INTRODUCTION. LXV
Une puissance considérable, hors de proportion avec leur génie, leur fut ainsi donnée sur Fopinion des masses.
Le radicalisme ou le républicanisme exclusif, qui, depuis 1793, n'avait pas cessé d'être en rapport avec le peuple et qui cherchait, comme le socialisme, son point d'appui dans les masses, perdait du terrain à mesure que le socialisme en gagnait. Depuis 1839, les hommes les plus énergiques de ce parti étaient découragés par les échecs constants de leurs tentatives à main armée. Barbes et Blanqui, les deux chefs de conspiration les plus actifs, étaient en prison. Pour échapper à la police, les sociétés secrètes avaient été forcées de se transformer de tant de manières que leur organisation, chaque jour affaiblie, n'exerçait plus d'action efficace. Elles se bornaient en' ces dernières années à de vagues projets de complots et à une propagande subalterne. Le journal qui naguère avait été l'expression vive du républicanisme, le National^ rédigé, depuis la mort d'Armand Garrel, par MM. Marrast, Thomas, Jules Bastide*, Trélat, quoique toujours très-agressif dans la forme, inclinait sensiblement vers une entente avec l'opposition dynastique. Les républicains austères tenaient en grande suspicion cette coterie habile de. républicains bour-
1. M. Bastide s'était éloigné depuis quelque temps du Nationql pour devenir le collaborateur de M. Bûchez dans la Revue nationale; mais la bonne intelligence n'était pas rompue néanmoins entre le yoltairianisme de M. Marrast et le catholicisme de son ancien collaborateur.