père, dont on chargeait la mémoire de crimes odieux.
L’opinion, ainsi travaillée sans relâche, s’al-
(]) Pour se convaincre de la fausseté de ces accusations, il suffirait, à défaut d’autres preuves, de lire, au volume VU do l’Encyclopédie moderne, l’article Juin.
térait; elle se retirait de celui qu'elle avait d’abord si fortement soutenu et se tournait insensiblement contre lui. L’Assemblée ellemême n’appuyait plus le général Cavaignac qu’avec une certaine mollesse; l’inertie du gouvernement attiédissait son. zèle et paralysait son action. Depuis quelque temps, la majorité, qui ne se sentait pas conduite, hésitait, se troublait. Subissant malgré elle l’influence d’une minorité habile qui, à l’approche j du jour décisif de l’élection présidentielle, met- I tait tout en œuvre pour achever d’éteindre ou I d’égarer l’esprit républicain, elle n’apportait plus au gouvernement qu’un concours presque inefficace, tant il semblait de convenance plus que de conviction politique. Quelques amis particuliers du général Cavaignac, voyant se multiplier les symptômes de ce refroidissement de l’Assemblée, insistaient avec beaucoup de
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vivacité auprès de lui pour qu’il cédât au mouvement de l’opinion en éloignant de son conseil les républicains que l’on appelait encore de la veiUe, et en y appelant des représentants du coté droit. Le chef du pouvoir exécutif écoutait ces avis avec défiance. Il éprou- I vait une répugnance presque invincible à se séparer du parti républicain proprement dit et ne voulait pas acheter son élection au prix de ce qu’il regardait comme une trahison envers ses anciens amis, politiques. Son antipaj thie instinctive pour M. Thiers n’avait fait 1 que s’accroître dans leurs relations parlemen» j taires. Il ne croyait pas à la sincérité des
avances que M. Molé continuait à lui faire.
Quand le général Lamoricière lui proposait j d’appeler à lui M. Dufaure, qui, dans la discus- I sion de la constitution, avait pris de l’autorité sur l’Assemblée et qui se ralliait loyalement à la cause républicaine, le général Cavaignac I repoussait la pensée d’une telle concession. Il ! marquait, comme terme extrême des sacrifices que son honneur lui permettait de faire, le choix d’un ministère dans une petite frac- ' tion de l’Assemblée que l’on considérait comme ! à demi-révolutionnaire et dont M. Billault était l’expression la plus éloquente. Un vote hostile de l’Assemblée vint brusquement mettre fin aux irrésolutions du général Cavaignac. Le gouvernement, qui recevait de tous côtés des renseignements fâcheux sur la disposition du peuple des campagnes, sur les menées royalistes et sur les progrès rapides du parti napoléonien, proposait d’envoyer dans les départements un certain nombre de représentants, choisis dans l’Assemblée, avec mission d’éclairer l’opinion et de déjouer les manœuvres électorales des ennemis de la République. A l’instigation de M. de Falloux, qui rappela en cette circonstance les commissaires de M. Ledru-Rollin, l’Assemblée rejeta la proposition du ministère et mit ainsi le chef du pouvoir exécutif dans la nécessité absolue de changer son cabinet. Il le fit à contre-cœur et laissa paraître son déplaisir. Commencée le 12 octobre par la démission en
masse du ministère et la levée de l’état de siège, la crise ministérielle ne se termina que le 24 par la démission de M, Goudchaux et par la formation définitive d’un cabinet mixte où entrèrent MM. Dufaure, Vivien, Freslon, et dans lequel restèrent, comme une dernière satisfaction donnée à l’opinion républicaine, MM. Thouret, Bastide et Marie.
Cette concession, très-importante si on l’envisage au point de vue purement théorique, fut absolument nulle dans ses résultats.. Charger M. Dufaure de diriger les affaires de la République, c’était, en apparence, reculer au delà de la Révolution du 24 février, au delà du ministère Odilon Barrot, au delà même du mouvement réformiste de l’année 1847. Membre de ce qu’on appelait dans les anciennes Chambres le tiers- parti, entré dans le cabinet du 12 mai 1839, M. Dufaure n’avait jamais fait au gouvernement de Louis-Philippe qu’une opposition, non de principes, mais de détails et de circonstances , et tout récemment il avait professé ses opinions dynastiques en s’abstenant de paraître au banquet de Saintes, parce qu’on avait refusé d’y porter le toast : Au roi! Il n’était pas surprenant que les républicains prissent ombrage d’une concession de telle nature qu’elle amenait aux affaires un homme qui, à leurs yeux, était la personnification de la contre-révolution (1).
Mais en même temps le ministère Dufaure, composé d’hommes intègres, fermement ré solus à servir la République, ne répondait aucunement aux prétentions de la droite et ne devait servir qu’à isoler davantage le généra Cavaignac, à le faire dévier plus rapidement sur cette pente des concessions tardives, incomplètes, par lesquelles se déconsidèrent et se perdent tous les gouvernements qu’abandonne l’esprit politique.
La réunion de la rue de Poitiers voyait sans aucun plaisir l’entrée de M. Dufaure aux
(1) Ce furent les expressions par lescpiolles M. Goudchaux motiva sa démission.