La même question s'est posée à Paris, en 1914, après que
lions à terme, la Chambre syndicale des agents de change prend le parti de fixer, d'autorité, un cours de compensation pour la liquidation de fin février : après plusieurs changements, le cinq pour cent sera finalement coté à 118 francs, le trois pour cent à 12 francs. — L'échéance des coupons d'un emprunt contracté par la Grèce avec la garantie de l'État français arrive. On décide d'en verser la provision aux banquiers intermédiaires, qui sont MM. de Rothschild.
Le ministre Goudchaux expose à ses collègues l'état des finances : les dépenses, d'ailleurs productives, engagées par la monarchie pour laccomplissement de travaux publics, ont porté à 5 milliards 180 millions le montant de la dette consolidée et à 870 millions le montant de la dette flottante. Une loi du 8 août 1847 a donné l'autorisation d'emprunter jusqu'à 330 millions. On a commencé d'en émettre, quelques mois après, 230 par l'entremise de ladite maison de banque qui a acheté ferme cette rente 3 p. 100 au cours de 75 fr. 23 (chiffre qui se réduit même en réalité à 72 fr. 48, si l'on tient compte des airérages payés par anticipation), alors que, trois ans plus tôt, en décembre 1844, elle se négociait à 84 fr. 75. C'est la preuve que le crédit de l'État a été entamé. Au surplus l'opération, interrompue par
la guerre européenne eut entraîné la fernioture de la Bourse. Elle a été réglée quatorze mois plus tard (Décret du 14 septembre 1913, liquidation du 30;.
la Révolution, n"a pu s'exécuter que dans une faible mesure; les versements sont arrêtés par les événements politiques au point qu'on devra constater, le 9 mars, que 82 millions seulement ont été acquittés. Les caisses publiques ne renferment que 192 millions, qui ne sont pas entièrement liquides et dont il faudra distraire 73 millions pour le service du coupon de la rente 3 p. 100.
En matière fiscale, Goudchaux, appliqué à sauvegarder les recettes du Trésor, demande instamment que le principe du maintien de toutes les taxes et impositions existantes soit posé dans un acte officiel, comme il l'a été par les grands ancêtres de la Convention le 21 septembre 1792. Le Conseil ratifie cette proposition, mais « comme tout système nouveau de politique doit se réiSumer dans un nouveau système de crédit et d'impôt», il entend qu'en même temps de grandes réformes soient annoncées à l'opinion. Lesquelles? L'arrêté publié le 1" mars contient l'engagement de préparer la suppression des taxes sur le timbre de la presse périodique (parce qu'il faut libérer « l'expression de la pensée »). sur l'octroi et le sel, et de modifier profondément le régime des contributions indirectes. Le but à atteindre est d' « améliorer la condition du peuple' et de diminuer les charges qui pèsent sur le travail >. Garnier-
1. Quel est le ministre de notre temps qui n'a pas formulé le même programme? La discussion annuelle du budget et des propositions d'une commission de législation fiscale a-t-elle un autre thème?
Pages développe les idées émises dans la déclaration, qui précède le texte. Tout en reconnaissant que « la Révolution est faite pour le pauvre » et qu' « il faut venir en aide aux souffrances du peuple », il concède qu' « il ne faut pas que la crise financière se prolonge », que « loucher aux recettes serait porter atteinte au crédit; or il faut que le crédit et la confiance se rétablissent le plus tôt possible' ».
Les temps nouveaux doivent marquer leur empreinte.
Un décret abolit, « pour obéir à la logique de riîistoire », les titres de noblesse sans toutefois abolir la particule ; un autre prescrit aux églises le Domine, salvam fac Rempiiblicam; un autre accorde Tamnistie à tous les condamnés pour délits politiques et de presse. Le ministre de ITnstruction Publique, IL Carnot, a conscience des transformations qui s'imposent. Au lieu de les réaliser, il institue une commission des études scientifiques et littéraires, qui en dressera la liste. Dès le 21 avril Jean Reynaud, son président, présentera, en son nom, un rapport relatif à Tinstruction primaire.
L-ne promesse solennelle a été faite le 28 février. Il faut la tenir : donc le mercredi 1" mars le Palais du Luxembourg, hier Chambre des Pairs, reçoit la
1. N'esl-ce pas le langage des orateurs de la troisième llépubli(iue?
Commission de Gouvernement pour les travailleurs, composée de près de cinq cents membres, des économistes de toutes les écoles, de patrons et d'ouvriers. En la convoquant, on rappelle qu'wune heure de retard est un trésor perdu pour la patrie ». François Arago procède à son installation solennelle. Louis Blanc pourra donner libre cours à ses doctrines et à son ardeur. Une proclamation adjure les ouvriers d'avoir confiance et de reprendre leurs travaux.
Le calme s'est en elïet rétabli, les tentatives de rénovation sociale vont se poursuivre dans les directions les plus diverses. Henri Martin a écrit depuis : « Presque tout ce qui s'agite (à cette époque) parmi les classes ouvrières d'idées impraticables provient de théoriciens bourgeois et lettrés, et non du sentiment populaire ». Paris et. dans une moindre mesure, la France assistent à une éclosion de systèmes qui deviennent, plus dune fois, des décrets exécutoires, insérés au Moniteur. — Le Gouvernement Provisoire annonce que les fonctionnaires de Tordre administratif et judiciaire ne prêteront pas de serment. En elïet le serment n'était plus quune formule, « indifîérente aux uns, pénible aux autres, nulle pour le plus grand nombre et qui ne liait personne ». Cette réforme signifie, au dire d'un contemporain : « libre accès de la République à tous les citoyens ».
A cette même date du 1" mars est nommée une
commission des récompenses nationales que présidera Albert et qui acquittera la dette de reconnaissance de la France vis-à-vis des condamnés politiques de la monarchie de Juillet et des blessés de Février K
Le Moniteur du 2 mars insère un ordre de mise sous séquestre des biens de la maison royale. C'est une mesure provisoire. Le Gouvernement envoie sa bienvenue aux colons d'Algérie en leur promettant « r assimilation progressive des institutions algériennes à celles de la métropole ». Il s'approprie et promulgue un décret qui a été élaborée la Commission des Travailleurs grâce à un accord des patrons et des ouvriers, décret qui diminue d'une heure la journée de travail, qui la réduit par conséquent à onze heures en province et à dix heures à Paris — et qui en outre abolit le marchandage, contrat qui charge de travaux des sous-entrepreneurs ouvriers, dits marchandeurs ou tacherons, et qui les conduit à exploiter la main-d'œuvre-. Cet acte d'interventionnisme d'Etat se fonde sur la nécessité de sauvegarder la dignité de l'homme compromise par un travail manuel trop prolongé qui l'empêche de « cultiver son intelligence », et sur le principe de fraternité mis en péril par celte exploitation « essentiellement injuste, vexatoire ».
1. De môme la troisième Répnbliiiue allouera des pensions aux victimes du 2 décembre (Lois des 30 juillet 1881 et 7 août 1882).