I . Voir l'Eiicf/clopédie nouvelle et la ftevae sociale
?. Voyez Kéfutalion de l'éclectisme, 183»; De rÉgalité, ISISI De l'Humanité, iMi;De ta Pimutoeratte, i%\%;Makhw et teséeo- Komiaiet, 1849.
INTtlODUCTION. LIX
abord, Car il s'agissait, sans plus, de supprimer les mauvais effets de la concurrence industrielle, en mettant aux mains de l'État l'industrie collective, organisée en ateliers nationaux, administrée par des conseils électifs, sous le régime. de l'égalité des salaires. Le mobile de l'honneur collectif substitué à celui de l'intérêt personnel, une disposition présumée permanente au dévouement et à la fraternité, forment les assises morales de cet état industriel, ce qui revient à dire que l'organisation imaginée par M. Louis Blanc est une généreuse chimère; car le dévouement, cette magnificence de l'âme, ne pourra jamais, en aucun temps, quel que soit le perfectionnement de l'humanité, s'écrire dans une constitution sociale ; jamais il ne pourra se commander de par la loi. On conçoit cependant qu'une telle théorie, présentée aux imaginations populaires avec une verve et une abondance juvéniles, ait dû les séduire préférablement à toute autre. Aussi la retrouveronsnous bientôt portée par le flot révolutionnaire au gouvernement dans la personne de son auteur.
Nous y reviendrons alors pour l'examiner non pas tant dans sa valeur propre que dans son action sur les masses.
Plus isolé par la nature de son esprit, de son caractère et de ses travaux, M. Raspail se consacrait aussi, avec un zèle persévérant, à la propagation des idées socialistes. Bien connu du peuple par les luttes de sa vie politique et par son action bienfaisante dans les faubourgs de Paris, où il exerçait gratuitement lamé-
LX INTRODUCTlOiN.
decine, nourri de fortes études, en renommée pour sa science, il s'était montré le constant défenseur des principes de la Révolution française, et poursuivait, comme le but suprême de ses études, Tamélioration du sort de la classe soufiTrante. L'abolition de la peine de mort, rétablissement du suffrage universel, qu'il considérait comme devant ouvrir la voie à tous les progrès des temps modernes, l'association agricole, la liberté de discussion, n'avaient pas d'apôtre plus courageux. Ses tendances étaient communistes, mais il n'avait pas de système formulé pour une application immédiate. Aucun des hommes qui ont embrassé la cause du peuple n'a été en butte à plus d'outrages et de persécutions. Par la hardiesse de ses opinions, par l'incorruptibilité de ses mœufs, par l'ironie de son langage, il avait irrité contre lui deux puissances implacables. dans leur ressenti* ment : la médecine scolastique et la politique conservatrice.
Seul, bien plus seul encore, car il n'avait nî clients, ni émules, ni disciples, M. Proudhon parut dans l'arène socialiste avec une audace d'allures et une étrangeté d'accent qui frappèrent aussitôt les esprits ^ et, quand les circonstances le servirent, fixèrent l'attention publique sur sa personne et sur ses ouvrages. Né dans un village de la Franche-Comté, il fit à grandepeine, au prix des plus durs sacrifices, des études très-incomplètes. Avec la rude opiniâtreté des hommes de son pays, il tourna d'abord son esprit vers les questions religieuses et s'occupa de recherches sur
INTRODUCTION. LXl
les origines du christianisme. Mais bientôt ses travaux prirent un autre cours, et, en 1840, il adressait à TAcadémie des sciences morales un Mémoire dans le* quel ayant choisty ce sont ses propres expressions, pour sujet (fexpértences ce qu'il avait trouvé de plus ancien^ de plus respectable^ de plus universel^ de moins contro» verséy la propriété j il concluait à une négation absolue, devenue célèbre par sa formule : La propriété^ c'est le voL A cette première négation succédèrent coup sur coup, dans ses différents ouvrages, une. série de négations comprises dans la négation générale de tout pouvoir, et conséquemment du pouvoir suprême, de Dieu.
La hardiesse des propositions de M. Proudhon, mise en relief par une vigueur et une âpreté de style peu communes, ce défi jeté à toutes les croyances, à toutes les opinions reçues, excita une indignation violente. Difficile à comprendre, impossible à ^lettre d'accord avec lui-même, habile à manier le sophisme, consommé dans Tart du paradoxe et de Tironie, M» Proudhon conquit subitement dans un cercle restreint d*abord, mais de plus en plus élargi, une renommée où la répulsion avait pluâ de part que la sympathie et qui se composait plus de scandale que d'admiration. Une sorte de terreur s'attacha à son nom et fit sa puissance. Étourdi par Texcentricité de la forme, le vulgaire, incapable de pénétrer plus avant, crut à une originalité profonde dans les idées de M. Proudhon. Une lecture superficielle de ses ouvrages abusa même à cet égard un certain nombre d'es- 1. d