‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 20 sur 38 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

firAnemenlsdela Prusse.— Candidature de FrMirio H'empirs d'Allemagne. -lié;, tf» de l'empereur d'Aulriche. — Le roi de Prusse prép&re la eonlre-revolalian. — 0«ïerluru de la dièle [irussienne. — Frédéric renforce ton année et envoie de« Itoui»* BurleBhlû. — Jl rappelle le prince héréditaire i Berlin. — Projet de DOcstKuldn ariBlocraliquB— Le roi caresse la garde nationale. —Elle ae eépate du peuple.— Les rtactlonnalree demandent la rermeluredea clabe, — Trahison des cooEtltutiopnrli. —La peuplH brise le projet de coDSlilution. — Intervention de la garde nationale. — EAct des injures adressées aux Berlinois par lea réactionnaires. — Le peuple s'oppose 1 la «ortie des fusilt de l'arsenal.- Le prince de Prusse à la diète. — Hesurea prO|iOiia par les modéras. — Les clubs résistent. —Réception faite par iCiadémocrales de DeillB )u chargé d'afTaire de France. — Bruits retatib & l'interventioa de la Rusait es Nisse. — InturrecUoo et prise de l'arsenal par le peuple de Berlin. — ArnieiDenl ^néral.— AIflcbes démocratiques.— Affaire du vicariat généralde l'empire. — La ItberU delà preasemenacée. — Entrée de nouvelles troupes i Berlin- Émeute ice sujet— Le roi se rend i Posldam. — Projets de contre -révolu lion appuyés sur l'armée.— Lutte entre la réaction et la révolution. — Projets de reconstitution de l'unité ails mande. — Obstaoles qu'y mettent las princas. — Ils elfraienl l*.ylemagtie de l'infision française. — Calomnies contra la république. — Action des sofiélés ympulairei ■ur l'Allemagne. — La diIIod allemande refuse de reconnaîtra la diUe geriiiainw

— Ses motirk.— La commission populaire des anquaiHt appelle une a«>embL>« wâUth nale représentant toute i'Allemapie.— Haine de JÂ diète et dngoaverMOMMecMiMli France. — Situation du grand-ducbé de Bade. -Tes démocrates de m paya appdal le peuple aux armes,— La république est proclamée iFribourg.-TrcrablwtAli-l» Chapelle, i Cassel et dans le Hanovre. — L'Allemagne à la veille d'une panda rtnluiion. — Déroute dea démocrates badois.— Vengeances detriactioonairM. cation de la letM de boucliers des républicains badoia.— Lutte entra la oon descinquante et la diète germanique. — Réunion de l'asiemblAe nationale allia

— Grave conQil engagé i Uajence entre les habitants et le* troupe* pniatii

— L'assemblée nationale de Francfort créa un meairt général de Ctmpin. • porte l'arcbhliio Jean i c«b fonctioni.

Malgré notre désir de consacrer exclasirement ce qaî noM reste encore de place dans ce lÏTre k VB'atoire de la BéoolutÎM de 1848 en France, nous ne pouvons nous dispenser de dire brièvement quelles furent les suites de la révolution de Berlin, fille de celle de février, comme celle de Vienne, de l' Allemagna et de l'Italie.

Nous, avons laissé le roi de Prusse ordonnant à ses troopea

elt à son fils, le prince royal, de quitter Berlin, afin de rassurer la population de cette ville sur les intentions de ce prince. Les événements de Berlin n'avaient pas fait perdre de vue au roi Frédéric que l'Allemagne était en travail de reconstituer reiupire; aussi ne négligeait-il aucun des moyens qu'il croyuit propres à assurer sa candidature.

<( Attendu que je me consacre entièrement k la cause do 1* Allemagne et que je vois dans la participation de la Prusse un moyen de la favoriser, s'empressa-t-il de dire dans un ordre du jour, j'ordonne que l'armée joindra immédiatement à la cocarde prussienne la cocarde allemande. ï>

U était évident que le roi de Prusse rêvait le sceptre impérial de TAUemagne, sans tenir compte des prétentions de Ferdinand d'Autriche. Ce n'était donc plus son peuple que Frédéric cajolait alors, mais bien le peuple allemand tout entier ; et la guerre des candidatures ne fut pas le moins curieux des épisodes de cette époque.

A la détermination prise par le roi de Prusse relativement à la cocarde allemande, Ferdinand faisait répondre :

c Les drapeaux de l'Autriche ont conservé jusqu'à ce jour les couleurs allemandes au milieu de toutes les tempêtes. Un prince autrichien a porté sur le Rhin un vivat à l'Allemagne, lorsque la Prusse persécutait encore cette idée. La maison de Habsbourg a pour elle l'histoire des siècles passés et l*ainour de ses peuples^ si elle veut maintenir son ancienne préséance dans l'empire d'Allemagne; mais l'empereur d'Autriche sait qu'aujourd'hui le choix ne peut venir que des représentants des peuples allemands et que ce choix doit rester libre.... » I La lutte établie avec son concurrent ne fit pas perdre de vue au roi de Prusse les manœuvres rétrogrades auxquelles il se livrait. Sous. prétexf% que Berlin n'était pas la Prusse et que le l roi avait eu la main forcée, on faisait signer des adresses ou- ^ Tertement contre-révolutionnaires, dans lesquelles on deman-

dait que Frédéric réuntt les députés aufouf de loi, hors de BD^ lin. Tout se préparait pour la contre-révolution : le roi faÎMiU entrer peu à peu ses régiments dans la capitale, ce qui agitait fortement la population.

L'ouverture de la diète, qui eut lieu au commencement du mois d'avril, fit une diversion momentanée à ces craintes. Il ne s'agissait cependant que de replâtrages constitutionnels, de vrais leurres , avec lesquels le roi espérait endormir les ci* toyens sur ses projets, en attendant que les soldats prussiens eussent fait avorter l'insurrection polonaise du duché de Posen.

Tout le mois d'avril fut employé par les contre-révolutionnaires de Berlin à renforcer l' armée par tous les moyens possibles. Et comme les Etats allemands des bords du Rhin étaient sans cesse exposés k voir proclamer la république , le roi de Prusse fit passer de nombreux corps de troupes pour soutenir les princes contre les démocrates. Frédéric ne négligeait riea de ce qui pouvait le mettre en mesure de rompre avec les révolutionnaires; il poussa le mépris de Topinion publique jusque annoncer qu'il rappelait q Berlin le prince royal le plus impopulaire des hommes.

« Aujourd hui, c'est de la Prusse que part le cri de détresse de la démocratie, lisail-ou dans le journal de Bruxelles la Nation. Les constitutionnels eux-mêmes sont attérés. Pour prix de leur condescendance envers les royautés lorsqu'elles élaient tremblantes, ils reçoivent en ce moment une déclaration de ^nierre; car le rappel du prince héréditaire de Prusse est regardé comme la première manifestation de la lutte ouverte; aussi commencent-ils à comprendre les fautes qu'ils ont commises.... »

— « La réaction est comi)lète en Prusse ! écrivait encore, dans les premiers jours de mai, un malheureux Polonais; tout y rentre insensiblement dans le premier état des choses; les deux gouvernements de Vienne et de Berlin donnent la main k la

Russie et travaillent avec la plus grande énergie à détruire tout espoir de régénération de la Pologne i»

Dans de pareilles circonstances , Berlin ne devait pas être tranquille ; aussi voyait-on journellement des manifestations dirigées contre la prochaine arrivée du prince et contre la marche du gouvernement. Le peuple voulait qu'on rétablit sur la porte du palais de son ennemi, les mots : Propriété nationale, qui Tavaient sauvé d' une dévastation complète, deux mois auparavant.

D'un autre côté, le projet de constitution présenté à la diète était fort mal accueilli par les révolutionnaires. « L'esprit royaliste et aristocratique qui a dicté cette loi fondamentale, di* saient-ils, est bien loin d*étre la pensée qui a éclaté à Berlin après le combat de mars. Ce n'est pas la satisfaire, c'est mystifier la nation. »

Cependant cette constitution, si peu en harmonie avec les idées démocratiques qui avaient fait la révolution, était aocneillie avec enthousiasme par la bourgeoisie enrégimentée , que le roi passait en revue et cajolait journellement. La réaction avait fait de cette bourgeoisie T instrument de ses intrigues contre-révolutionnaires, après l'avoir séparée du peuple. Deux mois après cette révolution , à laquelle la bourgeoisie avait prêté toutes ses forces, les aristocrates de Berlin, comme ceux de Vienne, de Turin, etc., avaient de nouveau séparé les bourgeois du peuple et des étudiants. C'était la garde nationale de Berlin, ou du moins les meneurs réactionnaires de cette garde, qui colportaient les pétitions pour demander le retour du prince royal (^), celles sollicitant une loi contre lesclubs, et enfin

(>) Les péUtkMW pour le retour da prince étaient éfidemsieot l'oauvre du parti réactionnaire. Go parti, obligé de se dire constitutionnel, voyait en lui son véritable chef. Le roi vaincu et humilié n'avait plus le prestige monareliî<|«e. Célali doue tntoar da prince que les rojaliatea ae aerraienU Aimé de Vênaéê «I craint du peuple, le prince était la viritabli «bif de i'aiifiichia

le transfert de l'assemblée nationale dans une autre yiUe.

<( La situation est bien changée! s'écriait un journal prussien h qui les progrès de la réaction suggéraient les réflexions suivantes :

<( Il y a deux mois, on n'avait plus qu'à décider quelle forme on voulait donner à la souveraineté nationale; aujourd'hui, il faut reconquérir un principe par une nouvelle lutte.

<( A qui la faute? Moins k l'adresse des souverains qu'à la trahison des constitutionnels. Le mot paraîtra dur; mais nous le maintenons comme juste. Se séparant du peuple, ils se sont réconciliés avec les princes, même avant que la victoire de leur parti se fût consolidée; ils ont fait tout pour briser la puissance populaire, afin de rendre au prince royal sa forcé pwdue. Dans leur coupable abandon de tous les droits de la nation , ils livrent aux princes la seule arme qui reste à une révolution pacifique : la puissance du principe de la souveraineté nationale.

« Grâce aux constitutionnels, concluait ce journaliste, l'Allemagne a fait une révolution pour recevoir sa constitution des

mains des princes régnant /;ar la grâce de Dieu L'Allemagne

devra ou se contenter des libertés et du semblant d'unité que les princes voudront bien lui accorder, ou faire une seconde révolution. Telle est la triste alternative à laquelle ce peuple est réduit par des chefs indignes de sa confiance. »

Pendant que les journaux patriotes de Berlin se li\Taient à ces réflexions, le peuple s'amusait, suivant l'usage, à faire des charivaris, sortes de protestations contre la marche des aflaires publiques. Cette fois-là, le peuple se mit à brûler publiquement le projet de constitution soumis à l'acceptation de l'assemblée nationale. Le cor d'alarme sonna, et l'on vit arriver

qui voulait avoir sur les marches du tr6ne un homme bien résolu d*y asseoir de uouveau la pui^^sanoe royale.

quelques compagnies de la garde bourgeoise. A cette vue, des cris se firent entendre ; mais cette garde se mit à dissiper les attroupements, qui se reformèrent vers les tilleuls, où ils se mirent à délibérer. On décida que Ton irait savoir du général d*Acboif pourquoi il avait fait intervenir la garde nationale et foit battre le rappel. Il répondit que les charivaris continuels avaient forcé F autorité d'appeler la garde nationale. On se mit à demander la démission du général, qui, disait-on, trahissait la cause de la liberté ; mais la garde nationale mit fin h cette émeute en chargeant et dispersant les rassemblements.

Ainsi, les réactionnaires étaient parvenus h compromettre la garde nationale et à la tourner contre le peuple. Heureusement, une partie de cette garde bourgeoise se rattacha plus fortement que jamais à la cause de la révolution par l'effet de la lecture des nombreuses adresses que publiaient chaque matin la Gazette de Vo$$ et la Gazette de Spener, adresses provenant du Brandebourg, de la Poméranie, de la Prusse occidentale, de la Lusace, etc., dans lesquelles les combattants du mois de mars et les Berlinois étaient l'objet de toutes sortes d'injures. Le défi venait d'être également jeté k la bourgeoisie par l'annonce de la prochaine rentrée à Berlin du prince royal.

La nouvelle révolution de Vienne et la fuite de Tempereur àl Inspruck contribuèrent aussi k rendre quelque énergie k la po4 pulation de Berlin. On la vit se porter k l'arsenal et s'opposer! au départ d'un convoi de fusils que le gouvernement envoyait dans les provinces pour l'armement de la landwer. L'arsenal fut remis à la garde de la civique. Enfin, cent cinquante représentants, retirés k l'hôtel de Russie, crurent de leur devoir de demander au cabinet s'il était vrai que Berlin fût entouré d'un cordon de troupes. Le fait était patent; toutefois, le ministère le nia.

Bientôt le peuple ne put plus douter que la majorité de rassemblée ne fût réactionnaire. Le rejet d'une proposition concer-

TOHB m. 47

lie ii»TOxii«

iirat l64 AàYW ib mort fut çiiaw d*im9 (pp»QdQ n«^^ fdtporté en triomphe le drapera dç la répndli^ii^ frui^w^ iâ population était exaspérée, quand le TQi 4® Pruaw ^ «QQ fihi ^ prince héréditaire, se présentèrent k l'asasmUé? !Mtioii|te^.OB paitconihien oe dernier était antîpathiq[ue wi B^UVWi vpfc «ppujé par Tannée, il se flattait de mofflr l9r^roiMf»0n«Kgfillli député par le cerde de Wirsitz, ie prince ivuMt >ttiWlwyyf9 fouarait toutes ses forces an grand ouvmge 4a 1» (wm^itUlJijDi tAkh monarchie constitutionneUe, qui» dit4L étiU^ ir^,îftr Tance par le roi, H déclara ensuite que, se» «Amw 1M lui||!f^ fnettant pas de prendre part aux délibératimil d^ b 4îà^ 3 priait qu'on appelât fton suppléant.

f I^ prince de Prussea &it une trifto mtràc» dam 1a mIIi (les séances, disait è ce sujet la Guem ^ (MffiM, et m fortî»! été encore plus triste. Ce motumjunsicr s'étant préwuté en «»

forme de générait quelques membres de la droite SQ l^T^ppnt} mais ils furent rappelés è leur dignité par les cris : Restes assiil Voilà, certes, de quoi mater 1* orgueil de monseigneur, quia'eH yanté d'avoir la vocation de mater la révolution; on un mot, cette réception ne contribuera pas peu h hâter les événement!, ne fût-ce qu en exaspérant le général qui est entré au sein dai Etats et a dû sortir dune manière si peu flatteuse. JjdA eoi)rtisans peuvent maintenant persuader i M. le prince qu'il e^t adoré de ses vassaux, »

Cependant les tiavaux de l'assemblée n'avançaient pas, An lieu do s'occuper des grandes questions que les circonstances avaient mises à Tordre du jour, la diète de Berlin ne s'était encore attachée qu'à des choses oiseuses et puériles. C'était aller au-devant des désirs de la réaction, qui semblait ne tra-^ vailler qu'à gagner du temps. Les contre-révolutionnaires de Berlin, comme ceux de Paris, se déchaînaient journellement contre le peuple et la démocratie, qu'ils faisaient calomnier sans relâche par les journaux à leur solde ou k leur dévotion.

Le langage furibond de ces journaux n'avait d'antre but que d'inoculer la peur & la bourgeoise, en lui faisant croire que les travailleurs ne rêvaient que pillage et vol, que sang et guillotine.

Heureusement pour la cause de la révolution , le côté droit de la diète se compromettait par un excès d* activité réactionnaire. Les modériê ne cessaient de proposer les mesures les moins modérées : ils voulaient &ire fermer les clubs et empocher les réunions patriotiques ; ils demandaient aussi que le siège de l'assemblée fût transporté dans une autre ville. L'arri* vée du prince héréditaire à Berlin fut un motif de recrudescence de cette fureur réactionnaire.

En présence de ces manœuvres, la démocratie rassemblait, elle aussi, ses forces éparses, et se préparait à la lutte. Des clubs patriotiques s'organisaient partout; les associations des tra* vaillours se multipliaient et devenaient menaçantes; les dis* cours les plus révolutionnaires enflammaient tous les esprits.

Go fut dans ces circonstances que l'envoyé de la république française en Prusse, le citoyen Emmanuel Arago, arriva & Berlin. Une députation démocratique se rendit aussitôt près de cet envoyé pour l'assurer de la sympathie de la population ber^ linoise. Il répondit que la mission qu'il avait reçue du gouver» nement français n'avait rien de contraire aux intérêts du peuple allemand; que la nation française offrait une main fraternelle à tous les peuples libres , et que la république ne désirait pour T Allemagne que la fraternité et la paix»

Malgré toute la réserve que lenvoyé français mit dans ses rapports non officiels avec les démocrates de Berlin , des vivota chaleureux en l'honneur de la république française, et le chant de la Maneillaùe^ prouvèrent au citoyen Arago que la France n* avait pas encore cessé d'être l'étoile polaire des peuples en fivolution.

Ce n'était pas sans motifs que les Berlinois auraient Touhi trouver un appui dans la France républicaine ; car, en ce même

momcQt, la contre- ré vol utioD se disposait à frapper les gnnds coups. On assurait que le ni, retiré à Sans-Souci, venait de conclure avec la Russie ua traité d'alliance offensive et il^fensîvo destiné à être mis à exécution sans te nioiadre retard. Quelque secrète que fût lenuo cette convention liberticide, dont le prince héréditaire avait été le promoteur, le hruil courut à Berlin que les troupes russes échelonnées sur In froalière depuis l'insurrection du duché de Posen, allaient entrer eu Prusâu, non pas pour faire la guerre A Frédéric-Guillaume, ainsi qu'on avait cherché k le faire accroire, mais pour aider U prince roy»l à mater la révolution. Il n'en fallut pas davantage pour exciter dos émeutes à Berlin. Les cris qoe faisaient entendre les nombreux rassemblements étaient dirignis conlrtM trahison. En ce moment, on s'aperçut que des grilles destinée) h fermer le château pendant la nuit, venaient d'être posées; le peuple les brisa et fut !«s jeter dans la Sprée. Après ct'tto expédition, les groupes se rendirent sous les tilleuls : l'alariDi.' se répandit, et ion fît battre la générale vers le soir, ce n'élail plus une émeute qui éclatait, c'était une véritable insurrection. La foule se porta h l'arsenal pour demander des armeset la retraite de la garnison. Suivant son habitude, le pouvoirne lança point la troupe de ligne contre les insurgés, mais bien la garde nationale, afin de la commettre avec le peuple. En effet, un capitaine de cette garde, après avoir donné lecture d'ane proclamation qui l'autorisait h faire tirer, si on ne se séparait pas à la deuxième sommation, fît croiser la baïonnellc et marcha contre les rassemblements, qui se dispersèrent en criant aux armes I L'arsenal fut assiégé. Des gardes nationaux et des soldats le défendirent ; il y eut des blessés et des morts; les ouvriers portèrent dans les rues un de leurs camarades toé par la troope ; ils faisaient eoteodre des cris de vengeance. Vers la nait on annonça au peuple, devenu très-menaçant, que les soldats allaient i{uitter l'arsenal, et que l'on donnerait des

armes & tous citoyens majeurs. Cette concessiou fut, dit-on, arrachée par la peur que le gouvernement eut en apprenant qn une foule d'ouvriers du dehors voulaient entrer dans lu ville. On fut obligé de fermer les portes.

Cependant les promesses de la soirée ne s* exécutaient pas : la troupe avait bien quitté l'arsenal aux applaudissements il; la population, mais on l'avait remplacée par un renfort de garde nationale. Les insurgés, fatigués d'attendre les armes qu'ils sollicitaient, se ruèrent sur la garde de l'arsenal, et le vidèrent complètement.

La nuit fut loin d'être tranquille. On annonçait la prochaine arrivée à Berlin d'un corps de troupes considérable, qui, assurti^on, allait être suivi par une division russe. C'était un bruit généralement accrédité, non-seulement en Prusse, mais dans toute l'Europe, que la Russie prenait ses mesures pour l' invasion inmiédiate de la Prusse septentrionale, dans le but de comprimer l'esprit démocratique qui faisait tant de progrès dans ce pays. On assurait que la démission du ministre Camphausen avait eu pour cause le refus du roi de faire connaître au cabinet prussien l'objet de la mission à Saint-Pétersboui^ du général Pfqel.

L'insurrection du 14 juin neut pas d'autres suites que celles de l'armement général du peuple. C'était sans doute beaucoup, car jusque-là il était livré aux baïonnettes des soldats, et même à celle de la garde nationale. Désormais la démocratie pouvait imposer à son tour aux partisans des Russes et aux réactionnaires. Peut-être dut-on à cet armement la résolution que prit l'assemblée nationale de Prusse, dix jours après , par laquelle elle suprimait la noblesse. Cette nouvelle, répandue dans la ville avec la rapidité de l'édair, y fut reçue avec enthousiasme ; elle valut à l'assemblée nationale un jour de popularité.

Les circonstances au milieu desquelles se trouvait le gouver-

nement da roi. rïnquiYtaîenl visiblement ; il reclotitait une levée de boueliere du parti républicain, dont les afDches impressionnaient vivement la popnlalion. Pour être en mesure, le gouvernement fui.sait approvisionner la forteresse de Spandau, et remplissait le cbâtean royal de cartouches.

Bientôt la mauvaise humeur de Frédéric-Guillaume s'accrut par l'éleclion de l'archiduc Jean au mcariat de l'empire. La diète de Berlin ayant reçu la notification de ce choix, le député Jacobi déposa aussitôt la protestation suivante :

« L'assemblée ne saurait approuver ta nomination d'oii chef du pouvoir central, par l'assemblée constituante de Francfort, lequel ne serait ni refpmnable. ni oMij^ envers l'a-isemhlée nationale. Mais elle déclare que l'assemblée nationale de Francfort n'avait pas besoin de l'assentiment des gouvernemenU allemands, et que, par conséquent, le gouvernement prussien n'a pu faire de réserve h ce sujet, »

Ce fut là la seule 6che de consolation que le roi de Prusse obtint de son échec A Francfort ; mais il se promit bien de ne pas laisser l'archiduc en paisible jouissance de sa suprématie aur l'Allemagne.

En ce moment, Frédéric-Guillaume menaçait ses chers Berlinois de les priver de sn royale présence ; on parlait heauconp du projet de !a cour de fixer sa résidence h K.oenigsberg et raéme à Dantzig. Le peuple, à l'intelligence duquel rien n'échappe, comprit aussitôt que ce projet devait aboutir à autre chose qu'on simple déménagement. Kœnigsherg et Dandig touchent aui frontières russes. De nombreux plicards éventèrent le but seeret de ce caprice royal, et U conr fut oblî^ d'y renonoef.

La police, que ces placards courrouçait jonrnelleméDt, too^ lat réduire la question de la liberté de la presse k une question desimpie voirie : elle prit sur elle de défendre l'affichage el mène k distribution des feuilles Tolantes sur U TOie publh

Dl LA BÉVOiDTION DE 1848. «H

que, litt olub démooratique %'éamt 49 oes ppétentions ; 4e oombroQl aUroupements se fonq»àreat} on y déoid» 1* envoi 4'uae députatioa au miqUtrede la jurticte» qui promit de w pai laisser porter atteinte i la liberté de la peasée.

La Tille de Berlin se trouTsit alors dans iinf de oes situa* tiens délicates où le moindre événem.wt provoquait des troa* blés. Une grande agitation se mani&sta le 7 juillet à l'oocasion de l'arrivée d'un nouveau régiment de ligne. On se réoria con^ tre les manœuvras de la réaotion i qui tendaient i faire rentrer en détail et par fraetien les porps de troupes dont le peuple avait obtenu le renvoi, P^ns eette affaire» lagardf natienale

ae rapprocha du peuple, pour défendre ce qu'elle considérait cmime ses prérogatives, ^le voulut d'abord s'opposer à rentrée du régimwt, en s' emparant des e^sernes qui lui étaient

destinées ; mais la crainte de feire éclater une sanglante ooUi^ aion la décida de s'en prendre au magistrat qui avait permis Ventrée en ville des corps militairea* sans avoir oonsnlté Tétat*

major. Les clubs de toutes les nuances mirent cette affaire è

leur ordre du jour, et la traitèrent comme une question de principes. Us se firent aussi les au:iiliaires de l'assemblée na* tionale, en s occupant avec ardeur de l'élection du picQtn df

Le lendemein de cettç crise , le roi 4e Prusse se rendait è Postdum. Là, au milieu de nombreux eorps de troupes acquises h la réaelion, il m disposait h fWipper un grand coup contre sa

capitale. Le projet des royalistes consistait à remplir de troupes les environs de Berlin , et k marober sur la ville . à un signal donné, avec la garde royale et le corps d'srmée réuni & Pestr

dam. On aurait aussitôt déclaré le /(qf<»* dêt réÇQlvIiimt e( des

^^wrreclîcm en état de siège. Lee corps mobiles, lânii qu nns partie de la garde natipnsloi devaient litre disseus et désannési

le reste se'dèvine aisément lorsqu'il s'agit de 11 £|ctîeA des

I^ conspiration conlre-révolDlionniape fut. celle foisencoi*, déjoué*! par la vigilance des sociétés pntrioliqiies dont Berlin était rempli, sociétés qui correspondaient avec toutes celles de la Silésie et des autres provinces éclairées du royaume. P«i des afpiclies , dans lesquelles les projets des royalistes étaient minutieusement exposés, et principalement par les craintes d'une intervention russe en faveur de 1" aristocratie, inlenrenlion que les clubs déclarèrent imminente, si la popnlation de Berlin tout entière ne se prononçait pas contre la coopération liherticide de la Russie, les démocrates conjurèrent ce danger; et le parti du prince héréditaire dut ajourner encore ses vengeances.

Ne voulant plu9 être trompés par les ministres et les diplomates, les démocrates composant U société des Droits du peuph de Berlin, décidèrent :

• Qu'il était du droit du peuple d'obtenir communication des affaires diplomatiques, dès que le gouvernement les avait terminées;

■ 0"^ le temps de tenir secrète toute relation politique était pa«<é; puisque le gouvernement ne devait plus les traiter i^u'au nom du peuple ;

« Et enfin, que les députés représentant Fopinion avanoéa du peuple, seraient priés d'inviter le gouvernement i donner inunédiatement comninnication de la correspondance dïplomatiqne , et notamment de celle relative aux rapports de h Pmsse avec la Russie. »

La toeiité de» Droit* du peuple avait la bonhomie de croire que le gonrernement réactionnaire dn roi de Prusse s'empresserait de lui lirrer ses secrets, et qu'il se trouverait, dans le cabinet 'de Berlin, an autre Delaporte qui voudrait se faire renvoyer devant la hante conr, destinée k juger les traîtres è la canwdu peuple!

Pendant que l'esprit de la démocratie, après avoir lait ex-

rv

plosion en Autriche et en Prusse» se trouvait réduit , par les intrigues des royautés, à lutter incessamment contre l'esprit réactionnaire, l'ancienne confédération germanique, cest4dire tous les petits royaumes et principautés de TAllemagne proprement dite, se trouvaient ballottés, d'un côté par les élans révolutionnaires qui poussaient les peuples vers la république, de l'autre côté , par les efforts de la contre-révolution , pour dompter le torrent.

Nous avons déjÀ dit les événements qui agitèrent ces contrées diverses pendant le mois de mars, époque qui faillit être & jamais funeste pour tous les rois et princes entre lesquels le congrès de Vienne avait partagé le saint empire. L'ébranlement général produit par la révolution française de 1848, avait trouvé ces peuples fort mal disposés pour le despotisme qui les écrasait; aussi des insurrections redoutables éclatèrentelles partout, h Trêves, à Luxembourg, à Dresde, en Hanovre, en Bavière, dans le Wurtemberg, dans le grand-duché de Bade, etc., etc.

L'idée qui dominait tous les révolutionnaires allemands était la reconstitution de l'empire d'AJlemagne, ou plutôt la fusion de tous les États en une Allemagne compacte, que les démocrates de tous les pays croyaient pouvoir organiser en république.

Mais les princes existaient encore; ils n'avaient fait que courber la tête pendant l'orage, et se disposaient à la relever après. Les révolutions qui les avaient troublés ayant eu pour cause déterminante l'explosion de la démocratie française, et tous les peuples allemands ayant crié : Vive la France I il entra dans le plan des contre-révolutionnaires de présenter cette France républicaine comme une nation turbulente, prête h faire la guerre aux peuples allemands, pour arrondir ses frontières. Dès la fin de mars, le ministre de Gagern, qui fut constamment et

sans s'en douter peut-être, l'àme de la réaction en Allemagne, \^ TOMi vu 48

Ciit \f) (rislo couni^ lic déclnrcr h in ficctinde chambre de» f^1at<i tlo ne-ise-DarinslRtll que ie gouvfirDemeni avait »Je fort» roolife tlocraindroquoiapaix ne t'dt troublée cd Europe; que la guerre paroiiioit iiuminCDtc oiilre l'AlIoDingne et la France, attcoda ^uo !o goiiv'jriioraont fmnçûis laissait faire *ur son terriloin lies arniomrnis oynnt pour Imt de roorerser, en Alletnagiw. l'ordre do choses exislaiil. En conséquence, ce mini^^tre demanda un vote de confiance, qui lui penult de faire face au évenlualilcs do collo guerre.

Le» gourernoments princiers de Bade et du Wurtemberg M restèrent pas en arrière de ces calomnies contre la républiqoe frnnrnisio; toui les efforts dos petits princes rognant sur les bords du Riiin tctidirenl au même but, celui do créer des ennemii è la France, celui de faire craindre l'esprit qui dirigeait la déraoeratie francntse. Ainsi, tondis que te bon sens des peaplea dei'AlletnagnelL'iir fiiisnit redouter la pré-sence des hordes do Nuiil, h: ■■ '^ .".\::. ;\-a:ii ii(s controrévolijlionnaires des Ftats de l'Allemagne liraient parti des moindres circonstances pour ndisposer les populations timorées contre les prétendus pn^eli des républicains français.

« 11 n'est sortes d'intrigues qui ne soient miseB en jen pir les princes allemands contre la France, lisait-on* sons la dris du 10 avril, dans uo journal qui indiquait ces basses manosB- Très. Dans toutes les petites diètes et les conciliabates des ooorlisaos, c'est h qui se démènera le plus actÎTemeot pour donner le change aux esprits et les entraîner dans une gaerre fratridde contre la France. L'empereur Nicolas a promis son concours A cette condition, et les princes, manœuvrant en oonséquenoe, ont donné ordre à tous leurs agents de payer de belles parole* lo gouvernement provisoire de la république, et de loi nnin le plus possible.

« La révolution française n'a qu'un seul allié en Allemagos : le peuple. A la véntAt cet in&tigable ne s'endwt pas ; la dièto

de FraDcfort a été mûrie par rassemblée populaire, nous le savons; mais cela ne sufût pas ; la diète privilégiée, dissoute de fait et de droit, existe nominativement, et, nous le disons, c'est beaucoup trop. »

La république française aurait pu répondre à toutes ces calomnies incessamment répétées dans un but hostile en brisant les trônes de ces princes qu'inspirait le génie malfaisant do la diplomatie russe et des Metternich (') ; elle eût pu le faire facilement, aux applaudissements de toute TAllemagne. Par une généM)sité mal entendue, elle souffrit que des pygmées Finsultassent, comptant un peu trop facilement que les peuples ne tarderaient pas à la venger.

Le peuple allemand, dirigé par ses sociétés populaires, fit bien tout ce que Ton pouvait attendre de F esprit de liberté qui ranimait ; mais il avait contre lui tous les gouvernements, que les insurrections n'avaient fait que modifier dans les formes sans toucher au fond, et ces gouvernements, soutenus par l'aristocratie et par les armées, généralement contre-révolutionnaires, étaient encore trop forts pour céder facilement aux peuples. Non-seulement les princes avaient donné mission à leurs nombreux agents de créer des ennemis à la France, en faisant sus-* pecter ses intentions, mais encore ils travaillaient de toutes leurs forces à étouffer l'esprit révolutionnaire qui tenait les nations en haleine.

La vieille diète de Francfort, la plus réactionnaire de toutes celles que les divers États de l'Allemagne devaient au privilège,

(1) Il ne faudrait pas croire que, parce que Metternich avait été forcé de qniU lar l'Allemagne, oe fameux personnage eût renoncé à son rôle de mauvais génie de l'Europe. Une correspondance, bien renseignée, nous apprenait qu'à cette même époque, il existait à Londres un triumvirat composé de Louis- Philippe, Metternich et Guizot, travaillant sans relâche à faire avorter les infiirrictionf populairet. Quelque temps après, la publication de la lettre de Hettamich m prinoa Wiadiagraeta initia les peuplée aux aecrets de cet infer* nal oomilA»

étnit, elle aussi, restée debout au milieu de la lourmente révolutionnaire qui avait agité naguère toute l'Allemagne; elle cnil que sa mission était d'endormir les peuples et de les réooncilier avec leurs souverains. Le peuple allemand répondit à ses proclamations par le manifeste suivant :

« Pour la première fois, disait cette adresse qui doit être conservée comme l' un des plus précieux documents historiques de l'époque; pour la première fois, depuis trente ans. le peuple allemand entend avec surprise la voix de la diète qui engagea la concorde les peuples et les souverains, La nation allemande a accepté cette invilation d'une part avec moquerie, de l'autre avec une juste indignation. Maintenant qu'un des plus puissants trônes est tombé et que la vague bruyante de la liberlé des peuples frappe menaçante à tous les autres trônes, on uou« leurre encore de promesses. Confiance et liberté de la presse, nous crie-t-on. Sur le champ de bataille ensanglanté de Leipzig, après la victoire bravement remportée par les peuples, les princes s'étaient agenouillés en jurant liberté pour leurs paiples. Ils ont manqué à leurs serments, à la foi jurée, car aucmie de toutes ces promesses ne fut tenue ; et au lieu d'obtenir k liberté, la nation allemande fut courbée sous l'oppression et li honte, et chaque gouvernement allemand fut soutena dans a» actes les plus révoltants par la diète, qui a toujours été un enpêchement au développement intellectuel de la nation «liemande.

« La diète a-t-elle jamais engagé les princes k tenir lean obligations envers les peuples ?-^Non 1

« La diète a-t-elle signalé au duc de Nassau son tort loraqa'fl s'appropria les domaines de l'État et fit mettre en prison 1er nobles députés du pays qui s'y opposaient? — Non I

« La diète a-t-elle entendu la voix du peuple allemand et le cri d'alarme des Hanovriens à lapertede leur constitution? — Non:

« La diète a-t-elle remis h la raison T immoral électeur de Hesse, lorsqu'il dissipait avec sa concubine les millions du pays appauvri? — Non I

« La diète a-t-elle protégé les pays allemands de Schleswig et Holstein contre le roi de Danemarck? — Non I

« Cette diète a-t-elle empêché le roi de Prusse de faire mitrailler les tisserands affamés de la Silésie, au lieu de les nourrir avec les millions qu'il a dépensés pour fêter une reine étrangère? — Non I

« La diète a-t-elle retenu cet hypocrite et coupable poète de Bavière dans ses actions noires et sa conduite impudente lorsqu'il lit d'une baladine espagnole une comtesse, à la honte du peuple allemand? — Non !

« f^a diète a-t-elle demandé compte à cet arrogant prince de Saxe, qui a fait mitrailler les bourgeois de Leipzig ? — Non I

« Cette diète a-t-elle demandé une indemnité aux faux monnayeurs de Cobourg, qui ont trompé le peuple allemand pour des centaines de mille thalers? — Non I

« La diète a-t-elle empêché les gouvernements prussien et autrichien d'employer les guerriers de leurs États comme valets de bourreau en Pologne et en Italie ? — Non I

« Cette diète a-t-elle eu soin que tout allemand à l'étranger eût la protection qui lui appartient? — Non! mais elle a congenti qu'on exilât de Prusse les nobles hommes de Bade , Itzstein et Hecker, comme de misérables malfaiteurs.

« En conséquence, la nation allemande ne reconnaît plus aucune diète, ni ses décisions prises ou à prendre.

« La nation allemande ne craint nullonent la nation française ; elle y reconnaît, au contraire, une sûre caution de sa future liberté.

a Le peuple allemand veut : La liberté de la presse ; un parlement général; dissolution du système des deux chambres; diminution de la liste civile et pensionnaire ; la dissolution de

l'armée, cette camisole de furce pour tous les peuples, cet marionnettes des princes, et, par contre, l'armemeot général du peuple.

a Si ces demandes ne sont pas pleinement et à l'iaslantacoordées au peuple allemand, concluait rudmsso, alure l'avenir prouvera qu'il saura les olileiiir pur une outre voie.'

H Le peuple allemand sera uni et formera un tout avec jws Ois, quoiqu'ils paraissent séparés de lui, élaiil eneoro habillés aux (douleurs dc^t princes, et le beau jour nnltra qui doit noua réunir tous sous un seul drapeau noir, rouge et or, en une seule Allemagne. Vive la Frattce! vice [Allcmngne uniel »

Le peuple allemaad contestait aiuNÎ h la diète de Francfort le droit de parler et d'agir en son nom, et surtout à cetni des peuples d'Allemagne en révolulion. Ce qu'il voulait, c'était une assemblée nationale constituante élue par le suffrage direct ('), et représeotant tout le pays allemand. En atleiidnnl la réunion de cette assemblée nationale, la commission populaire dite des cinquante, dont nous avons déjà fait connaître l'origine et les vues, venait de publier son programme politique, sous la forme de r^olulion*. On y lisait que l'Allemagne repoussait de toutes ses forces l'ignominie du partage de ta Poiogne, et qu'elle considérait comme un devoir de tracailkr à la re$titution de la Pologne pour les Polonais.

I>a diète de Francfort, que nous appellerons la diète germanique, afin de la distinguer de toutes les autres assemblée* qui siégeaient ou allaient siéger, se trouvait donc en lutte ou^'erte avecla commission populaire des cinquante; le courant de in révolution devait l'eutialner ; mais elle manœuvra avec l'babi-

(■) Lb proclamation émanée Sa la commission des einguanle h Fr4nafgrt b'pï primai [ uiiisi au siijel di? celle cIcdioH : • Aucune différence de cniidilion, de rorlune, ni de croyance ne limitera le liberiédeeélccuons.Tuut citoyen de l'Ëtat, majeur et bonnâte, est électeur dans sod pays et éllgiblo dans IodW l'A

leté ordinaire des disciples de Machiavel ; elle se courba un instant pour laisser passer l'orage; on la vit même suivre les prescriptions du comité populaire à l'égard des élections au parlement national. Mais, au milieu de cette déférence pour la seule autorité que le peuple reconnût , la diète germanique ne laissait que trop apercevoir qu elle était dévouée aux princes et non à la nation allemande. Cétait elle qui avait fait renvoyer l'ouverture du parlement allemand au 18 mai, dans le but de donner le temps aux gouvernements princiers de concentrer des troupes fédérales sur le Rhin, afln d'être en mesure d'étouffer tout mouvement révolutionnaire qui aurait pu éclater de ce eêté, et de pouvoir maîtriser le parlement. Au surplus, tout trahissait, de la part de la diète germanique, comme des gouvernements, la haine de la France républicaine. M. deGagem, ministre hessois, ne dissimulait pas cette haine ; on l'entendait journellement expliquer l'envoi des nombreuses troupes de la confédération sur le Rhin, par la nécessité de garder les frontières contre l'invasion de la France. Mais le soin que prenaient les gouvernements de transporter les troupes du Wurtemberg dans les Hesses, et celles des Hessois dans les États de Bade, etc., démontraient assez qu'ils n'avaient d'autre objet en vue que d'opposer des soldats étrangers aux révolutionnaires patriotes. Nous verrons bientôt dans quel but ce déplacement avait été fait.

Parmi tous les pays situés sur les bords du Rhin qui cherchaient à entrer dans les voies ouvertes aux peuples par la révolution de février, le plus avancé était sans contredit le grandduché de Bade. Les habitants, aigris par le despotisme sous lequel ils avaient vécu jusqu'alors, paraissaient disposés non-seulement à réclamer les formes constitutionnelles, mais encore k vouloir en finir avec la monarchie. Les mesures militaires adoptées par le gouvernement avaient exaspéré les masses, et dta dipatationa démocratiques se succcédaient joomellement

deia province i la capitale. Ces députalions ne parlnienl i!e rien moins que de forcer le grand-duc à abdiquer, afin d'âlablir UD gouvernenienl populaire, ou, en d'autres termes, une république.

Menacé ainsi par les démocrates du pays et par ceux qui se rassemblaient sur ses frontières du côté de la Suisse et de la France, le grand-duc avait obtenu l'envoi dans ses Liais d'ao grand nombre de régiments appartenant h la confédération On savait h Carlsrnlie que Herwegli et Bornestedt réunissaienti Strasbourg et sur la frontièreduRbin, une légion répubticaine allemande, et qu'une fraction de cette même légion, sous les ordres du patriote Beelter, était rassemblée & la rroutièn Suisse. Déjà des fraternisations Journalières avaient lieu eotn les légionnaires républicains et les soldais du grand -duché' de Bade, qui ne cessaient de faire dire aux chefs de la démocratie : « Venez avec vos hommes; noua ne sommes pas contre vous.» Les démocrates étaient donc assurés d'être accueillis en libérateurs par les troupes badoiscs ; mais ils ne se dissimulaient pas que la noblesse , la haute bourgeoisie et la bureaucratie du pays s'étaient prononcées contre les républicains, et que ces royalistes seraient appuyés par les troupes de la Hesse et du Wurtemberg. Ils savaient aussi que le roi de Prosse, comnw membre de la confédératioD germanique, avait fait filer betsconp de troupes dans les provinces Rhénanes, et queoes troupes étaient prêtes À agir contre tout mouvement rérolatioiuiaire qui éclaterait sur les bords du fleuve, ou dans l'Allemagne méridionale.

Tout i coup on apprend que les démocrates réunis vers le cercle du lac de Constance ont lancé une proclamation dans le grand-duché, par laquelle ils appellent le peuple i reconquérir ses droits à main armée, et i se réunir, dans ce but, le 14 avril, à Donaneschingen, où se trouvaient les corps francs allemands. Cette proclamation fut le signal de l'insurrection qoi

devait emlrasser les bords du Rhin, depuis Bâle jusqu'à Hanheim. Aussitôt, la légion allemande, dite de Paris, traversa le Rhin, sous les ordres du poëte Herwegh, tandis que mille démocrates allemands de la Suisse eflectuaient le même passage plus haut.

Lçs premières nouvelles de cette invasion du grand-duché forent favorables k la cause de la démocratie. La république fat proclamée dans le cercle de Constance, à Fribourg, en Brisgawetdans plusieurs autres contrées méridionales du grandduché. On annonçait que les colonnes de Hecker et de Struve grossissaient à chaque pas; qu'un autre chef démocrate, Wrishaar, avait chassé la garnison de Lorrach ; que le général hessois. Gage; n, avait été tué par les chasseurs de TObefland, et enfin que ie 4* régiment d* infanterie badoise était passé du côté des insurg<s, qui, disait-on, ?e portaient sur Garisruhe, pour y renverser -e gouvernement bâtard du grand-duc.

Des troi blés graves éclataient en même temps à Aix-la-Chapélle, où i;ne collision avait lieu entre le peuple et les troupes, n y avait ( u bien des personnes tuées ou blessées, et la tranquillité n était pas encore rétablie six jours après cette collision.

Une révolte beaucoup plus caractérisée venait aussi de prouver aux ministres et aux créatures du petit prince de Cassel qu'ils ne possédaient pas l'affection du pays. Le peuple commença à irianifester sa haine par des chansons, qui s'adressaient également aux ministres passés et aux ministres présents. Des hommes de la garde civique ayant voulu rétablir l'ordre, furent maltraités. Un piquet de gardes du corps s étant permis de faire feu sur les rassemblements qui passaient devant leur caserne, une exaspération difficile h décrire s'empara de tous les esprits.' On se mita faire des barricades dans toutes les rues; l'arsenal fut pris d'assaut et les armes enlevées. Les gardes du corps se

virent dans la nécessité de prendre la fuite. Leur caserne ayant TOMB m. 49

été envahie, le bourgmestre eut bien de la peine h empêclui qu'elle ne fût réduite en cendres.

Le départ des gardes du corps ayant calmé l'irritation, les citoyens déclarèrent que les barricades ne seraient détruites que lorsque les gardes seraient licenciés et leurs ofûciers mis en accusation. Ces derniers étaient tous de jeunes aristocrates qai avaient annoncé quelcjues jours auparavant qu'à la pro* mière occasion ils feraient exécuter des charges contre les bourgeois. Ces bourgeois venaient de leur prouver que le peuple sait braver les menaces des tralneurs de sabre.

Dans le IlanovTe, un mouvement républicain avait éclaté au milieu de la ville d'Uildesheim. A l'occasion de l'arrestation de l-8Vocat'Weinhagen, commandant en chef la garde civique, la population s'était levée en masse, avait chassé la troupe, mis en prison le landralh (commissaire d'arrondissement), et s'élaït barricadée, en attendant d'avoir fait accepter ses conditions- Tous ces mouvements insurrectionnels portaient donc â croire que l'Allemagne entière était à la veille d'une grande révolution politique et sociale, propre à opérer sa coniplète transformation. Ce qui se passait sur les bords du Rhin devait donc attirer l'attention du monde; car, si la hardie entreprise des chefs de la démocratie allemande eût été couronnée de succès dans le grand-duché de Bade, on pouvait s'attendre à voir les autres États des bords du Rhin arborer Le drapeau de la liberté.

. Malheureusement pour les peuples de ces contrées , la tentative des démocrates sur le pays badois ne tarda pas à se changer en une déroute déplorable. A peine les diverses colonnes d'ouvriers allemands avaient-elles pénétré dans le grand-duché, que le gouvernement de ce pays, mis en état ■le résister à toute invasion à main armée par la réunion des troupes wurtembergeoises et hessoises sur les points menacés,

fit cerner ces colonnes par les baïonnettes de ses voisins. Les républicains, mal armés et sans munitions, furent mis dans une déroute complète, après s'être battus comme des lions : ils se sauvèrent, les uns en France, les autres en Suisse, laissant entre les mains des soldats wurtembergeois et hessois deux à trois cents prisonniers, dont le sort dcint des plus affreux; plusieurs furent fusillés sur place. Le courageux publiciste Bornestedt, qui se battait avec la plus grande intrépidité, périt sous les coups des baïonnettes wurtembergeoises, ainsi que plusieurs autres démocrates distingués. Charles Bœrnstien, Herwegh, Lœvenfels, furent assez heureux pour gagner la Suisse ou la France. Le fameux chef Struve et une trentaine d'Allemands formant les débris de la colonne de Bornestedt, atteignirent Strasbourg, après avoir vu tous leurs détachements anéantis. Hecker, Wrishaar et quelques autres chefs ne trouvèrent leur salut qu'en se jetant en Suisse, après la chute de Fribourg. Les Wurtembergeois avaient impitoyablement massacré tous les démocrates , chefs et ouvriers , qui étaient tombés entre leurs mains.

Comme partout, les réactionnaires se montrèrent altérés de sang et de vengeances. Quoiqu'ils n'eussent vaincu que par le secours des baïonnettes étrangères et que, même & Heidelberg et à Manheim, il eût fallu le concours des troupes de la confédération, pour empêcher, la proclamation de la république, le grand-duc traita les insurgés comme un ramassis de vagabonds, n'ayant aucun appui dans le pays. L'état de siège fut proclamé; les commissioijs prévôtales se mirent & fonctionner; l'on procéda au désarmement de tous les citoyens, et Ton demanda même à la Suisse l'extradition des Allemands qui s'y étaient réfugiés. Les libertés promises furent séquestrées. C'est ainsi que Y ordre fut rétabli dans le grandduché de Bade (').

(I) Le gouvernement de la république française, qui avait assiste Tarme au

Quelques jours après ces événements, on lisait, dans une correspondance allemande, l'explication do cetle levce de boucliers; c'était en même temps une accusation terrible contre la conduite de la France.

« Les patriotes du grand-dtiché de Bade, disait celte correspondance, avaient demandé que l'on formât dans leur pays une assemblée consliluanle , à qui serait soumise la question du système futur de gouvernement : on savait que la plus grande partie des Badois voulaient la républiqut;; on ne les écoula point. Les républicains furent forcés de recourir aui armes; le gouvernement badois ne trouva point de forces b leur opposer dans le pays, l'armée étant pour la république; mais d'autres Etals de l'Allemagne, le AVurtemb^rg, le Nassau, la liesse, prètèrenl leurs soldats, pouraccabler, sous !e nombre des troupes régulières , des paysans, des bour.;eois. des ouvriers, plus forts de leurs dioils que de leur foi ce. Mais leurs concitoyens en France, les ouvriers allemands allaient arriver è leur secours, et la victoire pouvait marcber avec la sainte cause des peuples.

« Cependant que fit la France , la France qui déclarait ne plus reconnaître les traites de 1815? I-a France pouvait, devait même s'opposer à l'intervention des troupes étrangères dans le ducbé de Bade. Mais loin de là, elle s'oppose à ce que les républicains allemands se munissent d'armes en France, pour aller au secours des leurs. Ce que Louis-Philippe avait fait pour le Sonderbund, la république française n'a pas voulu

bras àls déraiie des républicains badois et qui même y avnit coniribué par ta conduiie irùï-peu républicaitie et très-peu friiteriielie envers les peuplei, eiil cepciidaut TtHranj^e courage d'euvoyer un diplomate à Carlsrulie pour implorer la pitié du graiiil-duc à l'égard des pri^oiiuiers! Mais ou assurait que cet envoyé n'avait (as osé intervenir en faveur des vaincus, par la crainte d'un refus plus que problable, vu lit diipotitioni hotlilti A la Franc* de ta pari év gouveTntmtnl badei*.

le faire pour les républicains allemands ; mais, mieux que cela le gouvernement françaiâ s'est fait dictateur. Fickler, un dc: chefs républicains, avait demandé, avant la levée de boucliers si Ton resterait neutre en présence de l'insurrection badoise . ou si Ton mettrait obstacle à l'invasion armée des ouvriers allemands. Eh bien! au lieu de lui donner une réponse quelconque, la république s'adressa à l'ancien gouvernement, lui communiqua les plans des républicains, en l'assurant de ses bonnes intentions et de son aide contre le parti démocratique. Ce parti a succombé depuis ; la France ne s'en est aucunement émue. Le sang des Polonais, des Italiens, a coulé à flots dans leurs eflbrts héroïques contre l'oppression exercée par des princes étrangers à leur nationalité, et l'on assiste tranquillement au spectacle de ces eflbrts et de ce sang perdu. Appelezvous cela donner des gages à l humanité I

« Et vous croyez trouver la justiQcation de cette cruelle inaction dans le désir de ne point compromettre votre première^ votre plus universelle alliance^ l'esprit des peuples et le génie de la civilisation? poursuivait cette correspondance en & adressant toujours au gouvernement de la république française. Mais cette alliance universelle ne lavez-vous pas déjà compromise? Ne venez-vous point, au nom de la république, de renoue: vos relations diplomatiques *avec ce roi de Prusse, le mitrailleur de ses fidèles Berlinois, le bourreau des Polonais, l'allié presque avoué de Nicolas? Pourquoi cet envoyé près de la diète germanique, oppresseur né de la souveraineté du peuple allemand? Pourquoi, au nom du peuple français, n'avez-vous pas proclamé la liberté du peuple allemand? Ne voyez-vous pas que c'est là, dans Y alliance avec les peuples et non avec les princes et le czar, dans l'union des deux assemblées constituantes de Paris et de Francfort, produit du vote universel, qu'est la réalisation du mot solennel Fraternité, le salut de la Pologne , la victoire pacifique de la liberté sur l'absolutisme, le seul et

glorieux chemin qui conduise au bonheur des peuples? »

La conduite du gouvernement de la république française envers l'Allemagne fut, en effet, inexplicable. Il prit, à Tégani des réfugiés badois, une mesure digne des ministres de Louis- Philippe. Quelques-uns des chefs des démocrates de ce pays s'étant organisés en comité, à Slrasbourg, afin d'agir par la propagande pacifique sur leur patrie, eu l'éclairant, le ministre des affaires étrangères de France leur fit signifier l'ordre de se dissoudre et de s'interner à Chàlons-sur-Marne.

Cependant la lutte continuait entre la diète germanique et la commission de cinquante de Francfort. Cela devait être , car la première de ces assemblées, dévouée aux princes, travaillai! de toutes ses forces à entretenir l'esprit d'iioslililo do province i province, tandis que la commission populaire cherchait à étouffer ces antipathies, afin d'arriver k la fusion nécessaire pour créer l'unité de l'Allemagne.

C'était dans ce but que îa commission avait adressé aux peuples de l'Allemagne une proclamation dans laquelle on Usait cette phrase :

a A vous tons qui habitez l'Allemagne, et qui portez dans la poitrine un cœur allemand, nous adressons le pr-ésent appel. Et vous aussi, Croates, dous sommes de Schleswig, de la Prusse orientale et occidentale. Jusqu'ici les artifices de la diplomatie TOUS ont tenus séparés de nous; aujourd'hui, au contraire, tous êtes nos frères. Notre patrie allemande doit être grande et libre. Tout le peuple allemand le veut , et la Tolooté d'un

peuple est irrésistible Hommes de l'Allemagne! vous savez

ce qui est arrivé et ce qui peut arriver; c'est à vous d'achever ce que l'assemblée, au nom de laquelle nous parlons, a commencé.C'estenson nom que nous vous invitons à vous occuper des opérations électorales avec gravité et régularité. »

Cette grande assemblée nationale allemande était désiiée arlemmenl par les populations, comme un besoin urgent, car la

situation était alors une sorte d* anarchie, espèce d intérim entre le système monarchique et le système républicain, et Ton avait besom de quelque chose qui imposât (*).

Malheureusement les choix faits par les électeurs ne furent pas tels que les aurait désirés la commission des cinquante ; les patriotes virent avec douleur que le peuple s était laissé tromper par de fausses réputations, et quil envoyait h rassemblée nationale beaucoupi de membres appartenant à ce qu'on appelait V école Ilistoriqt^ (les constitutionnels] , et même bien des Teutom^ considérés: comme attachés h l'ancien ordre de choses.

Bientôt, en effet, on put se faire une idée précise de ce que serait cett^^ assemblée nationale tant désirée : elle nomma pour sonprésid3nt provisoire, le ministre hessois, de Gagern. Toq.tefois, les paroles sorties de la bouche de ce président eurent une gran(?9 portée, en ce qu elles ne contestèrent nullement la souveraineté des peuples.

« Notr^ mission, dit>il, est de créer une constitution pour toute rAllemegne; nous en avons reçu les pleins pouvoirs de la souveraineté nationale. Prévoyant' la difficulté, sinon, Fimpossibilitc d'accomplir cette œuvre avec les gouvernements, le parlement préparatoire nous a chargés de la confection de cette constitution. L'Allemagne veut être un empire, et ne former qu'une nation. Ce but doit être atteint par la coopération de

toutes les classas, de tous les gouvernements »

. Il était difficile de prévoir ce qui résulterait des hostilités qu'allaient faire naître l'unité demandée par la nation allemande et la résistance des princes, qui voulaient conserver leur complète indépendance. Entre l'unité allemande et la

(1) On comptait alors dans ce pays auquel on voulait imprimer Vuniié, quatre grandes assemblées : la diète de Francfort, du privilège; la constituante de Prusse; la constituante allemande de Francfort, et la commission des cinquante, iiégeaot aussi à Francfort. C'était l'anarchie produite par une exubéianoe de pouvoin.

constirvatiùn des souierninelés partielles, il y avait le"! nblmes (l'une grande révolution. Il fallait commencer par supprimer toutes ces lignes de douanes, barrières inlérieures, qui divisaient les ferrituir&s et les populations; il fallait surtout déclarer qu'il ne pouvait exister en Allemagne d'autres diètes ou pouvoirs collectifs que le parlement national, du moins pendant toute la durée de ce parlement. La proposition en fut faite par M. Raveau; on la renvoya à une commission. Le député Vogl demanda la dissolution de la dièle de Francfort; un autre proposa l'abolit'on de la peine de mort. Mais en présence des ménagements de la majorité pour les princes, il fut aisé de prévoir qu'il ne sortirait rien de bon de ce parlement.

Les graves événements dont la ville de Mayence fut alors le tbéàlre vinrent justiûer ces tiisles prévisions.

Dans cette ville, il existait depuis longtemps une grande animosité entre les citoyens et les troupes prussiennes. Les soldats ne cessaient de provoquer les habitants, dans le but, assurait-on, de demander le désarmement de la garde nationale. Le 21 mai, la collision, que l'on regardait comme imminente, éclata par suite des excès de la troupe. La lutte entre les soldats prussiens et les citoyens dura deux jours : il y eut de part et d'autre bien des morts et des blessés. Le général Cnit par demander le désarmement des bourgeois, sous me* nace de bombarder la ville. I-e bourgmestre, voulant sauver à ses concitoyens les horreurs d'un bombardement immanquable, intervint lui-même pour solliciter la remise des armes: ce qui lui fut concédé. Mais le général ne se borna pas à celle soumission ; il mit la ville en état de siège, prononça la dissolution de la garde civique et défendit les rassemblements.

Le parlement national, informé de ce grand conflit, s'empressa de déléguer quelques-u-ns de ses membres pour aller faire une enquête. L'opinion publique se prononçait vive-

ment pour que la garnison prussienne, si hostile aux habitants, sortit de la ville. Malheureusement, la majorité du parlement, à qui était soumise cette question, crut devoir passer & l'ordre du jour. Ce fut là un déni de justice contre lequel essayèrent vainement de protester les membres de la minorité. Le peuple y vit la continuation du système monarchique , système qui ne tenait jamais compte des violences et des cruautés commises par les soldats sur les citoyens.

Quelques jours après, une insurrection républicaine éclatait encore & Leipzig. Mais, comme partout, la garnison la comprima aussitôt, car il existait un pacte secret entre les princes contre lespeuples.

« La réaction, disait à ce sujet le journal la Nation, de Bruxelles, en résumant Tétat de l'Allemagne ; la réaction se démasque partout, à Vienne, à Berlin, à Prague, à Mayence, i Breslau, etc. ; partout la même trame contre les peuples est nouée. Partout on a reçu ordre de profiter de toute occasion pour écraser le parti républicain. Malheureusement, nous sommes obligés de dire que l'ardeur patriotique est devenue, chez quelques-uns, de l'emportement, et qu'ils ont, de cette manière, fourni à la réaction le prétexte désiré. C*est ainsi que quelques démonstrations sans utilité ont permis aux princes de faire couler le sang , et de faire régner la terreur sous le nom de l'ordre )>

Cependant le parlement national poursuivait le cours de ses travaux. Il venait de proposer l'établissement d'un directoire fédéral, pour l'exercice du pouvoir syprôme, dans toutes les affaires communes de la nation allemande, et ce, en attendant la constitution déCnitive d'un pouvoir gouvernemental. Aux yeiix du parti progressiste, cette proposition était une atteinte portée à la souveraineté du peuple; aussi les cercles déinocra* tiques s'empressèrent-ils de rédiger une protestation énergique contre cette combinaison royaliste : le côté patriote du parle-

ment déclara qu'il ne preadrait aucune participation h celte proposition.

Ainsi, le parlement était déjà dépopularisé au point que la réunion du peuple à Worstadt, après aroir protesté contre les actes émanés de ce pouvoir, venait de demander solennellement la dissolution de cette assemblée nationale.

Bientôt la proposition qui agitait si fortement l'Allemagne, pcit uu autre aspect. M. de Gagern, en se prononçant pour ce pouvoir central, dit qu'il était dans l'ordre que ce pouvoir fût élu par l'assemblée . et qu'il fût irresponsable et entouré de ministres. Cétalt donc à une sorte de roi ou d'empereur, par intérim, que les constitutionnels voulaient conûer le pouvoir. La commission cbargée d'examiner ce projet de loi annonça que d'importantes modiflcations avaient été faites au projet primitif; elle proposai! à l'assemblée de nommer, sans discus- BÏoii préalable, un vicaire général de l'empire d Allemagne.

Cette idée ayant prévalu dans l'assemblée , elle adopta la motion de la commission ainsi conçue :

« 1* Jusqu'à la création déûnitive d'un pouvoir gouvernemeatal pour toute l'Allemagne , il sera nommé un pouvoir central provisoire pour toutes les affaires communes de la nation allemande.

« 2* Il devra exercer le pouvoir exécutif dans toutes les affaires qui concernent la sécurité et la prospérité générale de l'État fédéralif allemand ; avoir la direction supérieure de toute la force armée, et en nommer le généralissime; pourvoir k la représentation internationale et politico-commerciale de l'Allemagne , et, k cet effet, nommer des envoyés et des consuls.

« 3" Le pouvoir centra! ne concourra pas à l'œu^Te de la constitution. »

A la séance suivante, l'assemblée nationale décida que le pouvoir central ne porterait pas le titre de président, mais bien

celui de vicaire de l'empire^ et qu'il serait élu par rassemblée nationale elle-même.

EnQa elle détermina l'exercice du pouvoir confié à ce vicaire généraly par T adoption des motions suivantes :

« Le vicaire de l'empire exerce son pouvoir par des ministres nommés par lui, et responsables à rassemblée nationale.

« Le vicaire de l'empire est irresponsable.

« Ses fonctions sont incompatibles avec celles de l'assemblée nationale.

« Du moment où le pouvoir central sera établi, la diète germanique cessera d'exister.

« Dès que la constitution allemande sera achevée et mise à exécution, le pouvoir central provisoire cessera ses fonctions. »

Telles furent les principales dispositions par lesquelles l'assemblée nationale allemande institua le pouvoir central, sous le nom de vicaire de t empire. Il eût été beaucoup plus simple de créer un conseil exécutif, un gouvernement provisoire émanant de l'assemblée elle-même; mais les Teutons aimèrent mieux aller fouiller dans la poussière des arcbives impériales. Il n'est pas sans importance de rappeler que cette institution fut votée contre l'opinion du côté patriote de l'assemblée, qui déposa toujours de 135 jusqu'à 175 voix d'opposition à chaque scrutin. L'article relatif à la cessation des pouvoirs de la diète germanique, fut le seul qui réunit la presque unanimité.

Restait l'élection du vicaire généraU et les intrigues ne manquaient pas à ce sujet. L'assemblée élut, à une majorité de 43G voix, sur à peu près 550 votants , l'archiduc Jean , dont nous avons déjà parlé en passant la revue des événements de l'Autriche (').

Au moment de la proclamation de cette élection , cent un

(>) II. de GagerD obiint 52 voix; M. d'Itzstein 32; et Tarchiduc Êtienoe i; ▼ingt-cinq membres s'abstÎDrent.

aiSTOIBE DE LA BÉVOLCTIOR DE lUC

■ àa eaoon anDoncèrent ao peuple allemiad qve, li f>«>

bis, iefw des sièdes, il ■rait été app^ i >e di^a

BTerneinent.

fliet, ce Tote était dq grand pas fait rets Tumié aiiti»-

>( M l'on pouvait prévoir, par ce qoi se pasaïl aA«s a

ougae, que la créalioa da vitairc de lempire ne senÔl ps

ier mot de la révolatioo qui s'opénit dans ces «Mb

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