CHAPITRE VIII
ri*pljrflble« (te la guerre dTile. — t dE-VI|[e. — Triliunal composé poii
lU aflreui acquis aui dÉbals. — E liooa de la place s.iim-jesn, ne la rue au
Sicile, du la rue do Jouy, do!a riw !he-Perche. — Fusilladesde l'Ave Maria,
ne Saiot-faul, de la rue Saiot-AoUj..i= el de l'Arsenal. — Prisonoieis mmo'-ii
equanierPoiiinpourlel dans les nasfirnEsSainlUartinfttPoissoiiDiiTe — QuïJ»
.jK vrais coupubies de ces ânes d'intiumaDiti. — tloUaHi-eut. — Le roalâlsit pr^
- Trails d'ImniBiiHé recueillis çà et là. — Le cipilaioe Guindorlt, — La bar-
nilmonlanl el celle des TroiihCouronnes. — Impuissance de quelques homme*
i')i)nnier mi torrtinl fiirïeui. — Dâlmrdement des tnaufaises pas.<ioas sans exemple.
— Nouvelle série de caldmni 's inveolfes par la presse réaclionnairO. — Le Jaidin du PUdIm. — CoDlea slupidw. — U pai(«rii4 ne pourra jamais croire t loua lei morM* emploféa par tes réscliounairea pour semer l'Irrilation, la déflanM, la peur et la haine.
— Signaut tÂlégrapbiquesdeauit. —Croix lougesel vertes aperçues sur les porlesdei inalsoni. — Incendie, pillage. — Bouleiles incendiaires et poudre inDapiinable. — Lt Béformê iltaque U oonsplraliun de la calgmnie. — Rappel t la fraleroM.
Noos avons pasfé l'éponge, autant que nous l'avons pu, sur le massacre des prisonniers pendant la bataille; beaucoup de ces exécutions n'étant connues que vaguement, nous n'eussions jamais osé les présenter comme certaines.
Mais tant d'autres encore ont rougi le pavé de Paris, même après le combat ; tant et de si nombreux attentats contre l'bamanilé ont été dcnoncés par des témoins irrécusables, qu'ils sont devenus du domaine de l'bistoire. il faut donc en parler eocor .
£t l urtant noua eus.Mons voulu ne plus revenir sur ces né-
fcstes journées; nous sentions le besoin de laisser respirer un moment ceux qui, dans l'avenir, liront la relation de ces malheurs publics , accumulés sur la patrie par quelques heures aussi fécondes en calamités que plusieurs siècles. Mais il nous reste aussi à faire connaître les suites de cette guerre civile « suites non moins déplorables que la lutte fratricide elle-même. Ne pouvant faillir à la tâche que nous nous sommes imposée, nous essaierons de la rendre moins pénible pour nous en laissant parler eux-mêmes nos devanciers.
c On s'explique difficilement, dit une relation des journées de juin (*), comment le quartier de l'Hôtel-de-Ville, où commandait le général Duvivier, constamment opposé à l'exécution des prisonniers, où se trouvait M. Flottard, qui exposa plusieurs fois sa vie pour en sauver quelques-uns, où M. Marrast aimait mieux laisser les prisonniers entassés que de les confier à la garde nationale ou à la mobile ; on s'explique difficilement comment ce quartier fut l'un de ceux où l'on massacra Te plus de prisonniers.
« Il parait, ajoute la même relation, qu'on avait établi une sorte de tribunal composé d'officiers supérieurs, qui jugeait les prisonniers à mesure qu'on les amenait f^). Ils étaient conduits à l'interrogatoire au milieu des plus mauvais traitements. On avait fait plusieurs catégories : tous ceux qui avaient les mains noires étaient condamnés è mort par ce tribunal ; le mot d'ordre était : Donnez-leur de lair; et aussitôt les gardes mobiles les conduisaient aux lieux des exécutions. On fusillait dans la cour et même au bas de l'escalier qui conduit à la Salle Saint- Jean, où, assure-t-on, les cadavres se trouvaient entassés le matin du lundi. On en fusilla sur le pont d' Arcole et sur l'ancien pont Louis-Philippe. D'autres insurgés, et en grand nom-
(I) Prologue (Tune Révoiulion.
(^) L'analogie que présente ce tribunal est si facile à saisir, qu'il devient superflu de cherchera l'indiquer.
TO^B ni. tt
JM HISTOIlîE
bre, furent fusillés sur le quai e( sur la berge au-desscus de rHôlel-dc-ViIle. »
D'ailleurs la posilion de ceux des prisonniers qu'on entassait dans les caveaux de l'Ihitol-de- Ville était telle que la mort eût été préférable aux tourments qu'ils y emluraienl. La plupart n'y éfflient arrivés qu'après avoir été meuplris de coups da crosse ; tous ou presque tous avaient été précipités dans ce goufTie plutôt qu'ils n'y étaient descendus, et leurs corps étaient c^uverls de contusions. Là, sans air, sans lumière, sans nourriture, respirant des émanations mortifères, ces malheureux prisonniers furent obliges de séjourner plus de soixante heures dans l'eau glaciale ot bourbeuse qui suintait de tous côtés. On assure même que lorsqu'ils demandaient un peu d'eau potable pour étancher leur soir ou laver leurs blessures, les factionnaires placés à rentrée de cet enfer leur répondaient à coupa de fusil tirés au hasard par les soupiraux.
Ces détails liorrililes nous parurent longtemps exagérés. Mais lorsqu'on révéla les tortures inouïes qu'eurent à supporter les nombreux prisonniers jetés dans les caveaux des Tuileries, tortures dont il faudra bien parler, nous avons dû nouSTCndreà l'évidence. Le fait des coups de fusil lires au hasard, par les soupiraux, sur ces masses humaines où chaque balle devait porter, n'a plus pu être contesté par personne dès l'instant cil il a été acquis aux débats des coiiseils do guerre, que, même dans les casemates des forts, et alors que les passions devaient êlre calmées, les factionnaires en agissaient ainsi à l'égard des prisonniers, et liraient en aveugles, avec lapprobalioD des chefs.
Après le combat long et meurtrier que nécessita la marche du général Perrot le long de la rue Sainl-.\ntoine, la troupe et les mobiles se livrèrent k des recherches minutieuses dam estes les maisons, et elles y ramassèrent beaucoup de citoyens présumés insurgés. Comme les dénonciations conduisaient
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souvent ces recherches, les chefs des détachements chargés de cette dure mission crurent devoir laisser carte blanche à leurs soldats. C'est ainsi que sur la place Saint-Jean, dans la rue du Roi-de-Sicile, dans celles de Jouy, Cloche-Perche, et dans la
cour de l'Ave Maria, eurent lieu, pendant la soirée du 25, un grand nombre d'exécutions militaires, dont le chiffre total indiqué par quelques témoins effraie l'imagination (*).
Un peu plus avant, la rue Saint-Paul vit aussi ses fusillades. On compta encore bien des cadavres dans la cour d'une pension de la rue Saint-Antoine, et Ton jeta dans les chantiers attenant à la place de la Bastille les cadavres des insurgés fusillés à l'Arsenal.
Dans le Marais et le faubourg du Temple, où la résistance fut si opiniâtre, ce qu'on appelait des représailles furent aussi des plus sanglantes. On enleva près de quarante morts d'une cour de la Vieille-rue-du-Temple et de quelques autres malsons. Nous avons déjà mentionné les exécutions qui cuier.l lieu aux bords du canal; nous devons ajouter que d'autres actes pareils furent commis en divers endroits du quartier Popincourt : on fusilla des insurgés dans la rue déserte des Amandiers, dans l'avenue Parmentier, en face des abattoirs ; on en fusilla encore dix-sept devant la caserne ; enGn les mobilo> fusillèrent en route des blessés qu'ils étalent chargés de coîiduire au Val-de-Gràce, et on tira un coup de canon à mitraille sur des insurgés qui venaient d'obtenir la faculté de se retirer.
Tous les prisonniers faits dans les faubourgs du nord témoins des premiers actes de la lutte furent conduits duns la caserne Saint-Martin, et principalement dans celle du faubjurg
(*) On porteà quaraiite-ncurceux fusillés à Taugle de la place Sai.it-Jean; à treutc-sepl ceux qui lonihèreiil dans la rue du Roi-Jo Si^i c ; u vi.i^t-uii ceux |iasiui5 i-ar 1rs armes dans la rue ClcK'lio-I*orcho, clc, eU\
l^oissonnière, dont les cours, aiosi que celle de Saînt-IiBun, furent également témoins de plusieurs fusillades.
Arrêtons-nous ici, et taisons cette foule d'esécutîons de deuil et de vengeances personnelles esercées dans l'ombre, dont la terrible responsabilité ne pouvait d'ailleurs atteindre que quelques soldats exaspérés ou excités, que quelques gardes nationaux stupidement féroces. Essayons de soulever le voile, et demandons à ta France quels sont les vrais coupables du meurtre de tant de ses enfants.
Sonl-ce ces jeunes mobiles qui, ayant vu leurs rangs décimés par les balles des insurgés, croyaient peut-être avoir acquis io ilroit de représailles sur les prisonniers? Sont-ce ces adolescents qui, n'ayant jamais fait la guerre, se présentaient devant ks barricades dans un état permanent de surexcitation causé par l'odeur de ia poudre et par les boissons alcooliques dont ils firent un usage si immodéré, pendant et après le combat, et se trouvaient ainsi privés de lo«r sang-froid et de leur raison? Non. car ceux-là fiappaîent en aveugles sur ce peuple dont ils étaient issus, sur ce peuple avec lequel il; avaient toujours sympatbisé.
Les coupables peuvent-ils être ces soldats h qni l'on apprend l'art de tuer l'ennemi, mais qu'on habitue aussi à respecter l'homme vaincu et désarmé?
Non. — Les coupables de ces déshonorantes infractions an droit des gens , aux droits de l'humaaité, se trouvent dans une autre sphère.
Les coupables sont ceux qui, voulant profiter de cette terr^le occasion pour écraser leurs ennemis politiques, soufflaient d'en haut le feu de la destruction contre ceux qui avaient naguère chassé les dynasties; ce sont ceux qui Iravaillaîentnuit et jour Ji déchaîner toutes les raauvaises passions.
1.^ vrais coupables sont ces chefs militaires dont la vieille bai nu contrôla démocratie se traduisait au moment du combat.
par les ordres impitoyables qu'ils transmettaient et faisaient donner verbalement aui soldats; ordres barbares, dignes tout au plus de sanvages qui cherchent à s entre-détruire ;
fiCS vrais coupables sont ceux de ces chefs qui, lorsque leurs soldats hésitaient è immoler les prisonniers, n avaient à la bouche d'autre mot que celui-ci : fusillez-les I
Les vrais coupables sont encore ces prétendus soutiens de la république honnête et modérée, qui ayant eux aussi déclaré une guerre h mort aux révolutionnaires, mais ne voulant pas personnellement encourir la responsabilité de leurs vengeances, disaient aux détachements chargés de conduire les prisonniers : soignez-les en route, soignez-les à votre arrivée I mot dont l'horrible signitication glaçait le cœur des hommes vraiment honnêtes et modérés ;
Les coupables sont encore ces gardes nationaux venus à Paris pour assouvir leur haine ; ceux qui poursuivaient les insurgés dans les champs comme ils auraient chassé les loups, et ceux enfin qui, pouvant sauver quelques-uns de ces malheureux, n'eurent pas le courage de compromettre leur autorité.
Qui ne comprend, en présence de celte formidable association dans une même pensée : la destruction de la démocratie pari* sienne ; qui ne comprend que le mal ainsi préconçu serait inévitable!... (•).
Après avoir enregistré sommairement tous ces actes d'une aveugle fureur ou d'une cruauté sauvage, on se sent heureux de
(*) Rappelons ici encore une tois, que cette pensée de détruire la démocratie^ parisienne par le fer et les balles, remonte au premier temps de la royauté de Louis- Phi lippe. Quand, eu 1832, la cour de cassaiion bri>a Tétat de siège etmit un terme aux jugemeuts des couseils de guerre, les courtisans irai iieursi <)e sabre ne craignirent pas de dire tout haut dans le parc de Saint-Cloud : Déiormaii on ne fera plus de prisonniers! Il s*cst trouvé des hommes qui ont mis en pratique cette ^horrible pensée sous la jeune et clénieute république qui venait d'abolir la peine de mort en matière politique : Thistoire les aiarquera ao front, malgré leurs broderies et leurs rubans. i
pouvoir citer quelques traits d' humanité propres à prouver qn'aii milieu Je cet airrciis délire, des chefs et des soldats se rappelèrent que les prisonniers étaient aussi des hommes, «Ique leur vie ne devait pas dépendre du premier caporal ivre ou féroce.
« Après la prise, par la troupe , de la harricnde élevép d:ins Ifi rue des Rosiers, qui avait résisté si longteinpt;, les soldats furieux voulaitml fusiller plusieurs hommes qu on nvait arrêtés. Mais le capitaine Cuindnrffde la 7' légion s'y opposa de toutes ses forces, raconte l'auteur des Faxles de la Garde nationale. a Vous qui avez été braves pendant le combat, dit-il k ces soldat?, soyez généreux après la victoire. Ces hommes sont vaincus, désarmes ; ils sont coupables, je n'en doute pas ; mais nous devons laisser h la justice le soin de les punir. » 1^ capitaine GuindorlT avait montré de la bravoure pendant l'action; son intrépidité l'avait fait remarquer des soldats; il s'élaitainsi acquis une certaine influence, dont il se servit pour sauver le$ prisonniers.
« Il allait les conduire sous bonne escorte, à l'Hôtel-de-Ville, quand on entendit pousser des cris de détresse du cdié delà rae des Juifs. lise précipilaaussitôtverscette rue, aprèsavoirchaigé l'adjudant Corniilatde le remplacer. Arrivé à la rue des Juifs, le capitaine CuindorCf aperçut un groupe d'hommes en blouse que des soldats se disposaient à fusiller. Déjà ces malheureui étaient couchés en joue ; mais le capitaine se jette courageusement entre les fusils et les hommes en blouse : « Soldais, s'écriet-il, qu'allez-vous faire? — Vous le voyez, capitaine, répondit un des soldats, nous allons faire justice de cesgredins-là. — Comme ofGcier de la garde nationale, je ne puis permettre un pareil massacre. » Quelques murmures se ûrent entendre: « Ëcoutez-moi, mes braves, reprit le capitaine. Lorsque nous sommes en guerre avec l'étranger, si nous faisons des prisonniers, nous les épargnons, nous les respectons. Kh bien ! poui^ quoi n'agirions point de même avec des Français, avec des fré-
DE LA REVOLUTION DE 1848. Ml
res égarés? Vous êtes tous, comme moi , des enfants du peuple ; nomme moi , vous savez ce que c'est que la misère et la fiÀm ; Fusil lercz-vous des hommes que les souffrances ont aigris, ont égarés? Kon, vous ne le ferez pas, parce que vous êtes des soldais français, parce que vous n'êtes pas des bourreaux, voilà pourquoi vous allez les conduire avec moi, à riIotel-de-Ville, pour les livrer à la justice, qui décidera du sort de ces malheureux 1 » — « Ces paroles prononcées avec vigueur, ajoute encore le même auteur, désarmèrent les soldats. Ils consentirent à conduire leurs prisonniers à TlIôtel-de-Ville (*). )>
— <c A la barrière Ménilraonlant, lit-on plus loin, dansle morne livre, des gardes nationaux des !2* et 3* légions avaient fait un assez grand nombre de prisonniers. Des hommes qui sétaient joints comme volontaire à la garde nationale, insistaient pour fusiller ces malheureux (^). Des ofûciers de la milice citoyenne et de la troupe de ligne s*y opposaient de toute leurs forces. Un caporal de la 3* légion dit à ces hommes que la colère égarait : « Et moi aussi , j'ai le droit de demander la vie de quelqu'un, car mon frère vient d'être tué près de moi ; cependant je m'oppose à tout actede vengeance. » — « Oui, soyons humains, dit un soldat; traitons les prisonniers des insurgés
(I) Cet honnête capitaine Guindorff ne savait prol>ablemont \as ce qui se passait «ïr les derrières de cet Ilôlel-dc-Ville qu'il considérait comiiio le port de salut de ses prisonniers. Très | rolial»len)cnt beaucoup (VtMitre ceux qu'il y coinluisit n'en Mrtirei.t que pour descendre sur la berge, et n'allèrent jamais plus loin 1 « Lorsque la garde nationale ou la mobile ramenait des prisonniei*s par l'esculier qui se trouve i\ rcxtréniité de la rue Lobau, raconte Louis Ménard, on leurcriuit dVn ba^: « Nous n'avons plus de place; donnez-leur de Cair. » Les prisonniers élaient poussés au bas de l'escalier, au milieu d'une mare de sang, et tombaient aous les balles. De temps en temps on relevait les cadavres et on les purtait dans las'tlle Saint-Jean.... >
(^) Ctrl confirme ce que nous avons dit ailleurs; à savoir que les derniers venus au combat, ceux qui s'élaient cachés d'al^ord |>our ne pas prendre sérieus 'Tient lefusiiySC montrèreul les plus féroces dès qu'ils n*enreiit plus peur. C'est l'iiiitoire du cœur humain, au clioj>itre des lùches.
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comme ils ont traité les noires. Un camaTade et moi, noiisavoQs été faits prisonniers par les insurgés, et rendus k la liberté sur parole ; on ne nous a fait aucun mal ; à la vérité on nous a désarmés ; mais on npus a traités avec humanité, et nous n'avons manqué de rien. »
« Ces paroles simples et généreuses sauvèrent ces prisonniers. »
— « A peu de distance de là, h la barrière des Trois-Couronnes, ajoute le même anteur, les5'et6'compagniesdu 1" bataillon de la 3' légion avaient enlevé plusieurs barricades : elles avaient eu, à ces affaires, quelques blessés. .. Cependant les prisonniers quecesgardes nalionaus Orentenassezgrand nombre furent par eux protégés et conduits dans un des dépôts établis provisoirement à Paris, »
— « A l'affaire de La Villette. la prise des barricades n'avait pas terminé la tâche des gardes nationaux conduits par le général f^bretoD ; ils étaient maîtres du terrain ; mais les iosorgés s'étaient réfugiés soit dans les maisons, soit dans les chantiers, soit dans les endroits oîi ils espéraient se soustraire bqi recherches. Les soldats citoyens commencèrent^ fouiller parfont. Le garde national Bouvier, ancien militaire, que soncourageet sa taille avaient fait également remn rquer, ayant appris que quelques-uns de ces malheureux s'étaient enfermés dans ane cave , descendit le premier, affrontant la mort dont on le menaçait, et fit prisonnier tous ceux qui s'y trouvaient. Làaassi, cette gnrde nationale, qui avait vu ses fi-ères tomber A ses calés et qui rencontrait i chaque pas des hommes noirs de poudre ou les armes k la maîn, fit taire sa douleur et son ressentiment pour se montrer généreuse après la victoire : elle sut respecter dans les vaincus des hommes dévolus k la justice [').
(>)C'Mt ane réflexion bien triste que l'on bit malgré soi en liiantces fiUUr^ OODléa eonime des Titiu sufaiimeH d'humanité. Hftie c'eat déjk une honte pour )m
Ilnfin, nous lisons dans une autre relation spéciale des journées de juin les détails suivants relatifs au faubourg Saint-Antoine, après sa soumission :
« Les cris de vengeance sont extrêmement rares, et ceux de la miséricorde dominent. Les héroïques vainqueurs se montrent généreux. Un émeutier trouvé dans une maison était vivement menacé par quelques citoyens exaspérés, lorsqu'un artilleur de la garde nationale intervint en s écriant : « pitié pour les vaincus I » Des représentants qui se trouvaient là applaudirent à cette parole : elle fut aussitôt répétée, et le prisonnier put être conduit sain et^uf en lieu sûr. »
Cest avec bonheur que nous citons ces traits d'humanité. Malheureusement, ces quelques faits honorables pour le caractère national n apparaissent çà et là que comme d'impuissantes digues que quelques hommes ont voulu imposer au torrent furîeui qui entraînait tout sur la même pente; ils servent, au contraire, de preuves irréfutables des meurtres commis là où ne se trouvèrent pas quelques chefs assez fermes ou assez bien disposés pour empêcher ces funestes exécutions; aussi resteront-elles classées dans l'histoire à côté des moyens de répression employés par l'aristocratie contre l'insurrection de la jacquerie; à côté des massacres de la Saint-Barthélémy ; de ceux de Cabrières et de Hérindol et des dragonnades ; car toutes les cruautés des ennemis du peuple sont frappées au même coin.
n y eut, en juin 1848, un débordement de mauvaises passions, tel qu'il est difficile d'en trouver d'exemples, même
Tainqueurs, qu'en plein xix^* siècle et en présence de l'abolition delà peine de mort en matière politioue, on puisse considérer comme un triomphe de la justice d'avoir pu empêcher la mise ù mort arbitraire de prisonniers faits dans une guerre intestine, dans une guerre civile !
c Dans les guerres civiles, disait à ce sujet Richard Cobden, on est en face les ans des autres; on se bat, la balle vous atteint et vous rendez d'autres halles ^ il y a desjrainqaeurs et des vaincus, et tout est dit : il n*y a pas de déshonorés... » TOMB ni. 30
en remontant aux plus mauvais jours de nos annales ; et malheureusement ce déborderaeal vint d'en baul. Tous les moyen» que la haine peut imaginer furent mis en œuvre par les hommes qui se disaient appelés à remplir la noble magislrature de la presse ; ils les utilisèrent pour nuire h leurs ennemis, pour les perdre, pour les déshonorer. La presse réactionnaire nfl recula devant aucun genre de calomnies, quelque cruelles, quelque honteuses qu'elles Tussent; elle passa successivement des insinuations malveillantes aux déuonciations positives, des inventions les plus atroces aux fables les plus absurdes, des relations les plus iausses et les plus odieuses, aux contes les moins croyables : ce fut ainsi qu'elle descendit graduellement des horreurs qu'elle imputait si mensongèrement à ses enn^ mis, jusqu'aux niaiseries les plus sfupides.
Cela fut au point qu'aux jours que nous appellerons de la décadence, par opposition à ceux de la recrudescence des dénonciation^ et de la calomnie, la presse réactionnaire, celle qui exprimait la pensée de cette partie de ia popaUuion qa*liCée à'k(mnête et modérée, raconta très-sérieusement 1 ses lecteurs que les insurgés retranchés au Jardin des Plantes aTtient dévoré, pendant les trois jours de la lutte, les oiseaux rarw des volières , et détruit toute la feisanderie. « Us n'ont pas même épargné les petits oiseaux exotiques, ajoutait-elle. »
Et comme il était d'usage qtie chaque feuille soumise à la même impulsion mit un peu du sien dans ce qu'elle empruntait au premier informé, et que l'on arrivait ainsi d'amplifications en exagérations jusqu'aux extrêmes, cette première dénonciation d'actes de gloutonnerie imputée aux insurgés se trouva, le lendemain, reproduite dans les plus grandes dimensions par le journaj le Bien public :
« Les daims, les cerfs, les bisons et toute la race lanigère, ont été abattus pour faire la soupe ; les animaux féroces et les singes n'ont été respectés qu'après un conseil tenu par les
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insurgés, qui se sont amusés à tirer sur l'éléphant ; cet animal, grAce à sa forte cuirasse, n'a pu être blessé. »
Ainsi que cela se voyait toujours, les démentis ne tardaient pas à arriver; mais la nouvelle nen circulait pns moins « malgré son absurdité, et Teffet calculé était produit.
« Il n'est pas vrai , lisait-on le lendemain d&ns un autre journal, que les oiseaux et les herbivores du Jardin des Plantes aient été précipités dans la marmite des insurgés, ainsi que plusieurs journaux l'annoncent ; quelques fuyards seulement ont passé par le Muséum, et n'y ont causé aucun dommage. »
— <K Le jardin du Luxembourg et le Jardin des Plantes, ajoutait quelques jours après le journal le Conciliateur, sont rouverts au public. Les insurgés n'ont dévoré ni les autruches ni les canards, comme l'avait dit le Constitutionnel. »
Des faits de cette nature, qu'on aurait pu considérer comme des facéties, s ils n'eussent pas été publiés sérieusement et toujours dans l'intention de calomnier, la presse réactionnaire tomba enfin dans les contes de bonnes femmes. Pendant plusieurs jours il ne fut question que de télégraphes sur les toits, correspondant la nuit, disait-on, avec les insurgés; et on disait cela» plusieurs jours après la compression complète de l'insurrection ! On occupa aussi le public de croix rouges et vertes aperçues sur la porte des maisons que l'on devait , disait-on , piller ou incendier, afin de venger la défaite. Puis enfin on prévint les habitants de Paris de se méfier de certaines boulettes incendiaires et d'une poudre inflammable que les amis des insurgés semaient sur le pavé de Paris, dans l'intention, sans doute, d'allumer impunément un incendie général.
Non, jamais la postérité ne pourra croire à tous les moyens atroces ou ineptes qui furent employés par les réactionnaires pour semer l'irritation, la défiance, la peur et la haine ; non, elle ne croira jamais avec quelle déplorable rapidité on accréditait ainsi les bruits les plus odieux, les plus absurdes, les plus
une juste idée de la bcilité avee geinhtinnoaires émouvaient ainsi toute une ôTlisfcîttnts, que lorsquelle saura que plus population se recrute sans cesse de oe que campagnes ont de superflu illetlré, pélfi •ift i» ptqugés, n'ayant aucune notion du juste ^WB naissant d'autre puissance au monde qu9 :• 31: nsaoat k Paris» à la suite de quelque parent étar^; titéer une existence ou y faire fortune dans i|uî rétrécissent encore toutes les &cultés hu-^ ^^ oisCte partie de la population qui , en sous-ordre« Ifis^ ttanvais gouvernements et se dévoue aux plus ; aveuglée qu'elle est par les vices perma* «JMcation primitive et par son sordide égoîsme. il^ipKlKtftè connaîtra le fond de ces terribles dissensions ^««^tii^Hit:?^ ntcnHenues au milieu du foyer de la civilisation « ,fytf9^«î j^i^ceaii Je la liberté, elle ne s'étonnera plus de cette îc ^ft ^^uiudou< et de contre-révolutions dont notre époque 5< tiitvut . jran.v qu'elle apercevra toujours en présence et ^tt*^ui^ ;tt ccat d* hostilité, les divers éléments politiques .*.v* < vm^K»A* ttotro société en cette période de lutte et
ï\ aiciV>.s uk>s ueveux croiront difûcilement que la ville aux
ttiiixît'sre^yiutiottsi» quela ville des lettres , des sciences, des
^1^5^ ii> lumi^^îs ait pu être mise en émoi, tourmentée, aflec-
tv ^H*r It>< bruifei^ slupidcs que les feuilles réactionnaires répan-
iu^ui Jurattt plusieurs jours, après la compression totale de
•iiMâmviiott. ^^ •^^^'^ 1"^ ^^^ P'"^ hardis, étouffes par le
' 'v.ic l otat d^" siojso» so courbaient jusqu'à terre pour laisser
i a tîLN«t»ote. Nous sommes forcés de consigner ici quel-
. ^uia(iUw»tts do ot's bruits, afin qu'on ne puisse pas sup-
. »!s. ^ttt dune invention plus récente.
Jn ij^ii, fe l'* juillet, dans le C'om(i/?/(/onnc/, feuille babi-
DE LA REVOLUTION DE 1848. m
tfiée à donner le mot d'ordre en fait d* inventions calomaienaesv la dénonciation suivante :
« On a appelé plusieurs fois Tattention de la police sur les signes an moyen desquels les conspirateurs communiquaient entre eux. Un grand nombre d*babitants de Paris ont pu voir, la nuit, d*un point culminant, tel que la hauteur de Mont* martre, des lumières ascendantes et descendantes se correspondre snr des toits dans tous les quartiers. Les faits ont été plus d'une fois dénoncés. Cependant aux jours de la bataille ees moyens de communication existaient encore. Ils ont servi puissamment aux progrès momentanés de T insurrection. Att moment de la reddition du faubourg Saint-Antoine, on a remarqué que des signes particuliers ont été employés. La nuit dernière, d'après des informations que nous avons lieu de croire exactes , on en a vu sur les toits de la rue Saint- Honoré. »
Ainsi voilà l'éveil donné. Quelque visionnaire, atteint d'insomnie, a tout observé, tout coordonné, tout calculé ; et, quoique ses dénonciations n'offrent qu'un vague à faire lever le^ épaules, Paris entier n'en est pas moins prévenu de la présence de ces dangereux signaux de nuit.
Le lendemain chaque journal avait fait sa découverte de même nature.
VEitafetie annonçait que le poste de la garde nationale occupant la rue Bleue avait fait une capture importante , celle de quatre individus qui, du faite d'une maison de la rue Bergère, faisaient manœuvrer une illumination plus que suspecte.
Le Siècle ajoutait que l' état-major de la garde nationale avail constaté, pendant la nuit . des signaux partant des maison:» qui avoisinent la place du Carrousel. «Quatre chandelles, ajoutait-il sérieusement, placées aux fenêtres les plus élevées, étaient|[ akemativement élevées ou abaissées, taatdt une, tant&t Aeux ^ z
tantôt toutes les quatre Le fait a été déclaré et prooie-
verbal a été dressé. »
— « Hier au soir, dît encore une autre reuiUe, des gardes nationaux se sont emparés, dans la rue Uichelieu, d'un individu qui, de h fenêtre de son cinquième étage, échangeait depuis une heure des signaux avec Montmartre, à l'aide de deux lumières qu'ils élevaient et abaissaient alternativement. Cet individu, qui expliquait fort mal sa conduite, a été amené chez le commissaire. »
— « La police a arrêté, celte nuit, ajoutait la Gazelle dcn Tribunaux, deux hommes et une femme qui faisaient des signaux de nuit rue Neuve-des-Bons-Enfaols ; ces signaux correspondaient, dit-on, avec Montmartre. »
Enûn, et pour en flnir avec ces télégraphes de unit, le Con- Btilutionnel annonçait que, «le -(juillet, à quatre heures, des gendarmes avaient fait, sur la place de la Concorde, une capture importante, à savoir : quatre individus signalés comme se tivrant i ces signaux de nuit doat l'apparitioa araît donné réveil à ia police. »
Hais ces mêmes joaroaux se gardaient bien de faire connattra le résultat des investigations de l'autorité k l'égard de tous ces télégraphes de naît, composés de one , deux ou quatre chandelles ; le ridicule les eût par trop frappés de discrédit ; car ces prétendus signaux n'étaient guère que des lampes i réverbères dont se servent bien des ouvriers logés an cinquième on sixième étage. Mais ces feuilles, qui abusent ainsi de la crédulité publique, ne peuvent pas empêcher que les journaux de l'autre opinion ne bafouent leurs visions, après les investigations que leur position prescrit :
« On fait grand bruit dans Paris, dit la Réforme, des télégraphes qu'on aurait établis de certaines maisons, et qui servent, dit-on, de signaux aux insurgés. L'hôtel de Nantes, place du Carrousel, et la me de Rohan, étaient signalés h ta police par
leurs manœuvres télégraphiques. Cétait de là , assurait-on , que partaient, chaque nuit, tous les signaux qui apportaient la erainte ou Tespérance aux insurgés. Hier encore, le quartier était en émoi ; le télégraphe jouait comme d* habitude en verres de couleur. Aussitôt M. Perrot, commandant de la garde nationale, est averti ; tout le Palais National est sous les armes. Le général dépêche un commissaire, M. Sanson, sur le lieu du crime ; il monte sur une terrasse, et, pour tout télégraphe, il surprend trois lampions tricolores et isolés que le vent fait vaciller. Le propriétaire déclare qu'il les allumait régulièrement tous les soirs, depuis la déplorable nuit du S7, afin de servir à éclairer la place assez obscure en cet endroit.
Voici encore une autre version que les Nouvelles du jour publièrent pour démontrer le néant de ces alarmes de nuit :
« Un graveur du quai de F École, qui a besoin d'une lumière très-intense pour ses travaux, et dont T atelier est situé au sixième étage, a vu son domicile violemment envahi par la garde nationale. Il a eu beaucoup de peine à leur faire comprendre que sa lampe et le transparent dont il se sert pendant le jour n'étaient nullement des ustensiles télégraphiques. x>
— « Un cordonnier en chambre, logé au septième étage de la grande maison qui fait le coin de la rue de Choiseul, sur le boulevart des Italiens, racontait une autre feuille, s'est vu Tobjet d'une visite nocturne à laquelle il ne s'attendait guère ; il la doit à la boule (ïcau qui lui transmet la lumière réflectée de sa lampe ; cette clarté, souvent vacillante, a été prise par des visionnaires pour des signaux télégraphiques envoyés à Montmartre. Il aurait d'abord fallu s'enquérir si les habitants de Montmartre no sont pas trop éloignés pour apercevoir cette clarté ; mais nos fonctionnaires n'y regardent pas de si près. »
Enûn le Peuple Constituant, journal du représentant Lamea« nais « raillait ainsi les signaux des toits :
"IHa HISTOIRE
' « Itous engageons toua les citoyens à s'abstenir de se pro- 'tiwer, soil penilant le joar, soit pendant la nuit, sor les ItrrtiKftb el belvédères qui dominent les maisons, dans le bot de ' tHrbndre le frais ou d'interroger au loin l'aspect de la ville par nn clair de Iudg. Plusieurs coups de fusil ont été lires ()66 âfernières nuits sur des personnes qui, grimpées ainsi a« 'ftllb Ôeleur maison, n'étaient probaMeraeut r^ue de slmpla tettriaux, mais dont on ne pouvait apprécier les intenlioDS. »
Il ta sans dire qu'on n'enlendît jamais parler des résallsts le Toutes les informations judiciaires ouvertes à ce sujet, les '{défendus télégraphes de nurt correspondant arec des insai^ qai n' existaient plus que dans les imaginations effrayées, liyuit été reconnus partout n'être que les elTels des lumières phtt"l>u moins intenses, plus ou moins fixes, doiit ont besoin ''^jMliItaes genres de Iravaus exécutés dans les chambres.
Ihis nous n'avons pa* encore fini avec tous les bruits stnî»tres que les journaux rend ion n aires accréditaient avec tant dft.J fecilité au milieu de «^rtaine partie de la pepolalioD ; il oov reste encore è parler des croix ronges apposées, disait-on, flw beaucoup de maisons que Ton devait piller, croix qui Irowhft rent le sommeil de tant de propriétaires et de portières, «oM moins que les bouïettet el les poudres mfhmmahles destinées i incendier Paris. Les feuilles contre- révolutionnaires boVi avaient réservé ces derniers faits, d^es de lenr imaginatitHi. comme le bouquet d'un feu d'artifice. Cest' qn'il était îinpo»sible d'aller plus loin dans le domaine de l'absurde.
C'est d'abord le journal qui s'intitule la Pncidaue qui ^«t prime ainsi :
fl Plusieurs maisons anient été marquées, pendant les événements, de croix vertes on rouges. La croix verte désigoail, dit on. le pillage ; la croix rouge l'incendie. *
Ainsi , roilji les însur^ qui quittent leurs bairicades pour se faufiler dans les quartiers occupés par les troupes, noD pas
DE LA RrVOIUTION DE 1848. 5>4l
pour aller les en chassôr, hiais pour désigner pat avance les maisons qu ils doivent brûler et celles qu'ils pilleront seulement. Le fait né peut être mis en doute; tous les journaux réactionnaires l'affirment : qui pourrait ne pas les croire? Écoutez r honnête Messager :
« Un journal dit que sur les boulevarts un grand nombre de maisons ont été marquées par de petites croix rouges, que ce signe s'est également trouvé dans les 10* et 11* arrondissements, et qu'on en a remarqué plusieurs exactement pareils dans l'intérieur des maisons. Nous pouvons affirmer qae plusieurs maisons de la rue Neuve-des-Petits-Champs , et entre autres celle d'un bijoutier, ont été également désignées à l'aide d'un signe identique. »
Bfais la montagne ne tarde pas à accoucher. Les Noufoelles du jour rassurent et les propriétaires, et les locataires, et les portières crucifiés.
« Nous avons vu ce matin des citoyens se préoccuper péniblement des signes rouges apposés sur un grand nombre de maisôias, dit cette feuille réactionnaire ; les suppositions les plus exagérées circulaient h ce sujet. Là, c'étaient des maisons suspectes; ici, c'étaient des maisons marquées pour le pillage. Dieu merci ! ce n'est rien de tout cela : ces signes indiquent simplement la place où doivent être fixées les nouvelles plaques en porcelaine portant le numérotage des maisons, y^
Voilà le fait des signes d'incendie et de pillage bien expliqué ; ce qui n'empêche pas qu'encore aujourd'hui, à plus d'un an de distance, on rencontre une foule de propriétaires et de portières parlant toujours du danger auquel ils ont échappé. C'est que les infirmités morales de l'humanité ne se guérissent pas dans un jour.
Ces braves gens qui se croyaient sans cesse poursuivis pur
Tombre des insurgés s'ingéniaient à se mettre à la torture.
c Ce matin, on trouvait, dans toute la longueui^ de la rue TOME nu 31
ut HISTOIRE
Neuve-des-Petits-Champs, racontait le Mestager^ des bonleUes incendiaires qui sT enflammaient sous les pieds des passants. »
Ce journal se bornait ainsi k raconter le fait.
Mais la feuille la Providence était bien plus explicite ; elle révélait dans toute sa noirceur le complot des vaincus.
« Un. fait assez curieux et qui mérite d'être rapporté, disaitelle, s*est passé aujourd'hui rue Croix-des- Petits- Champs. Vainqueurs^ le pillage ; vaincus, lincendie^ lisait-on sur les drapeaux des insurgés. L'insurrection domptée poursuit son programme. Une poudre fine, jetée sur les trottoirs et inflammable au moindre frottement, a éveillé l'attention des passants, qui aussitôt ont revêtu l'uniforme pour faire la police de leur quartier. Que l'autorité ne s'endorme pas ! »
Nous pourrions citer un plus grand nombre de ces niaiseries ; mais il nous suffit d'avoir prouvé & nos lecteurs que nous n'en avons inventé aucune, et que toutes ces stupides dénonciations sont bien sorties de la presse contre-révolutionnaire, lorsque, fatiguée d'avoir parlé de têtes coupées, de mobiles mutilés par les insurgés, elle se trouva dans la nécessité d'inventer une autre série de calomnies nouvelles.
« Ces honteuses saturnales qui se déroulent à nos yeux . s'écriait le journal la Réforme, en reprenant la parole; ces criées publiques de noms suspects, ces dénonciations infâmes, ces calomnies atroces qui sifflent de toutes parts, ces débauches des partis qui se font pourvoyeurs de geôle, tout cela est triste et mérite châtiment, car cela déshonore, cela dégrade un pays : c'est la bassesse et la violence accouplées I
c Est-ce que Ton croit servir la cause de la civilisation, eu élevant des barricades de calomnies contre des barricades de révolte, en dénonçant des faubourgs entiers comme un bagne, comme un camp de pestiférés, en inventant des chroniques empoisonnées et tellement hideuses qu'elles souilleraient les annales d'un peuple anthropophage?
« Oui, l'insurrection est coupable quand le suffrage universel est appliqué, quand le peuple est souverain, et que, par «on vote, il est maître de la loi ; oui, la prise d'armes est un crime quand tous les pouvoirs sont délé{;çucs et responsables . quand le droit est réalisé par les institutions, et qu il est le principe, la sanction, la cause. Nous acceptons moins que personne au monde ces agressions téméraires, ces violences insensées des minorités qui nous livreraient aux dictateurs. Ainsi, pour nous, l'insurrection de juin est un fait coupable, qui non-seulement a déchiré la patrie, mais qui s'élevait contre nos principes et pouvait les emporter. A cet égard, point de dissentiment avec ces honnêtes légistes qui ont si longtemps nié le droit et qui viennent si lard le défendre pour l'exploiter contre nos idées, contre nos hommes, contre notre gouvernement.
« Mais, si nous sommes d'accord sur ce point capital qu'il n'y a pas d'insurrection légitime quand le droit existe , et qu'il peut agir, nous n'avons que de l'indignation et du mépris pour ces marchands de calomnies atroces qui font commerce de têtes coupées, de devises d'argot, de vitriol ardent, de mutilations hideuses, de distributions empoisonnées, et pardessus tout de lâches dénonciations contre les ennemis qui les gênent, et qu'ils veulent perdre en les jetant au bourreau.
« Les feuilles de la réaction qui tiennent boutique de ces boucheries, et font ainsi le service de leurs vengeances, ajoutait le même journal, ont-elles vérifié les faits par une instruction sérieuse, avant de les jeter en pâture à la haine, à la peur? Ont-elles eu la pudeur de contrôler avant de dénoncer, de provoquer l'opinion publique, la justice, les passions du moment? Non , mille fois non ; il n'en est pas une seule qui pût donner témoignage, faire la preuve; et le gouvernement a lui-même démenti la plupart de ces contes hideux que la presse de la contre-révolution invente et propage pour le bénéfice de ses
i^lSTOIRE cT^tal, ensevelb sous la barricade del
«Ahl qudl mitier Tom faites là, Messieurs, et que c'est und Wfe finHilîoil.de taniller.aînâi par la calomaie, par l'outrage, 4 ^Uvmonr notre pays, k parquer uoe classe dâus le crime duu k honte, i jperpétaer nos disseDsious et nos baineâ, qui sont flommes entre la misère qui nous dévore et l'étrangeri qui guette nos frontières I Ce n'est pas ainsi que nous coui] nom le deroir, nous des empoisonneurs du peuple potn-taut, ôfa uifivâùsim, comme tous le dites si bien, des prop.ijjuiipt/lm eC àaa foUtcnUin»! Au lieu d'irriter et d'aigrir, ftiBom un i^pel à tovB les nobles sentiments, ù toutes !(» ,d^U4e8, à tons les intâràlB, k tous les cœurs dévoués à U palrlo p^a» •^DXons tons les citoyens d'entrer en accord, d'élmi(f« en enx la haine, le soupçon, l'orgueil, pour s'unir dans cet .fra^eniit|& snissante, qui peut seule organiser les intérèls et \< jidées, sauver le boI et tes iusiitudons.
« Nous vtnimes toujours prêts, concluait le rédacteur de la Réforme, k verser notre dernier sang pour la république, pour 1^ priqcipee saprés de notre révolution ; gmais si les institutions et les j^ranties du droit nous sont données, nous renoncerons i la guerre; et, citoyens pacifiques, nous Iraraillerops k répandre dans le pçfipte les priocipes et la religion dn développement légal. Ce n'est pas la conscience qui lui manque, an peuple, c'est la confiance dans les institutions; c'est la certitode que ses conquêtes ne lui seront pas volées. On Fa trompé si souvent ; les aristocraties et la royauté ont si longtemps goi^ vemé par la force et par la ruse ; on l'a tant de fpis condamoi^ oomme Samson, i ébranler les colonnes du temple, que la force eat, à ses yeux, l'instrument nécessaire, rinstruipept fatal 4e toutes les révolutions sociales et politiques. Voilà ce qu'il font «n^Dor de son esprit et de son cœur, au lieu de l'insulter et de le ualomnier ; voili ce qu'il faut détruire. »
US
Cest ainsi que s'exprimait la seule feuille démocratique que l'état de si^ eût épargnée; c'est ainsi que les vieux républicains exhalaient l'indignation dont ils étaient saisis en présence de cette conspiration de la calomnie qu'ils dénonçaient à la France et au monde entier. Mais c'était vainement qu'ils conjuraient les ennemis du peuple d'étouffer les haines, de faire taire le soupçon, et de s unir à tous les citoyens par les liens de cette firatemité que le gouvernement républicain avait mission de faire régner» la presse contre-révolutionnaire continue sa mission, qui était de chercher à nuire le plus possible, jDll par tous les moyens, à la démocratie, afin de déshonorer et ^ ruiner la république dans Tesprit des nations.
GHAPITItE IX.
lihltpndiriUpirlaiévlBaBaalidtPvlimr les dépanemenu. - ' —rMrtMW ■nUrin npmd ta chhm de la t>t<ii-RousM. - , mmm MilMrbtla« oonpét aUltalrauBL — Adieui An Mariin 8<-rnard i< Hii. — Ui pwUi nMpnUtaiÙ rigfatal. — Arriva d'uce division de ramév dl AlpM. — L'WMacW JOM Ms •DidiU. — ETdoeinfiit* de Uarr^ille — Uurs a !«*<■*■ tes kl riM. — EUn nst pifces. — Vœi>x du pvtkL - ■wmn dW WlrM vUlfl*. — LM-Mloâaleï dp In presse etaclma' li«MMpiraMM*bMvMr.— Bnitdirtippaniiondisiiuur^ïL. OkradnliriffM»dNlnifM<iiKoMa,ËEII>cur, dans tour» Uva1l«edelaSi rMÉfMdt8«riita«,dtLM*l«%<rBvtNs.eic.,eic — D«ui mille insure^ covo i- AhiUn k 8lllH)MBtii. — [lut des propagan-ur^ de ces fjoss^at
k — Ln république en dao^r d»n - L» fioavoir m ■'oocape qu'à OMDprïiiier fans. — GomnniMDent A
— L»niHtaiKa«MtloiilduM l'Eut. — RéOexiODS àn«^M.— DénpfMîiiteaMt* «•u qui «TtiNt Toulo ItHider le gouTemeoieDt du droit.— Armée dadoquatanUt bonnw diM Pnit. — Ar^not ntossaiiv pour la payer. — DtssolulioD des aldîWf Mti«HUX par ta pouvoir estcutif. — Empniol de cent daqoanle millioasi la BuqM.
— SwwoowpWr utioM) pour le bAlîmeni. — AanciaiiiiBS des ouvrier* eneonranéM par «■ ciMit do trob nilUoB». — Hesures BuDdtrei proposta par )r mmîslreGMd- «kMlX. — IsBMaoe «TOvéa da Tuciea parli dil rmutrMfturiur la goorerneMOt.— La pemir eMcaUTta tnMTaWancU&ftioacoDUfrriToluikinnure.— Esplicaiiaw daaHaa par la fteAnl CanJcnac lur l'eut da (■(«•. — Il doit «ire hMfoeBeat pmiOÊfi. — Gnad déaappointeaMl de* journalistes.— MabUsaement du eauttooMotrat dH Jowmvax. — PttiUoB da U tocàéM dM tCBs de Mina i ce njet. — Attaque «OBtf« tai libMMa pabliqMa. — Htsures inpopulaira. — Pnoet de loi tur riMirudioa pr htiquealMM-roniaaiMtiMJadkiawe. — OsTtMiiMMrirdaMtescaitaaa. — Aspect da FMtt MW CttU da rié(*. — Cattanx al priaoK. — HApatmpleàBsdebleMta.— La ||orvuae(M«(adaTn«. — DHaàbMH-IetMaBàiMot miliUitcs. - Lea troà catéga* ri«.— Laiacadili dBado*. — lUtticM wria dfrwnjwadue dta déaotiatioaa
I^«« iMTtbles ^T^iimnents de Psris ne poanîeDi maaqiier 4'iiT\iir du r?tentis!«ineiil d«ns ks dépsrtaneDts. NéanmoÎDS, ils ti«av^>n>at Iw {[ttndes TÎlks d«n$ an beaieox état de snspidon i r«f^ d« h «•pituW : k$ ifîtatioK permanenles qui
avaient eu lieu dans Paris quelques jours auparavant au sujet des prétendants, et les premiers bruits qui circulèrent sur la nature de Tinsurrection de juin, tenaient les démocrates de ces villes dans une sorte de réserve qui les empêcha peut-être de se lever aux premières nouvelles de l'insurrection. Lesdépéches envoyées par le gouvernement aux autorités locales, et que cellesci s'empressèrent de publier, prévinrent au moins toute levée de boucliers, si elles ne purent empêcher une agitation si naturelle ; non pas qu'il y eût complot, mais irritation causée par les progrès de la réaction.
 Lyon, la population se montra, dès le premier jour, impatiente de connaître le résultat de la lutte fratricide engagée à Paris : la garde nationale et même la troupe étaient prêtes à marcher au moindre avis. Mais on n'entendait qu'un seul cri dans tous les groupes : « Nous voulons en finir avec tous les prétendants, disait-on ; nous combattrons les ennemis de la république, quel que soit le nom dont ils se parent, napoléonistes, orléanistes, henriquinquistes et autres fauteurs de désordres. Nous voulons la république ; nous l'avons et nous saurons la défendre. »
Tel fut le premier cri des Lyonnais.
Le lendemain, l'agitation fut beaucoup plus vive; on put craindre que Tordre ne fût troublé, principalement h la Croix- Rousse et en quelques autres communes suburbaines : des meneurs furent aperçus exploitant la misère et la crédulité des ouvriers : la troupe et la garde nationale, formées en bataille sur la place des Terreaux, furent huées dans le but d'entamer une collision ; mais grâce aux sages conseils de l'ancien comité exécutif et du club démocratique, à qui les ouvriers et le peuple entier avaient conservé leur confiance, la soirée se passa plus tranquillement qu'on n'avait osé l'espérer, et les ouvriers firent preuve de bon sens, en ne donnant aucune créiince aux suggestions de la réaction.
2iè HISTOIRE
Lé 2^ juin, cèïté tranquîllifé cuftserVèe les joiivé prtaôlR^^ fàîUîlt' k èiré IrôuBIéè sérîeùsèmenl pai^ une'd'éfcirfôTV dfeTdtflôrîlé niîliiaîfé, dêcîsiôii dîctéô pat' la péUi*. Lé gétltîi*àl coitiùiàfiV' dàht ïa division', avait arrêté qùb les doûzé' pîèbé's (!è*cSrioh qftfî étaient restées enlrfe lès nlâînsf dé la gaifdfe hàtrottàlë àé'lrfCr»«- Roussé, fù?î seraient enlevées pô\it être renlîsé^ à FâïtïïWrfë de là ligne.
On comprend combien l'annoiicô de ôétte résoftitlt)# dWf émouvoir les esprits : une colliision était à rédotitét. Mkîè*, porir la rendre impossible, le général Gémeau avait fôit ehVèloppèf, danis la nuit, toute la commune de la Croix-Rôasse» par l'envoi de dix mille hommes de troupes à Cilil^ él à Càlaîre. Dés cartouclies avaient été distribuées, les postes i*etifdt*céi, et lés gardes nationaux actifs consignés da'ns leilîâ qifaïtiers. Le plan de T occupation de la Croix-Rousse était tout ftaàé;ée sorte que chaque bataillon connaissait par avance là place qui lui était assignée en cas de besoin.
Pendant toute la matinée, d'autres régiments arrivèrent encore et se rangèrent en bataille.
Dans ces circonstances d'autant plus critiques qtië les ouvriers des chantiers nationaux de Lyon et des chantiers formés à quelques lieues, quittaient leurs travaux pour se rendre à la Croix- Rousse, une centaine de républicains connus, d'hommes politiques exerçant une certaine influence, se réunirent à la mairie de celte commune, et délibérèrent, conjointement avec des officiers de la garde nationale, sur ce qu'ils avaient h faire : il fut décidé, par cette réunion, que les pièces de canon seraient remises à l'autorité. Le club démocratique central adhéra h cette décision, et les hommes ayant appartenu au corps dit des Voraces promirent de l'exécuter. De son côté, le général témoigna des intentions les plus pacifiques.
A une heure, on emmenait les pièces sur la place {\o< ]) :•nardins pour y être remises aux artilleurs de l'armée
DE LA ULVULLIION D£ 1848. ^49*
9iéiniDOÎ0s, les jours suivants, la. ville ftit oceupéo niilitoi-* reitient. La conservation dis Tordre* au milieu de circonstances aiimi graves, fut duc principalement h Tattitude dbs chefs de la démocratie. Le citoyen Maiiin Bernard, commissaire de la répabiique dans le département du Rhône, y contribua beaucoup: par sa conduite; et lorsque, quelques jours après, il remil ses pouvoirs au préfet Ambeit, il publia une courte mais bonno^ proclamalion, dans laquelle il disait k ses concitoyens :
« I..es intérêts de la ville de Lyon me seront toujours chéri* entre tous, car ils résument tonte la vie industrielle de notre» jevne république, et la vie industrielle est aujourd'hui le grand pfoLlème posé à notre génération.
« Uais; qu'il soit permis h un vieux soldat de la liberté da Youaledire : ce problème ne peut 011*0 résolu que par le temp» 01 k discussion. L'ordre est la principale condition d'existence* de la fépubliqr.e. Avec le suffrage universel, il n'est pas une seule vérité politique ou sociale qui ne puisse triompher».
Sais à Lyon, comme h Paris, il y avait des partis très-actifs, ayant leurs embaucheurs, leurs orateurs en plein vent, loars* agents semant l'or, excitant les passions les plus mauvaises» préparant des collisions et voulant tuer la république par ie' désonlre et l'amirchie. Ces partis, se trouvant en présence d'hommes à la tète volcanique, aux idées exagérées, ne désespéraient pas d'amener un connit dans Lyon. Le gouverne^ ment crut avoir acquis la preuve qu'un complot se piépaniit dans les premiers jours de juillet. Des ordres pressés transmis parle télégraphe au commandant de la di\ision et aux chefs defarmée des Alpes, prescrivirent la marche des troupes sur Lyon; elles devaient prendie possession des places publiques ainsi que des filles suburbaines.
En effet, le 5 juillet dès le matin, Lyon, les faubourgs de la Guillotière, de la Croix-Rousse et de Yaisse furent tout é toup^Mopés militairement par différents oorps de l'armée dei
no UISTOIBI
Alpes, arrivés de tontes les directions. En nn instant Lyon ressembla i un camp. Une population immense parcourût pacifiquement les rues et les quais, s enqucranl de Totijct de ce déploiement de forces. Personne ne croyait k une bataille, l'atlilude de la population ne pouvant donner lieu & la moindre collision. On pensa nn moment qu il s'agissait dn désarmement de la Croix-Rousse et peut-être même de Lyon, et que les troupes appelées devaient appuyer le désarmement et comprimer au besoin toute résistance, toute tentative fémeale on d'insurrection.
liais la journée s'écoula sans autre tentative que roocnpation des places publiques, et la nuit fut d'un calme désespmnt ponr cenz qui pouvaient avoir compté sur un choc ; pas le moindre coup de fusil ne justifia les présages; pas la moindre alerte ne tioubla le repos de la troupe. Vers une heure dn matin, les soldats, fatigués de marches et de longues stations, reçurent l'ordre de se retirer.
Le lendemain, la ville avait repris son aspect ordinaire. «On se demandait l'explication de ces mouvements, de ces démonstrations , de ces déploiements de forces qui sèment l'alarme dans les campagnes et dans les villes des environs, et qui transforment en nn camp une ville industrielle, disait à ce sujet le journal le Censeur. Ici, comme ailleurs, on n*a pu apprendre autre chose sinon que nous vivons à une époque oii Ton s'amuse à jouer aux soldats. »
Si Lyon ne vit pas Témoute gronder dans ses rues, si ses places publiques ne furent pas ensanglantées, il n'en fut malheureusement pas de même à Marseille. Ilàluns-nous de dire que la cause des troubles de cetle ilernière ville n'eut pas d'autres rapports avec la terrible lutte de Paris que le mécontente-, ment des ouvriers, et que la question des heures de travail agitait Marseille bien avant le ââ juin. I
Dès le dimanche, 18, des tentatives de désordre avaient en
DE LA RÉVOLUTION DE 1848. Ml
lien h l'occasion des engagés parisiens. L'autorité dut prendre toutes ]es mesures que les circonstances nécessitaient pour éviter à la ville une commotion. Néanmoins les ouvriers décidèrent, le 21, qu ils feraient une démonstration solennelle le lendemain. Comme rien n indiquait alors que cette démarche pût prendre le caractère d'un complot armé, le préfet et lo général crurent qu'un déploiement de forces suffirait pour contenir l'agitation.
Ces mesures étaient prescrites, lorsque la colonne des ouvriers se présenta dans la rue de la Préfecture. Le préfet, Emile Olirier, admit quelques délégués. Ils apportaient la demande du maintien de l'arrêté relatif aux dix heures de travail , demando qui fut accueillie par Tautorité. Mais pendant qu'ils rapportaient cette réponse h leurs compagnons, les agitateurs commençaient des barricades à la rue de Rome et à celle de la Palud.
Les troupes et la garde nationale accourues sur ces points se mirent en devoir de faire les sommations. Il n'y avait pas à s'y méprendre, elles se trouvaient en présence d'insurgés, et les premiers coups partirent de derrière les barricades
A la nouvelle de cet engagement, le préfet se hâta d'envoyer des émissaires chargés d'éclairer les ouvriers trompés ; en même temps, il fît afficher son arrêté pour le maintien des dix heures de travail. Mais ces moyens pacifiques n'empêchèrent pas l'autorité de faire battre le rappel, et successivement la générale. Les chefs militaires furent invités à se rendre h la préfecture, pour y recevoir la mission de repousser la force par la force.
On sut bientôt que lo point central de la résistance était la plaoe aux OEufs. L'ordre fut donné de s'emparer des barricades qu'on y élevait : la troupe et la garde iiationulo en chassèrent les insurgés, f.cs barricades de la place CastuUone furent aussi occupées sans violence. Le représentant du peuple Cent, qui se trouvait à Marseille, el qui avait puissamment contribué à la
^tfimttfi^f^ .d'jWfi P»^*^ ^W insurgé», m rradit de npantt^ :f§TJ^ eeffx q^i «ydiçiit répcçnpé la pl«co Castellanc, «pr^ le diS' ^Tt^\^if»)f}fpf puis cette fois, îoia d'être éçoulù, feijivlfl^ jfiefMM;^ fwrejftt rçlepus cf niefiacés.
|^pj|,eptl^{>psUipii, jetctw^nent <}.u'îl n'arrivât quelque m.il- JifUir d^lpM^ble. aujE parlemeptaii^ le eommondant iIl- I aiiil- Jlunip, jt ,<|vi \'w ayaitwiyuyé l'ordr? d'atlaqut^r, crut devoir mnieoîr ■ rexécution de cet ordre : le préfet approuva sn conduite, après,ayoir eu popoaiiisance d9.8e9 motif^^- Al^is il fut jjenïetMi que, pei^dsot la pait, pn «firr^iUerajil la place, et qu'on ^'HtlaqneraM ]fi Içp^^eiqain, i
.p» aqrsii, dpo^ les réactionnaires flrent qq crime au préfet, jp'niait i^pepflifftien lien que dan» Ip dojible but de sauver U .TÛ) «nx 4Ôi>^ pifrlefnentaires, lat de donnfir i l'auloritô miJil«Jimii^ ^ temps de prendre lesmesnrçsde pnidençç oMO^stfticti^pffir^^ ne pas exposer inutilement la vie des soldats.
En elTct, Iç renvoi de l'attaque au lendemain eut pOKV réanimai de mettre lii troupe à même de 9' emparer df» jr^tnn^t^ jnenj!) élevas s^r la place sans autres jpertes qne .cinq bontVfli mis lioi-s de coroliat, dont deux morts.
fie ce moment, l'i^jsurreciion cessa de donner jdç!) vnqniéliides, eiraiitoiiiéjudidijirçso mit h instruire cet^ déplorable ilHiiirc, h laquelle le prçj^t ne pouvail, di^il il dons ^n rappotl au ministre, nssliincr nut;un caractère. Cène Ojtqne Ip lendemain, 24 juin, que la première nouvelle d^ trovbJoB de Paris arrivait à Marseille ; il n'y avai[ plus olors rjçn h ci>aind«e pour la franquillité pvbliqne; et, an moyen des précautions prises pv }'autorité, Marseille passa pette crise terj-ible sons nouvelles pomniotions.
4 ie r#is de? v(£(ix ardents, écrirait, d^s le ^. le préfet aa minislre , pour que la pause de l'ordre sorte triomphante de la ^l|p qni cfil^çflgngç^; jeledésjro paiy» i^ue I9 paivs^de l'ordre ^ fH^ de la répMjiliqne n'en Uiot fu'iinf; J'iwdieei^, «a
DE LA RÉV0iI(.UTlOV DE 1848. m
dTelj |>eat assurer Je développement paciOque xle nos institalîons républicaines, et par e\le% le bonheur du peuple. »
Or» ce préfet qui tenait ainsi» à deux cents lieues de distance de la capitale, le même langage que les journaux franchement lépublicains, appartenait lui aussi à la monliigne. Cest pour cela que les réactionnaires accablèrent de leurs calomnies un magistrat qui avait eu le tort impardonnable de ne pas faire verser è grands flots le sang de ses administrés » de ses concitoyens et des soldats français.
Dans la plupart des autres grandes villes» lo nouvelle de Finsurrection des ouvriers causa de l'agilalion ; mais nulle part OB n'eut h déplorer des collisions : partout les démocraijt^» quoique blessés au vif par h marche des aflaircs publiques» se tinrent dans la plus grande réserve; ee qui n empêcha pas les 4éparlements de 6e trouver, après les jouinées de juin» sous le cpup d'une réaction royaliste, pareille è oelle de 1795
Les calomnies publiées par la presse coDtre-révolutioDBaiir avaient réelle^^ent placé les ^andes comme les petites viU6 lous la compiralion de la Icrrùur.
\a bourgeoii^ie de Rouen ne pouvait rester en arrière» lorsqu'il s'agissait de manœuvres propres à exaspérer la population contre ee qu'on appelait les retfes des insurgés» et par conséquent contre les républicains. Les meneurs arrivaient facilement h leur but en fuisani courir le bruit de la présence dans tel ou tel bois, telle ou telle contrée» de bandes d'insurgés mettant tout i feu et h sang. Cest ainsi qu'ils procédèrent è Rouen» \i Elbeuf et dans toute la vallée de la Seine» vers Ijs premiers jours de juillet.
Aussitôt la garde nationale fut sur pied; les tralneurs de sabrf» coururent les rues» anoonçantla prochaine arrivée des brigandi ; la ville resta sur pied la nuit comme le jour; on y vécMt dans les alarmes» jusqu'au moment oii l'on jugeai propos d'MOonear qne Iw brigands avaient pris une tuire direction*
?B4 HISTOIRB
ÎJk terrenr se promena ainsi, comme en 1789, dans tous les déparlemcnts qui environnent Paiis, et se répandit même beaucoup plus loin. Les journaux des provinces n étaient remplis que de ces bruits semés par la malveillance pour exaspérer les populations paisibles.
« Hier, à six heures du soir, lisait-on dans le Propagateur dô TAuhe^ un cri d*alarme s'est fait entendre dans lous les environs <le Soulaines. Des courriers, partis à cheval des communes du département de la Ilaule-Marne, arrivaient à Soulaines et dans les communes voisines pour prévenir les habitants qu'une colonne de mille insurgés, parcourant la route de Nancy à Orléans, mettait tout h feu et à sang aux environs de Joinville. On avait, nous assurait-on, entendu le canon; beaucoup même avaient vu la fumée de Tincendie. Cette nouvelle, annoncoeau milieu delà ruede Soulaines, produisit un oiïet terrible et prit en [eu d'instants des proportions effroyables : le nombre de malfaiteurs fut doublé et même triplé; la dislance qui les séparait de nous fut, en une minute, réduite à huit ou dix kilomètres : chacun courut à ce qu'il avait de plus précieux : les enfants, les chevaux, les meubles prirent le chemin des bois; on sonna le tocsin, on battit la générale, et un détachement de 60 hommes, armés de fusils, partit au pas de course pour prêter main-forte aux habitants de la Haute-Marne.
« Arrivés à Nully (Ilnute-Marne), les envoyés apprirent que la cause de ce bruil devait être attribuée à un incendie qui venait d'éclater à Joinville. Le feu avait fait tellement de progrès qu'on avait cru devoir tirer le canon d'alarme. Pendant une grande partie do la nuit, toutes les communes sont restées sur pied et en armes »
Ici, il y avait une cause réelle d'alarme; si l'on n'avait pas vu Icsiusur;:es, au moins avait-on vu l'incendie et entendu le canon; l'anxiclé des po[Milalions se conçoit. Mais dans combien d'autres endroits n'a-t-on pas troublé la tranquillité publique
DI LA RÉVOLUTION DE 1848. nh
sur des apparitions qui n'existaient que dans la tète des malveillants et dans la crédulité des citoyens que les calomnies tenaient en éveil.
a Hier, éciivail-on doLouviers, en date du 20 juin, au moment où les compa;;nies se livraient h rexercice, Tordre est donne h tout le bataillon de prendre les armes immédiatement Le bi uit se répand qu'une troupe d'insurgés échappés de Paris parcourt la vallée de l'Eure, et que déjà plusieurs villages sont attaqués. De tous côtés on court aux armes; l'anxiété la plus grande règne dans la ville. On n'entend parler que de pillage et d'incendie aux plus crédules; la population est consternée. On délivre des cartouches, et l'on se met en roule sur les indications peu précises d'un maire, celui qui a fait sonner l'alarme. On se porte du côté d'Évreux. Bientôt on apprend que toute la vallée est en émoi : de tous côtés le tocsin sonne, le rappel bat; on crie aux armes. Tous les hommes des communes rurales sont sur pied armés de fusils, de fourches, de piques, de haches et de faulx; les versions les plus diverses circulent de tous côtés; déjà on croit distinguer les lueurs de l'incendie : une agitation sans exemple gagne jusqu'à Pacy, à 30 hilomètresde I^ouviers. Les communes des hauteurs descendent en masse et se dirigent sur les points où les insurgés ont, dit-on, pris position.
« Cependant, nulle part on ne voit la trace de l'ennemi. Qui donc a sonné l'alarme?.... Kilo se répand partout: Les Andelys, Vernon. Guillon, Pacy, Saint-André, Ilecourt, etc., etc., se mettent en route : les femmes quittent les maisons et se réfugient dans les bois; d'autres se sauvent dans les champs empo. tant avec elles leurs efl'ets de quelque valeur : on en voit s'ôler leurs boucles d'oreilles de peur qu'on ne les leur arrache. A Évrcux, mémo alerte : les insurgés viennent, dit-on, de Saint- André, au nombre de plusieurs centaines : la générale bat; on éclaire les rues ; on se précipite chez les armuriers pour s'y
ne HIST04BE'
munir d'armes et de muirilions : on fand des balles, et l'on voit défiler les (}étachemenls les plus- bizarres^ C'est imi kourvari, uno suite de scènes si curieuses que, sans T impression' pénible qui règne, dans le cœur des bons citoynn.s o» serait tenté de rire. Maismallieur à celui qui oserait rire, au milieu d*un peuple qu'on fanatise ainsi ! I.c jour arrive; or se regarde, on s'inlcrroge séricusemeuf, on interroge ceux; quii viennent des lieux designés : Rien! rien! qu'une panique qui a exaspéré t4iutua arrondissement, et qui a fait maudire la république* Le but est atteint! »
-^ « A Strasbourg, écrivait-on de cette viile^^ la police a él& plus adroite que les semeurs de bruits alarmants ; elle a saisi l'un des propagateurs de ces nouvelles mensongères, et l'a- conduit en prison, en attendant qu'on ait trouvé la trace des brigands.
« A Saint-Quentin, on prétend avoir été plus heureux; car nous trouvons dans une lettre particulière de cotte ville les li* gnes suivantes :
— « Deux mille insurgés qui s'étaient réfugiés de Paris dans nos contrées, après les douloureuses journées de juin, vxen* nent d'être arrêtés au moyen des efforts combinés de la garde nationale du département qui n'avait pas quittéleurs traces, et delà troupe de ligne dont le courage et le dévouement ne se sont pas ralentis un seul instant : ils vont être dirigés sur Paris; h moins qu on ne leur assigne une autre prison spé' eiale. » —
a Nous faisons un gngeuro avant tout examen, ajoutait le journalisle qui publiait celte nouvelle, c'est qu'elle est un affreux canard. Dkux mii lk insl'koks, pris d'un seul coup de fiht, rien que cela ! Les Saint-Quentinois n y vont pas de main morte! Cctie troupe d'insurgés s'était sans doute envolée de Paris pour aller «'afca/Zrc sur la place de Saint-Quentin, car elle n'a laissé nulle part trace de son passage. Pauvres gens! »
DE LA RÉVOLUTION DE 18 i8. Toi
Nous terminierons ces citalions par l'extrait suivant du journal Y Impartial du Nord, qui les résume toutes-
« Nous ne nous étions pas trompés, lit-on dans cette feuille sous la date du 5 juillet ; la compiralion de la terreur était véritable par toute la France; Farrivée des brigands a été annoncée presque la même heure. Tous les journaux des départements nous apportent uniformément la même nouvelle : a On annonçait hier Tarrivée sur notre ville d'une bande de forçats libérés et de travailleurs des ateliers nationaux (pour les paysans c'est tout un). Cette nouvelle a jeté la consternation parmi notre population, etc., etc. » Partout les paysans s arment, ajoutait le journaliste ; partout ils quittent le*jrs foyers pour battre la campagne, et donnent ainsi la chasse à tous ceux qu ils soupçonnent. Ces pauvres gens, aux oreilles desquels ont fait parvenir des bruits stupides, font des battues dans les bois, et rentrent chez eux affamés, fatigués, désappointés, furieux, et désireux d'en finir avec ces introuvables brigands !... Le but est alors atteint : vienne un démocrate, et son alfaire sera bientôt faite! II Châlons, Vîtry, Laon, Soissons, Charleville, Mezières, etc., etc., ont été en alerte pendant plusieurs jours, dans Tattente de grands événements; mais rien ne s est montré sur r horizon. »
L'explication de ces faux bruits, de ces leurres, de ces énigmes, se trouve encore dans la correspondance suivante, émanée des pays plus particulièrement exploités par la réaction :
« Cest dans les campagnes, y lit-on, que la république est véritablement en danger; cest la que Ton manœuvre impunément, en plein jour, en faveur de la monarchie; c'est là que Ton organise la contre-révolution par le mensonge, parles fausses nouvelles, par la calomnie. Les fautes de la révolution y sont exploitées avec une habileté infernale; on s'empare des griefs, on les caresse; on spécule sur la misère, sur rigno> TOMB ni. 33
ibS HISTOIRE
rance, sur tout ce qui peut aliéner les esprits au nouvel ordre (le choses, et ce qu il y a de plus triste à dire, c'est que les administrateurs de la république se font complices de ces infamies, soit par leur silence, soit par leurs encouragements.
« A Paris, on profite de Vétat de siège pour satisfaire les petites haines, pour assouvir les petites vengeances; au moyen d'une note de journal, ou d'une basse dénonciation, on se débarrasse d'un concurrent ou d'un ennemi I Eh bienl dans nos départements on renchérit sur ces lâchetés , en signalant à l'exécration publique et les républicains delà veille et les représentants qui font obstacle è la restauration d'une royauté quelconque Dans le département de l'Isère, naguère si renommé par ses opinions démocratiques, on n'ose plus s'avouer républicain ; dans le département de la Côte-d'Or, les royalistes ne mettent plus de bornes à leur audace; fidèles aux traditions de leurs aînés, ils seflbrcent d'empêcher la confiance de renaître ; ils publient dans leurs journaux des délits ou des crimes imaginaires ; ils dressent leurs listes de suspects et les recommandent à l'attention du pouvoir exécutif. A Dijon, il n'est sorte d'infamie que Ton ne prête à James Demontry ; à Montbars, un piquet de gardes nationaux est chargé de préserver de l'incendie la maison de l'un des plus estimables représentants, le citoyen Maire-Neveu ; ailleurs on rapporte que le citoyen Joigneaux a été trouvé parmi les insurges de juin, les uns disent mort, les autres vivant. A Châtillon-sur-Seine, les rares hommes de cœur qui ont proclamé la république, sont insultés dans les rues par la bourgeoisie et ses valets ; il en est même un qui a dû s'éloigner de la ville, d'après les conseils des fonctionnaires qui, si le fait est vrai, ont manqué à leurs devoirs, en ne protégeant pas avec énergie cet honnête citoyen, dont le principal crime est d'être phalanstérien.
i< Voilà ce qui se pratique quatre mois après une révolution magnanime et généreuse au delà de toute expression; voilà les
indignités qui se commettent dans les départements qui passent à juste titre pour les plus républicains de la France. Jugez maintenant sur Téchantillon de ce qui doit se passer dans le£ autres.
« Nous croiserons-nous plus Jongtemps les bras en présence de cette contre-révolution qui nous mine sourdement et nous envahit par toutes les voies honteuses qui lui sont familières? s'écriait l'auteur de cette correspondance si vraie. Auronsnous longtemps encore le malheur de croire que Paris c'est la France, lorsque de toutes parts nos ennemis détachent le corps de la tête? Ah 1 nous adjurons le pouvoir exécutif de ne pas s'endormir dans cette illusion fatale, et de détruire au plus vite les espérances libertieides des ennemis de la souveraineté du peuple. Il suffirait pour cela de prendre de grandes mesures en faveur de nos populations agricoles et industrielles, si maladroitement désaflectionnées par l'impôt des quarante-cinq centimes et le décret du 31 mars. Employez k reconquérir l'amour de ces populations, les sacrifices énormes que, dans le cas contraire , vous seriez obligés de faire pour la surveillance des complots et la répression des troubles, et soyez assurés que la perfidie des royalistes plus ou moins déguisés ne prévaudra point contre la république. »
Hélas 1 le gouvernement issu des journées de juin se montra plus disposé à comprimer la démocratie qu'à la soutenir dans les départements et à Paris : il ne s'occupa que d'une seule chose, à laquelle tout le reste se rapporta; écraser Paris sous le poids des canons et des baïonnettes. Il ne s'aperçut pas qu'en gouvernant par le sabre ce peuple que toutes les tyrannies» toutes les aristocraties redoutaient tant, il allait au-devant des vœux que pouvaient faire tous les rois coalisés contre la jeune république, et qu'il travaillait à venger les griefs de la royauté et de ses suppôts contre les démocrates de la France. t Après février, la nation française se croyait atTranchie h ja-
mais du joug qu'on lui avait longtemps imposé a^eo des tiaionnettes; à la suite des déplorables journées de jainté dia allait se trouTer encore plus opprimée par le sabre que sous la monarchie.
En effet, l'oi^nisation goui^emementale, administrative el judiciaire fut exclusivement confiée à des cheb militaina.
Un chef militaire était à la tête du pouvoir exécutif ;
Trois généraux faisaient partie du nouveau ministère ;
Dos chefs mUitaires administraient la plupart des départe* ments ;
Des chefs militaires commabdaient les légions civiques ;
Des chefe militaires présidaient les nombreux tribunaux de* vaut lesquels devaient être traduits les quatorze à quinze mille citoyens qui remplissaient les prisons, les caveaux, les casemates de tous nos palais, de tous nos forts, et qui avaient généralement été arrêtés par des militaires pour être jugés militaiie^ ment.
'Bien des premiers postes de la diplomatie étaient occupés par des généraux ; enfin c'était encore à des généraux que venaient d'être attribuées les fonctions de questeur de rassemblée nationale.
Ce parti pris de faire entrer dans les conseils du gouvernement tant d^homoies de guerre, que la convention avait eu le bon esprit de reléguer ailleurs, fournit a la Réforme le sujet de quelques critiques qui pour être incisives n*en parurent pas moins justes.
« En présence de cette invasion des états majors de guerre dans le gouvernement, disait ce journal , autant vaudrait en finir tout d*un coup, et donner vacance à MM. les représentants, pour installer, à leur place, un bataillon de mobilles.
« Sous Louis-Philippe, nous étions livrés aux avocats, aux rongeurs; il en poussait partout, dans les commissions, dans les ministères , dans les ambassades; et le bas-empire de la
royauté s'affaissait lentement sous les criailleries verbeuses des avocats.
a Aujourd'hui c'est l'épaulette qui rayonne; c'est le plat de sabre qui marque les cadences; c'est la pléiade des généraux qui brille et monte : le militaire est ministre, le militaire est représentant; il est chef de parti, rapporteur des commissions; il est diplomate ; il est questeur : on dirait l'empire, moins ses épopées ;
« Dans ce pays oii Ton aime le sabre, les uns, parce qu'ils ont gardé le culte des belles témérités, les autres parce qu'ils ont peur et qu'ils ne savent s'abriter que derrière les baïonnettes; dans ce pays où, malgré le droit et ses éclatants programmes, la force est encore la religion secrète, la religion de tous, partis et gouvernements, ce luxe de faisceaux guerriers et celte prépondérance du glaive n'éveillent pas, en général, les susceptibilités, les méfiances publiques. Mais que l'on demande au peuple américain ce qu'aurait dit jadis le fondateur de la république en face d'une pareille phalange, et ce qu'il dirait lui-même aujourd'hui si les capitaines serviteurs de l'État en devenaient les chefs, et formaient une espèce de commission dans la haute sphère du pouvoir.
a Nous savons bien qu'il y a parfois des nécessités exceptionnelles à subir, et que tous les soldats qu' une crise appelle ne révent pas la dictature. Mais les principes et les institutions sont pour nous des garanties plus sérieuses que la probité des caractères et la sagesse des hommes.
« Ce n'est donc pas sans une profonde tristesse que nous voyons chaque jour l'état major des sabres s'organiser et se for • tifîer au milieu de notre révolution. Quand nos pères voulurent fonder le gouvernement du droit, concluait le journaliste, ce n'est pas ainsi qu'ils agirent : Jourdan, Kléber, Desaix, Marceau et Hoche ne disputaient pas la questure à Sieyès. »
Ceux qui, après février, avaient aussi essayé de fonder co
PiSTOir.E td« diwit, suis leqtiol il n'y r point A» liberln ' pobliqiies ni de liberté iiidividu«lle, ne se (loulaient guère fV'à qodqmsi^oi» d» difiitance, iU légueraient s la France la §tHiwaeiBeDt de l'Algérie, le gouvernement du sabre, duD^ toQle aa iMmtalité, Us étaient loin de penser, eux qui avaient , gOQTerné, STBC quelque gloire, diins les moments les pluiidifû- «UeSf BUB^vQiirpD soldat & leur disposition, et sans en sentir lebesoin; ils étaient loin de penser qu'à peine sortïsdu pnu- TUif f 09 «A Tiendrait, sana transition, au gourernenicnt des pPMndûea, et qu'il faudroit à leurs successeurs ni plus ni inewaqu'nne anaéeloutwiiôre de ci>ouantr uille iiohues, < d* trat de diAVkaK, da t#ntde bouches à feu, pour gouverner IftCRpitale de la république I .. .^ eflet, iitdéfwnd&in&iMit de l'état de siège qui pesait eaffIfQ ^ teot VPP poids- ^ de toutes ses rigueurs sur In popu- ]ff^W Ub^lÛ? dfl PftHSi on ne parlait, depuis quelques jours, qpe de la fbraution de divers camps destinés à entourer etllâ Yllle d'une ceinture de fer. Le déluge de propositions libertioidas jq^setitées par le député de Versailles, Remilty, propositions que l'asEerablée n'avait d'abord écoutées qu'avec uua défaveur évidsnte, allait être pris an sérieux, et l'on s' occq* pait activement de préparer les camps qui devaient être po- Gupés pai' les cloquante mille baïonnettes derrière lesquelles e^ représeotant du peuple voulait abriter cette majestueuse teptài sentation nationale.
Mais, comme il fallait beaucoup d'argent pour exéciflw c«a fantaisies militaires, le nouveau ministre des financw, Goudchaux, présenta d'abord ses plans k ce sujet, tandis que le dwf du pouvoir exécutif vint entretenir l'assemUée de la dissolution des ateliers nationaux, qu'il présenta comme une organisation à la fois dangereuse et ruineuse pour l'État (*). Le géné-
(I) Quaud le général CavaJgDtc vint annoncer la dissotutiondef «(elitnutw-
rai Cavaignac déclara qu'il n'avait pas hésité à maintenir le paiement des ouvriers embrigadés, même pendant la lutte, parce qu il avait reconnu les graves inconvénients qu il y aurait eu h cesser tout à coup ce paiement (*) ; mais il annonçait la dissolution réelle, sérieuse de ces ateliers (^), et la présentation de plusieurs mesures nécessaires pour que les hommes qui ne demandaient qu'à travailler pussent être momentanément secourus et occupés ensuite.
La dissolution des ateliers nationaux était la conséquence inévitable des événemenls de juin. Personne ne pouvait plus blâmer cette mesure, en présence de cet immense gaspillage de forces et d'argent. Tout le monde était obligé de convenir que c'était le règne du désordre poussé à ses dernières limites. Les ouvriers s'en étaient plaints plus que personne; ils souffraient eux-mêmes de cet état de choses ; les véritables ouvriers se sentaient humiliés d'être payés pour ne rien faire d'utile, de productif. Devait-on s'en prendre h eux de la coupable incurie qui avait présidé à la formation de ces fameux ateliers? F^es organisateurs n'avaient-ils pas la ressource des métiers spéciaux que l'Etat pouvait utiliser en tout temps? Mais ceux qui demandaient depuis longtemps la dissolution de ce qu'ils appelaient l'armée de l'anarchie, préféreront procéder par la calomnie et la diffamation. Delà ce mécontentement, cette résistance fatale sur laquelle toutes les factions en dehors de la république avaient spéculé pour tuer la révolution.
Aujourd'hui les ateliers nationaux étaient définitivement
naux, aucune voix ne se fit en icndrc contre cette mesure. Seulement le citoyen Jul<s Favro se plaignit de ce que le chef du |)ouvoir exécutif n'avait pas laissé I^arl r le rapporteur de la commission, qui était toujours le ropréseiilini Falloux. Celui ci prit la parole pour dire(]ue ses conclusions étant conformes à la mesure prise par le pouvoir exécutif, il n* ait cru devoir supprimer son r:ipi>(»rt.
(') l.e citoyen Lalanne, dernier directeur des ateliers nationaux, n*on Fut pas moins dénoncé pour avoir continué ces paiements par ordre supérieur.
(^) Les ateliers de femmes fureut aussi supprioiés.
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dissons, dispersés; l armée du désordre n'existait plus nulle part ; et pourtant Ton ne se croyait en sûreté que derrière les faisceaux de baïonnettes et les parcs d'artillerie dont on voulait entourer Paris, r^ conséquence de ces mesures c était une augmentation de dépenses, au lieu d'une économie qui devait résulter du licenciement.
Lorsqu'il fallut pourvoir aux besoins qu allait occasionner la présence d'une armée entière dans les murs et sous les murs de Paris, on ne trouva rien de mieux que Remprunter cent cinquante millions à la Banque, qui elle-même les avait fait arriver dans ses caves par rémission de nouveaux coupons de ses billets. Mais la Banque, quoique habituée à frapper monnaie avec la planche aux billets, ne consentit à ce prêt qu aux conditions onéreuses et humiliantes pour le trésor, qu'on lui donnerait en garantie :
r Pour soixante-quinze millions de rentes, dûment transférées, lesquelles rentes seraient prises à la caisse d'amortissement ;
2" Pour soixante-quinze millions de forêts de l'État, que la Banque se réservait la faculté de pouvoir vendre, soit en totalité, soit en lots, lorsquelle le jugerait convenable, sous la simple condition de publicité.
Moyennant ces deux garanties, le trésor pouvait compter sur un prêt de cent cinquante raillions, exigibles à raison de vingt-cinq millions pour chacun des mois de juillet, août, seplembrc 1848, et le surplus en 18-i9 (*).
Cela fait, le trésor devait prêter au sous-comptoir national
(•) Qucl(|iics journaux ayaiil fait pressentir qu'en raison des derniers événenienls, le ternie du paienicntdu senicslre de la renie 3 pour 100 échu le 22 juin, gérait reculé de (luelques jours, le gouvernement sVnipressa d'annoncer que ces hruits étsiicnt f'uux. Ainsi, quand tout le monde avait plus ou moins souffert, les riches reniitrs, les capitalistes seuls, poux aient dormir sur les deux oreilles; la Kollieitude du trésor public leur éuùi acanise exclnsivrmnnt. On Si* rappelle "jun
des entrepreneurs da bAtiinent une somme de cinq cent mille francs pour ses premières opérations d'avances sur fpranties mobilières et immobilières de toute nature, et le garantir en outre de toutes pertes sur ses opérations jusqu'à concurrence de quatre millions cinq cent mille francs.
D*un autre côté, il allait être ouvert au ministère du oommerce et de l'agriculture un crédit de trois millions de firanos pour être réparti entre les associations librement contractées soit entre ouvriers, soit entre ouvriers et patrons.
Le ministre proposait encore quelques autres mesures financières qui devaient être oubliées après sa gestion : elles consistaient en un projet de loi pour le remboursement des caisses d'épargne ; en un autre relatif aux bons du trésor, et en «n impôt sur les créances hypothécaires et sur les droits de succession (^]. On croyait ces moyens sufRsants pour faire face k la crise financière et relever le crédit de la république. Le ministre déclarait qu'il renonçait pour le moment au rachat des chemins de fer et au projet d'exploitation des assurances; réservant seulement à l'État le droit d'expropriation des lignes libérées, lorsqu'il le jugerait utile.
Tels furent les moyens financiers proposés par le nouveau ministre pour faire face aux dépenses courantes, dans les-
ravénomcnt de la république leur valut môme uoe anticipation, alors que topa les services étaient en souflVaiice.
(!) Le projet de loi relatif aux caisses d'épargne consistait principalement à payer en numéraire les l>ons du trésor créés en rembourscMnentdes dépôts, lomqnc l'émission serait antérieure au 1'^ juillet, et ix consolider en rentes perpéluelU?s 5 pour 100 les livrets des dépôts antérieurs au 24 février. Le minimum des coupon< de ronlos était boissé de 10 à 5 francs.
La nou\ello roi relative aux bons du trésor, se résumait toute dans son premier article, ainsi conçu : u Les bons du trcsor émis antérieurement au 24 février 18iK. ou renouvelés depuis cette époque, seront consolidés i>our le capital et les intérêts échus jusqu'à ce jour, en rentes 3 pour iOOau cours de 48 francs, » C'était, à peu près, la mesure que nous avioos cru utile d'4tre priae par le gouveraeinent provisoire.