‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 17 sur 38 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Politique du pape. — Sanglants événements de la Tille de Naples. — Les troupes nipo* lilninc's devenues suspecles. — Combats soutenus par Zucchi, Durando, Zimbeocari, etc. — Abandon des villes de terre ferme. — Recforts envoyés aux Autricbieat par le Tyrol. ~ Alarmes du gouvernement provisoire de Milan.— Grands événemenls de Vienne. — Charles-Alber t ne i^ait pas en profiter. — Mazzini à Gènes et à ITilaa. — 11 y crée Vltalia del popolo, — 11 rallie tous les républicains. — Les Italiens oooimencent à tourner leurs regards vers la France. — La république française tombée entre les mains des rénctionnaires.— Reproches que la postérité adressera à Chartoi- AllHM't. — Mouvements de Tescadre sai do. — Défection de l'escadre napolitaine.— Charles-Albert se dispose enfin à passer TAdige. — La reddition de Vioeooe cbaDpe ses projets. — Désastres de celle capitulation. — Les circonstances deviennent crifiqiins. — Inaction de l'armée piémontaise. — Les Vénitiens sollicitent les secoure da la France. — Déterminaliou des Romains pour continuer la guerre. ^ Les chambras pivnK)ntaises se prononcent dans le même sens. — L'.\utriche annonce aussi la résoiiition de continrer la guerre.— Les journaux fuiusseot les gouvernements aux dernieri c.'oils. — Inviisiondc Teiiare par les Auliichiens. — Ellet produit par cette nouvelle à Piiiis et à Itoine. — On pule de Rossi i)our premier ministre du |)ape. — Radelzld attaque les iijines piémonlaises. — Combats des 53, 24, 25 et 26 luillet. — Les Piémont.iissoni lepousses de toutes leuis lignes. — Chailes-Aiberl traître ou inm|>ab!e — Ellels produits d.ms toute i'Ilalie par la déroute de l'armée piémontaise. — Miian, Ti:rin. (j'^ncs, F!»)ienre, Livuui no, Mod ne, Rome. — Ce désastie exalte taules les tt'tes. — lladeizki nouisuil Charles-Albert sans relâche. — Larmée pinmontaise à M»ian — C«'iub;ii i.e la pi^rte H<ma.ni'. — I raiiison de lihaiies-Albert. — Déso.cd.on et éini.iation des Lombard.^. — Sîiu.d.on do in Franco. — Interpellations sur les alTaires d'Iialie.— Honleu>e léponse du ministre — Plaidoyer du représentant Baune en f 'veur des ll;diens. — Les i<^ariionnn;ie5 ccnumdenl Foi die du jour. — Le gouvernement français abandonne l'ilalie à l'Autriche. — Armistice obtenu par Charles- Albert.

Tandis que Charles-Albert compromettait la cause de Tltalie par ses intrigues personnelles, et qu'il négociait ouvertement l'abandon de Venise à l'Autriche, il se passait à Rome des choses non moins funestes pour la révolution italienne. Pie IX, après s être longtemps fait prier pour proclamer la guerre sainte contre rAutriclie, s était laissé entraîner par les diplo-

mates et le parti rétrograde dans des négociations qui furent loin de rassurer les patriotes romains. Son cabinet traitait avec r Autriche, pendant que les Romagnols se battaient contre Nnirent.

D*un autre côté, le Bourbon de Naples venait encore une fois de déchirer la constitution récemment octroyée et de fausser ses serments de la manière la plus indigne. La ville de Naples, mise à feu et à sang par les troupes royales et par les lazzaroni, avait tout à coup passé du régime constitutionnel au régime du sabre. L'état de siège, avec toutes ses rigueurs, pesait sur la population patriote; et Ton ne pouvait plus mettre en doute que Ferdinand ne s'entendît secrètement avec l'empereur d'Autriche pour faire une diversion en faveur de Radetzki, au moment où les renforts, conduits h ce maréchal par Nugent et parWelden, entreraient en ligne (*). Voyant qu'une trahison 86 préparait de ce côté, les patriotes furent obligés de se tenir en garde contre les mouvements que pourraient faire les 15 à 20 mille Napolitains arrivés dans les marches, occupant Ancône, Macérata, Bologne, en attendant les ordres de leur roi. Ainsi, les secours que l'Italie avait d'abord obtenus du cauteleux Ferdinand ne furent jamais d'aucune utilité à la cause de l'indépendance, et ils ne tardèrent pas à devenir un embarras pour les révolutionnaires qui marchaient franchement.

Combien les patriotes italiens ne durent-ils pas regretter, en ce moment fâcheux, d'avoir songé à faire cause commune avec des rois! S'ils eussent refusé leur concours intéressé quand il

(1) On ne tarda pas à apprendre qu'un traité d'alliance offensive et défensive avait été signé entre la Russie^ FAu triche et le roi de Naples. Et cependant ca dernier roi avait fait entrer une forte division de ses troupes dans la Romagm avec la destination apparente d'aller soutenir la cause de Tltaliel Elles pu trioles italiens les attendaient au secours de Viccnce! Si l'insurrection d<* Aliriizzes n*eût bientôt forcé ce roi traître et parjure à faire rentrer ses troupe; 00 les eût probablement vues faire cause commune avec les Tudesquet.

SIO HISTOIRE

ne fut pas dangereux ; s'ils avaient oonfié la cause de la patria aux peuples seuls, nul doute que les peuples ne Teossent hk triompher.

Avec quel courage les volontaires vénitiens, romagnols, ete.» ne résistaient-ils pas aux forces que 1* Autridie envoyait en Balle! Depuis que ces forces s'étaient présentées sur rbonzoel qu'elles avaient attaqué Udine, il ne s'était pas passé un aail jour sans que les patriotes, que commandaient Znechi, D»» rudo, Ferrari, Silvio Zambecean, etc., ne fussent «uz prisai avec les soldais de Nugent. C'était en combattant qu'ils nvauil été successivement forcés de se retirer du Tagliamento nr k Piave et la Brenta, défendant, autant que cela leur était poa^ Ue, les villes qui se trouvaient sur la route des renforts •ntii' diiens. Vainement ces volontaires avaient-ils retardé k priM i Udine, de Trévise, de Bellune, de licence ; vainement encaïf avaient-ils trouvé de nombreux auxiliaires dans les Italiens da Frioul, les régiments disciplinés, pourvus d* artillerie, decafilerie et de munitions, que l'Autriche envoyait en Italie, finirent par repousser tous ces braves jeunes gens, et il ne resta, dans toutes les contrées comprises entre Tlsonzo et TAdige, que Palma-Nuova, au pouvoir des patriotes. Zucchi s'était enfermé dans cette place; on espérait qu'il pourrait la conserver jusqu'à ce que les patriotes fussent en mesure de reprendre l'offensive, ou jusqu'à l'arrivée des Français!

Pendant que les révolutionnaires italiens étaient ainsi forcés d'abandonner les villes de la terre ferme i un ennemi supérieur, conduit par le général Mugent, le maréchal Welden fo^ mait dans le Tyrol, entre Gortz et Villach, un corps d'armée de 16 bataillons, de 14 escadrons et de 8 batteries, pour aller renforcer Radetzki. Ainsi, ce dernier général, qu'on avait va naguère aux abois dans son camp de Vérone, n'ayant pour toute armée que quinze i dix-huit mille hommes, désorganisés et démoralisés, allait, par les butes successives de cet allié

entre les mains duquel les Lombards avaient remis les destinées de leur pays, se trouver bientôt en état de reprendre Y offensive contre F armée piémontaise, et faire payer cher au roi du Piémont les ambitieuses prétentions qui lui avaient fait négliger la guerre. Qu'importait a TAutriche que Charles-Albert eût fait enregistrer par son parlement Tannexation des duchés à son royaume; que lui importait encore quil eût obtenu l'adhésion d'une foule de municipalités à son projet de royaume de l'Italie septentrionale? Le vieux Radetzki, qui fl^ était frotté les mains, en voyant la guerre des rois substituée à la guerre des peuples, se promettait bien de renvoyer prochainement au pied des Alpes son impuissant ennemi. Radetzki différait afin de jouer à coup sûr ; bien convaincu que Charles-Albert ne tirerait aucun parti ni de la bravoure de son année, ni de son impatience à attaquer, ni enfin de l'enthousiasme qui s'était emparé de tous les Italiens.

Déjà l'on apprenait que les Autrichiens avaient jeté des vivres et des hommes dans Vérone, ce qui ôtait tout espoir de réduire les troupes qui se trouvaient dans cette place. Il fallait donc courir les chances d'une bataille, lorsqu'on avait eu la possibilité de laisser Vérone sur les derrières et d'empêcher l'approche de tout renfort. Les choses en étaient venues au point qu'il fallait être ou aveugle ou vendu à l'Autriche pour ne pas s'alarmer. Le gouvernement provisoire de Milan eut enfin le courage d'envoyer demander à Charles-Albert des explications sur son inaction en présence d'un ennemi actif. Une députation, composée de quatre membres de ce gouvernement, se rendit au quartier général de Sorama-Campagna, où Charles* Albert semblait avoir élu domicile. Ces commissaires avaient pour mission de voir par eux-mêmes l'état des choses et de sonder les intentions de ce prince. Sa réponse fut qu'il no déposerait les armes que lorsque les Autrichiens auraient évacué rallie. On s'en contenta, quelque ambiguë qu'elle fût, et les

inlriKiies royales continuèrent en Lonibardie. Charles-Allx-rl paraissait compter beaucoup plus sur les embarras intérîeuts de l'AuIriclie que sur son épée.

En effet, il venait de se passer h Vienne des événements Je la plus haute gravité.

A la suite d'un mécontentement général produit par la dissolution du comité politique de la garde nationale de celte ville, les bourgeois, les étudiants et les ouvriers s'étaient entendus, dans des assemblées populaires, pour porter à l'empereur une pétition demandant :

1" La révocation de l'ordre du jour qui avait dissous le comité politique;

S° La révocation de la loi électorale et la promulgation d'une nouvelle établissant une chambre unique;

3' La sortie des militaires de la ville. Ils ne devaient occuper les portes que conjointement avec la garde nationale.

Le peuple parlait ea maître. Il fat obéi. Le même jour, la ministère de l'iotérieur flt afQcher nn avis portant qne Foidra da jour de la garde nationale du 13 mai était retiré, et qwlM deux antres points de la pétitioo étaient accordés.

Hais le ministère ayant donné sa démission, le peuple ont avoir compris qu'on n'avait cédé qu'aux cii'constances, etqo'3 se préparait une réaction. On fît des barricades contre la troaipa; tout le monde s'arma, el le cb&teaa impérial fut comme asHéfâ dorant toute la journée du 17 mai.

Hais dans la nuit, l'empereur, l'impératrice et rarebidM François-Charles, quittèrent Vienne et prirent la route da Tjrol.

Ce fut là une nouvelle fuite è Vareanes. la ministère s'empressa de l'annoncer À la population, ajoutant que ne connaissant pas les motifs et les circonstances de ce voyage de lafiimillt impériale, il avait cru devoir envoyer, sar la roote d'Inspnick. le conite Hoyos, commandant en duSde la garde nationale, «I

le préôdent Wilesek« chargés de coppaltre les inoti& de oelte détenninatioD.

Comme on le pense, la rille de Vienne fut très-agitée de cette fuite; mais le parti populaire» au lieu de s'en alarmer, en prit occasion pour émettre le vœu d'une alliance avec la république française» et même avec F Italie.

La situation de Vienne n'était pas encore la république ; on pouvait y arriver facilement* et sans nouvelles secousses, si la population eût été généralement préparée à cet ordre de choses. Mais un peuple ne passe pas tout à coup de la servitude à la liberté; la peur de se lancer dans l'inconnu, le fait toujours regarder en arrière. S'il se décide à franchir lo Rubicon, soyezsùr qu'il cherchera encore à reconstruire l'édifice avec les vieux matériaux qu'il a tout prêts sous sa main. Les révolutionnaires de Vienne avaient trouvé un ministère d'tn/erîm tout formé; ils lui laissèrent le pouvoir. Le ministère s'empressa de conférer une sorte de dictature au comte MontecucuUi, qui s'attacha à prendre des mesures pour rétablir l'ordre dans la capitale. Les citoyens furent invités à fermer leurs portes au premier bruit d'émeute dans la rue, et l'on annonça qu'en cas de rassemblements dangereux, la loi martiale serait proclamée. C'était la contre-révolution s emparant des forces populaires pour les désorganiser. — Mais les étudiants, unis à la garde nationale, crurent nécessaire de nommer bientôt un comité de salut public, et lui firent conférer par la municipalité les pouvoirs les plus étendus.

Quoiqu'il fût déjà aisé de prévoir que la révolution de Vienne avorterait faute d'hommes capables de la poussera ses limites naturelles, les événements de cette capitale de l'Autriche auraient pu être d'un grand secours h la cause italienne; ils mettaient la monarchie autrichienne dans la nécessité d'arrêter ses envois de troupes au secours de Radetzki, pour ne pas perdre

ses Etats héréditaires, au moment où la Bohême et la Hongrie lu. 40

menaçaient l'empire d'uoe séparation complète. Aussi le vîeox maréchal, enferoié dans Vérone, maudissait-il cette terre italique qu' il élûit chargé de défendre : « Pour no pas savoir perdre laLombardie, s'écriait-il. nous perdrons l'empire! » El celle prédiction eût pu se réaliser si, à Vienne comme à Milan, la cause dupcuple fût tombée dans des mains capables de la faire

fl Jert ne sut tirer d'autre parti de ces circoD-

kcei : ues et si favorables que celui d'activer ses né-

I ! natiaues : il se flaltait que l'empereur d'Aufri-

me le l'Italie que pour sauver une partie

I roy lo- Vénitien, trop heureai d'en être quille

pPbepriï.

Tandis qae Charles-Albert se félicitait du sifccès de ses intrigues, et que chaque jour les feuilles à sa dévotion enregistraient ^ adh&ioDS, puis-dès incorporations i'mrTSfAiia de Sardàigne, le chef de la /eut» ilOlûiMazàni, vesak se mettre en teavers des projets royanx.

En débarquant à Gènes, l'iUastre proscrit avait senti son âme UKvzée de donlenr en présence de ce qui se passait en Italie. Dans une adresse k ses cotbpatriotes, il lenr recomnumdi de bien réfiediir avant de se donner un roi. Mais telle ^t alors l'influeiioe qu'exerçaient partout les hommes déronési Charles-AIhert, que l'adresse du patriote unitaire fat tnrAlée i Gènes même, aux cris de vive le roi I

Hazzini ne se découragea pas : il se-rendit i Milan, où U pablia le journal l'Italia del popolo, destiné à rdlier tous les démocrates italiens, et à combattre h ouh^nce les intrigues royales en même temps que celles do la diplomatie. Hazzini eut la douleur de ne pas se tromper sur le sort que ces misérables intrigues préparaient k l'Ilalie I

Sous l'inspiration de ce patriote pur et éprouvé, les idées de répulsion que Charles-Alhwi avait lait incalqaer partout ood-

tre le concours de la France, firent place h one politique mieux entendue ; Ton commença sérieusement à solliciter la coopération des baïonnettes françaises, malgré les eflbrts de l'ambassadeur sarde h Paris. Venise émit solennellement ce vœu, qui eût pu être salutaire quelques mois auparavant. On ne parlait plus en Lombardie, que de la prochaine apparition des phalanges de la république française.

Hélas I en ce même moment, la république était tombée entre les mains des réactionnaires, qui se seraient bien gardés d'envoyer en Italie les régiments qu'ils avaient dû agglomérer autour de Lyon et de Paris I Et d'ailleurs, il n'y avait plus rien de comnnin entre les hommes qui dirigeaient les affaires de la France et les populations révolutionnaires de l'Italie.

Néanmoins, les patriotes italiens espéraient encore ; ils espéraient toujours ; ils ne pouvaient pas comprendre que la république française oubliât ses principes et son intérêt au point de permettre une restauration autrichienne en Lombardie. On se flattait que lorsque le danger serait bien démontré h la France, elle se déciderait enCn à passer les Alpes ; la conCance dans les armes de la république était telle, que les populations du Frioul et déterre ferme, envahies par le général Nugent malgré les efforts des volontaires patriotes, ne doutaient pas de leur prochaine délivrance, non par les Piémontais , mais par les Français.

La postérité croira difficilement qu'une armée piémontaise composée de plus de soixante-cinq mille braves, appuyée sur cinquante h soixante mille volontaires enthousiastes, sinon disciplinés militairement, soit restée en face d'une autre armée démoralisée et presque désorganisée d'abord, ne comptant pas plus do quarante h quarante-cinq mille hommes en tout, renfermés dans trois places fortes, mal approvisionnées, et que cette armée royale, disons-nous, ait passé toute une belle saison, sans oser rien entreprendre contre ce faible ennemi ; la posté-

rite aura de la peine k croire que plus de cent vingt toîll liommes nient ainsi élé impuissants pour empêcher les rcnfor rassemblés avec tont de peine par l'Autriche, de pénétrer jir qu'à Vérone ; et qu'en présence d'une armée tout entière can pée sur les bords de l'Adigo, et éclairée par les nombreux cori de volontaires, ces renforts aient successivement traversé des^ contrées populeuses insurgées contre eux, pour aller se joindre aux garnisons de Vérone et de Manloue, et les mettre à même de reprendre l'offensiTe ['J, La postérité ne croira jamais à tant d'impéritie, et elle ne pourra expliquer l'inexplicable conduite du roi Charles-Albert que par une trahison des intérêts dont l'Italie lui avait conOé la défense.

En elTet, on lisait dans une feuille royaliste que Charles- Albert n* entreprendrait rien de sérieux qu'après avoir été pro-'^H clamé roi à Milan. Cet aveu explique toute sa conduite depaâl| sdn entrée en Lombardie. Devenir le roi de ï Italie Meptaiirùmk ' pour prix de sa seule présence sur l'Adige, telles avaient été sel' stipulations secrètes avec les meneurs de cette intrigue.

Hais les événements marchaient plus vite que sa caDdidt> tare ; et les renforts autrichiens étaient arrivés avant son ooarOnnement ; ce qui faisait dire à un joamal français :

« Charles-Albert va être proclamé roi à Milan. D est & craindre que l'un des premiers boulets de Radetzki n'emporte h couronne du front de l'ambitieux. Le peuple la ramassera ; tt cette fois, ce sera pour la poser sar la tête de l'Italie. »

Charles-Albert avait, è Gênes, une marine militaire bîai sopérienre h celle que l'Antrîche entretenait à Trieste et dans l'Adriatique ; celte marine, dont les équipages génois étaietit reconnus pour de bons et braves patriotes, s'était recrutée de

(■) On portait li 44 iMtaillons, U escadrons et 80 piëcei de canon k nooibn il«a troupes que t 'Au triclie avait entoyéce en lixlie depnit la rÉvoIotiou dn U'i'ml I luiieurs batteries de fusAes à la congrive STiient auvi rejoint le martehal !' .ideitki, dODt les fanes se tronvèreot ûnal portées à pite d» ont Hâfit MUâf

DE LA RÉVOLUTION DE 1848. StT

Fescadrille de Venise; et tous ensemble, ces bâtiments, aux^* quels s était jointe la flotille napolitaine, dominaient tellement dans le golfe, que Tescadre autrichienne avait été forcée de rentrer à Trieste.

Jout à coup on apprend que les bâtiments de guerre italiens, au nombre de trente-huit navires, se sont présentés d^ vant Trieste. L* alarme est dans la ville; on ne sait pas ce qui peut arriver, car la flotte italienne n*a qu'à vouloir pour s'emparer de cette riche colonie ; ou tout au moins des bâtiments de guerre autrichiens qui s'y trouvent. Déjà le ministre Pareto, annonce h la chambre des députés de Turin, qu'avant vingtquatre heures, il lui apportera la nouvelle de la prise ou de l'incendie de Trieste.

Mais partout nous retrouvons le génie étroit de Charles- Albert. Sa marine peut faire un brillant coup de main. Au grand étonnement de tout le monde, elle se borne à faire des sommations ridicules, et lève l'ancre sans avoir tiré un seul coup de canon. C'en fut assez pour désafleclionner tous les marins génois; et l'on sait combien on eut ensuite de la peine à leur faire abandonner Venise.

Heureusement pour ce roi, la reddition de Peschiera et quelques avantages obtenus par ses troupes à Goïto , avantages qu'on fit sonner bien haut, vinrent aflermir sa candidature à la couronne de fer, en même temps que celle de son fils, le duc de Gènes, au trône sicilien semblait une affaire réglée.

Mais cette dernière promotion avait eu pour résultat de brouiller le roi de Maples avec le roi de Sardaigne ; et l'on s'aperçut, pendant le combat de Goïto, que beaucoup de soldats napolitains, chargés de soutenir les volontaires toscans, qui avaient beaucoup souflert avant Tarrivée des Piémontais, s'étaient réunis aux Autrichiens.

En même temps l'escadre napolitaine avait reçu Tordre de quitter celle de Sardaigne et de repasser le détroit. La défection

M- HISTOIRB

du K^ ^dé Ihplfls éteit éridente. Néuunoiiu nue putiadens tmiipw placées mus le» ordres immédiats dn giairal patrielt Pépè, 'combattirent encore sons les murs de Vicenoe eldé Pidoue; forcées de se retirer, elles allèrent s'enfermer dains V»' nise. e4 l'illastre général lutta avec un coorags bomériqos jùsqa'ï la reddition de cette glorieuse cité.

(Hiarhv-AIbert aTaît en si peu de sooci da sort des villat Ténitiennes et des corps de Tolonlaires qni a'y étaient pntéa, 4{a'il les avait tons laissé battre et prestpie détniire sans lev enroTer oit seul bataillon de ligne ponr les seoonrir. Ce ne fat qi^aa moment oh le général Ferrari était raillé à Rome, ot Dorando, hors de combat, se mordait les mains de déae^cn^ oàles Toeans se retiraient battus, et oh P^, forcé d'afaa»donner Padooe. se réfiigiait sans forces dans Venise menaoéa, qu'on vit ce roi fiore qnelqnes dispotaliens pour pasaer FAdip dans le bat d'aller secourir Vicence.

« Les dispositions ont été prises, dit son bulletin, ponr réunir tonte l'année, le matériel des ponts, les vivres et les munilions dans la direction de l'Adige, dans le but d' éloigner l'ennemi de Vicence (le départ du marécbal Radetzki de Honlagnana pour Vicence étant connu) , et de courir h l'aide de la ville menacée.. .. L'armée était sur les bords de l'Adige et tonte préparée h jeter des ponts, lorsque la nouvelle de la prise de Vicence lui est parvenue... Le mouvement de notre année a obligé le maréchal à rentrer à Vérone avec une partie considérable de ses troupes ; et S. M., dont le quartier général avait été transporté à Alpo, a ordonné que l'armée reprendrait ses premières positions le long dn Hincio ; ce qui a été exécuté avec le plus grand ordre. »

Qui ne voit, dans les explications mensongères données par S. M. dans ce bulletin de son chef d'état major l'intention manifeste de se disculper d'avoir laissé prendre Vicence, Bassano. Padoue, Rovigo, etc., sous les yeux de l'armée piémontaise indi-.

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gnée elle-même de ce qui se passe autour d'elle, et de tromper l'Italie sur sa position? La voilà, celte armée, qui occupait naguère les fortes positions de Rivoli et de la Gorona, forcée de reculer sur le Mincio, sans avoir rien entrepris de marquant que cette velléité tardive d'aller secourir Vicence !

« Lorsqu'une armée piémontaise do réserve aura été organisée, disait la Gazelle piémonlaise, on rompra la ligne de l'ennemi pour voler au secours des provinces vénitiennes. » En attendant on les laissait prendre.

- Mais tout est avoué par les projets de loi que présente le ministre de Charles-Albert à son parlement : il lui faut une levée extraordinaire de six mille hommes, indépendamment de l'appel sous les drapeaux de la classe de 1848, destinée à remplacer les douze mille hommes qui se sont obligés à ne pas combattre pendant trois mois par suite du traité de Yicence.

On sut bientôt que l'armée napolitaine allait retourner chez elle, et que Tréviso s'était rendue après une courte défense.

Les circonstances devenaient des plus critiques, et pourtant Charles-Albert restait dans la même inaction. Il se bornait à publier dans son journal officiel le projet de loi pour la réunion à son royaume de la Lombardie des provinces de Padoue, Vicence, Trévise et Rovigo, qu'il n'avait pas eu le courage de défendre. — Le gouvernement provisoire de Milan s'émut d'une pareille situation. Il adressa aux Lombards une proclamation dans laquelle il faisait appel à toutes leurs sympathies et à tous leurs efforts pour la cause italienne menacée à Venise.

« Les volontaires de la garde nationale de la Lombardie et les Napolitains restés dans le pays vénitien, disait-il, aideront Venise à résister aux barbuies. Palma-Nuova, héroïquement défendue par nos vétérans de la liberté, est inexpugnable.... »

Hais les Vénitiens, au risque de déplaire à ïépée de lltalie^ commencèrent à croire qu'il n'y avait de salut pour eux qu'en

obtenant le concours des armes de la république française. El cette fois, le gouvernement français fut prié formellementd'envoyer une arrace au secours de l'indépendance italienne.

Quelques jours après, \&GazeUede 3/i/an contenait l'articlo suivant, qu'on pouvait considérer comme officiel .

« (-es circonstances sont graves ; le peuple italien ne manquera pasà ses devoirs. Mais si, après l'abandon des provinces vénitiennes à l'exécrable armée autrichienne, le peuple italien ne suffisait pas seul à sa tàcLe, qu'il n'hésite pas à faire api/eiàk France. Toute autre considération disparaît devant le danger présenté par l'exécrable Âutricbien. »

En même temps que les Lombards et les Vénitiens revenaient à la seule politique salutaire pour la cause de la liberté, U chambre des députés de Rome adoptait une proposition faite par Sierbini, ayant pour objet de demander que la guerre tùt continuée par tous les moyecs possibles. En même tetap) l'assemblée votait des remerctineDts aux milices Taincnw à Viceoce, et fermait les portes de Rome aox fuyards qaï avaient abandonné le poste d'honneur.

Enfin, les deux chambres piémontaises venaient de se prononcer aussi pour la continuation delà guerre. « Peutrétrecelto décision ne plaira-t-elle pas à Charles-Albert, faisait ohaoïer une feuille italienne ; il sacrifierait volontiers une partie de l'Italie pourvu que l'Autriche lui assurit le Milanais ; mais le patriotisme italien confondra ses vues égoïstes. »

Toutes ces résolutions -devenaient nécessaires, car, d'oB côté, Venise se trouvait déjà bloquée, tandis que plus loin la forteresse de Palma-Nuova tombait au pouvoir des Autrichiens, qui s'ouvraient ainsi la route la plus directe pour recevoir il. nouveaux renforts.

Du côté de l' Adige et du Mincio, les affaires périclitaient chaque jour davantage sans que Charles-Albert partit s'en apercevoir. Les Autrichiens menaçaient de tonmer la droite de

Farmée piémontaise par Rovigo, et de prendre ainsi Charles- Albert entre deux feux. Tous les jours les postes piémontaisqui gardaient les environs de Vérone et de Mantoue étaient attaqués vigoureusement, et la ligne du Pô se trouvait elle-même menacée par Foccupation de Governolo et d'Ostiglio. Un capitaine habile, disposant d'une armée intacte, aurait vu avec plaisir l'ennemi chercher à le déborder. Gomme Bonaparte, il serait tombé successivement sur chaque corps isolé, et aurait défait alternativement ces corps. Charles-Albert n'eut aucune de ces pensées du génie : il resta où il était depuis deux mois ; il aurait même laissé Radetzki rassembler cinquante mille hommes à Mantoue pour marcher sur Milan ; car il comptait toujours sur ses négociations.

Mais les journaux patriotes de toute l'Italie protestaient avec énergie contre tout projet d'armistice ou de paix, qui serait la honte éternelle des Lombards et des Vénitiens, si elle était acceptée, a L'Italie, s'écriait-on, ne doit déposer les armes qu'après avoir conquis son indépendance. »

Tout à coup, Charles-Albert put lire dans une correspondance de Vienne, que les négociations entamées avec Milan étaient rompues, l'Autriche ne voulant renoncer au royaume Lombardo que sous la condition que Tllalie paierait cent millions de florins de la dette autrichienne.

Ces dures conditions n'étaient évidemment qu'une fin de non recevoir ; car les journaux allemands dévoués à l'empereur ne cessaient de publier des notes semi-officielles annonçant la résolution immuable do l'Autriche de poursui\Te la guerre à outrance. Il n'était plus permis d'ignorer qu'une sorte de congrès liberticide se tenait h Inspruck, depuis le séjour dans cette ville de la famille impériale, et que Ton y avait décidé de poursuivre sur toutes les plages, même en France, la liberté des peuples. Les puissances s'étaient engagées aussi à empêcher la république française de prendre parti dans les aQÎBiires d'Italie.

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Il était évident pour fout le monde que F Autriche allait faim les plus grands eflorls afifi de reconquérir l'Ilalie septontrionole, et ces efTorls avaient (U'jA obtenu d'immenses ri;sulta(s, malgré la présence snr l'Adige do l'armée piéraonloise.

« Ces villes retombées sous la servitude, ces forteresses qui capitulent, ce deuil des provinces vénitiennes qui se propage dans les contrées lombardes, pjir les plaintes des mallicureux échappés au désastre, s'écriait la Gazette de MUim, doivent dé- Borniais rendre odieux le système des demi-mesures, des petits efforts , des petits sacrifices qui épuisent la nation sans produire aucun résulliit durable. Il faut des ordres positifs, éae^ gîques, absolus pour sauver le pays. Que le gouvernemenl S6 procure à la fois tout ce qui est nécessaire en argent, en hommes, en armes; ce que l'Italie ne peut donner, qu'on le demande h la France, à l'Angleterre, à l'Kuropo. à l'univers. On a ditque r/(a/ta /orà (/a ïc; le mot est beau sans doute; mais qu'on n'en fasse pas quelque chose de stupide et de ridicule en Teiagérant. »

En même temps qu'ils poussaient ainsi les gouTemements aux derniers efforts, les journaux italiens ne cessaient d'engager Charles-Albert à tenter quelque chose de décisif soit contre Vérone, boU contre Mantoue, soit par une bataille. On pot croire an instant qu'il faisait ses dispositions pour agir vigôa-

Tout à coup, on apprend que les Autrichiens ont passé le P6 et sont entrés en forces à Ferrare. Cette violation du territoire pontifical était de nature à émouvoir les cabinets intéfessés ; elle faisait prévoir que les Autrichiens ne respecteraient rien pour arriver h leuis fins ; car on pensait qu'ils voulaient pénétrer par là dans le duché de Modène ou faire un détour pour tomber sur Milan. La France fut au moment d'ordonner k l'année des Alpes do les franchir. Mais on se borna h des préparatiâ lorsqu'on sut que la division autrichienne avait rétro-

gradé immédiatement. Probablement Radetzki ne voulait autre chose que forcer Charles-Albert h détacher des troupes contre la division de Ferrare ♦ce qui eut lieu en effet.

Quand on apprit à Rome l'invasion des Étals romains, il y eut une immense manifestation populaire autour de la chambre des députés. Le peuple y apporta une adresse dans laquelle on lisait ces passages :

« Citoyens députés, la patrie est en danger. Des faits trèsgraves et permanents dans les provinces et aux frontières, frappant au cœur la nation italienne, l'attestent hautement. Il vous appartient, représentants du peuple, de le proclamer hautement, et de prendre à l'instant des mesures promptes et extrêmes de la nature de celles que toutes les nations, dans tous les temps, aux moments suprêmes du péril commun, adoptèrent pour la sûreté publique. y>

Malheureusement les esprits étaient fort irrités au dehors, et les députés furent forcés de lever la séance. Or, l'exaltation du peuple provenait des bruits qui avaient couru que le pape n'avait point répondu comme on l'espérait aux avances qui lui auraient été faites par l'ambassadeur de France d'un secours de troupes de la république. Le peuple, se considérant comme trahi par le chef de l'Etat, qui s'était constamment opposé à déclarer la sainte guerre contre l'Autriche, voulait s'emparer des postes de la ville, et principalement du château Saint-Ange. Mais il renonça h cette idée lorsqu'on lui eut représenté que ce serait une chose injurieuse h la troupe de ligne, dont les patriotes n'avaient qu'à se louer.

Cette crise eut pour résultat la démission du ministère, qui se trouva trop en désacord avec le chef de l'Etat sur la question de la guerre.

€ On assure, disait à ce sujet le Contcmporaneo^ que Pellegrino Rossi, ex- ambassadeur de l' ex-roi Louis-Philippe, ex- 'ami de l'homme et partisan de la politique guizotine, est chargé

vu HTSTOIHE V

<]e désigner les hommes qui fernicnt partie du nouveau cabinoB et de formuler son programme. Nous ne pouvons pas le croire, quoique nous vivions dans des temps d'erreurs politiques. Si le Hossi se réalisait, il faut ne pas perdre de vue que le pays n'est pas fait pour faire revivre la politique mensongère de l'ancien roi des Français. Le peuple sait ce qu'il doit penser de l'bomme qui, par ambition, a renié sa patrie, »

La nouvelle donnée par le Contonporaneo àlail vraie; mais les événements marchaient alors si vite, que les résolutions les plus opposées surgissaient à tout instant. Ce qui se passait en ce même moment sur l'Adige et sur le Mincio, obligea le pape à ajourner de quelques jours le minislève selon sa pensée; c'eût été par trop dangereux de braver aussi fortement l'opinion publique dans les circonstances suprêmes où l' Italie se trouvait.

En L'flét, depuis l'invasion de Ferrare, Radetzki avait pris ses mesures pour concentrer du côté de Vérone toutes ses troupes ; en général habile, il avait ordonné à Nugenl de lever le siège de Venise, comme le général Bonaparte, dans des circonstances identiques, avait ordonné à Serrurier do lever le siège deManloue. Ses masses réunies, Radetzki avait prescrit noe sortie {générale do Vérone, dans le but de chasser les Piémoatais des positions qu'ils occupaient au-dessus de cette place, 1 IUTolî.àlaCorona,etc. Cet ordre s'était exécuté au milieu d'une nuit orageuse, et alors que le corps d'armée du duc de Gènes, détaché sur Ferrai-e, n'était pas encore rentré au camp royal. Avant la pointe du jour du S3 juillet, les Pîémonlais étaient attaqués à rimproviste dans tous leurs caraps de Villa-Franca, Somma-Campagna, Coslosa, etc. ; Villa-Franca fut pris après un combat où les troupes piémonlaises et les volontaires éproa- Tèrenl des pertes. Sur toute la ligne, les Italiens surpris furent culbutés, et durent se retirer en partie soos les murs de Peschiera.

Cependant les autres divisions de Cbarles-AlbeTt, campées

DE LA RÉVOLUTION DE 1848. tU

à Castel-NuoTO et h Monzonbano, ne tardèrent pas à prendre les armes et à se porter du côté oh l'ennemi triomphait. Alors commença une véritable bataille, qui se prolongea non-seulement toute la journée du 23, mais encore pendant celle du lendemain. Les Autrichiens avaient d'abord poussé leurs avan- ^res jusqu'aux environs de Peschiera, tandis qu'une autre ^^sion faisait mine de vouloir passer le Mincio pour prendre les Piémontais à revers. Mais les forces que Charles -Albert lança contre eux et la manœuvre de la division Bava, chargée de couper la retraite des Autrichiens sur Vérone , forcèrent ceux-ci à rétrograder, après avoir essuyé à leur tour quelques pertes, dont cinq à six cents prisonniers.

Cependant rien n'était fini ; car Radetzki avait réussi à passer le Mincio à Salianze, où un pont fut jeté dans la journée du 24. D'un autre côté, les Autrichiens renouvelèrent, le lendemain 25, leurs précédentes attaques sur Castel-Nuovo, Somma- Campagna , Rivoli et Valleggio , oii les Piémontais s'étaient fortifiés. Les troupes de Radetzki, très-supérieures en nombre à celles qui occupaient ces positions, chassèrent les Piémontais de tous leurs retranchements et les mirent en fuite, après leur avoir fait éprouver des pertes sensibles. On continua à se battre sur divers points jusqu'au 27. Ce jour -là l'armée piéroontaise se trouvait repoussée jusqu'à Goïto , où l'on s'efforçait de la rallier. Les soldats étaient très-Catigués d'une lotte de cinq jours, et pour comble de malheur ils manquaient de vivres.

Ainsi la coupable inaction de Charles-Albert pendant les trois mois qu'il avait passés entre le Mincio et l'Adige, se résumait par une défaite qui allait compromettre le sort dei toute l'Italie I A force de perdre du temps en intrigues, il avait permis à Radetzki de réorganiser et renforcer considérable-: ment son armée, qui faisait déjà payer cher à cet ambitieux couard ses fautes de toute nature. Les Autrichiens en forces.

et n'ayant plus rien à craindre sur leurs derrières, avaienl lout à coup pris l'oflensive sur toute la ligne. Après avoir dégagé, en combatlnnt, les places de Vérone et de Mantoue, ils s'élendaient à In fois vers Peschiera et le lac do Garda, et de l'autre côté vers Crémone el le PA. Avançant toujours, en face d'un ennemi qui ne tenait plus nulle part, ils ma? naçaient déjà d'envelopper le Milanais. Eq huit jours, ïiff detzki avait détruit do fond en comble toutes les combinaisons dont le Sauveur de l'Italie s'était bercé pendant trois mois. « Traître ou incapahlet s'écriait un journal, voilà ce que l'on dira de Charles -Albert. Hélas I la postérité ne pourra pus même opter entre ce dilemme ; elle sera forcée d'appliquer BU même homme ces deux qualifications à la fois, lorsqu'elle Gonaattra la conduite tenue par Charles - Albert k Milan.

Il serait bien difficile de décrire les mouvements divers qui éclatèrent dans toutes les contrées, dons toutes les villes de la péninsule, en apprenant la défaite des Piémontais. II sufQra de dire qn'it Milan, comme à Tnrio, comme à Gènes, A Livoume, àFiorence, àRome, les populations se montrèrent exaspérées contre ViUuslre épéc.

A Milan, la déroute du roi de Piémont eut pour premier résultat d'armer tous les citoyens et de faire passer le pouvoir entre les mains des républicains. Les royalistes constitutionnels furent les premiers à se jeter dans les bras de la démocratie. On créa un comité de salut public et de défense générale, dont furent membres Maeslri, le général Fanti et Be»telli, trois des plus énergiques républicains. M. Guerrieri, membre du gouvernement provisoire, fut aussitôt envoyé k Paris. La levée en masse de la Lombardie fut décrétée, et l'intrépide Garibaldi fit un appel aux jeunes gens, qui s'empressèrent d'aller se joindre aux bravos que ce chef républicain ramenait de Montevideo.

A Turin, le peuple en masse accourut à la chambre des dé- )utés pour y faire entendre ses vœux belliqueux. Les tribunes furent envahies par une foule ardente, et peu s'en fallut que le peuple n'entrât dans la salle pour siéger à la place de ceux des députés qui s'opposaient à Timpot forcé et qui demandaient le comité secret. Mais la chambre ne fut pas à la hauteur des circonstances : elle ne trouva rien de mieux à faire que d'investir le roi (Charles- Albert) de tous les pouvoirs législatif et exécutif; c'est-à-dire qu'on lui donna le droit de pourvoir à la défense de la patrie par simples décrets royaux. Il fallait être bien aveuglé pour confier la dictature è l'homme qui avait 6U perdre la plus belle cause du monde; aussi les démocrates de Turin firent-ils éclater leur mécontentement. Un nouveau ministère, moins agréable au peuple que le dernier, fut nommé en même temps, et l'on fit partir pour Paris H. Ricci, beau-frère du nouveau ministre des finances, pour réclamer, assurait-on, le secours des armes françaises (').

La démocratique ville de Gènes ne resta pas en arrière du mouvement patriotique que les dangers de la Lombardie venaient de faire éclater partout. La garde nationale tout entière demanda à être mobilisée et à se rendre au camp. Le peuple voulait aussi faire partir les prêtres. Cotte ville, qui avait reçu le républicain Mazzini aux cris de vive le roil était devenue toute républicaine; elle songeait même h se détacher du royaume de Sardaigne. Les citoyens établirent un comité de défense publique.

(>) ffoos sommes autorisés à croire qae la mission de M. Ricci ne fut qa'apparente; car Charles- Albert ne se décida jamais franchement à appeler les Français. U avait derrière lui sa camarilla^ et principtrlcment Tambassadeur d'Angleterre qui le soutenaient dans ses répugnances. L'Angleterre n'avait cessé d'entretenir Charles-Albert dans oes senliments; elle lui faisait prévoir des malheurs pour lui dans la venue des soldats de la république française; et certes les circonstances dans lesquelles se trouvaient le Piémont et les Ëtats de Gènes n'étaient pas de nature à lui faire changer de peDsée.

Florence et Livourne raonlrèrent, dans ces pénible» circon^ slanpcs, qu'elles aussi appartenaient à l'Italie, et que lu coup qui frappait les Vénitiens et les Lombards les avaient ottetntes nu cœur.

« Aux armesl s'écriait le journal l'Alba; nus armes! rilalio n'est pas seule en Europe. Dons les campagnes de la Lombardie est engagée une guerre d'où, dépend le trioniplie d'une vérité et d'une justice universelles. Les droits et les intérêts de toute l'Europe sont en cause dans les champs de la Lombardio. Aui armes! aus ormes! »

Et comme le grand-duc faisait des difficultés pour moljiliser les gardes nationaux, un mouvement populaire lui força la main.

A Modène, toute la gardo civique s'était spontanément mobilisée.

Mais c'est à Rome surtout que les mauvaises nouvelles de la Lombardie produisirent le plus grand effet. Les réactionnaires seuls parurent joyeux, au milieu d'une population qui voulait accourir tout entière en Lombardie. Le pape et ses conseillers secrets jugèrent à propos de laisser passer l'orage et d'ajourner leurs projets contre-révolutionnaires. Mamiani et ses collègues, soutenus par le peuple, restèrent donc ministres, et ce ministère reçut enfin les pleins pouvoirs du pape. D fut décidé aussitôt qu'il y aurait alliance offensive et défensive avec les autres Etats italiens, etHamiani ayant fait appel i Vhéroismc et au courage désexpéré des popuialiom , les contingents et les Tolonlaires se disposaient k partir sans relard.

Il n'y eut pas jusqu'à la chambre des députés du royaume de Naples qui n'envoyât des paroles de consolation aux Lombards, dans la réponse qu'elle fît au discours du roi.

« Une grande douleur, disait l'adresse, a afQigé nos esprits.' lorsqu'on a vu que des ministres croyaient devoir rappeler le^ milices parties, aux applaudissements du peuple, pour la cam-

pagne d'Italie. La chambre fait des vœux ardents pour que Theure de la délivrance de l'Italie sonne bientôt, et pour qu'après le rctahlisseraent de la paix dans la péninsule, les divers Etals puissent s'entendre, concerter leur amélioration intérieure et resserrer les liens d'une fédération amicale j>

Ainsi, partout, les désastres de l'armée piémontaise, loin d'avoir abattu les courages, les avait exaltés au dernier point. La délivrance de l'Italie n'eût plus été qu'une question de temps en présence de cet élan terrible qui s'était emparé de toute la population. Radetzki le savait mieux que personne; aussi mit-il à profit les moments de faveur que l'aveugle fortune lui procurait. Sans donner une heure de répit à son adversaire démoralisé, il le poursuivit à travers toute la Lombardie, ne lui laissant pas même la faculté de reprendre haleine derrière les positions naturelles que le pays offrait encore. Radetzki voulait arriver à Milan avant que la levée en masse fût sur pied. Il redoutait surtout les secours que les Italiens sollicitaient alors de la France, et voulait empêcher ces secours de passer les Alpes, en leur opposant des faifc^ accomplis, La retraite de Charles-Albert fut donc précipitée par la présence incessante des divisions victorieuses, qui ne lui permirent pas de s'arrêter derrière l'Adda.

On crut un moment que l'armée piémontaise allait suivre la route de Pavie pour rentrer plus directement en Piémont; mais, soit que Charles-Albert vit sa retraite menacée de ce côté, ?oit que les manœuvres de son ennemi l'eussent déjà coupé de Lodi, on le vit prendre la route de Milan, oà il arriva le 3 août. Son armée, accablée de fatigues et de privations, campa dans le quartier Saint-Georges, hors la porte Romaine.

Les résultats ne tardèrent pas à prouver que l'arrivée de Charles-Albert à Milan fut un malheur de plus qui accabla les Mdanais. Livrée à elle-même, la population de cette grande

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lée par iin grand nombre de j^ardea nationniu de»

es ('), Durait pu orrèler ce torrent sous ses murs, el

ainsi le temps à l'orinée piémonlnise de se reconnaître

l-ètre do reprendre l'ofiensîve ; car les perles qu'elle

Hprouvées pouvaient facilement se remplacer. Le comité

ut pulilic eût tout foi! pour la défense de celte capitale

Lombardic, de Inquelle dépendait dès lors le sort de

ntière , et tout devenait possible à un peuple au dés-

nreusement il n'en fut pas ainsi. Charles-Albert crut

ogir en mallre h Milan, et investit lui-même l'un de ses

iiux d'une sorle de diclolure, dont celui-ci se servit pour

fser les moyens de défense que le comité de salut public

l mettre en œu^TC. Sons prétexte qu'il fallait que lc«

inicatîons fussent libres dans l'intérieur de la ville

ne pos gêner la circulation de l'artillerie et des troupes,

^néral dictateur empêcha qu'on élevât des barricades;

il annonça même que le roi livrerait bataille à l'ennemi hors

lu viiJe.

Et en eOet, le 4 aotït, t'avaDt-garde aatrichîenne s' étant présentée devant la porte nomaine, elle fot règne i coups de canon el de fusil, et repoussée jusqu'à Malignano. La date et insolente proclamation par laquelle Radetzki s'était &ît précéder avait indigné tout le monde, et le fait d'armes contre son avant-garde venait de relever tetlement lo moral des Italiens, qa'ils déclarèrent traître à la patrie qnîconqne oserait parler dû capitulation.

Hais lu roi de Piémont était loin d'être de cet avis, car déjA,

(■} Loraqn'on pat eoanallre an jitsu ce qni b pusa fc Xilui dam en qndqack jours da crÎM extrtme, on sni qno lea popnlalraiH de Bergame, de Como M de toute la «allée de l'Adda étaient aTritéa eo inaaie au aocoura des Milaoaiii, et que celle ville comptait daoa bes muni, lo jour on Cfaaries-Albert la Imm, plus de quarmU milU auiilnires, «nmgi^ contra lea Autrichiens.

par l'entremise des diplomates français et anglais accourus de Turin, il négociait une capitulation dont la remise de Milan devait être le prix. Radetzki repondit d'abord aux plénipotentiaires et médiateurs quil ne traiterait qu'à Turin. Il parait que c'est en apprenant ce refus que Gliarles-Albert annonça qu'il défendrait la ville jusqu'à la dernière goutte de son sang. Mais, dans la même nuit, les négociations aboutirent à une capitulation secrète, d'après laquelle T armée piémonlaise se retirerait derrière le Tessin : la vie et la propriété des bourgeois de Milan étaient seules garanties.

La population , qui s'attendait h voir reparaître l'ennemi en force dans la matinée du 5, et qui avait travaillé avec ardeur, toute la nuit, h démolir les bâtiments placés hors des murs d'enceinte de manière à gêner la défense, conçut des soupçons : un attroupement formidable se forma devant l'hôtel de Charles -Albert; celui-ci annonça qu'on allait combattre.

Mais bientôt le général Olivieri vint déclarer que le roi, ne pouvant plus garder la ville, était forcé de se retirer. La capitulation était signée. Les Milanais, furieux d'avoir été livrés ('), voulurent s'emparer de Charles- Albert au moment où il fuyait; ses équipages furent maltraités, et la garde royale fut obligée de tirer sur le peuple.

Ainsi que cela se voit toujours en pareilles circonstances, la discorde se mit bientôt parmi la population : les uns ne voulaient pas se rendre, tandis que d'autres ne voyaient de salut que dans l'acceptation de la capitulation. I^es moments étaient comptés ; Radetzki allait arriver. La plupart des fiaimilles patriotes et des républicains compromis quittèrent \\ ville; profitant ainsi de la liberté que leur laissait la capitui::tion, ils se dirigèrent soit vers les frontières de la Suisse, suii

(■) Charles-Albert avait niônie enlevé aux Alilanab leurs cauoot.

du côté de Gêaes, soit enfin là où se trouvaient Garibaldi et Mazzini avec les quelques mille volontaires qui les avaient suivis. Toutes les routes du nord et de T ouest furent littéralement couvertes de patriotes qui payaient ainsi, par leur exil, la confiance qu'ils avaient mise dans Tbomme que les courtisans avaient acclamé comme le sauveur de l'Italie.

Détournons un monïent nos regards de Tafiligeant spectacle que présentèrent alorsla ville de Milan, les campagnes et les routes de la Lombardie, et laissons 1* armée piémontaise se retirer derrière le Tessin, qu elle avait franchi naguère dans des circonstances si favorables; tandis que Radetzki entre à Milan, jetons un coup d'œil au delà des Alpes pour voir ce qui va se passer en France à T arrivée des nouvelles désastreuses de ritalie.

La réaction marcbait à grands pas dans ce pays, quand on y apprit la retraite précipitée de Cliarles-Alhert et les malheurs dont la Lombardie était menacée ; les républicains de Paris n en étaient plus à faire prévaloir leurs principes et leur politique à l'égard des peuples en révolution ; ils luttaient avec peine pour conserver au moins la forme républicaine, attaquée déjà avec fureur par les partis royalistes ressuscites. L'assemblée nationale était occupée à discuter une loi contre la presse, lorsqu'un membre du comité diplomatique crut devoir interpeller le ministre des affaires étrangères sur les nouvelles arrivées d'Italie , et sur la politique que le gouvernement français comptait suivre au milieu des circonstances où se trouvaient les Italiens.

« En présence des événements graves dont l'Italie est le théâtre, répondit le ministre, le gouvernement n'est pas resté inactif. Nous nous sommes occ-upés, depuis les nouvelles des premiers revers, de ramener la paix en Italie, et de satisfaire aux vœux exprimés dans cette enceinte. Nous avons été heureux de trouver des dispositions identiques chez une nation voisine.

D'accord avec l'Angleterre, nous proposerons notre médiation entre le roi de Piémont et l empereur d'Autriche. En ce moment, des chargés d'affaires sont en route pour Turin et Inspruck afin de ramener la paix. Je puis assurer que nous avons le ferme espoir d'amener bientôt la pacification complète de l'Italie... » Et les réactionnaires applaudirent ce langage honteux, contre lequel les démocrates de l'assemblée protestèrent énergiquement par l'organe du citoyen Baune, qui s'exprima en ces termes :

« Citoyens représentants, vous avez entendu l'ancien ministre des afl'aires étrangères, M. de Lamartine, que je regrette de ne pas voir à son banc, vous dire, dans cette enceinte comme au sein du comilé : 1^ casus bclli est déterminé ; quand Charles- Albert aura été battu, quand Milan sera menacé, quand la Lombardie sera de nouveau envahie par les baïonnettes autrichiennes, il n'y aura plus à délibérer, nous marcherons I Cet engagement a été pris d'une manière solennelle par les deux ministres. »

— « Et par l'assorablée elle-même, s'écrient plusieurs voix. »

— « Et par l'assemblée elle-même, reprend le citoyen Baune. Et si je viens vous rappeler ce langage du ministère, couronné par la volonté de l'assemblée nationale, c'est qu'il me semble que notre résolution et les leurs pourraient bien être changées, si je m'en rapporte au langage que je viens d'entendre.

« Eneflet, nous avons entendu prononcer le mot de pacification. C'est l'afl'ranchissement, c'est l'indépendance de fltalie que nous avons voulu

— «Oui! oui! s'écria le côté gauche, f indépendance de toute l'Italie! x>

— « Sans cela, ajoute le représentant Péan, ce serait comme à Varsovie! »

— « Eh quoi ! reprend le citoyen Baune, c'est quand 1 villages et les villes entières sont brûlés qu'on fait entend.

mot paci ^cation I Est-ce que vous ne connaissez pas U manière dont les Aulricliiens pacifient l'Italie depuis trob mois, et comment ils ont pacifié depuis vingt ans cette noWe terre soumise h leur domination tyrannique? D'ailleurs l'iodépendance de l'Italie ce n'est pas l'indépendanre de la I^mbardie seule, c'est aussi 1" indépendance de la Véoétie, Il lauLsi vous ne voulez pas que les Autrichiens soient sur les Al{ies, qu'ils reculent au delà des limites de l'Italie. Et, no nom y trompons pas, si l'indépendance de l'Italio est son premier besoin, c'est aussi notre premier devoir de l'assurer cl de la proclamer.

a Ce n'est pas seulement de Charles-Albert et du Piémont que nous devons nous occuper; ce que nous demandoa», ce que nous avons voulu, ce que nous devons vouloir, c'est ïtîfiancliissenient de l'Italie entière....

« Mais, je l'avoue, je ne suis pas trop rassuré par ce que je viens d'entendre, et je n'ai pas de confiance dans l'alliance anglaise; je la repousse, non que je me délie du peuple anglais, mais parce que j'ai de légitimes préventions contre son gouvernement, au moment surtout oii il écrase l'Irlande, et où , pour prix de sa reconnaissance pour vous, il va l'égoi^er plus facilement.

« Je demande, concluait l'oralenr répablic&in, que, oonfbrmémeot aux sentiments du général qui a l'honneur de cooh mander nos braves soldats, conformément aux sentiments que vous avez exprimés, le gouvernement ne se contente pas d'ane juci/îealton qui n'arrêtera pas les Autrichiens, et qui, dans tous Jes cas, ne peut pas affranchir liiYénétie, qui ne peut que donner satisfaction particulière au Piémoul.

€ Ce que nous voulions il y a deux mois, nous le voulons encore, parce que l'Italie, depuis deux mois, a excité de plus en plus notre intérêt et nos s|mpathies, parce qno nous avom vu ses nobles habitants, désarmés depuis si longtemps, se lever

au nom de la patrie désolée, et venir lui apporter le tribut de leur sang et de leur vie.

« Ainsi, nous devons h Tltalie le concours de la France; c*est une dette que nous avons contractée, et ce serait une lâcheté de ne pas la payer. »

Les applaudissements du côté républicain prouvèrent à l'orateur que son plaidoyer en faveur de F Italie avait frappé juste, et qu'on considéi^rait comme une lâcheté, comme un déshonneur pour la France républicaine de rester Tarme au bras en présence de ce qui se passait au delà des Alpes , en présence des sollicitations générales de tous les patriotes italiens, de tous les gouvernements de la péninsule.

Et d'ailleurs, n'y avait-il pas eu des promesses formelles faites aux Italiens? M. Lamartine, parlant au nom du gouvernement provisoire, n'aviit-il pas dit h l'association nationale italienne : « Allez dire à F Italie que si elle était attaquée dans son sol ou dans son âme, dans ses limites ou dans ses libertés, que, si vos bras ne suffisaient pas h la défendre, ce ne sont plus des vœux seulement, c'est l'épée de la France que nous lui offririons pour la préserver de tout envahissement? »

Le gouvernement provisoire lui-même n'avait-il pas pris i l'égard de l'afllranchissement de l'Italie les engagements les plus positifs? N'avait-il pas dit, en prévision des revers que Charles-Albert pouvait essuyer : « Alors nous interviendrons en vertu du droit de la sûreté de la France et des nationalités existantes? » C'est pour cela que le gouvernement provisoire , comme premier acte de sa politique pacifique, mais éventuellement armée, décréta la formation d'un corps de cinquantedeux mille hommes au pied dos Alpes.

Enfin, l'Assemblée nationale n avait-elle pas sanctionné ces engagements pris à la face du monde par sa résolution du 2i mai, résumée en ces termes : « Pacte fraternel avec l'Allema-

grie, recoDsiitution de la Pologne, libre, indépendante, afTrancliissement de l'Ilolie?»

Mois les réactionnaires de celte assemLIée avaient tout oublié : promesses, engagements, prescriplions; la fameuse maxime chacun chez soi, chacun pour soi, leur paraissait bonne depuis que l'intérieur avait attiré toute leur sollicitude; aussi demandèrent-ils qu'il fût passé à l'ordre du jour; ce qui eut lieu, sans qu'ils se couvrissent le vîsagî de honte.

Il n'était que trop vrai, le gouvernement du général Cavaignac avait décidé que l'Italie subirait le sort que lui pi-éparaient les Tudesqucs. Au lieu des soldats de la liberté, il envoya sur la ibéûlre de la guerre des diplomates, et l'Europe ne tarda pas4 apprendre que ces diplomates étaient parvenus à fléchir l'inflexible Radetzki, qui daigna accorder au Piémont un armist» de quarante-cinq jours , maïs si onéreux et s! bumilianl poiu lit couronne de Charles - Albert , qu'aucune ville ne vo}^ rurcL-ptor.

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