‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 48 sur 81 · LXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXII INTRODUCTION

prits sérieux. On s'accorda à le considérer conime un philosophe, tandis qu'il n'était qu'un^ sophiste. On le redouta comme rincamation même du socialisme, tandis qu'il n'était qu'une superfétation bizarre de la sève révolutionnaire *. En effet, ce qui ressort de l'étude attentive des ouvrages de M. Proudhon, c'est précisément le contraire de ce qu'on y a vu jusqu'ici; c'est, malgré les apparences d'une excentricité calculée, l'absence de toute originalité créatrice, ou du moins c'est l'écrasement volontaire d.'une spontanéité qui n'était peut-être pas sans génie, sous le lourd fardeau d'une érudition scolastique. Esprit de pure souche gauloise, talent satirique dont la verve rappelle souvent Montaigne et Rabelais, parfois Voltaire, entraîné hors de ses voies et comme fasciné par les profondeurs entrevues de la métaphysique allemande, M. Proudhon se laissait enivrer en quelque sorte par les abstractions de Hegel, de Strauss, de Feuerbach ^, en même temps qu'il remplissait sa

1. Une proposition jadis fameuse, mais oubliée, de Brissot de Warville, contribua beaucoup à lui donner ce vernis d'excentricité auquel il dut, après que la révolution de Février Teut mis en rapport avec les classes populaires, le retentissement de son nom. « La propriété, c'est le vol I II ne se dit pas en mille ans un mot comme celui-là. — Je n'ai d'autre bien sur la terre que cette défi^ nition de la propriété ; mais je la tiens plus précieuse que les millions de Rothschild. » Ainsi s'exprime M. Proudhon. Restituons cet axiome à son possesseur légitime. Brissot de Warville avait dit, en 1780 : « La propriété exclusive est un vol dans la nature. Le voleur^ dans l'état naturel, c'est le riche. » (Recherchas philosophiques sur le droit de propriété et U vol,)

2. Les antinomiesy le devenir^ Vétre en soi et pour soi, toute cette terminologie de provenance étrangère, antipathique au gé-

Page 1