INTRODUCTION. LXVII
verons ces rivalités acharnées dans le moment même de Faction et surtout au lendemain de la victoire.
Le parti légitimiste et le parti demeuré fidèle au nom de Bonaparte concouraient aussi, le premier par une polén^ique ouverte, l'autre par des menées, des complots, des intrigues, à miner le gouvernement.
Il faut ajouter à ce travail combiné des sectes, des écoles et des partis socialistes et radicaux, Tinfluence des forcés isolées qui concouraient les unes à exalter, les autres à éclairer le peuple. Des statistiques irrécusables, publiées en grand nombre, donnaient sur rétat des prisons, des bagnes, des ipaisons de prostitution et des hospices, des chiffres accablants, et faisaient maudire un gouvernement inhabile à guérir de * telles plaies. Au-dessus du chœur encore étouffé des malédictions populaires, s'élevaient à intervalles toujours plus rapprochés des voix prophétiques. Les Paroles â!un croyant^ en 1833, firent un effet immense. Sorti avec éclat de TÉglise romaine, mais demeuré profondément chrétien par le cœur, Tabbé de Lamennais cherchait dans l'Évangile la condamnation de la race pharisienne qui gouvernait la France, et promettait, au nom du Christ, à la démocratie régénérée, l'ère prochaine de la justice et de la vérité. La charité ardente de sa grande âme blessée, sa vie solitaire, la fierté simple d'une pauvreté qu'il avait préférée à
sembUnce dé vos ambitions, » disait, à ce propos, Béranger à M. Marrast, au lendemain de la révolution de Février.
LXvni INTRODUCTEON.
ta pourpre, l'autorité même du sacerdoce restée empreinte sur sa persoime et dans les habitudes de son langage, lui donnaient un grand prestige. Au Collège de France les cours de MM. Michelet ', Quinet et Mickiewicz vivifiaient les traditions républicaines des écoles, répandaient dans la jeunesse des sentiments d'amour pour le peuple, de mépris pour l'Église et la société officielles, et préparaient de la sorte cette union des étudiants et des prolétaires qui devait se manifester sur les barricades. C'est ainsi que volontairement et involontairement, par une action lente ou rapide, par la résistance inintelligente autant que par l'attaque passionnée , tous concouraient à un travail révolutionnaire cacbé encore aux esprits inattentifs, mais qui se révélait de loin à loin par des ' signes terribles ■, et que le premier accident allait faire apparaître dans son efi'rayante étendue aux yeux de la société consternée '.
1. M. Hiobelet et M. de Lamennais étaient adversaires déclarés du communisme. L'un et l'autre dérendirent avec éclat et énergie la fantille et la propriété au plus fort de la tempËte révolution' imire (Voir le Peuple constituant, a" des 38 et 29 mai 1818, et le 3' volume de l'HisUiire de h Révolution française), & un moment ofi ceux qui les accusent aujourd'hui de tendances anarcbiqnee baissaient la tête et gardaient le silence. A cet égard l'opinion publique est singulièrement abusée. Mais sur quoi ne l'est-t-elle pas à l'beure où je tiens la plume I
2. Entre autres la grande grève de 1840, la grève des charpentiers en ISfj, les troubles de Buzancus, etc.
3. Un rapport adressé par U. Delessert, préfet de police, an président du conseil, en date du 19 janvier 1817, constate que dans l'année ISili les publications sodaUstes ont été encore plus nombreuses que pendant les uinéea précédentes ; que la tmdimct