‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 18 sur 38 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

eoop (fœil sur rictarreclion polonaise. * Marche (racée an gcuvernemen français par l'assemblée nationale à l'égard derAllemagne, de la Pologne ei d«: riiaiie.

— Effet produit en Pologne par la journée du 15 mai. — Capitulation de Miei nlaw'«ki. ^ Conduite du gouvernement prussien envers les Polonais.— Guerre d'oxlerminalioo que les Prussiens fontauz patriotes. — Sort misérable réservé à Cracovic par les Autrichiens. — Protestation des liabitants de Tarnow. — Manifeste des déroonralcr' a'iemanda. — Marche tortueuse du gouvernement autrichien. — Il travaille aclivciiitr.i à rtiJbroer ses années. — Il augmente la garnison de Vienne. — La Hongrie et la D»btoe proclament leur séparation de l'Autriche. — L'empereur veut tenter la ci»iitre-ié- ▼olation par l'armée. — Manifestation du peuple viennois contre le ministre FiquelnoDt. — Fuite de l'empereur à Inspruck. — Plan des réactionnaires. — Décret qui abolit runiversité de Vienne. — Il produit un soulèvement général. — Bairiradeb. — irritation causée par l'approche de Windisgraetz. — Nomination d'un comité de salut fMic.'^h&B troupes sont forcées de quitter la ville.— La cour et les diplomates d'inipruck. ^ Congrès slave ouvert à Prague. — Ses premières résolutions. — Protestatkm de la ville de Prague contre le général Windisgraetz. — Lutte entre le peuple et la troupe. — - Première et seconde journées de la lutte. — Arrivée du géhéial MeDtidorff.— Les troupes sont obligées de sortir de la ville.— Bombardement de Pragna par Windisgraetz. — Renforts arrivés aux assiégeants. — Les habitants sommés de mettre bas les armes. — - Continuation du bombardement. — Les insurgés capitulant pour éviter la ruine de la ville. — - Dissolution du congrès slave. — La cour d'Inipraek se croit sauvée. — Elle envoie à Vienne l'archiduc Jean. — Rôle de concilialeur adopté par le prince. — 11 caresse la garde nationale. — Actes du comité de sdli été géDérale. — Renvoi du ministère Pillersdorff. — Réunion de la constituante à Vienne.

— Les réactionnaires demandent la dissolution du comité de sûreté. — Tentatives centre-révolutionnaires. — Le comité déclare qu'il continuera de fonctionner. — Nouveau cabinet autrichien. — Il expose sa marche. — Mésintelligence entre les minisires et les clubs. — Dissolution de l'association démocratique. — Retour de l'empereur à Yiense. — Rôle qu'il confie à l'armée. — La garde nationale se sépare du peuple. — - Uisorrection des ouvriers. — Parti que la réaction tire do ces déplorables événements.

— La joamée du 16 avril se reproduit en Autriche le M août.

Laissons la Lombardie étouffée sous Tétat de siège et égorgée par le sabre autrichien; détournons nos regards de ce roi incapable ou traître qui va cacher sa honte derrière la double haie de raristocratie piémontaise et de cette camarilla dont les conseils couards Font perdu ; et puisqu'il &ut compléter le marty«

lologe des peuples que la république française devait aider et Ton ni« 43

'Et

protéger, toumoDs encore une fois nos regards snr frontières âe [a Pologne.

Nous avons déjà dit comment les baïonnettes prussieDne» élaient parvenues à (ner le droit dans le duché de Posen, tandU que colles de l'Autriche remetUieot soos le joug les répuIiHcains de Cracovie. Après la déplorable journée du 15 mai, f)iii stirait dû «voir, à Paris, une meilleure issue pour la Poltjgi quclqnes espérances furent encore données à celle mallteu) nation : l'assemblée nationale, sur la demande du cilojeii vin, et conformément è la proposition de son comité des foires étrangères, avait fiirniulé par ces mots, qu'on ne f»\ assez répéter, la marche que le gouvernement de U république française devait suivre à l't'gard des trois peuples avec k-sqnek elle voulait établir des relations intimes :

« Pact^ fralemel met tMlemagfne, rrconsùlution de la PoiûfU libre et indépendante, affrnuehiiiement de t Italie. ■

Telle fut la règle de conduite qne rassemblée nationale twt entièrf traça, le 24 mai. à la commission exécolive de goarernement. >'ou^ avons vu comment U réaetian qui dominait d^i le pouvoir fit avorter, ii l'égard de l'Italie, les bonnes iplentions manifestées par les républicains de l'assemblée : il nan^ Teste peu de chose à dire poareompléler l'histoire de lacoBiivrévolution en Prusse et en Pologne !').

Nous avons suivi les Polonais du dncbé de Posen josqu'anj combats qu'ils livrèrent aux troupef prussiennes à Miloslaw«l è Wreschen : fespoir était rentré un moment dans l'juiedes patriotes qai comballatenl sous la «conduite de MieruUw:4l Malbeureusemeot, ils apprirent presque en même temps tes néplnrahlos suites de la maoifestation du 15 m&i, à Paris, et ill purent prévoir dès lors qu'aue politique funeste h leur cause

mr9wA de près la déclaration de l'assemblée nationale* de VitBoe dii 24 du même mois.

En effet, à mesure que la révolution faiblissait en France, ka ennemis des peuples s'enhardissaient partout. Le roi de Prusse, assuré qu'il n aurait pas la guerre avec la France, redoublait d'efforts pour comprimer l'insurrection du duché de Posen. Pouvant opposer sans cesse des corps de troupes frais aux volontaires polonais, les généraux prussiens n'avaient pas tardé h réparer les échecs de Miloslaw et de Wreschen ; de sorte qu'il ne restait plus aux nationaux du duché qu'à (aire la guerre de partisans, la guerre désespérée des vaincus. Bientôt M ierolawski et aes volontaires furent forcés de capituler. Dès lors le gouvernement prussien crut pouvoir agir en vainqueur; il retint priaoimiers dans les forteresses entre le Weser et l'Elbe, ceux des Polonais qui avaient obtenu des passeports pour rentrer en Eranœ.

Les agents du roi de Prusse et les militaires prussiens faisant anx Polonais du duché une guerre d'extermination, les insur« g6B encore armés résolurent de quitter ce malheureux pays, afin de lui épargner une partie des horreurs de cette guerre : leur projet était de traverser les cercles de Wadowrie et de Teschen pour se rendre dans les comitats de la Hongrie, s'y j(Mndre aux Slaves, qui les appelaient, et tenter une expédition contre Cracovie. Mais il suffi t au gouvernement prussien de lenfbrcer les postes des douaniers et les troupes de la frontière prussienne pour s'opposer à cette résolution, qui ne put plus sf exécuter que par détachements isolés.

Quelques jours après, en apprenant qu'il n'existait plus que qpielques bandes d'insurgés, forcées de se jeter dans les forêts entre le royaume de Pologne et le duché, et que ces insurgés étant traqués par les troupes prussiennes, on put s'écrier de nouveau : finis Poloniœl

Tandis que les malheureux Polonais du duché» trahis par

la fortune, étaient persécutés de la manière la plus barbare, el que, même après la promulgation d'une amnistie qui avait fait déposer !es armes au plus grand nombre, ils ne cessaient d'être emprisonnés, garrottés et pillés, les républicains de Cracovie n'étaient pas mieux traités par les agents de l'Autriche. Les choses furent poussées au point, dans ce pays, que les habitants de Tarnow et des environs, accablés de douleur pour le sort des Cracoviens et de terreur pour celui qui les menaçait eux-mêmes, protestèrent à la face du ciel et du monde ctTilisê, contre les moyens d'estermination employés par l'Autriche et Bes barbares agents.

« Avec nos frères de Cracovie , disaient les habitants de now, nous prateslons contre le traitement odieux qui leur infligé ; nous le ressentons comme s'il nous frappait nons^ mêmes, et le dénonçons h tous les peuples et à tous les hommes chez qui les noms de patrie, de justice, d'humanité n'ont pas perdu leur signification. »

Cette guerre à mort, cette extermination après ta guerre, n'indiquait que trop l'entente barbare qui existait entre les trois cours du Nord contre la Pologne, objet incessant de leurs remords, si elles en étaient capables, et de leurs appréhensions. Aussi avait-on entendu le czar Nicolas s'écrier : a. Et moi aussi, je vois qu'il y aura une Pologne, mais ce ne sera qu'un désert 1 »

' Un jour, l'histoire demandera compte k ceux que nos pères appelaient avec tant de raison les brigands couronnés, de toutes les cruautés employées à l'égard d'un peuple qui réclamait sa nationalité et ses libertés; un jour l'on s'étonnera de ce que le» nations civilisées aient souffert au milieu d'elles des bandes d'hommes armés, enrégimentés et organisés pour prêter leur redoutable appui à ces briffand$ couronnés, qui payaient des satellites pouropprimer les peuples! Ce sont ces satellites, àbratis par ce qu'on appelle la discipline militaire, qui, en 1848, ont

DE LA RÉVOLUTION DE 1848. oU

rendu au monde le triste service de soutenir les rois contre les nations.

Voyez ce qui se passait en Prusse et en Autriche* après la double révolution qui semblait avoir abattu à tout jamais le despotisme dans ces deux contrées.

Il était évident, pour tout observateur perspicace, que le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche appelleraient aux baïonnettes de la révolution du peuple, et qu'en attendant d'être en mesure, ils chercheraient à amuser les révolutionnaires de leurs capitales par des promesses fallacieuses. Déjà on les voyait occupés à rompre le faisceau qui avait lié pendant la crise la boui^eoisie au peuple, en promettant aux premiers une constitution basée sur le cens, et destinée à placer le gouvernement en dehors du peuple, dont on continuait à faire des ilotes.

Hais les républicains allemands voulaient aller bien plus loin que ne l'indiquait le replâtrage constitutionnel annoncé par le gouvernement. On lisait dans un manifeste que les démocrates préparaient pour la première assemblée nationale qui serait nommée par le peuple, les vœux suivants :

« Considérant que la république démocratique est la forme de gouvernement qui assure le mieux les droits des individus et de l'État, les républicains allemands déclarent qu'il y a contradiction à admettre l'égalité et la fraternité en confiant un pouvoir à vie à un seul homme, jouissant en outre d'autres privilèges, et que la souveraineté nationale peut seule conduire r humanité à son but. »

— Les princes savent très-bien, ajoutait le journal le Boertenhalle, après avoir publié ces vœux; ils savent parfaitement qu'une assemblée nationale représentant le paysleur donnera le coup de la mort, et il est naturel qu'ils s'efforcent, sinon par la violence, du moins par la ruse, sinon par la menace, du moins par la flatterie, de ressaisir le pouvoir. Malheur au peuple aile-

mand s'il était vaincu de nouveau : Téchafaud prendrait la place de la prison, et on écraserait pour toujours la tête atii esprits qui ont osé rêver T émancipation des peuples. »

Ainsi, pendant que le cabinet autrichien dissimulait ses ressentiments et cachait ses projets de vengeance, la révolution s'annonçait à Vienne, comme dans toute rAUemagne, d'une manière très-significative : Vive rAUemagne uniel vive la répU' bliqve française! étaient les cris que Ton entendait partout.

L'empereur, ou son conseil, se montrait disposé à faire tontes les concessions que la bourgeoisie pouvait espérer, telles que r organisation de la garde nationale, la liberté de la presse, etc. n parlait également d'améliorer le sort des habitants des campagnes. Mais en même temps, le gouvernement autrichien ne négligeait rien pour renforcer ses armées; il voyait avec plaisir queTcsprîtdes soldats était différent de celui du peuple, et il se félicitait de ce que les officiers s étaient généralement préservés des doctrines nnarchiques.

Au rnilieu de toutes cos promesses, la garnison de Vienne s augmentait journellement dans des proportions effrayantes. Composée ordinairement de 1 4,000 hommes, elle fut portée insensiblement h 32,000. Le peuple ne se récria pas, parce qu on lui disait sans cesse que rarniée ne serait jamais hostile au nouvel onh^e de choses; et cependant les chefs et les officiers ne cachaient pas leur haine contre le régime qui devait détruire les priviléjros si nombreux en Autriche.

Ce fut dans ces circonstances que la révolution des Lombards et des Vénitiens vint porter un nouveau coup à la monarchie autrichienne. Le gouvernement de l'empire en fut atterré. Mais il ne tarda pas à tirer quelque parti de ces fâcheux événenunts eux-mêmes : les affaires d'Italie lui permirent de décréter do nonïbreuscs levées d'hommes, sans exciter les craintes des révolutionnaires.

D'un autie coté, le gouvernement chercha à se procurer de

largent. en autorisant Radetzki à entrer en négociations avec le gouvernement provisoire de la Ijombardie. Considérant cette province comme perdue pour la couronne d'Autriche, le conseil impérial pensa qu'il fallait au moins en tirer des indemnités. Mais ses prétentions ayant été considérées comme trop exagérées* le prix de l'affranchissement de la Lombardie ne fut pas concédé; ce qui laissa les finances de l'Autriche dans une situation pénible. Il fallut donc dissimuler encore quelque temps.

Dans l'intervalle, des événements graves s accomplirent en Hongrie : cette principale annexation è T empire d'Autriche déclara, par l'organe de sa diète, qu elle reprenait sa nationalité et ses libertés. La Bohême ne tarda pas à faire une pareille proclamation. Et tout semblait annoncer un démembrement complet de l'empire d* Autriche.

« L'empire d'Autriche marche h grands pas vers une ruine définitive, s'écriait un journal allemand. Il est à peu près certain qu'un corps de troupes russes est entré en Gallicie, sous prétexte d'y maintenir l'ordre. L'exaspération des esprits, à Vienne, est à son comble; car tout donne lieu de croire aux habitants que le gouvernement nourrit des projets réactionnaires, dans l'exécution desquels il serait secondé par la Russie. Ajoutons qu'on voit la banqueroute imminente.

« Sur un autre point, en Hongrie, le mécontentement est général; on se plaint de la modération de la diète ; on insi^to sur le rappel immédiat des trouoes hongroises de toutes !os provinces autrichiennes, et sur l'éloignement des soldats nmi hongrois de la Hongrie. Ce n'est pas tout encore, le parti sorii^l se prononce hautement pour une république, avec le vote iiiiiversel, comme en France; le temps des magnats va enfin pass.r !

« En présence de ces faits, le gouvernement croit pouvoir so sauver en augmentant ses forces militaires. Il va former une armée du nord de 60,000 hommes, et mettre Olmûtz, KœnipsgnX rt Josepstadt en état défense. Hais à quoi aervent aux

il fullfl , dans la ilarait

rois les armes et les bastilles, quand les peuples veulent l mBDciper? »

Les rois savent bien à quoi leur servent les armées, surtout lorsque, comme celle de l'Autricbe, elles se eonipsent de ««rb ft de nobles. L'empereur d'Autriche savait très-bien qu'il ne pouvait plus tenter la contre -révolution qu'avec le secours de son armée, et ce fut en elle qu'il plaça toutes ses espérances, bien plus qu'en la constitution libérale qu'il venait de faire proclamer.

Mais pour réorganiser et renforeerl'armée, menacée de p à la fois et ses régiments hongrois et ceux de l'Ilalie, (lu temps, et les cvénemeots marchaient. La Bohème, < capitale de laquelle allait se tenir le congrès slave, se déclarait contre les Allemands. La Hongrie allait plus vite encore, j se considérait comme affranchie do joug de l'Autriche, pelait elle-même ses régiments hongrois de la Gallicie, ddfl Moravie et principatemenÊ de l'Italie. C'était la guerre arec l'Autriche; c'était plus encore, car les Polonais pouvaient trouver dans ces séparations d'immenses secours à leur portée.

En ce moment, on ne parlait en Autriche, que de l'assemblée nationale des Slaves qui allait s'ouvrir a Prague, et l'oa faisait remarquer que onze millions de Slaves y seraient représentés. On croyait savoir que cette assemblée proclamerait un royaume ou une république slave méridionale et indépendante.

La situation de l'empire d'Autriche était donc des plus critiques ; toutes les grandes provinces, à l'esception du Tyrol et de la Croatie, travaillaient à s'en détacher. A Vienne, les esprits étaient dans un état violent, qui annonçait une prochaine collision. Le peuple avait fait une grande manifestation contre le ministre Fiquelmont. et l'archiduc Louis s'était vu forcé do se démettre de ses fonctions de grand-maitre de l'artillerie. Les généraux ne parlaient que de mettre cette capitale en état de siège, de fermer l'univers-ité et de renvoyer tous les étudiants

éfarangers à la ville; mais au moment d'aborder franchement les mesures contre-révolutionnaires conçues par la camarilla, le courage manqua au gouvernement ; il reconnut qu'il ne pourrait compter sur l'appui des bataillons italiens qui faisaient partie de la garnison.

Le conseil s'arrêta alors à d'autres moyens. La manifestation populaire du 16 mai fournit à l'empereur d'Autriche l'occasion qu'il cherchait depuis la révolution de quitter sa capitale et de 86 rendre dans le Tyrol. Cette détermination fut exécutée dans la nuit du 17 au 18. Ce fut, ainsi que nous l'avons déjà raconté dans notre coup d*œil sur les événements d'Italie, une véritable fuite è Yarennes. On comptait allumer ainsi la guerre civile dans les Etats héréditaires ; mais la garde nationale et la municipalité nommèrent aussitôt un comité de salut public^ qui maintint la tranquillité au milieu de l'irritation générale qui se manifestait.

Le plan des réactionnaires, à la tête desquels s'était placé r«rcbevéque de Vienne, consistait tout simplement à colporter des pétitions pour solliciter le retour de l'empereur, qui, disait- OD, ne venait d'être fcftcé de quitter sa capitale que pour se soustraire aux menaces dont il avait été l'objet. Ce plan fut mis à exécution. En même temps, le ministère, de faible et indécis qu'il s'était montré d'abord, était tout à coup passé à l'audace; il ne parlait que de la dissolution du corps armé des étudiants. Le parti de la cour, et les réactionnaires parmi les gardes nationaux, poussaient à cette dissolution ; car ils avaient intérêt à amener une collision dont l'issue leur paraissait être eœtaine, en présence des troupes de toutes armes que le ministère avait successivement fait entrer dans Vienne. Le dévoùment des jeunes gens, des ouvriers, du peuple, à la cause de la liberté, en imposa aux contre-révolutionnaires. Déjà on lisait dans une feuille de Vienne les lignes suivantes, qui peignaient

la situation de cette ville :

Ton m. 44

a Ccui qoi ont espéré arracher aa peaple les fruits de tt victoire, disait le publiciste autrichien ; ceux qui ont voulu Xé^ frayer par F enlèvement de Tempereur, doivent déjà reconnaîtra qu'ils ont joué un jeu bien dangereux pour la cause de la monarchie. Vienne est déjà tout habituée à vivre, à jouir da la liberté sans son empereur. Tout le monde sait maintenante quoi s'en tenir. La camarilla a voulu entraîner les provinces à la guerre contre la capitale ; mais les populations des différenteB contrées, mieux éclairées sur les récents événements, commeli* cent à condamner les projets perfides de roligarchie. An lien d'anéantir la révolution , les courtisans l'auront consolidée. Vienne songe déjà à constituer un gouvernement provisoire^ et i chasser les conspirateurs qui travaillent pour la contre-révolotîon. »

Pendant qu'à Vienne on prévoyait un état de choses propre à annihiler la monarchie, la petite cour d'inspruck, grossie par le roi de Bavière, rassemblait, dans cette dernière ville, le corjjs di|)I(>înati(jue, et lançait des décrets destinés à mettre la capitale à l'eu et à sang.

l/un (le ces décrets prescrivait l'abolition de Yuniv^eraité de Vienjœ. (Tétait jouer gros jeu ; car il elait à craindre que, par me- Fnrr de représailles contre le parti de la :our, les révolutionnaires de Vienne ne lissent déclarer la déchéance <le l'empereur. Mais les îétro;jrades savaient que Tenipire avait été placé sous la prot. et ion de la Russie, et (jue l'appui du czar ne lui manquerait pas, s'il se trouvait m entremis.

D'un autre eoté, l'empereur pouvait aussi compter sur le ban de Croatie qui venait de se déclarer en état de guerre avec les Iloiiirrois; et l'on savait que ce ban entraînait les Dalmates et les M^clavons, populations belliqueuses dont le secours pouvait être d'un grand poids.

Mais se luMrant ainsi d'illusions et croyant que ses volontés n éprouveraient point d'obstacles sérieux, l'empereur fitexpé*

DK lA KÉVOIUTION DR 1848. W

av ministère le déci^t contre 1* université, avec ordre de le exécuter.

Dans la matinée du 25 mai, le comte MontecucuUî, considéré comme un traître à la cause du peuple, déclara la légion académique dissoute et incorporée dans la garde nationale.

Cette notiiîcation ne fut pas plutôt connue dans Vienne qu'elle y occasionna un soulèvement général ; de grands rass^ipblements de peuple demandèrent le retrait de Tordre du jour ijestiné k appuyer le décret de licenciement.

C9p6ndant les troupes occupaient les principales places de la ville; elles empêchaient méine les coinimmicalions avec les faubourgs, et, dans certains endroits, elles traînaient des canons. Qn cria à latrahisanl et l'exaspération devint générale. Bientât on apprend qu un boiH|;eois a été tué par un coup de haîoimette. Los magasins, les boutiques se ferment ; on crie am arme^! et en un instant des barricades s élèvent autour de Faniversité comme dans les rues voisines. Les ouvriers des failbQurgs, après avoir enfoncé les portes, arrivent pour mettre la main h l'œuvre et fraterniser avec les étudiants. La générale bat, le tocsin sonne, la garde nationale prend position sur le Ilof et sur le Graben ; tout annonce une insurrection des plus formidables.

Vers le milieu du jour, on répand le bruit que la légion ccadémique est maintenue ; le peuple reçoit cette nouvelle avec joie, mais il nen continue pas moins ses travaux de défense, quoique les soldats paraissent dans de bonnes intentions. A deux heures, lattitude du peuple était des plus déci« dées contre les tentatives de réaction : toute la ville intérieure était couverte de barricades. Les ouvriers de tous les faubourgs, placés sur ces retranchements, sous les ordres des étudiants et des bourgeois, s'étaient armés de piques, de haches, de fusils, de pistolets, etc. ; ils annonçaient hautement leur résolution ^o mourir plutôt que délaisser triompher la oontre-révolution.

Ce ftlt en ce moment quG le docteur Goldinarck , très-atmé 4eB ^(liants, viat leur annoncer que le ministère venail de prochimer le maintien des conquêtes des 15 et 16 mai, et qa'il ferait rentrer les troupes dans leurs casernes. Mais le peuple ne voulut pas consentir à défaire ses barricades. uCe ((lie omis demandons, lisait-on en gros caractères sur les murs derCniver^ité, transformée en forteresse, c'est que la garnison quitte ta ville, et que le ministère garantisse formellement les conquêtes des 15 et 16 mai. » On demandait en outre le retour de l'anpereur, et enûn l'on exigeait que l'armée prêtât serment k le constitution.

Dana la soirée , le bruit s* étant répandu que te général "Windisgroetz marchait sur Vienne, à la tête de sii régimenls, l'agitation devint effrayante ; de toutes parts on se nût à Crier : les soldais hors la ville I La nuit fut employée k augmenter les préparatifs de résistance. Au jour, la ville tout entière présentait l'aspect d'un bouleversement générai dai rues, transformées en autant de bastions retranchés. Les bruhi de l'approche de Windisgraetz s' étant renouvelés, le toesiii ne cessa de sonner. On finit par être rassuré de ce cdté, In nouvelles qui arrivèrent des bords du Danube annonçant que le passage de ce fleuve était impossible en présence des nombreux ouvriers occupant les ponts de Tabor et prêts k les conper. N'ayant plus de crainte du côté de l'extérieur, le peuple s'occupa de régulariser la position qu'il devait i son attitude déterminée. Un comité de lalut public, composé de bom^eois, de gardes nationaux et d'étudiants, fut installé pour veiller li la sàreté de la ville, et principalement sur les droits du peuple ; et ce comité prit aussitôt la résolution de faire sortir de Vienne toutes les troupes qui n'étaient pas rigoureusement nécessaires pour te service de la place. Les portes de la ville devaient être gardées par les gardes nationale et bour^ geoise, la légion académique et les soldats. Les postes dépen-

dant du ministère de la guerre pouvaient seuls être gardés par des soldats. La sortie des troupes de la ville devait avoir lieu le plus tôt possible. Le comte Hoyos et quelques autres personnages importants devaient rester en otages pour la garantie des ooncessions faites au peuple les 15 et 16 mai, et de celles obtenues récemment. Quant au comte Montecuculli , considéré oomme le chef de la camarilla, il se sauva, avec la plupart de ses complices, dans les rangs des soldats qui quittaient la ville, et 190 rendit auprès de l'empereur.

Le lendemain, 27 mai, le ministre de la guerre, Latour, et le commandant général de la garde nationale, Auerspei^, quittèrent le ministère et Tétat-major général. Les autres ministres restèrent pour recevoir les ordres de l'empereur. Une notification portée à la connaissance du public annonça que le eomiii de sûreté générale avait pleins pouvoirs pour maintenir l'ordre et la tranquillité. On devait donc s'attendre à de grandes résolutions. Les étudiants de toutes les universités entraient en foule pour venir fraterniser avec ceux de Vienne ; des adresses de félicitation arrivaient de tous côtés h la population révolutionnaire de cette ville ; les républicains Rafner et Tinneza, tirés de prison par le peuple, étaient portés en triomphe, et enfin le vieux corps diplomatique se rendait h Inspruck, sans que personne songeât à retenir ces diplomates accrédités auprès de Ferdinand ('). On pouvait croire que la proclamation de la république h Vienne ne se ferait pas attendre.

Hais le ministre Pillersdorff , agissant encore au nom du conseil des ministres de l'empereur, crut qu'il devait profiter de l'incertitude qui régnait à ce sujet, pour engager la population dans les voies monarchiques. Après avoir demandé au comité de sûreté quelle garantie il of&ait pour la sécurité per-

(') Les diplomates qui ae rendirent à Inspruck furent les ambassadeurs d<i Russie, de Prusse, des Pays-Bas, de Oanemarck, et le nonce du pape.

fiminelle de TeroppriMir et de su famitle, ïl plissa dans l cbmotion annonçant la mise en sccusatioii des personnes qni avaient, été \& cause des (ivoiionninls du 25 mai ('), une phraw adroite pop ki)uc))o l'cmtjureur était instamment prié de ntourntr h Vicûûa aussi proraplemeol qu'il lui sùnit possible; vl, ditna le vim oii sa snnié l'en empêcherait, d'envoyer à sa pito» im prince de In faniillo impériale.

Ain^i. pendant qu(! la oapilale de l'Autriche ètaileo f céli'brer su délivniiicc. (juc les illuminations, les dcfUé^d garde natinniile, des otivrierH, de.4 éttidianls, en présenrc.1 comité de lalut pubUc, annom^nient les ré<iiillnl<i de œltr <m!<itJ!^ révolution, et proclamaient le triomplie du droit. Tempère 1» tour el cette nuée do réactitinnaircs rérugiês dans le Tyîl étaient sôrieusemeni iovitàs k nsntrer dans Vicnriu pour^ clouffer la révolution t On ne pouvait pas se montrer plai incon.'^équent !

Uisgpiis inlénssos nu iiiniiitii-ii île I^ iininartliie lïrenl nlof^H courir le bruit do l'abdication de l'empereur, croyant par H réconcilier bien des gens avec la royauté ; mais il ne se 1 roavait dans la famille impériale personne d'a^isez populaire poar que oelte abdication pût produire l' effet qu'on en attendait; ausBÏ abandonna-t-on celte idée, et l'empereur annonça sob retour h Vienne.

Les graves événements dont la Bohème et principalement sa capitale furent alors le theSlre, vinrent détourner un moment l'attention, absorbée depuis longtemps par les in.'^urrcC' tiens de Vienne.

Noui avons déjÀ dit quelques mots du congrès que les Allemands d'origine slave allaient tenir 4 Prague. Les joornaux

(') Le comtp Prenncr. le baron Peivin, les profoscors lire et Endlicber, (itTeutdi.'cr'eit'âil'iKva^iiou pourat^'ir SLii J''i»mtJKitesvt« leiMinte HoDtticocuIiitdknskbMt d«(los>mMr la pi>pulaiiuu(l'>l>i>ni,abudeUTi«rpltusd le pMple k 1* dwuiualioo <k« troupes impériale».

s'étaient plus (Tune fois occupés de la renaissance de cette race, et des hommes de talent avaient consacré leur plumé à encourager ceux deè Slaves qui poursuivaient la grande pensée du pensilvanisme.

Ce congrès extraordinaire s'ouvrit enfin, à Prague, le 30 mai, et présenta le spectacle inouï de membres de la même fiunille, habitant des contrées diverses, se retrouvant et se reeonnaissant après avoir éprouvé les plus grandes vicissitudes pendant des siècles entiers.

« Ce peuple, que les jésuites de la maison d'Habsbourg, ptr Hïie guerre d'extermination de Irento ans, réJuisirent en effet du nombre de quatre millions à quatre cent mille, et des hauteursdnrépublieanisTnefougueuxotévangéliqueàlafanged'une seperstition infime et lâche ; ce peuple, écrivait-on de Prague, se souvient aujourd'hui qu'avant sa dernière lutte contro Habsbourg, il avait triomphé pendant vingt ans sur la maison impériale de Luxembourg, en portant le glaive et l'Évangile par kmte l'Allemagne, très-abrutie alors (*). »

Malheureuse ment les premières résolutions adoptées par le eetigrès slave furent hostiles h l'Allemagne, et surtout h cette béroique ville de Vienne, qui, depuis le mois de mars, luttait •wc énergie contre le despotisme. Et pourtant, ce que voulaient les révolutionnaires de Vienne était également l'objet de toutes les pensées des Slaves. Ils voulaient, avec une nationa- Kté qu'ils avaient perdue depuis longtemps, la liberté, l'éga- Kté, la fraternité, pour lesquelles tant de peuples s'agitaient alors.

Or, la ville de Prague, où commandait en proconsul le géfliéral prince Windischgraetz, se trouvait placée sous le joug du

(>) Nous publions, aux iMèccsjuslificatives de ce 3* volume de VHisloire de la Révolution de 18<i8, la lettre aiis.<i curieuse qu'originale écrite au journal la Miférmê^ par un oorrc^pond8nt qui vemiit d'ossisifit à ee eoDgràttltfre.

sabre ; ce qui ne plaisait nullement à sa population, et moins encore aux nombreux démocrates polonais, slaves et allemands qui s'y trouvaient. Depuis longtemps le générai se refusait au vœu de la population, appuyé sur la loi ; ce vœu éiait relatif à l'armement de la garde nationale, objet de longues et de stériles négociations entre les autorités civiles et le commandant en chef militaire. Les esprits s'étaient échauffés à ce sujet. Le dimanche, jour de la Pentecôte, une dernière démarche fat faite auprès du général pour qu'il fit pourvoir à l'armement de la garde civique. Le général ayant de nouveau refusé les fusils, les canons et les cartouches qu'on lui demandait au nom de la loi, la population virile de Prague, parmi laquelle on comptait beaucoup de démocrates allemands, slaves et po« lonais, s'insurgea et se mit à élever des barricades. Le général ordonna qu'elles fussent démolies ; mais, au lieu de lui obéir, on en éleva de nouvelles. La garnison, qui était prête à agir, commença l'attaque des barricades, vers les quatre heures, par un feu de mousqiieterie très-vif ; le canon fut employé. Le peuple, loin de l«cher pied, combattit toute la soirée, répondant au feu de la ligne par un feu nourri parti également des barricades et des^ maisons qui les dominaient. Six pièces de canon furent successivement engagées contre la même barricade ; elle soutint deux fois lassaut des troupes et les repoussa constamment, après leur avoir fait éprouver de grandes pertes. Le colonel de F artillerie et le général Rainer furent tués dans la même rue, et tombèrent à côté de plusieurs officiers. La nuit seule mit fin à ce premier combat.

Le lendemain à midi, la fusillade recommença pour ne cesser qu'à huit heures du soir. Toute cette seconde journée l'arlillerie tonna contre les retranchements du peuple. Les troupes finirent par occuper quelques quartiers de la ville, mais toutes les barricades étaient restées au pouvoir des citoyens. « Le peuple s'accroît à chaque instant par les ren-

forts qui loi arrivent de la campagne» écrivaitron de Prague même; Firritation, Fexaspération sont au comble, la boucherie affreuse. Les étudiants sont partout ; ceux de Vienne commandent les barricades ; tous ont beaucoup souffert. Le nombre des troupes appelées de tous côtés, et notamment de la forteresse de Thérésienstadt, et réunies h Prague, est évalué à ▼ingf mille hommes. »

A la suite de ces détails sur les deux premières journées, la correspondance qui nous les fournit s'exprimait ainsi :

« Aucune nationalité n'est en jeu dans cette terrible affaire; e*eat tout simplement une lutte des opprimés contre les oppreifmn» des hommes libres contre le despotisme. Allemands , Slaves de toutes les races , bourgeois , ouvriers , étudiants , forment les rangs des combattants. La population de Prague s*6at divisée en deux partis : l'un, composé de la noblesse et de Faristocratie marchande, cherche la protection des baïonnettes autrichiennes; l'autre construit les barricades et les eouvre de sa poitrine. »

Conmie on n'ignorait pas à Vienne que les insurgés de Frague étaient animés d'une grande exaspération contre le prince Windisgraetz , ou se hâta d'envoyer sur les lieux le comte Mentzdorff, chargé de prendre le commandement des troupes et de mettre fin à cette lutte déplorable. Mentzdorff espérait rétablir la tranquillité. Mais comme le peuple exigeait pour première condition que les troupes s'éloignassent de la ville, Mentzdorff, voyant sa mission manquée, remit son commandement au prince, et le combat recommença avec plus d'acharnement. Le peuple se rendit maître de l'Alstadl (vieille ville), et Windisgraetz fut enfin obligé de sortir de la ville.

Mais tout ne fut point fini ; loin de là, Windisgraetz fit aussitôt occuper les hauteurs qui dominent Prague : le mont Lorenzo, le mont Jiska, la redoute Marié furent bientôt garnis

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de canons, dont le feu, immédiatement dirigé sar la déniai* tinuni, le Girolinum et le Theresianum , comineiiçft à £ûi« les plus grands ravages. Pendant toute la jouniéQ do l3i b ville fut lH)mbardée au point qu'il y eut peu de maisoiis (jn ne portassent les traces des projectiles lancés par les soUili i Prague oiTrait le spectacle de ruines.

Bientôt les assiégeants furent renforcés par de BonfdlM troupes; ce qui leur permit d* intercepter toutes les oommwifrcations de la ville avec la campagne, où le tocsin ««i^ipît, Sommés de mettre bas les armes, les insurgés répondiieat qu'ils étaient dans l'ahernative de vaincre on de «oinr, Tuulofois, on échangea les prisonniers, et les aneiens déleni politiques furvnt mis on liberté.

Li^rsque le soleil du 16 se leva sur la Tille de Plragoe* «pitre-vingts canons étaient en batterie pour acheyer de délniM iV fouer de la dcmocratie alU'Kcirkie. et un cordon de tronpm VenUii\Mt vlai)s un ivp;le l^ fvr. Les assièges avaient miâ U nuit .î îMvti? p» ur t* rt**. t /;ii:! :u-:s r« stes. Un iToavernemeiit j^rv^^-<. i^' i^Aît ^L'tc • -.'-i':: ;.. et il :*vait pro«:!ime la sainte n*j'\il'^:v:u«:* Oi* -.*-ii*«:T*:' ■:::.•>■ 'Ur le îi-ruteajct d-r lempereuf

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