‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 6 sur 61 · II. U · texte numérisé non relu

II. U

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(jue nous venons de voir reprocher vivement à M. Ledru- Hollin son langage impolitique, ne se laissa point aller à la tentation d’en tirer avantage. Il ne voulait pas plus de la dictature bourgeoise en sa personne qu’il n’entendait souffrir de dictature populaire en la personne de MM. Ledrullollin on Louis Blanc. Son ;unbition lui montrait dans une perspective rapprochée un but plus haut. Il voulait être l’élu du pays tout entier ; et celte ambition, à l'heure où il la conçut, n’avait rien de chimérique, car de tous les points de la France on entendait monter vers lui un murmure approbateur, un assentiment, inquiet encore, mais dont l’accent se raffermissait chaque jour, et qui, en lui promettant l’empire de l’opinion, lui commandait la patience.

L’attitude prise en cette circonsUmee par M. de Lamartine fait honneur à sa loyauté. 11 repoussa la prétention des compagnies privilégiées à rester en dehors de la régie commune ; il évita de parler en son nom persomiel, mais, en même temps, il promit que le gouvernement tout entier s’expliquerait sur la conduite qu’il entendait tenir dans les élections, et rétablirait ce qui, dans les termes et non dans l’intention des circulaires, avait pu blesser la fierté publique. Ces assurances obligeaient M. de Lamartine à se retirer si le gouvernement refusait de les ratifier; mais il connaissait trop bien la faiblesse du ministre de rintérieur et son isolement dans le conseil, où MM. Louis Blanc, et Albert ne le soutenaient qu’à demi, pour concevoir à cet égard des inquiétudes sérieuses. Il s’occupa donc sans retard à rédiger un projet de proclamation, qui contenait le désaveu des circulaires, et l’apporta le lendemain au conseil réuni à l’Hôtel de Ville.

Depuis le matin, Paris était agité; mille bruits contradictoires jetaient le trouble dans les esprits. Ün savait qu’il se tramait quelque chose conti’e le gouvernement provisoire, mais, ainsi qu’il arrive le plus souvent dans nos discordes civiles, l’émotion, produite à la fois sur tons les

DE LA RÉVOLUTION DE 18i8.

points de la cité, ou ne s’expliquait pas du tout à elle-même, ou s’expliquait par des causes opposées.

Aux abords de l’Hôtel de Ville, tout présageait une lutte sérieuse. Quand la première légion de la garde nationale, qui s’était mise en marche, tambours en tête, sous la conduite de ses officiers, déboucha sur la place du Châtelet, elle se vit tout d’un coup arrêtée par une masse considérable d’hommes du peuple qui, avertis la veille au soir dans les clubs, étaient accourus pour défendre, contre les bourgeois et les légitimistes, le gouvernement provisoire. Des colloques animés s’engagent, des propos injurieux sont échangés. Le général Courtais, escorté de trois chasseurs à cheval et de deux élèves des écoles, paraît à ce moment et, l’épée nue à la main, haranguant la première légion, il lui reproche, en termes très-vifs, l’illégalité de sa démarche et le mauvais exemple qu’elle donne an peuple. Une clameur prolongée l’interrompt ; les cris de à baa Courtaü ! à bas les communistes'^', retentissent dans les rangs; le peuple se presse airtour du général pour le défendre ; une lutte corps à corps s’engage pendant laquelle un garde national, se précipitant sur le général et l’accablant d’insultes, lui arrache son épée et ses épaulettes. A cette vue, la foule qui grossissait de minute en minute, se jette enavant, rompt les rangs de la garde nationale, la force à reculer, la disperse et, après l’avoir poursuivie quelque temps de ses huées, revient triomphante occuper les quais cl la place.

Mais, pendant que la 1" légion subissait cet échec ridicule, la 10* occupait la place de rHôtel-de-Ville, appuyant les compagnies d’élite qui attendaient, dans une attitude menaçante et en proférant les propos les plus séditieux, le retour de la députation envoyée au gouvernement provisoire. Pendant la délibération du conseil, qui ne

* .A ce momcnt-là, la confusion des idées était si grande que la bourgeoisie voyait dans M. Lcdru-Rollin le clicf des communistes.

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