TOME lu
^Inélkijk chapitra dçs isrédits iupplémentaiiea do miaidlra de^.la. gnem entrait poi» des wnimet' énormet; car il frUaol logorv'iUMirrir 'toœ ces soldats, et leur loarnir les olgefa de caflemement et de caippement nécessairas ; et , quoique Ton eèt bit ooorirlelnwt qu'on se contenterait de quarante mille hommee povr eomprimer Pttrif , la réumon des cmuervatÊun de^la med» Poitiers ne vonlotpas frabattre nn aeol bataillon
sor le nombra des baïonnettes qa'elle avait jogéM néoefr*
•'-.^,1 fl &nt^ epprandra «n lecteur que cet andeiu piiH ^ pmwvatmÊt avait babilenient profité des malhen» pablis pour ressaisir l'influence iuneste qu'il avait longtemps eunia sous^LouM-Philippe. Le Journal dsiMbali. avouait findidiamenl-que* toutes les mesures eKtrMégales qu'on se diqioaiil àappUquer à la France républicaine, mesures dont le député lUnûlly evait donné un avant-goAt , venaient d'ètra arpôtéai par* la réumon de la rue de Poitiers, dont le citoyen Thien était
1 ame*
« Cest M. Thiers qui a conseillé la dissolution «des atelien nationaux « affirmait cette feuille dans l'intention de randre bomipageà Fesprit conseryateur de T ancien ministre de Louis- Philippe ; c'est M. Thiers qui a youIu désarmer les quartiersfiit^UTgsv et rassembler aux portes de Paris cinquante mille hommes de troupes de ligne ; c'est M. Thiers qui demandé la fermeture provisoire des clubs et des limites & la liberté de la
presse Il est bien entdndu^ ajoutait ce journal , que, si oif
n'arrivait pas à lin accord avec le pouvoir exécutif, m saisirait l'assemblée par la présentation d'une suite de décrets ('). »
f) c Voilà pourtant où la patrie est tombée! s'écriait le journal la Réforwn, m Ipirésence de ces audacieux aveiiz. Elle est tombée aux maios du vieux centre gauche et de M. Thiers ! Il y a peu de jours qu'on nous demandait enooife ol était cette réaction, objet de nos éternelles défiances. La réactioo est une
éa
AÎDsi se trouvait avéré le contrat qui avait lié le chef du pouvoir exécutif à la faction contre-rovolntionnaire ; ce chef s'était placé dans la nécessité de s entendre avec les hommes de la réaction. lui qui se déclarait franchement républicain, sous peine de perdre leur appui. Punition exemplaire, à laquelle devront se soumettre tous ceux qui ne chercheront pas à s'appuyer sur le peuple ! « Les représentants amis du pouvoir, disait à ce sujet le même Journal des Débals, font bien de s'entendre avec lui , de se concerter pour le bien, et de ne recourir à la contradiction publique que lorsqu'ils ne peuvent parvenir à un accord patriotique amical (^). ï^
Ce fut en conformité de cet accord liberticide que le général Oudinot parut & la tribune, dans la séance du 7 juillet, pour y proposer un projet de décret portant que T effectif de l'armée, à Paris, serait, h partir du 20 juillet et jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné, de cinquante mille hommes (^).
« Les circonstances dans lesquelles nous nous sommes trouvés , dit à ce sujet le chef du pouvoir exécutif lui-même, ont rendu nécessaires ces mesures ; mais je puis dire que, depuis quelques jours, j'ai été soutenu si énergiquement par l'opinion publique, que je ne pense pas que ces mesures soient nécessaires encore longtemps. »
Et comme le citoyen Trousseau interpella le général Cavaignac pour lui demander s* il comptait maintenir longtemps
de notre esprit, une hallucination de notre cerveau, ou pour mieux dire» la tion n*était qu'un root imaginé dans Tintérôlde notre politique. Ce mot n^llie aujourd'hui tout ce que la révolution populaire de février avait dispersé. La réaotion marche à ses fins, bannières déployées ; et si tu ne parle plus de Im régenoe^ on se ligue au grand jour pour barrer passage à la république et mettre obstacle à ses progrès ! »
(>) Quel touchant accord 1 Les rois aussi cherchent à s'entendre contre leurs peu pif *8 !
(') Cette grave mesure liberticide fut votée .quelques jours après» à la grands iatis(sctioD des oontre-révolutioonaires et de tous les peareiuu
Sn HISTOIRR
eMoM lis-iaieBtiitepriMs pMidftiil l'état de ttégs à F<gpa4 de eHitaiq» jovnaïuii^Qt.qae qet. orateur §0 p^roiil de. di|e^îl.} afait dÊiûBÏitikt de^ «iége lui-méine de» force» wCB^W^^ Wf ré|iriflMqp le* écarta d9 la presse^ d'od U çoQchMit> 4«'ji.# ypgffit pas de qéoeBâté de rester dans un tel état^ lea r^eetim^
ii«irwliûvépe«idirenteDdeina»dentK«vdr^ ^u '/S'
Tfilfaiile elraf dupoayoirexécutifvpdfft.#TO{di]|9^e^^ - v1 « Uétalde âége, di^il, est ea .effiattiiiie araïa^tttrrîblftjWgytN» ^ '^• lae.ififtiila da gonvememe&t. H &otdt];e Wiçiftfi^id^^Mi»?!^ alkr de ses intent^cMis. ];»ieB sûr de r«lwati«i9i!4^«P«|imMi ne pas rec«ler devant nn sembU^lftfOfirQir^.l^WilftàJiaçiii^ ifae sois senti feUement soutenu par 1* f^vi^aa piiUiwwW4|lN^ Q'fMsite pas à déolarerqae léla^ de siéff» iqH él)^hmaf^llt0k
|mk)ngé(?). n . ,.it . .ïi«>, I j A ! ,# i.»iiiii|i!^
.^Hfiia s'apatseyant du mauvais effet que venait de pffodwM sa déclaration sur une grande pairie de rasoambléie et du pfi- Uic, quelques voix seulemenjt l'ayant approuvé, le général, président du conseil des mioisties» se crut obligé dajoutar quelques correctife.
M «Appliqué comme il l'est, reprit-il, l'état de siège n*estpu une feue pmur les hommes honnêtes et pabibles ; j*ajoi||9 toute£(^is, pour répondre à FinterpeUetion du préc^nant» qa.k mon avis, il n'y a pas un lien indissoluble entre la auppceasion de. e^teins journaux et le maintiett d^ l'état de siège, LQrsqoa
^) Il serait difficile d*ex{rriiiier le désappointement des déiiiocraleseï des jouf^ mjlîstes réptiblîcftins en entendant cetle sentence. Le bruit avmit opuru que l'éttl de sîége de^'ait être levé après la cérémonie funèbre instituée pour honorer les défenseurs de tordre morts en combattant, et ce bruit avait acquis tant de ood- Sistance, i|ue les journaui suspendus prenaient leurs mesures pour reparaîtra. On était tellement convaincu que le système de terreur compressive deTétatde siège ne pouvait pas durer, qu'un grand liombre de malheureuses femmes de prisonniers avaient adressé, avec la plus grande confiance, une demande d*aiB* wistie à la suite de cette cérémonie funèbre. Ces pauvres femmes ne oononMssisBt pas jusqu'où pouvait s'étendre la hainedes réactionnaina po«r la démocMial
DE LA RÉVOLUTION DE 1848. m
la poniroir sera armé contre 1* hostilité d'une partie de la presse, de lois dont je n ai pa^ à entretenir l'assemblée en ce moment, mais qui lui seront très-prochainement présentées, nous n hésiterons pas, tout en maintenant l'état de siège, i rendre à la presse une entière liberté. »
Tout n'avait pas encore été mis à nu, dans cette séance, au sujet des intentions du gouvernement : le représentant Babaud-Laribière lui adressa une nouvelle interpellation concernant le cautionnement des journaux, qu'une circulaire publiée par le 3/onîteur semblait exiger de nouveau. « La loi de 1835, sur le cautionnement des journaux, dit-il, a été heureusement abrogée par le gouvernement provisoire ; mais les journaux viennent d'être avertis, ce matin, qu'ils auront à fournir le cautionnement prescrit par la loi antérieure. Je viens demander à M. le ministre de la justice ou à M. le chef du pou* voir exécutif comment, pour suppléera une loi abrogée, on a pu songer à remettre en vigueur une loi législativement abrogée (^).
« — Les lois de septembre, répondit le chef du pouvoir exé-
(>) La société des gens de lettres s'émut en présence des prétentions du poa« Toir à faire revivre les lois de la monarchie contre la liberté de la presse : elle TOta aussitôt, à l'unanimité, une pétition à l'assemblée nationale, dans laquelle^ déclarant que tout ce qui touchait à la presse, à la liberté de la pensée, importait essentiellement à la république, et réagissait d'une manière immédiate sur la condition des gens de lettres; elle s'élevait contre l'idée de placer les journaux sous la censure d'industriels privilégiés, par l'institution de gérants fictifs, de^ tinés à payer de leur liberté les fautes des écrivains ou des spéculateurs,
< Les seules formalités qu'une loi républicaine doive imposer aux journalistes, lirait-on dans celte pétition qui honore les gens de lettres, sont celles qui les pourront empêcher de se soustraire à la rcspoiisobiliié de leurs écrits: elles comprennent donc les exigences à la signature, à la déclaration qui précise la publication, au dépôt des exemi>lairesduns les mains de l'autorité, etc... Pour être en harmonie avec le suffrage universel, la faculté d'écrire doit ap|)arteuir gratuitement à tout le monde... »
En conséquence, la société des gens de lettres appelait de tous ses vœux l'abragalion formelle de toute loi qui substiiu«srait le monopole de9iiiiérét8à la liberté des opinions.
cutif, ont été heureusement abroges parle goHverneinent provisoire; mais il existe des lois antérieures, et en abrogeant les lois de septembre, le gouvernement provisoire a abrogé l'article qui aurait rapporté les lois antérieures. »
Des murmures ayant accueilli ces esplications normandes, le général ajouta ces mots : « D'ailleurs, la circulaire dont od a parlé n'a d'autre objet que de mettre aux mains des procureurs généraux les armes, dont ils peuvent avoir besoin dans les circonstances actuelles; elle ne préjuge point la question des cautionnemenls. »
Ces derniers mots pouvaient devenir l'objet d'une controverse; mais l'assemblée s'était habituée à ne plus discuter les mesures politiques, et l'on passa h l'ordre du jour.
Résumant cette déplorable séance, une feuille démocratiquss' exprimait ainsi : , ,
« L'assemblée (remaille d'aise en entendant le Cavai|[nac répondre a son collègue Oudinot, qu'il y a di Paris et ses banlieues les embuante miUe hommes de tronpa qne M. Remillj demandait naguère ; cette belle ceinture d'ir* mée l'enchante ; elle n'a pins penr, et vraiment elle a niaon. cw iesufirage universel est au corps de garde.
K U n'est pas d'ailleurs tout le gain de la journée : nous marchons vite, car la liberté républicaine vient d'obtenir dn garanties nouvelles et des droits superbes l H. le général C»> vaignac a déclaré que longtemps encore l'état de ai^ pèsraait sur Paris, et que les bons citoyens n'avaioit rim i craiiidn flous cette dictature de fer I
« Ain^, quatre mois après c^te révolution de févriw qui fat une explosion du droit vengeur, il se trouve que les serrîUtdes morales et les servitudes matérielles sont devenues une loi de salut public, une implacable nécesàté qu'il faut subir. I^ice qu'elle fut un jour éprouvée par un riolent orage, il &adra qoa la république traîne plusieurs mois les chaînes de la monardùel
D faudra que toutes les libertés soient suspend oes, que tous les droits soient confisqués, qu'il n'y ait plus de garanties sérieuses, ni pour le domicile ('), ni pour la pensée ! Des commissions militaires, des jugements militaires, des enquêtes et des institutions militaires : voilà le régime qui doit se prolonger longtemps 1
a O républicains I Vous tous qui, depuis dix-sept ans, avez lutté comme nous, et par la presse et par le combat, contre les prérogatives, contre les privilèges, contre le principe et les lois de la monarchie, si ces paroles sont vraies, si la dictature est nécessaire pour longtemps, ceci est notre condamnation k tous, et c'est la justiGcation de la royauté... Mais non, le pouvoir exécutif se trompe, comme se trompait la royauté tombée : la compression n'est pas la force, la puissance qui peut fonder et garantir. Ce ne sont ni les soldats, ni les canons, ni les justices exceptionnelles qui sauvent, c'est le droit appliqué^ c'est la justice qui s'incarne dans la loi!... )>
Le pouvoir était sur la pente qui devait F entraîner k sa perte ; il ne pouvait que glisser sans cesse. Chaque jour, une loi ou une mesure impopulaire venait affliger les amis de la liberté.
Et d'abord, le dictateur venait de nommer pour chef supérieur de la garde nationale de Paris, un autre général arrivant aussi d'Afrique. C'était M. Changarnier, dont les formes et les allures toutes militaires n'avaient rien de ce qui doit distinguer un chef de la garde civique. Puis on s'occupa de réorganiser les anciens gardes municipaux de I^uis-Philippe ; puis encore on abrogeait, à partir du 10 juillet, le décret du gouvernement provisoire relatif au droit sur les boissons. Le leo-
(*) Il est impossible de se faire n le idée de l'impudence des agents quelconques du pouvoir à violer les domiciles sou>> l'état de siège; la moindre délation sufâ* sait pour voir arriver les baïonnettes chez soi. Les vengeances s'exerçaient impunément et sans le contrôle d'aucune autorité.
trS HISTOIRE
cUmiflii, on Toyaitla majorité qui Bontenait ce gouvcrnoniei de ooinprassion, porter une loi transitoiTe qui [ilacait en ^i ^iùfn du dnnt eonmiDii lépnblicsin les maires et les con»^ 'wA m'anicipaoi, en laissantaupooToirexécuiif le droit <l
Le gonveinementproTisoire, dont la tàohe fut si rude. >. ^ m<6, par un décret, le nombre d'heures de travail à Paris f una les départements ; c'était un premier à-cnmpte payé au: onvners sur la dette sacrée de la révolution ; c'était inctln! I travaîlleursà même de culdrer leur intelligence qu'opprtmsttl et qu etouiriitle travail forcé des andenà salaires. Le gouve^f nement issa des tristes journées de juin s'empressa de faii; abroger ce décret ri moral, ce décret que l'hygièse seule c (jù dicter, te rapporteur, œ même citoyen Pascal Duprat d Tialimial. qH le premier avait demandé Fétat de siège, prêt» dit rjue la fixation des heares de tnruL était la mort de l' i strie manufacturière t Pauvres esprits I Us ne voientjamais véritables causes qui activent ou arrêtent l'indastrle t
La commission de surveillance près la caisse d'amortiswment avait été supprimée comme une superrétation coûteosa dans une administration qui a ses vérificateurs, ses inspecteurs eiercés ; elle fut rétablie par la volonté de ce comité des Boances, considéré comme le foyer de la contre-révolntii»!, qui voulait se faire quelques créatures.
L'ancien conseil municipal de la ville avait été dissons k la suite de la révolution de février; il ne pouvait être légalement remplacé que par l'élection : le chef du pouvoir exécutif, se fondant sur la loi transitoire, mais toute monarchique, rendue le 3 juillet, le réorganisa, et désigna lui-même les citoyens qui devaient en faire partie ; plusieurs de ces choix tombèrent sur les anciens conseillers contre-révolutionnaires.
Deux projets de loi organiques, élaborés depuis longtemps, Tnn, par le ministre de l'instruction pubhque, Carnot, l'autre,
par le ministre de la justice, qui les avaient tous les deux fait étudier aussi par des commissions nommées en vertu de décisions du gouvernement provisoire, furent prcsenfcs à l'assemblée nationale, dans les premiers jours de juillet. Ces deux projets de loi capitaux, contenant, en grande partie, les amé« liorations reconnues nécessaires, soit dans l'enseignement, ioit dans Forganisation judiciaire, étaient destinés à produire d'excellents résultats. L'assemblée les écouta froidement, préoccupée qu'elle était des mesures liberticides à l'ordre du jour. Ils furent déposés dans les cartons des bureaux, et n'en sortirent plus. Ce n'était pas le moment d'attaquer les anciens vices, les anciens abus qui s'étaient perpétués dans les organisations dues à la royauté ; on ne songeait qu à comprimer Paris etk sévir contre les républicains.
Les journaux des premiers jours de juillet étaient remplis de détails sur les organisations des conseils de guerre, sur leur procédure, sur les prisonniers et les prisons, et sur la situation dans laquelle l'état de siège continuait à tenir la ville.
« L'état de siège, dans certains quartiers, change peu l'aspect de Paris, lisait-on dans les feuilles publiques. Dans d'autres, au contraire, on ne reconnaît plus la capitale des lettres et des arts. Des tentes rangées régulièrement quatre par quatre, des faisceaux d'armes, des canons, des soldais montant la garde ou couchés sur la paille, d^s chevaux au piquet, des vivandières qui circulent, des cuisines en plein vent adossées aux murs des maisons qu'elles enfument, des aides de camp et des officiers d'èlat-major qui se croisent en tout sens, rappellent partout les tristes événements que nous venons de traverser.
« Le soir surtout, à l'heure habituelle des plaisirs, les tambours battent la retraite, les lampions s'allument aux fenêtres, mais les rues se vident. Les spectacles, si brillants dans les temps ordinaires, sont fermés, et quand se rouvriront-ils? Personne ne le sait. En attendant, les mille industries qui vivent m. 85
du théâtre sont dans la gène : directeurs, auteurs» acteurs, figuranls, machinistes, décorateurs, etc., etc., ne savent plus ou demander le pain que leur donnait une industrie perdue pour longtemps (').
« Sur le boulevart du Temple, oit huit théâtres et vingt cafés répandaient, jusqu'à minuit, la lumière et la joie, on ne voit plus, dès dix heures, que quelques passants attardés qui regagnent leur logis, en répondant au qui vice des Oactionnaires échelonnés de cent pas en cent pas. »
— « La place du Panthéon est toujours occupée militairdment, lisait^on dans une autre feuille. Un escadron de chasseurs, un bataillon du 24* de ligne, quelques compagnies du S* riment d'infanterie de marine, occupent la place et le péristyle du monument. On ne permet pas de stationner pour examiner les dégâts causés par les balles et les boulets. )>
« La cour des Tuileries oflre le même aspect. Devant les grilles de la place du Carrousel, on voit deux vastes tentes, dans lesquelles les militaires sont établis. Par derrière sont élevées, à Taide dune charpente recouverte de paille, des sortes de cahutes, dans lesquelles se retirent la troupe de ligne et la garde nationale : une rangée de pièces de campagne occupe le long du mur du château. »
Une autre feuille donnait le tableau général ci-après de l'occupation de Paris :
« Neuf principaux noyaux de troupes, disait-elle, sont établis : — à la place de la Concorde, — aux boulevarts Siint-Denis et du Temple, — à la Bastille , — à rilôtel - de -Ville , — au
(') Le gouvernement vint en aide aux tliéùtrcs par une subvention qui fut volée, et dont la réparlilioii fut faite par une commission nommée ad hoc*
A partir du 10 juillet, on permit aussi la réouverture des salles; maif avec l'obligation de faire tomber le rideau à dix heures du soir. Il fallut longtemps pour que les théâtres de la capitale pussent reprendre leurs allures ordi* naires.
qoai Saint-Michel , •>— au Panthéon , -i- au Luxeflo bourg , — aux Tuileries, ^* au palais de l'Asseiublée uationole. Il y a en outre, sur divers points, des détachements de gardes nationales des départements , indépendamment des postes des mairies et des autres postes permanents, tous fortement occupés. La nuit , on établit des postes supplémentaires avec sentinelles avancées. »
Telélait è peu près Tétat de la capitale t>i(rà tnuros. Voici ce que l'on disait du cordon d'enceinte, car les militaires ne font rien à demi :
« Indépendamment des baïonnettes qui reluisent sur toutes
nos places publiques, on nous annonce trois camps qu,i vont
rfle dresser à nos portes, à cette seule fin de veiller sur nous,
lisait^on dans h Réforme. Une division de Tarmée des Alpes ,
appelée à Paris par le télégraphe, formera le camp permanent
ittux environs de Saint-Maur, afin d*agir, dit le Constitutimnel^
«ur les derrières des insurgés, dans le cas où ils relèveraient
la téite. Les troupes de Paris seraient divisées en sept brigade^
(Qt .conûiées & autant de généraux : il y aurait , en outre ,
(deux géfiéraux de division investis du commandement des
^4etix niyes de la Seine; et toutes ces forces, avec la cavalerie
:tt;riirtî)bsri^ qu'elles comportent , preAdraient le nom à* Armée
(dciPiaris. >»
P,iw la Mé forme ajoute .
« Gardons-nous d'exagérer le péril au point de ne nous voir ven sûreté qu'au milieu des régiments rangés en bataille. :Dieu sait , hélas 1 où les évolutions militaires nous ont menés I p
En même temps que l'on ne parlait que de soldats, de canons, de baïonnettes, de tentes et de patrouilles, les journaux s'empressaient aussi de porter à la connaissance du public tout ce qu'ils pouvaient apprendre de relatif aux prisonniers, aux ^j^iÀpitaui et aux conseils de guerre.
U résultait de F addition de tous les insurgés renfermés dès lors dans les casemates des forts, que leur nombre s'élevait, du 5 au 10 juillet, à près de quatorze mille; les transfèrements avaient eu lieu sur lo rapport que (it le citoyen Cormenin, chargé par lo chef du pouvoir exécutif et le président de rassemblée , de visiter, conjointement avec les représentants Yavin et Martin (de Strasbourg), les prisons et les hôpitaux. Le Journal des Débals publiait, dans les termes suivants, des extraits de ce rapport :
« Dans la prison de la rue de Tournon (la caserne), le commissaire a trouvé quinze cents individus, et a réclamé pour eux quelques améliorations au point de vue sanitaire, telle que dbtribution de paille et de vinaigre, et le renouvellement ausd fréquent que possible de Tair, promptement vicié par Ta^^omération d*uii si grand nombre de personnes.
« Huit cents prisonniers étaient entassés dans les caveanx et dans le passage souterrain qui conduisent des Tuileries k la terrasse du bord de l'eau. Ces lieux sont très-humides, et TinfecHon qui en résulte était telle que les médecins ont craint que le typhus ne se déclarât et ne gagnât les salles ob sont les blessés. Sur la demande de M. Cormenio, et par ordre exprès du chef du pouvoir exécutif, quatre cent cinquante prisonniers ont déjà été extraits de ce cachot, et le reste a dû être transféré aujourd'hui dans les forts détachés qui entourent Paris.
« Beaucoup d'insurgés se trouvent dans les ambulances de Saint-Lazare, mêlés avec les gardes nationaux et les gardes mobiles blessés : tous indistinctement reçoivent les soins les plus empressés. Au milieu des prisonniers figurent un assez grand nombre d'enfants au-dessous de douze ans et même de dix ans. M, Cormonin a demandé qu'ils fussent interrogés avant tous les autres; il a émis, en outre, Tavis qu on adjoignit eouuno suppléants aux juges chargés de l'instruction judiciaire,
DE LA RÉVOLUTION DB 1848. tTT
des officiers de-la garde nationale choisis plus particulièrement parmi les avocats et les avoués »
Hâtons-nous de dire que les extraits du rapport de M. Cormenin qu'il plut au gouvernement de faire publier par le Journal des Débals étaient loin d'être complets. Si on n'eût pas morcelé ainsi son compte-rendu, le public aurait appris que l'infection des caveaux des Tuileries provenait non-seulement de l'humidité et de l'air vicié qu'on respirait dans ces cachots sans air, mais encore et plus particulièrement des nombreux corps humains en putréfaction, tombés sous les coups de fusil que les factionnaires tirèrent souvent par les lucarnes sur les insurgés qui s'en approchaient pour respirer. L'odeur qu'exhalaient ces caveaux était telle qu'il fut impossible à M. Cormenin d'y pénétrer (*).
Un autre journal annonçait aussi que le typhus avait éclaté dans plusieurs autres prisons encombrées de citoyens réputés insurgés. « Cela ne peut surprendre, ajoutait-on ; et si l'on n'y porte un prompt remède, en raison de la chaleur de l'atmosphère et de l'air vicié que respirent tous ces prisonniers, la contagion se répandra dans les hôpitaux. et ailleurs. Croirait-on qu'il y a quatre mille hommes entassés dans les seuls bâtiments de la préfecture de police I •
A la date du 5 juillet, les hôpitaux contenaient, en outre, quinze cent quarante-trois blessés, soit insurgés, soit gardes mobiles, gardes nationaux et soldats. Beaucoup étaient déjà morts des suites de leurs blessures ; un certain nombre était sorti k peu près guéri, et enfin d'autres, non moins nombreux, «l'étaient fait porter chez eux.
(■) n faut lire, dans récrit publié par le eiloyen Pardigon, l'un des malheureux qui y séjournèrent le plus longlomps et l'un des blessés de la place du Carrousel, les délails des tortures physiques et morales endurées par ces prisonniers. Celle lecture soulèvera toujours l'indignaiion des âmes honnèlea contre ces hommes qui m moDirèreol à la fois geôliera impîloyablw ei boorreaui par passe-iempa.
Oo u* îuMtù fu sToir au jasie Je nombre des cadamt' min»!^ dei-anl et derrière les btiricsdes : oa peut cakulw <iue plos de deux mille bommes y ont trouré 1a mort, e( qu'uui; quDQtilé considérable de cadavres d'iosurgés ont éti enlevés des ilivers lieux oii eurent lieu les exécutions mîli- Iiiires. Pendant plusieurs jours, d'énormes lapissières œnTer^ fo6, mais'laisMnt des traces de sang bomaio sur toale la roule, furent occupées s les transporter dans les tranchées profondei ouvertes au fond des cimelières. La Morgue était ao&si remplie de cadavres recueillis dans la Seine. I.<es enviroos de ce triste dépàt furent peudanl langtemps envahis, non pas par la foule dpg curieux . mais par ratfluence des personnes désolées qui allaient j chercher les deraièns traces de ceux de leur$ parents ou amis disparus depuis le 23 juin. L'aulorilé se Iroun hientôt dans la oéoessitè de mettre oo terme à œs ches ; elle (il donner la ^pulture aux corps en putrélacl qui ne porwit âtxe noamuu : od fit ainsi de Ja place pour f antres .cadanes; car oa en troaTait dans la cmàifi Jt dwpM
Quant aux conseils de guerre, qiii fandioimaieiil nm la plus grande actinie, on sut que la commiaioB militaire jdn^ gée d'interroger sommairement les insuigcâ Ji'élail .djjMNd installée au rez-de-chanssée des Tuileries, oji eUe.avait prooéU à rînlemigatoire de quelques-uns des détenus dans.les caveaiB de ce palais et dans ceux du Psiais national. Nais la traoslatioB de ces prisonniers Inî flt prendreJa détermination d^Uer sî^gar an PklaiftdorJnstice même, afin de se trouver en rapports pUu directs avec les substituts du prticurenr général pris 4a .ouït d'appel, et avec la Conciergerie, dépàt quotidien des prisonniers arrêtés on ramenés des forts.
Ce fut dans la salle des archives, en face du grefle de la cour d'appel, que le colonel Bertrand, commandant le S4* de ti^M, s'éteblit en sa gnalité de président de U ooounisrioa.
Le capitaine Plée, rapporteur près le 2* conseil de guerre, se mit en permanence dans un des salons de la Conciergerie même, et là on procéda à l'interrogatoire, de concert avec les juges d'instro^ction et les substituts du procureur do la ré publique* Ces interrogatoires étaient basés, autant que possible étirles procès- verbaux dressés lors de l'arrestation des inculpés. Ce travail, poussé avec toute l'activité désirable ('), avait déjà eu pour résultat, au 3 juillet, Tinterrogafoire et le renvoi dans les foHs de l'Est de près de mille détenus. Un escadron de Iltnciëi^s et deux bataillons d'infanterie de ligne composaient Tescorte ordinaire des prisonniers, soit pour les amener à la Conciergerie, soit pour ramener dans les forts ceux qui n*otaiont pas mis en liberté immédiatement et ceux qui devaient passer ati conseil de gtierre.
Voici comment on procédait à ces interrogatoires.
On avait établi trois catégories : la première, composée de ceux qui avouaient leur participation à la lutte, et contre lesquels s'élevaient, dans l'opinion des juges d'instruction, dos charges graves ; la seconde catégorie comprenait tous ceux des prévenus qui avaient été contraints et forcés par les insurgés, suivant leurs dires, de se mêler à eux; la troisième embrassait les personnes qui, réclamées par leurs familles, par des représentants du peuple ou par des : aires, étaient reconnues avoir été indûment arrêtées. La première catégorie devait passer devant les conseils de guerre ; la seconde était destinée à la transportation sans jugement, et la troisième enfin, renvoyée d'abord dans les forts, pouvait être élargie, après plus ample informé.
A cette même époque, il restait encore à la Con.ciergerie à
P) Suivant l'opinion éroide par II. Corinenin, plusieurs avouais avaiciil été désignéi par Fautorité militaire pour procéder, de concert avec les rapporteurs, à llDlerrogaîoin» dea prisonniera.
peu près un millier de prisonniers qui devaienl être inli mais la préfecture de police y en envoyai! journoUomenl plusieurs centaines nouvellement arrêtés. Les bureaux de la police étaient encombrés de délations ; et , quoiqu'on ne put pas emprisonner tous les citoyens dénoncés par leurs ennemis, on n'expédiait pas moins tous les jours de ia préfecture une énorme quantité de mandats d'amener ; cinq employés étaienl occupés uniquement à remplir les blancs pour approprier la formule imprimée à l'individu qu'on voulait arrêter.
« C'est une chose triste à constater, s'écriait un journal démocrate en présence de ces aveux -, il y a là plus que de l'immoralité, il y a un grand danger pour tous les citoyens; car l'homme qui est capable de dénoncer autrui h cause de ses opinions, est aussi capable de te dénoncer, quoique ioDocen^ par ven^rcance personnelle. » ^
Cétait li ce qui se voyait très-fréquemment, et ce àoat la police et la justice furest & portée de s'assurer par mille moyens.
Aussi le nombre des détenus augmeutait-il journellement dans une progression effrayante, quelle que tût l'acUrilé des instructeurs.
« Au moment où nous écrivons ces lignes , lisaiton dans la Gazelte de$ Tribunaux du 9 juillet, ce nombre s'élère i plus de OUATORZR uiLLR, qui sont distribués dans les forts de Vanves, de Montrouge, d'Ivry, de l'Est, du Mont Valérien, do Gros-Caillou, à la caserne deToumon, à la Conciergerie, k la Préfecture de police, et dans les maisons d'arrêt de la Force, de Sainte-Pélagie, des Madelonnettes, ainsi que dans la maison do justice militaire dite de l'Abbaye. Le fort d'Ivry en contient è lui seul quinze cent quatre et celui de Vanves mille trois, »
En présence de cette augmentation successive de citoyens empiisonnés i tant de titrea divers, le pouvoir eiéwtif ae vil
dans la nécessité de créer quatre commissions extraordinaires chargées d'examiner les procédures instruites par MM. les rapporteurs, et de statuer, soit sur la mise en liberté, soit sur la transportation, soit sur le renvoi devant les conseils de guo'?^ permanents de la indivision. Ces commissions devaient f .<fndre les ordres du colonel Bertrand, à qui était réservé le droit de mise en liberté pour les cas d'urgence.
I-iO pouvoir exécutif lit plus encore, il décida qu'il ne serait plus procédé à aucune arrestation autrement que sur mandat d'amener dûment lancé, ou dans le cas de flagrant délit. C'était mettre un terme h Tabus que les mauvaises passions faisaient de l'arbitraire résultant de Tétat de siège.
« Telle est l'ardeur de la délation, disait à ce sujet un journaliste indigné, que l'autorité a dû prendre des mesures pour la contenir. Comme Canssidière l'avait craint après le 15 mai, une moitié de Paris aurait volontiers fait arrêter l'autre. On met un frein à ce beau zèle ; on n'arrêtera plus désormais que sur mandat d amener. Il faut dire, à la vérité, que les priions sont pleines!
«Remarquons en passant avec quel tact la réaction s était partagé les dillorents dejçrcs de la vosie ocîîelh» où rlle manœuvrait. Il y avait la fouie d'abord, dénonçant au hasard , au gré de ses peurs et de ses vengeances; puis la presse, la presse périodique surtout, chez Ia({uelle rinimitié, pour être moins cachée, n'en était pas moins ardente et làcthe; puis les hommes politiques, délibérant en comité et procédant par doputations auprès du pouvoir.
a On n'a pas d'idée du dévergondage de ces accusations qui tombaient dans tous les commissariats comme une avalanche: !a haine a été parfois si aveugle qu'elle a frappé sur des tombeaux C'est ce même zèle ardent qui, sans [)rendre part
au combat, s'est montré si féroce, le combat Uni ; car ce ne sont pas les hommes de cœur qui ont exposé leur vie à l'at-
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taque des barricades, qu on a vus se souiller du sang de leurs prisonniers désarmés ; ce ne sont pas eux qui ont fait appel au bourreau aprè^ la victoire ; ce sont toutes ces lâchetés qui s'étaient tenues en arrière; ce sont elles qui ont débordé le pouvoir, et dont le général Cavaignac aura plus de peine & désarmer la fureur au'il n'en a eu i apaiser l'insurrection elle-uièmf
niAlMTRF. X.
Coup d'œil sur \n situation de l'Europe au printemps de 1848. « Suife des événemen's dnot rilalie fut le théâtre. — Conduite ambiguë de Charles-Albei t. — Il accourt à Milan dans des vues d'intérêt personnel. — C'est lui qui fait considérer l'appui de la France comme un déshonneur. — Projets que forment sur l'Italie les écrivains •oldés par Charles-Albert. ^ Les républicains unitaires ridiculisés. — Guerre royale labetituée i la guerre des peuples. — Les intrigues et la trahison aux prises avec la aainte insurrection. » Influence funeste que Charles-Albert exerce sur le gouvernement provisoire de MDan. — Fausses manœuvres de l'armée piémontaise. — Plan de retraite du gént'ral autrichien. — Il s'établit à Mantoue et à Vérone. — Les villes da Frioul se révoltent. — Volontaires Italiens dans le Frioul. — Conditions que Charles- Albert met i sa coopération. — Il veut être roi de l'Italie septentrionale. — Ses négociations personnelles perdent la cause de l'Italie. — Murmures des patriotes italiens. — Revers qu'ils éprouvent dans le Frioul. — Le parlement sicilien déclare les Bourbons de Naples déchus. — Constitution napolitaine. — Conduite de Léopold en Toscane. — Intrigues de Rome. — Changement complet de politique i Rome. — Pro* testations des patriotes Milanais. — Arrivée des renforts autrichiens. — Trahison de Cbaries- Albert.
Dans quelques chapitres de ce livre ('), nous avons essayé de raconter les mémorables événements dont FEurope entière fut le théâtre à la suite de notre révolution de février; nous avons suivi ces grandes commotions, ces régénérations commencées jusqu'à la fin de ce fameux mois de mars 1848 dont les rois garderont le souvenir avec une juste terreur; car TEtre suprême jetait « en ce moment-là » un regard de pitié sur le genre humain.
(I) Voyei les chaoîtres XIV. XV et XVI da lome l*', el le cliâpitre V du umiei
a Avec quelle émotion profonde, disions-nous, la postérité no siiivra-t elle pas les phases diverses du grand drame qui s accomplissait alors dans la vieille Europe! Et combien toutes CCS prodigieuses péripéties ne doivent-elles pas remuer le cœur d'un Français! Car ce sont là encore nos idées qui faisaient explosion , c'est toujours la révolution française qui luttait sur tous les champs de bataille où elle avait appelé les royautés, cest la France que les peuples invoquaient en déployant rétendard de leur délivrance.
a En effet, le monde offrit-il jamais le spectacle de tant de mouvements populaires éclatant à la fois dans tous les Etats considérés jusqu'alors comme les plus à Tabri des révolutions politiques, dans les contrées les plus opprimées par la main de fer du despotisme ! »
Nous nous félicitions également de ce que la Providence permettait que le berceau de la nouvelle république fût ainsi débarrassé de tous les dangers extérieurs qui avaient assailli celle fondée par nos pères, alors que les peuples n'étaient point mûrs pour la liberté ; et enfin, de ce que au lieu d'avoir à tirer l'épce pour la défense de ses institutions et l'intégrité de son territoire, la république de 1848 s'inaugurait aux applaudissements de l'humanité tout entière.
nélas! tant d'heureuses espérances nous avaient fait perdre de vue que l'organisation monarchique avait encore un appui dans Télat mililaire, dans les armées permanentes, véritables fléaux des peuples, et qu'elle avait toujours à son service toutes les trahisons de la diplomatie; ces deux clefs de voûte des royautés leur reslaient. Par la diplomatie et ses ruses, les rois comptaient encore tromper les nations sur leurs véritables inléièts, et par les armées, où le despotisme s'était. incarné, ils pouvaient rallachor les tronçons de leur despotique autorilé. Nous allons voir comment ils se servirent habilement de Y une et des autres.
Cesten Italie surtout que vont se dérouler toutes les ressources que les royautés possèdent pour faire avorter les glorieuses déterminations des peuples de cette intéressante contrée ; c'est là surtout que les trahisons les plus palpables, les ruses les plus^rossières des cours vont appuyer les baïonnettes du despotisme, dans le but sacrilège de replacer les Italiens sous un joug qu'ils abhorrent.
Nous avons laissé T allié secret de T Au triche, Charles-Albert» accourant à marches forcées à Milan, non pas, comme pouvait le croire la bonne foi du peuple, pour contribuer à Taffrancbissement de l'Italie, mais dans des vues d'ambilion personnelle, pour s y créer un parti et se faire proclamer roi de la Lombardie. L'histoire des nations n offre pas d'exemple d'une conduite plus ambiguë, plus couarde et plus misérable que celle tenue par ce roi à Tégard des provinces qu'il veut allachcr à sa couronne, soumettre à son sceptre. Lui, qui n'a pas eu lo courage de brûler une amorce pour aider les Lombards h se délivrer des Tudesques; lui quon a vu résister si longleiups au vœu du peuple piémontais, le poussant à franchir le Tessin nu moment où l'issue de la lutte entre les troupes de Radetzki et la population milanaise était incertaine, au moment oh la présence d'une seule de ses brigades pouvait tout décider, le voilà, se présentant en vainqueur dans la capitale des Lombards, lorsqu'il apprend que les troupes de Radetzki sont errantes dans les campagnes, lorsqu'il apprend que les Vénitiens ucs lagunes, comme ceux de la terre ferme, ont également chassé les Barbares, lorsqu'il apprend que les forteresses de la Lombardie sont au pouvoir des patriotes, lorsqu'il apprend, cntin, que les citoyens <le Modène, de Plaisance, do Parme, ont chassé leurs princes, vassaux de l'Autriche. Charles- Albert, qui peut craindre la mémo résolution de la part des Piémontais, «^'empare d'un moment d'enthousiasme pour changer de rôle : d'allié de l'empereur d'Autriche, on le voit se métamorphoser,
I?86 UISTOIHË
(lu soir au matin, en allié des peuples qui chassent les Auin< chiens; le voilà se faisant proclamer l'épée de l Italie, le miiveiir de rilalic^ et semant for à pleines mains pour réunir aafour He lui ceux des Italiens qui croient encore à la nécessité des rois sur la terre. Oh ! que les patriotes italff ns avaient bien raison lorsqu ils parlaient de chasser F astucieux allié» qui ne présentait après le danger ! Malheureusement, tous les Fjornbards ne voyaient pas avec les mêmes yeux : ils commirent la faute immense d'accueillir en libérateur l'homme qui, quelques années auparavant , avait trahi la révolution piémontaise, et qui avait livré aux vengeances de la royauté absolue ses propres compagnons.
Examinons la conduite de Charles-Albert dans la I^mbardie» et nous y trouverons la clef de toutes les trahisons qui ont ramené ce malheureux pays dans l'esclavage le plus humiliant.
Et d'abord , voyez avec quel art perGde ce roi stimule le louable sentiment d'orgueil qui fait croire aux Italiens qu'ils n'auront pas besoin du secours de la France pour délivrer complètement leurs contrées. Par ses ordres, les journaux de Turin, salariés ou aveugles, sont les premiers à crier : L'Itaiia fara da se I
Il y avait à ce sujet deux opinions en Italie : celle qui sollicitait l'intervention française, alors que le gouvernement de la république n'eiit pas mieux demandé que de l'accorder, dans le double but de créer des Etats libres au delà des Alpes et de garantir ses frontières de ce côté ; l'autre parti, composé généralement de Taristocratie lombarde et piémontaise, ne cessait de dire que la nation italienne avait en horreur les secours de la France. Ce fut ainsi que l'on vit abonder dans ce sons tons les organes do l'opinion, tant de France que d'Italie, qui saluaient h grande cpée, en même temps qu'ils déversaient r injure sur les patriotes clairvoyants.
En ollet, pour rhomme de sens capable d'apprécier les cir-
c*x)nstances qui dominaient les rois, il était facile de voir que (Jiarles-Âlbert devait bien plus redouter les soldats de la république française que les Croates de Radetzki. Et il pouvait avoir raison comme roi ; car il n* était donné à personne de prévoir Teffet qu'aurait produit^ dans ce moment d'enthousiasme et d'entraînement vers la liberté, l'arrivée en Piémont des soldats de la république française, déployant sur les rives du Po et de la Stura ce drapeau tricolore que les peuples sont habitués à considérer comme l'emblème de leur délivrance. Bien des vieux Piémonlais auraient pu se rappeler qu'ils avaient eux aussi vécu en république , et les jeunes gens ne demandaient pas mieux quà renvoyer leur roi dans Tlle de Sardaigne, comme avaient fait leurs pères. ]À se trouve la clef de la conduite de Charles-Albert et de sa cour tout aristocratique. Aussi le vilon faire toutes les avances possibles aux Lombards qui rêvaient encore la monarchie constitutionnelle.
Ayant ainsi léussi h faire considérer la fraternisation armée de la France comme un outrage pour les vaillants LombanU qui venaient de chasser les vieilles bandes de TAutriche, il ne larda pas h faire connaltro ses projets monarchiques sur cette même Lombardie , qui avait le tort de le recevoir en libérateur.
Alors se mirent h l'œuvre tous les écrivains salariés par la politique piémontaise. Ceux qui croyaient ramener l'âge d'or avec les fictions constitutionnelles , le gouvernenumt monarchique représentatif, la pondération des pouvoirs et autres mensonges dont les Français avaient fait justice quelques mois avant, se mirent également à l'œuvre. D'autres publicistes, un peu plus avtiRrés, ne furent pas éloignés de considérer comme possible la renonciation de l'Autriche aux contrées italiques, moyennant une indemnité territoriale du côté de la Turquie. D'auliTS encore, plus patriotes que révolutionnaires, pensèrent selirusement à faire du Piémont un grand Etalfédératif. Ij^s ré-
veiirs poussèrent leurs utopies jusqu'à partager sur-la carte le lerrîtoire italien en trois et même en cinq Italies. Les partisans de Charles-Albert insistaient pour une Ilalie septentrionale^ dont ils le faisaient roi, laissant le reste h la merci des événements (*). Aucun de ces publicistes ne tenait compte des espérances des démocrates italiens; et tandis que ceux-ci démontraient, par les éyénements de toute la Péninsule, que le véritable but de tons les Italiens était r indépendance, puis Tunité nationale, et enfin la liberté démocratique; tandis que les républicains-unitaires prouvaient de la manière la plus évidente que telles étaient les véritables aspirations de Tltalietout entière, Tessaim démoda ris que Charles-Albert traînait à sa suite se mettait à T œuvre pour constituer Y Italie septentrionale.
C*est ainsi que Tambition inquiète et impuissante d'un individu allait être mise à la place de l'intérêt national de plusieurs millions d'hommes, et que la guerre royale serait appeléo à remplacer la guerre du peuple, la seule qui pût faire triompher la cause de l'Italie et réaliser ce rêve si longtemps caressé par tous les cœurs généreux de celte terre classique de la liberté : r affranchissement.
Il fut facile dès lors d'apercevoir à la suite de l'armée royale, les intrigues et la trahison aux prises avec la sainte insurrection populaire, et de prévoir que les Italiens laisseraient perdre cette occasion si favorable de décider de l'avenir de leur patrie*
L'Italie était, en effet, dans un de ces moments suprêmes que la Providence réserve quehjuefois aux peuples asservis, aux nationalités effacées, pour s affranchir et se reconstituer. Dans ces instants solennels, la moindre faute peut devenir irrépara-
n) Les partisans de Charles-Albert s'inquiéiaicnl peu des contrées italiques placées sur la rive gauche de l'Adi^'c ; ils en auraioiii volontiers fait cadeau à rAulriche, pour peu qu'ils fussent assurés de sa rononcialioa sincère à la Lombardie. Les rois n'agissent jamais différemmenU
ble et avoir pour conséquences de longues phases de déceptions. Lltalie offrait, à la fin du mois de mars 1848, Taspect d*un volcan en ébullition, mais dont les éruptions partielles devaient user toutes les forces vitales du pays, tant qu* elles seraient restées entre les mains des en nuques politiques. Du Phare et des Calabres jusqu'au Tyrol et aux Alpes, la fermentation, l'enthousiasme étaient au comble. Malheureusement le but vers lequel on devait diriger l'esprit public était indéterminé. S'il n'y avait qu'une seule pensée à l'égard de l'expulsion des Tudesques, on était trop divisé sur ce que l'on ferait après pour ne pas commettre des contre-sens irréparables.
On comprend avec quelle ardeur le vieux Radetzki, suivant en cela les conseils du prince de Machiavel, ou plutôt la politique ordinaire des rois, favorisait secrètement tous ces plans divers ; il considérait avec raison ceux des Italiens qui propageaient ces idées creuses comme les aveugles auxiliaires de son armée: aussi écrivait-il à Vienne que l'arrivée de Charles- Albert en Lombardie et ses prétentions sur cette province seraient la pomme de discorde des Italiens et le salut de TAutriche.
Pour conserver à la révolution italienne toute sa force» il (allait n'accueillir Charles-Albert qu'avec une extrême défiance, ne le laisser participer à la délivrance qu'au seul titre d'allié, et non comme arbitre souverain d'une révolution faite sans lui; il fallait solliciter non pas le secours des princes, mais celui de tous les peuples. Il fallait créer des forces nationales, appuyées par les volontaires que la France, la Suisse et même l'Amérique eussent fournis avec plaisir.
Malheureusement dès que Charles-Albert fut entré en Lombardie, il exerça sur le gouvernement provisoire de Milan une influence qui fut funeste à la cause de la révolution. Nonseulement le parti albertiste opposa des obstacles incessants h rorganisation du pays, à son armement, au rappel de tous ^os
qui avaient déjà porté les armes de la liberté partout ou loiB m. 87
no aisToiRE
•Qe tétait établie, mais encore il chercha è avilir les Loinoar^ à fon proQl, en faisant répandre par les mille plumes qui im étiieDt Tendues que les Lombards ne savaient pas so battre, qd'ib D'; savaient que déclamer. Le but de ces calomnies était éridest; Charles-Albert voulait so faire considérer comme lO féal libérateur de l'Italie. It ouliliait que l'héroïque ville de IduLirvait forcé l'armée de Radctzki à errer dans les campafSeï; que Venise avait aussi chassé les Autrichiens de ses lagu- ■Ctnite le secours des Piémontais, et que les nombreuses villes de Uôn ferme n'eurent nullement besoin dcr(^/)(fe(i'//a/icpour &îrefiûlter le drapeau do la révolution sur leurs clochers. . SniTOns ce lilicratetir depuis que la crainte d'une révolte •piâaK du peuple et de l'armée piémontaiso l'a forcé de pas- •BtbTessin. Ses troupes, dont la bravoure el la discipline sont cannnes, marchent A ta fois vers Milan ('] et vers les duchés de Penne et de Modène. Sept à huit mille voloataires génois les accompagnent et les précèdent sur plusieurs points. Heis au même instant, proCtant du bruit répandu que Chambéry a ar* bore lo drapeau tricolore, Charles-Albert envoie aussi des troupes de ce côté : nous verrons bientôt dans quelles rues.
D fallait atteindre les tronpes aatrichieones errantes, avant que leur mouTcment de retraite fût concentré. Aussi six mille Piémontais, suivis de nombreuses colonnes de volonlûras quittèrent-ils Milan dès le S7 mars, pour se mettre è la poursuite dos bataillons de Radctzki. A chaque instant on apprenait que quelque ville en deçà du Tagliomenlo s'était prononcée pour
(>) Lo gourcrnoment proriwiro do Uilan en annonçtnt l'arrivéa de l'atnrfa piémontaiso, s'âlait exprima ainsi : < L'armée piémoiiuise ao prètento commo alliée dans la )aue BUprâmede la guerre sacrée. » Los coDveationa concloea entre le gouvernement provisoire et le représentant du magnanimt Charief Albert portiicnt : t Lea troupes urdcs agiront en Hiliécs fidèles et loysles da gonvcrnoiaent provisoire. Les vivres et entretien seront fournis par le goa> «wneoieiit proTinire; la aolde courante est au compte de S. M., etc. i
la révolution italienne. Padoue venait de chasser sa garnison; Brescia avait formé son gouvernement provisoire, donnant la main h celui de Milan, et le Tyrol italien s'était insurgé. Deux jours après on apprenait que Palma-Nuova était au pouvoir des partisans du général Zucchi ; que Vicence était libre, et que le mouvement révolutionnaire gagnait la Dalmatio
Pendant que les divisions piémontaises Bava et Sonnaz marchaient pour passer le Pô, les Autrichiens évacuaient le pont de Lodi ; les troupes de Florence occupaient Modène, et dix milles soldats romains, tant suisses que de la civique, partaient de la Romagne, sous les ordres de Durando, pour aller seconder la révolution de la Lombardie. La situation des troupes de Radetzki, déjà des plus difûciles, pouvait le devenir encore davantage si les patriotes insurgés de Mantoue parvenaient à conserver cette place forte jusqu'à l'arrivée des renforts nationaux. Le général autrichien paraissait d'abord ▼ouloir concentrer ses premières troupes sur l'Adda; mais partout les habitants travaillaient à lui fermer la retraite en défonçant les routes, brisant ou brûlant les ponts. Des combats partiels étaient livrés par les patriotes aux corps autrichiens marchant isolément. Du côté du lac de Garde, à Dczenzano» on avait fait prisonnier un général, trois colonels et une foule .d'officiers avec leurs soldats. On s'était également battu sur la route de Plaisance. Les volontaires ne cessaient d'arriver par toutes les voies. Les patriotes génois et piémontais étaient déjà sur la route da Pavie à Crémone, marchant plu^ vite que farmée de Charles-Albert, afin d'empêcher la réunion des soldats de Radetzki.
En général habile, ce chef des troupes autrichiennes avait aussitôt conçu son plan de retraite. Faisant aux patriotes une large part de conquêtes devenues faciles, il se garda bien de chercher h défendre les lignes militaires qui s'otTraient sur sa route ; il les abandonna toutes successivement pour se con-
niSTOIRE k la fois sons les mors de Mantooe et sons t H comprit qae de la réoccupalion de Maotone <it*
•En ntraile sur l'Adigc dépendait le solut de son armée. O'fM Mscz beoreui pour pouvoir mettre à eiécalion celle
Pendant que l'armée de Charles-Albert marchait comme) tOeeèt redouté des embuscades, Radetzki fuyait auiapplaudtf* iBiÉenti des patriotes ; il fuyait plus vite encore qu'oa ne la iippaMh, et abandonnait à propos h terre lombarde, qui Mnit dévoré ses bataillons, pour les réunir autour deManloae. énvfé «b forces sous les murs de celte place, il fit sommer le» -féffolBtJonn aires d'avoir à lui en ouvrir les portes, sous peine 41êln pistés au ûl de l'cpce. Les patriutes de cette ville n'éirfeiltplâ plus de deux mille sous les armes ; ils avaient contre «a, outre une armée entière de plus de trente mille soldel!| agnerris, d'antres soldats autrichiens qu'ils aTiieot retarai prisonniers, et qui, encouragés parla présence de tantd'aatnk bataillonfi, leur auraient ouvert les portes de la ville, si k» boui^^is eussent voulu résister. Ceux-ci furent donc dansla nécessité d'obéir aux injonctions pressantes du général en dief; et Hantoue, la place la plus forte de toute l'Italie reçut une nombreuse garnison autrichienne.
Sans perdre de temps, Radolzki conduisit le surplus de see troupes à Vérone, et s'établit fortement sur l'Adige. De là. 3 eollicita des renforts des Etats héréditaires, et proposa an gon- Ternement provisoire de la Lomhardie l'échange des prisonniers que le peuple avait faits, contre les dlages qu'il avait lui-même emmenés de plusieurs villes. Or, le gouvernement provisoire se croyait si fort qu'il rendit les prisonniers réclamés. En peu de temps, et malgré les obstacles immenses qa'it rencontra dans sa retraite, Radetzki avait ravitaillé ses troupes k Hantoue et à Vérone, oh elles se trouvaient réunies; deux mille cmq cents hommes avaient été j^és dans Peschiera.
Néanmoins, sa situation était encore bien hasardée. Le passage du TjTol n'était plus libre, et la route de la Carinthie lui était également fermée ; il fallait à rAutriche une armée tout entière pour rétablir les communications par Udine. Et comme le conseil aulique n* était pas en position d'improviser des armées et encore moins de les envoyer en Italie, Radetzki eût eu probablement le temps d'être forcé à mettro bas les armes, si un autre que Charles-Albert eût été à la tête de la guerre du peuple italien contre ses oppresseurs. Les Italiens d'au-delà de l'Âdige avaient trouvé de grandes ressources en munitions de guerre de toutes sortes tant dans l'arsenal de Venise, que dans la forteresse de Palma-Nuova : les armes ne manquaient donc pas de ce côté-la ; mais elles étaient rares dans la Romagne, la Toscane et la Lombardie ; les volontaires de ces contrées furent réduits à se partager quelques milliers de fusils tirés de France et d'Angleterre ; de sorte qu'ils ne furent guère considérés d'abord que comme les tirailleurs de l'armée piémon*taise; ce qui contribua à donner un grand ascendant aux soldats du roi sur les soldats du peuple.
Vers le milieu du mois d'avril, les positions respectives étaient celles-ci : Les Autrichiens occupaient encore Peschiera sur le lac de Garde, Mantoue à l'autre extrémité de leur ligne, et Vérone au centre. L'armée piémontaise, qui s'était avancée très-lentement, se trouvait sur le Mincio ; le général Allemandi, commandant les Tolonfaires se dirigeait sur Peschiera. La droite de l'armée de Charles-Albert cherchait à donner la main au général Zambeccari, qui, avec ses Romagnols, était sur le point de passer le Pô. Durando '':tait entré à Ferrare. Zucchi, à la tête de plusieurs milliers de Vénitiens et de patriotes du Frioul, était parti de Palma-Nuova pour se rapprocher de Durando. On affirmait que l'avant-garde napolitaine, destinée à agir de concert avec les troupes toscanes, venait de débarquer à Livourne. Mais ici, le grand-duc semblait peu décidé à entrer dans la ligue
ttniique; il donnait le change à l'opinion en taisant faire ilrs marches et des contre-ciaiches i ses troupes, Enûn, la flotte Sarde était sorlie du port de Gènes pour aller se réunir à la flottille de Venise, dans le but d'opérer sur les côtesde l'Adriatique et de la Oalmatie, et d'inquiéter Xriesle, où des troubles avaient éclaté.
Ce fiit dans ces circonstances que l'armée de Charles-Albert remporta quelques avantages sur l'arrière garde autrichienne, rencontrée à Goïlo sur le ïllncio. Les Piémontais forcèrent le passage de la rivière et prirent à l'ennemi quelques centaines d'hommes et quatre pièces de canon. Ce n'était là qu'une rencontre partielle, qu'un combat sans résultais ; mais les partisans de Charles-Albert firent considérer ce faitd'arraescomme une victoire assurant désormais l'indépendance de l'Halte. On voyait déjà Charles-Albert dans Mantoue et les troupes autrichiennes de Radt'izki réduites à déposer les armes. On se livrait alors, dans la Lombard ie et la Romagne. à de grandes démons trs lions de joie ; on croyait tout devoir à Charles-Albert dont on eugéraît les services et les forces; en un mot, on ne doutait pés que le général Etadetzki ne fiit bientôt forcé oii de se rendre on de chereber h se frayer an passage par les gorges da Tyrol.
An lien de faire un pont d'or ^ l'ennsmi pe«r rérafiBatiiiA 4e l'Italie, le chef des armées italiennes ordonna an génénl Allemandi de se porter dans ce Tyrol qu'on voalait' fenner; etees braves et dévoués volontaires furent ainsi éloignés de le Lombardie où Charles-Albert eût redouté leur présence ; ear il allajf lever le masqne!
Tandis que le général Allemandi ccMiduisait de ta meOleare foi du monde, cette ardente jeunesse italienne dans les montagnes, 0^ chaque château fort, chaque bicoque était dâtendue opiniÂtreioent par des Croates; tandis qu'on les laissait i la garde de tenu Us défilés àm ««ala^iw, imprudamment dift-
séminés de manière à être successivement écrasés par la première brigade autrichienne qui s'y serait présentée, les volontaires du général Zucchi étaient journellement aux prises avec les Raiserlick, restés dans le Frioul.
« Vicence, Trévise, Padoue, Bassano et toutes les villes, écrivait-on du Frioul, sont semées de barricades ; tous les ponts sont coupés; dans toutes les rues sont ouvertes des tranchées; les populations sont bien armées. On dispose de huit canons. Les volontaires pontificaux sont accueillis avec le plus grand enthousiasme. »
On se flattait qu'en occupant ainsi par les volontaires les deux routes du Frioul et du Tyrol, Radetzki ne pourrait recevoir les renforts qu'il avait demandé. Les amis de Charles- Albert allaient jusqu'à nier le départ des troupes destinées à ce général.
Hais celui-ci, laissant les fanfares de Charles-Albert chanter sesprétendues victoires, était parvenu à réunir son armée autour de Vérone; il tenait fortement dans Mantoue, et ses troupes occupaient encore Peschiera; il écrivait à Vienne qu'il saurait bien retrouver la route de Milan et même celle de Turin, si le conseil aulique lui envoyait, en masse, les renforts nécessaires pour reprendre la Lombardie. I^s intrigues de Charles- Albert étaient connues du vieux général, et il en tirait les plus heureuses conséquences pour les aOaires de l'Autriche dans la péninsule.
En effet, ce fut des bords du Mincie que Charles-Albert crut devoir dicter ses conditions et sa volonté aux Lombards.
Il commença par annoncer au gouvernement de Milan qu'il comptait ne pas aller plus loin, qu'il croyait avoir rempli sa mission, puisque les Autrirhiens avaient évacué toute la Lombardie, à l'exception de Peschiera et do Mantoue. Il ne pouvait pas, disait-il, entrer dans les Etats vénitiens constitués en république» et il invitait le gouvernement provisoire à faire gar-
Mrpir les propres forces les positions qu'occupaient les troupi jfUmtmUiîses.
IiMplIrioles s'slIeodaieDl k cette trahison; aussi u'en furcntfltpMsnrpm.
'• Hûfle peuple lombard, qoe l'aristocratie pîémonlaise avait CfreonT^u; ce peuple, que les mille plumes Tendues à Charles- Jdbert (Kl dévouées aux nctions conslilulionnelles avaient Tait |Hn6rdg ses instincts républicains, se crut perdu si Charles- JuSteK ékécutaît ses menaces. Il ne trouva rien de mieux à faire ^pe de te jeter complêlcnicnt dans les bras de cet allié dou- MZ. n } eut de l'agitation à Milan : les patriotes unitaires arradMnwlt les affiches où l'on conseillait aus Lombards leur fu- Akk net le Piémont. Mais les intrigues royales et les menéei 8) Il d^Iomatie furent plus fortes que ta voix de l'Italie. stj^H erifiée k l'ambition d'uu homme qui n'avait aucun titre rèdll^^| la reconnaissance des Lombards.
On ne parla plus alors que de l'Italie teptentrionale oi^nisés en royaume, qui comprendrait le Piémont, la Lombardîe, lei Etals génois et les duchés. La Vénétie de terre fermeétait abandonnée aux Autrichiens ; et d'après le plan des cootre-révolntionnaires, on aurait fait de Venise une sorte de république isolée, comme les villes anséatiques. Cest sur ces bases que des négociations furent ouvertes par les agents de Charles-Albert jusqu'avec l'Autriche. Celle-ci proûta habilement de ces n^o* dations pour faire approcher du Frioul un corps d'armée pn^ pre à mettre Radetzki en état de prendre l'offensive.
Quant à Charles-Albert, pour faire tomber le reproche d'in* action qui lui était adressé de toutes parts, il publiait journdlement des bulletins de ses nnanœuvres et de ses combats. Tantàt son quartier général se rapprochait de Vérone, tantôt il s'en éloignait pour remonter du côté de Rivoli. De temps k autre, il parlait de rencontres, toujours brillantes, que ses troupe* avaient avec la garnison de Vérone; mais, en résultat, on n'a-
percevait aucun mouvement important, aucune attaque sérieuse, aucune détermination propre à faire croire à sa bonne volonté d'en finir
Et cependant il fut une époque, dans la première quinzaine de mai, où il pouvait beaucoup. Laissant un simple corps d'observation entre Vérone et Hantoue, il aurait pu passer TAdige, se joindre aux Vénitiens, aux Frioulais et aux Romagnols, et opposer ainsi une digue infranchissable aux secours que le général Nugent conduisait à Radetzki. La route du Tyrol étant gardée par les nombreux corps de volontaires lombards, génois, suisses et piémontais, Charles-Albert n'avait autre chose h &ire qu'à repousser Nugent; et cela lui eût été facile avec les secours qu'il pouvait réunir de ce côté. Peschiera, Mantoue et Vérone ne pouvaient manquer de capituler successivement, et ritalie tout entière eût été délivrée.
Mais les inqualiûables lenteurs de ce roi , ses funestes négociations pour obtenir la Lombardie sans chasser complètement les Autrichiens, donnèrent le temps aux troupes de Nugent d'accourir dans le Frioul, de reprendre Tune après l'autre les villes qui s'étaient déclarées dans le sens de la révolution italique, d'écraser Zucchi et de s'ouvrir la route de Vérone.
Charles-Albert fut d'autant plus coupable de ne pas avoir fait tout ce qui lui était possible dans ces jours d'enthousiasme, qu'il se trouva admirablement secondé par les graves événements dont l'Autriche devint le théâtre lorsqu'il campait en forces autour de Vérone, à Somma Campagna. En vain disait-il que l'Angleterre s'opposait à ce qu'il passât l'Adige. Il devait répondre que Tltalie n'avait besoin ni des conseils ni des ordres d'aucune puissance, qu'elle était en révolution pour reconquérir sa liberté, son indépendance, et que ses peuples se sentaient assez mûrs pour ne plus se laisser conduire par l'étranger.
Hais les prétentions de Charles- Albert, ses négociations per-
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soonelles, ses intrigaes secrètes ne lai permellaîent pas Je tenir C6 ]ao)ia(!e. U ne pourail plus pnrler au Dom de l'ilnlie entière; il DC puuvait plus s'occuper que de son futur royaume de l'Italie septenlrionate, et toute idée d'expnkiou complète des Croates, des Tudcsqucs. toute idée d' unité nationale n'allait plus k sa taille. Dans la position qu'il s'était fuite, il devait beaucoup plus craindre l'entrée des Français que l'arrivée des renforts de Nuf-tjnt; car les soldats de la république française ne pouvaient, dans aucun cas, aller servir de uiarcbcpied roi du Piémont.
a TuDi qu'il s' agi* de secourir l'ilnlie, disait h ce sujet le verneuient français, nous sommes là. Combattre à côté des légions piémontaises dans l'inlérèl de l'Italie, nous le pouvons eocore ; mais marcher pour soutenir les intérêts du roi de Si daigne , entrelacer le drapeau de la France avec celui de maison de Savoie... jamais I »
Mais si Charles-Albert eraiijnait la présence, des Français, il redoutait encore plus celle des nombreai Italiens exilés qui revenaient avec les idées bien arrêtées de la Jeune ItaUe, l'affraochissement complet du territoire italien et la reconstitation de la patrie sons te gouvernement républicain unitaire. Aussi ses agents en France créèrent-ils toutes sortes d'obstacles au départ de la colonne d'émigrés, au milieu de laquelle se trouvaU Mazzini. Il fît plus encore : il fît faire le plus mauvais accueil & ces patriotes lorsqu'ils débarquèrent à Gènes. Peu s'en fallut que cette élite de la jeunesse italienne, rentrant de la terre d'exil, ne fût assommée par les sbires à la solde du Piémont. Les calomnies les plus basses furent toute la récompense que ees anciens proscrits obtinrent alors pour avoir conservé et avivé le feu sacré loin de leurs foyers.
C'est que Cbarics-Albert et âes valets savaient très-bien que l'arrivée en Lombardie de ces nobles proscrits serait la résurlectiou de l'esprit national, qu'il n'avait cessé d'endonnir par
lé-
ins
DE LA Rl^VOLUTION DE 1848. »9
ses écrivains. Aussi ne cessait-il de pousser la conclusion de ses népociations, non-seulement avec le gouvernement milanais, mais encore avec TAutriche. En cela, il était fortement appuyé par r Angleterre, qui, jalouse à Texcès de tout arrangement propre à donner quelque prépondérnnco h la France républicaine, paraissait saisir avec empressement l'occasion d'agrandir le royaume de Sardaigne, dont la politique fut toujours contraire à la France. L'Autriche seule refusait avec obstination de céder la I^ombardie.
Au milieu de toutes ces intrigues croisées, les patriotes italiens, tous les citoyens qui avaient [)ris le fusil pour chasser les fcarfcflrc* commençaient à murmurer non-seulement de l'inaction de Charles- Albert, inaction qui devenait chaque jour plus funeste aux volontaires des Etats vénitiens et romagnols, mais encore des prétentions élevées par le roi de Piémont. « Marchez! ne cessaient-ils de lui crier, aidez-nous à délivrer le territoire, à repousser les renforts que l'Autriche envoie à Radetzki, et vous aurez alors des droits véritables à la reconnaissance des Italiens I )>
Le patriotisme des Vénitiens, des Romains, des Toscans, des (îénois, des Lombards, etc., suppléait autant qu'il était possible à la mollesse de Charles-Albert ; mais il eût fallu que tous ces volontaires dévoués eussent pu être soutenus par quelques vieux régiments. Abandonnés à eux-mêmes, privés d'artillerie, de cavalerie, et pour comble de malheur, places pour la plupart sous les ordres de chefs arrivés du Piémont ou gagnés aux combinaisons des monarchistes constitutionnels, ces braves jeunes gens, l'élite de l'Italie par leur éducation et leur courage, ne tardèrent pas à succomber sous les coups des Croates ou à battre en retraite , laissant exposés aux atroces vengeances des Kaiserliks les généreuses populations qui s'étaient jetées avec tant de joie dans le mouvement révolutionnaire. C'est ainsi que Toa apprenait successivement la chute de Bellune, d'Udine et
ni Dorandl^^H
le corps ili I
800 HISTOIHE
île plusieurs autres villes des Etats vénitiens, que ni I
ni le généial Ferrari n'avaient pu défenJre contre le corps i
général Nugent. Zucchi se mainlenait bien encore h Palina-
Pluova, mais il était permis de concevoir des craintes sur le sort
decotte place forte.
Penilont ijue les patriotes du Frioul voyaient tomber successivement leurs villes, Charles-Albert, dans l'intention d'effrayer l'Autriche, envoyait son escadre, à laquelle s'élaient joints quelques bâtiments légers sortis de Venise, dans les eaux de Trieslc. pour menacer cette ville d" un bombardement. Cétait un moyen mis en œuvre pour obtenir la cession de la Lombardie, mais nullement pour faire une diversion utile; car, s'il en eût été ainsi, Trieste aurait pu tomber au pouvoir des bàtiuienls génois, ou, tout au moins, la conservation de cette ville florissante eût forcé Nugent à inleri-ompre le cours de ses succès du câtédu Fri.iul.
Co qui se pasi^ait alors dans le reste de l'Italie prouve que si les intrigues de la diplomatie ne se fussent pas jetées an travers des diverses populations de la péninsule, la grande idée de II réTolution qui s'y opérait, l'umté nalùmaie, eût pu fadlement se réaliser.
Les Stciliens, après leur longue et sanglante lutte contre le Bourbon de Naples, Tenaient, par décision solennelle dn pai^ Icment sicilien, librement élu et réani i Païenne, de déclarer cette race de tyrans décfane i jamais de ses prétendus droits sur rile. Malheureusement, cette révolution ne fat pas faite exdosivement dans des idées de liberté, et les vieux libéraux qui venaient de chassa* une dynastie, se laissèrent sédoire par les fictions constitutionnelles. Au lieu de se déclarer en république, comme tout Ty conviait, le pailemuit de Sicile se lais» {HTondre aux intrigues de Cbaries-Albert , qui eut la prélentioD de reiew le tnVoe k Pal^me ponr y placer l'iin de ses fils. Les leçons les plss réœntas de r lûsloin fareal eaeon padnes pour
les patriotes siciliens, et leur grande révolution fut ainsi réduite aax ridicules proportions d'une révolution de sérail.
Toutefois, elle eut momentanément pour résultat de forcer le Bourbon de Naples à dissimuler sa haine contre les patriotes. n alla même jusqu'à donner aux Napolitains une constitution qui combla de joie les hommes superficiels. Il fit plus encore : il annonça qu'il allait entrer à pleines voiles dans la sainte ligue italienne contre les barbares^ et qu'il mettrait à la disposition de chefs italiens non-seulement une forte division de ses troupes, mais encore sa flotte.
Pour comprendre une résolution si inattendue et si contraire aux antipathies bien connues de Ferdinand, il faut dire au lecteur qu'au moment où la Sicile rompait complètement avec ce roi, le reste de son royaume, les Calabres surtout, étaient dans un état de révolte ouverte contre le gouvernement de Naples; que cette révolte s'étendait rapidement sur tous les autres points du littoral, et qu'il était à craindre, pour ce roi des lazzaroni, qu'une révolution pareille à celle de 1820, plus radicale peutêtre, ne forçât Ferdinand à des concessions bien plus larges, et même i lui faire prendre la route de Vienne, comme avait fait son père. Le rusé Bourbon jugea donc nécessaire de lancer ^ la mer quelques-unes des prérogatives de l' absolutisme, afin de sauver le reste. Il ne doutait pas qu'il regagnerait le terrain abandonné dès que les circonstances deviendraient moins défavorables. C'était là, comme on sait, le procédé employé m extremis par plusieurs royautés, procédé dont elles s'étaient très-bien trouvées.
La conduite de Léopold fut, en Toscane, ce qu'elle devait être. Archiduc d'Autriche, on comprend qu'il ne pouvait pa^ donner franchement la main à une ligue qui avait pour objet la raine de sa propre maison. Mnis l'opinion publique, extrêmement exaltée en Toscane, le poussait violemment malgré lui vers le grand but de la révolution italienne. U armait donc ses
volontaires et les laissait partir pour le Pô et l'Adige, tamli* que ses Iroupes faisaient toutes les évolutions nécessiures pour faire croire qu'elles allaient entrer en campagne. C'était à gagner du temps que se bornait la politique du grand-duc (l<i Toscane en ces gi-aves circonstances
Quant à celle du pape, elle paraissait inexplicable depuis que Rome éloit devenue le centre, le foyer le plus actif de toutes la» intrigues de la diplomatie.
La diplomatie, c'est-à-dire les agents royaux chargés de t dre aux monarcliics la vie la plus douce possible, soil en «^ ^ rangeant les différends qui peuvent survenir entre les princes, poil en musclant les peuples ou en les endormant lorsqu'ils se réveillent; la diplomatie, disons-nous, dont le siège principal fut de tout temps à Rome ('), effrayée à la pensée d'une république universelle, et provisoireroenl d'une république unitaire pour toute l'Italie, venait de concentrerses efforts au Vatican, dans le double but d'empêcher à tout prix le gouvernement pontifical de déclarer la guerre et de l'amener ensuite à se porter médiateur entre rAiitrîclie et les peuples d'Italie. Les diplomates désiraient confler ce dernier soin au prince teuiporel le plus influent de toute l'Italie, et l'Autriche no demandnit pas mieux que d'ouvrir des protocoles qui lui auraient donné le temps de trouver l'argent indispensable pour faire parvenir h Radeizki les renforts qui devaient lui donner raison de l'insurrection lombarde, et successivement des autres agressions venant du reste de l'Italie. Les efforts des diplomates réunis i Rome et correspondant avec ceux rassemblés en Suisse, furent d'abord couronnés d'un plein succès.
Pendant que l'ancien ministère du Vatican accomplissait noblement sa tâche en armant tous les volontaires et acheminant même vers fAdige ses troupes réglées, dans la perspective
(>) Vojei la Heariade de Voilai».
que la guerre sainte serait bientôt déclarée par Pie IX, on fut étrangement surpris, à Rome, de voir tout à coup un changement complet dans la politique du pape. Les armements furent arrêtés instantanément, et Ton entendit une voix puissante s'écrier : <( Je ne veux point la guerre I »
Ce que voulait alors le pape, c'était une médiation, un accommodement; ce que voulait TAuf riche, celait gagner du temps. Tous les patriotes comprirent que l'ouverture de protocoles serait la mort de la révolution italienne, déjà tant compromise par les trahisons quotidiennes de Charles-Albert (*). « Tandis qu'un seul mot de lui, dit un publiciste italitn en parlant du pape, aurait soulevé les masses contre l'Autriche, Pie IX commence par hésiter; puis, au plus fort de la lutte, il déclare être en paix avec rennemie éternelle et acharnée de ritalie, et il porte par là un coup terrible à la cause de son pays. »
Or, comme les Romains étaient essentiellement dévoués à la cause italienne et au parti démocratique, la conduite du Vatican leur devint dès lors suspecte. Il y eut de l'agitation à Rome, et foa put même craindre un mouvement démocratique, une grande révolution.
En ce moment-là, les amis et partisans de Charles-Albert re« doublaient d'efforts pour faire aboutir la candidature de leur patron à la couronne de fer. Des vœux dans ce sens étaient
(*) « Le plus grand nombre, en Italie, disait naguère un écrivain palriole italien, regarde Charles-Albert comme un traître, et, en vérité, les apparences sont contre lui dès le jour de son entrée en Lombardie, jusqu'à celui de sa fuite soudaine de Milan. Nais on le jugera plutôt inepte que coupable, lorsqu'on aura réfléchi qa'eu trahisant son pays, il n'aurait trahi, après tout que sa propre ambition, et éloigné à jamais la chance d'obtenir cclie couronne ilulienuc depuis si long« tempe convoitée »
Nous ne pouvons ôtrc de l'avis de M. Ricciardi. L'homme qui se place à la tôte d'une révolution avec Tarrière-pensée de la faire touruer ii sou profît, Q*est autre chose qu'un traître justement qualifié.
ir les populations trompées ; une foule de villes s'étaienl prononcées pour l'annexion de la Lorobardie au Pîémonl ; on ne parlait que de ta nécessité de cette annexion, des avantages que le paaple lombard y trouverait. Du reste de l'Italie, del'expnlaÎMl définitire des Tudesques, les amis de Charles-Albert B'ob disaient pas nn mot; et, en eflet, leurs rues ne s'éteadû^l pas «n dehors de la Lombardie. Les feuilles de TuHd appoyaieat généralemetit, comme on te pense, les prétentions dnaouTerain de l'Italie; elles faisaient grand bruit d'une lettre qui aurait ^ écrite par le directeur des archives au minis- Ike des afiaires étrangères de la république française, ii. Hignet, dans laquelle ce publiciste aftirmait que te sentiment réflédii et le désir ardent de tous les amis de l'Italie élatent pour h itoiion de la Lombardie au Piémont.
Les patriotesde Milan luttaient de toutes leurs forces contre ees arrangements misérables, s'appuyant sur le décret si positif du gouvernement provisoire porté aussitôt après la révolution, ils protestaient dans le but de faire déclarer ïnoi^ortM le nouveau décret rendu le 12 mai pour l'annexion.
« Considérant, lisait-on dans cette protestation, qu'unectw- Tocation légale des représentants du peuple , afln de déterminer la forme définitive du gouvernement, ne devait avoir lies qu'après la guerre ;
t Considérant que le roi Charles-Albert n'a fait qa'aooéUiw la fuite des oppresseurs allemands, chassés de la Lombardie dès le âl mars;
« Considérant que Charles-Albert doit avoir autant de reoo» naissance aux Lombards qu'il a de titres à leur propre xoco»' naissance, puisque, pendant l'occupation de l'Italie par lei Autrichiens, il n'était pas on roi, mais une ombre de roi, dé* pendant, comme vassal, de l'empereur Ferdinand;
« Considérant que la réunion projetée par Charles-Albwt na fait que désunir les parties méridionales de l'Italie, et que les
volontaires abandonneraient les champs de bataille, laissant les Piémontais isolés ;
« Les citoyens de Milan soussignés demandent que le vote n'ait lieu qu après l'issue de la guerre; ils invitent leurs con« citoyens les patriotes et démocrates lombards à s'abstenir de
voter Nous ne crions, ajoutait le Républirano , ni Vive la
République I ni Vive la Constitution! mais seulement Vive la Liberté l car il fieiut d'abord conquérir cette liberté entière et absolue. »
Mais ces protestations si sages restaient sans effet ; les amis de Charles-Albert poursuivaient l'exécution de leur plan avec ane ardeur extrême ; ils arrachaient le vœu des duchés en mémo temps que celui des villes de la Lombardie plus près de l'anii'jj sarde.
Au milieu de ces royales intrigues, on apprenait de fâcheuses nouvelles de la Yénétie de terre ferme.
Ferrari et Durando continuaient d*étre poursuivis par les forces du général Nugent. Ces deux chefs ne cessaient de combattre en reculant.
Les renforts autrichiens arrivaient non-seulement par le Frioul, mais encore par le Tyrol.
Les volontaires lombards et génois étaient battus en détail, et Charles-Albert continuait à rester immobile à Somina-Canir pagna. Il amusait son armée et les Lombards par le simulacre du siège de Peschiera , dont la prise paraissait retardée jusqu'au moment jugé opportun par le roi de Piémont.
«Qu'est-ce que tout ceci? s'écriait dans son indignation le journal la Réforme. Charles-Albert a plus de soixante mille hommes, et les Piémontais sont braves ! L'inaction de Charles- Albert n'a pas besoin de commentaires. Ferrari et Durando vont se trouver, à force de reculer, entre T armée de Radeizki et colle de Nugent, qui les poursuit. Radetzki a devant lui le roi belliqueux, qui n'agit pas. Le général Walden est en route
luuis 111. 30
pour le Tyrol et va donner la main à l'armée autrichienne de
l'Adige.
« Qu'est-ce que tout ceci? Une trahison I
« Venise sacrifiée à F Autriche par ordre de l'Angleterre, dans r intérêt de Charles-Albert, et avec la connivence de la France !
a Nous avons cilé, ces jours derniers, le Moming-Chronicle de Londres et le journal VAlba de Florence. Le Moming-Chronkle signalait Y entente cordiale de la France avec l'Angleterre, agissant de concert dans la Lombardie. HAlba signalait l'ordre de s'arrêter signifié par l'Angleterre à Charles-Albert.
« Hier, nous avons reproduit une lettre du citoyen Mignet, archiviste du ministère des affaires étrangères de la république, patronant de son nom de salarié de la république française des menées monarchiques sur nos frontières.
« Ces jours derniers , nous avons donné le tableau des mutations princières que l'on prépare en Autriche et en Italie, mutalions de despotisme, et rien de plus.
« Enfin, la réaelion est en Suisse, à nos portes, et la Tribune populaire de Genève s'explique ainsi au sujet de la Confédération helvétique et de l'Ilalie :
— «Tout cela, dit la Tribune, est le résultat d'une intrigue diplouiatitiue qui est conduite ici par l'Angleterre, d'accord avec rAutriehe. Voici quels sont les arrangements actuels : la Lombardie sera ecdee à Charles-Albert avec les duchés ; la république de Venise siTa remise sous le joug de rAutriehe. Le gouvernement français a connaissance de ce qui se passe, il ne fait rien pour rempèeher ; ou dit môme qu'il consent à cet arrangement. Il faut que tous les vrais patriotes soient sur leurs ganles : la réaction est organisée fortement. Maiheur aux republiques démocratiques, si elle obtient le dessus! »
— w Ainsi, ajoutait le journal la Informe, de toutes parts n coalition nous est ^ignalee; les journaux anglais, suiss .
•èmÊmi
italiens nous avertissent, et le Risorgimcnto de Turin a la naïveté de se faire écrire de F armée :
— a II y a longtemps que Charles -Albert aurait pris Pesehiera; mais il ne veut rien faire qu il ne soit assuré de ne pas avoir de république derrière lui. »
« Sans doute I pas même la république française I s'écriait lo journaliste.
^ Qu'est-ce que tout cela ?
Cl Une trahison des plus palpables! »