‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 6 sur 38 · TOMI · texte numérisé non relu

TOMI

:§i flISTOUI

ipêlke 1m boUeting offidels de là miit avait réuni aa palais législatif la plupart des membres de l'assemblée. Le président ^pard répondit i cette impatience en annonçant que les cornmnnieations reçues pendant la nuit étaient des plus rassulantes.

m hw rapports venus jusqu'à ce matin, dit^iU annoncent que la nuit a été eomfdétement calme. Au point du jour #t d^na les prei^ières heures, ajouta-t-il, il y a eu mieux que du MbnOj il y a eu des certitudes d'ordre sur le plus grand nombre de points où hier le trouble et la lutte étaient le plus coa- ^idéraUes. »

Puis le président entra dans les détails contenus dans ces jcapports : il dit que le faubourg Ssint-Jacques et le &ubouig Saint-Marceau étaient entièrement dégagés; que les barrières Fontainebleau» 4' Italie et d'Arcueil se trouvaient au pouvoir de H troupe; ce qui n'était pas tout à fait exact, puisque la barrière Fontainebleau était encore barricadée ; et il assura que toute la rive gauche était rentrée dans l'ordre. Il en donna pour preuve l'occupation par la troupe de ligne et la garde nationale de tous les points importants, et la réorganisation de l'administration municipale du douzième arrondissement.

Quant k la garde nationale de cet arrondissement, le citoyen Sénard donqa l'assurance que le général Cavaignac s'en occupait.

Parlant içnsuite de la situation de la rive droite, le président dit que les nouvelles de ce côté étaient généralement bonnes ; que le général Duvivier, ayant cessé d'être resserré aux abords 4e l'Hôtel-de-Ville, agissait dans des conditions telles qu'avant la nuit toutes les traces de l'insurrection auraient disparu de ce côié. Enfin, le président annonçait que le général Lamoricière avait pris les mesures les plus énergiques pour en finii avec l'insurrection de la rive droite; qu'il attaquait le clos Saint-Lazare, le faubourg du Temple et 1^ faubourg Saint-An-

DE LA RÉyOLVnOff DE 1848. «B

%éAé âtw dei forées propies à réduioe ces tioûi ^Binkn foyers le la guerre ehrile.

Le président de t'assoBiblée terminait ses oomi^unications en afBrBsant que F état meral de la population d^emiit satis- Arfeafit; <iu'un profond découragement se manifestait dans leis ipiartiers où ïémmAte atait dominé. Il attri)[)ua ees p^sultats aux déeielB rendus par l'assemblée et aux prodamations de la veille, tfm, assura<4»il, aTaient été acoeptés avec eonfianci^ partout où y§ avaient pu être connus (^).

Le président Sénard annonça que, de concert %vec la g^éh Fsl Cavaignac, il allait proposer à rassemblée |ine mei^ure dppit l'idée leur avait été fournie par {rfusieurs des représeatfjpity à portée de connaître combien étaient grandes les $o^fff ^jfUffifi iTttiie partie de la population. Cette mesure fut ^n projet de décret portant un crédit de froû millûms, destiné k assur^fr, sans délai» à la partie de la population qui vit de son tryivaîl jenmalier, les moyens de subsistance qui lui inanqiMidnt. l^ prejet de décret, mis immédiatement aux voix, fut voléà l'uninimité.

Cétait un acte politique d'une grande portée en oe momentr Ift; car il avait pour objet, comme l'expliqua le président» ds donner du pain k ceux qui n'en avaient pas, et beaucoup parq^i ses insurgés que les feuilles royalistes affirmaient être gprgés d^or, étaient malheureusement dans ce cas eux et leura familles.

Vers le milieu de cette séance, et lorsque d'^vtres nouv^^lles

(<) Nqhb STaos awe^ d^oré l'iogmtaiioe i^ o6té ^roit k repousser tpata conciliation, leu^ proclamation qui aurait eu pour objet de ramener par de bonnes paroles les hommes exaspérés qui avaient pris les armes le 23. ffoof répéterons donc ici oe que nous avona déjà dit à œ sa)el, à savoir: ^eai ITassemblée nstiooaie eti &it, la prenier joar , la moitié s^uleaient das pff ftt'elle fit lo lendemain pour aller au-devant d'qne pacification, la lutte n'eûi pas duré si longtemps, et bien du sang eût été épargné. Mais on aurait c^il' que certains membres de cette assemblée aviient intérêt à ce qn« lee cbaaes

86 BISTOIRK

Tinrent confirmer les prÀTisions de la jonmée, rassemblée s occupa encore, sur la proposition du ministre Flocon, de proroger les échéances des effets de commerce qui seraient échos dn 23 an 27 juin. Cette prorogation fut décrétée, mais avec un mauvais vouloir évident. On n'accorda d'abord cette faveur qu*à la seule ville de Paris, et encore ne donna-t-on que dnq jours de répit. « La banque de France, dit le ministre, juge oe délai suffisant. )» Mais sur l'observation que bien des villes avaient envoyé leurs gardes nationaux à Paris, on étendit cette mesure aui départements, malgré l'opposition de M. Odilon Barrot, qui prétendit apercevoir dans cette suspension de paiement une perturbation générale parmi toutes les relations commerciales et industrielles.

A la seconde reprise de la séance, vers trois de l'après-midi, la discussion offrit plus d'un trait propre à caractériser cette partie de l'assemblée que nous avons qualifiée d'impitoyable. Ces membres que la vérité blessait, et qui ne voulaient point permettre qu'on la dit à la tribune, firent une longue querelle au représentant Ducoux, parce que, dans le compte personnel qu'il rendit de sa mission vers le clos Saint-Lazare et le faubourg du Temple, il lui échappa de dire que la garde nationale, la veille^ frappée d'une 9orte de stupeur^ montrait ce jour-là le plus grand enthousiasme, a La garde nationale, lui crièrent les membres qui ne voulaient pas permettre qu'on dit que cette milice avait éprouvé un moment d'hésitation si naturelle à des hommes qui ne font pas métier de se battre ; la garde nationale n'a cessé d'être admirable 1 » En vain Ducoux voulut-il expliquer sa pensée, en disant que la garde nationale lui avait paru, le premier jour, hésiter à s'agglomérer, comme d'habitude, autour de ses chefs; les réactionnaires ne voulurent pas qu'il fût dit que les bourgeois avaient hésité (*]. Peu s'en fallut que le futur préfet de police ne fût rappelé à l'ordre.

(I) n €tt pourtaQt iaooQtestable que, dam la première journée,- et mèam

Mais il arriva que le ministre des finances, Duclerc, voulant atténuer l'effet produit par l'expression de son collègue, se montra plus véridique encore, c'est-à-dire plus maladroit, car il loi échappa de faire l'éloge du courage des insurgés après avoir &it celui de la garde nationale. <( Permettez-moi de vous le dire, s'écria-t-il, soit du côté de l'insurrection, soit du côté de là garde nationale, on a combattu avec trop d'acharnement, avec trop de courage. »

A ce dernier mot, les membres qui avaient laissé passer celui d*aeftamement sans protester, interrompirent l'orateur par les plus bruyantes exclamations : les cris à 1* ordre 1 à l'ordre! furent poussés par la totalité du côté droit. — <( C'est un blasphème! » — <( La garde nationale, c'est la bravoure contre de lâches assassins! lui crièrent plusieurs députés. )> — « Votre mot est encore plus malheureux que celui du citoyen Ducoux, ajouta le représentant A. Avond. » Et une longue agitation empêcha le ministre d'expliquer sa pensée comme il indiquait vouloir le faire.

« Il est évident, dit-il enfin, que je me suis mal expliqué : j*ai ajouté un mot qui exprimait ceci : c'est que je déplore profondément le sang versé.... Je n'oublie pas, ajouta courageusement le citoyen Duelerc, que les insurgés que j'ai combattus sont des Français. »

Peu s'en fallut que les réactionnaires ne donnassent, à ce sujet, un nouveau démenti au ministre. Ils continuèrent à crier : « Ce sont des brigands ! »

pendant la seconde , les compagnies qui se présentèrent furent loin d'être au complet ; plus des deux tiers et souvent les trois quarts des hommes manquèrent au rappel et à la générale. Un capitaine de la 3* l^ioo m'a assuré que, jusqu'au dimanche au soir, il n'eut jamais avec lui plus de soixante à soixante-dix sous-officiers et fusiliers, sur quatre cent quatre-vingts hommes inscrits; « et enoore, me disait-il, je oe conduisais au feu que des républicains 1»

81 ftl6¥dnK

• L*agitéti(M fût loi* dé se calmée ifttaâa te ciWfCtk IttMèhejaquelin parla des bruits déte^bles^ue Ton tépandait et pr^ Mentoirt rassemblée nationale comme notifi'issant lë$ »Èibt^ fteilâées les ^m haineuses eontfid la partie de la popttkftiMk égaiiie.

4 je deniandcMis» aj<Mifa celui qui Toulait i^hàbiHler fM*flèttrUéè Mi yeux dé ces hoiHlMs, je demanderais qo«, fbUt faire taire toutes les mauvaises passions, et pour ne laisdèf Hît^ Min pi^éteMélnii détestabiêè intentious qui se mattifesHem par des douleuiis inexprimables pour te pays; je dematidêtAfii qiM le mot que l'on Va tépétaUt partout, dans les faubodt^ in9tf^gés, comme conséquence de l'état de si^e, que ce mot lié tlkl pas, et il tie Fert certes pas, celui de l'assemblée natiôttâlet ûta yeux des hommes ^rés; j'hésite à le dire, tant il éM ilt'^ jiMè et douloureux. On dit que la mise en état de si^ peut M ti^uire par ce mot : Malheur aux vaificu$l »

Des réclamations énergiques interrompent ici l'orateur, et bien des voix lui demandent qui a pu dire un mot si fnneAè. -^ « Oii le dit partout pour tromper les insurgés, répond Laro^ejaquelin. » -^ « Ne le répétez pas, lui crie un memte^. % ^^ « Lises donc la prôdaâiétioki du gétiéral Gavaignae ! ajoute* tH^n du même côté. »

« Eh I Messieurs, reprend l'orateur, ne sais-je p&s ^}ue le mul n'a pas été dit, qu'il a été invettté par leséUnèmis de la pétrie? le demande que tious lassîofis Oonnaltre par eeut qu'égatiUll les misérables qui déchirent le sein de là patrie, tpse ee â'èN pas nous qui permettrons jamais qu'on nous prête une pareille interprétation de nos actes. »

Certes, il n'y avait rien que d'honorable dans cette propoai* ison ; et pourtant le côté droit se tnit en colère ; et, soAs prétexté que l'assemblée n'avait pas besoin de faire une semblable déclaration, bien des membres de ce côté ne cessèrent d'interrompre l'orateur, lorsque, dans Tétonnement que lui causaient cedeMlft^

mations, il s* écriait : a II me semble cependant que ce serait un beau rôle, un rôle paternel ! Je ne demande autre cbose à l'assemblée, que de combattre, par quelques mots qui émanent d'elle, les hommes qui trompent le peuple! x>

— « L'assemblée n a pas besoin de faire de déclaration à cet égard, lui répondait-on ; elle n'a jamais dit un pareil mot ! De pareils sentiments ne sont pas français I »

— «C'est précisément parce qu'ils ne sont pas français, reprenait l'auteur de la proposition, qu'il serait convenable que l'assemblée nationale repoussât avec indignation ces moyens infâmes dont on se sert pour égarer tant de malhenreiix »

Larochejaquelin ayant encore été interrompu par des exclamations diverses, dont quelques-unes indiquaient les passions les plus détestables, le représentant Raynal ne put s empêcher de s'écrier : n Ceux qui vous interrompent n'ont pas le sentiment de la patrie et de l'honneur.» Puis le citoyen Didier étant monté à la tribune pour appuyer la proposition, le côté droit loi imposa silence par les cris, assez I assez ! la clôture ! et le président leva la séance.

n était évident que le citoyen Larochejaquelin avait entendu parler des traitements barbares exercés contre les prisonniers par la troupe, la garde nationale et surtout la mobile, et qu'il voulait empêcher ces fusillades arbitraires que les insurgés devaient connaître aussi. Quelques mots de réprobation prononcés par l'assemblée eussent pu mettre un terme à ces actes sauvages : la majorité ne voulut pas tenir le langage explicite que réclamait Larochejaquelin ; et les fusillades continuèrent I et une foule de malheureux furent passés par les armes, par cela seul qu'ils s'étaient trouvés soit avec les insurgés, soit de leur côtél....

Deux heures après, le président lisait è l'assemblée les nouvelles d'une partie de la journée, et {Ssisait précéder ces détails, m. 13

partout favorables, d'une lettre que le maire de Paris lui écrivait sur les événements de la rue Saint-Antoine.

« Je m'empresse de vous annoncer que le mouvement offensif, commencé hier, poursuivi ce matin avec une grande vigueur, est partout couronné de succès.

<c Nos colonnes viennent de s'emparer du point le plus redoutable. La mairie du neuvième arrondissement et les rues qui l'avoisinent ont été reconquises pied à pied ; des barricades formidables ont été enlevées après de rudes combats et des pertes douloureuses; mais l'acharnement incroyable des insurgés a du céder devant F héroïque intrépidité de nos troupes.

<K Je ne puis vous donner de longs détails ; mais pour que vous puissiez juger des difficultés de la tâche, je vous dirai que dans la plupart des rues longues, étroites et couvertes de barricades, qui vont de l'Hôtel-de-Yille à la rue Saint-Antoine, les insurgés s'étaient emparés de presque toutes les maisons : ils avaient matelassé les croisées, par lesquelles ils tiraient presque à coup

sûr : aussi nos pertes sont-elles considérables hélas I nos

hôpitaux, les ambulances sont encombrés, et jamais encore le pavé de Paris n'avait été rougi de tant de sang I d

Cette lettre ne prouvait que trop l'acharnement du combat. Les insurgés ne cédaient le terrain qu'à la dernière extrémité, et alors ils avisaient aux moyens de se transporter derrière d'autres barricades pour vendre chèrement une vie qu'ils n'espéraient plus sauver, s'ils déposaient les armes entre les mains de leurs ennemis. 11 était évident que le mot auquel le représentant Larochejaquelin venait de faire allusion non-seulement circulait partout, mais encore qu'il était suivi à la lettre par une soldatesque qui s'était arrogé le droit de vie et de mort sur ses propres prisonniers, sur ceux qu'on lui confiait, et sur les citoyens arrêtés dans les maisons que le hasard avait placées à côté des barricades. Les détails afR^eux qui parvinrent an. président de l'assemblée de tous les points oh la lutte avait

été vive, et principalement de tous les lieux où des prisonniers avaient été conduits, ne permirent plus au pouvoir de douter que la guerre civile, déjà si horrible par elle-même , ne fût dégénérée en guerre à mort, entre Français, en guerre de sauvages. On comprit alors , au quartier général , tout ce qu'il y avait d'urgent dans la proposition du citoyen Larochejaquelin; et il fut convenu qu'à la reprise de la séance, on aviserait aux moyens de laver convenablement l'assemblée des horribles intentions qu'on lui prétait au dehors.

En effet le président, dont l'autorité sur l'assemblée fut immense dans ces malheureuses journées, s empressât alors de reprendre lui-même la proposition du citoyen Larochejaquelin, repoussée naguère avec tant de rage. Il convint que des bruits affreux étaient semés derrière les barricades; qu'on disait aux insultés : <( Défendez- vous jusqu'à la dernière minute, car, si vous vous rendiez, vous seriez massacrés! » Le président annonça que le général et lui venaient de recevoir des lettres des représentants en mission qui leur faisaient connaître ces faits, leur demandant s'il ne serait pas possible que l'assemblée combattit cette calomnie contre le sentiment français ('). Pour l'honneur de l'humanité, ces représentants n'avaient point osé

(I) n était permis au président Je l'assemblée nationale et aux représentants mission d'affirmer qu*on calomniait la représentation du peuple en lui attribuant une pensée qu'elle n'avait jamais formulée ni jamais eue. Mais le fait de là mise à mort d'une foule de prisonniers n'en était pas moihs constant. Le citoyen Louis Ménard, tout en assurant que l'adjoint Flottard et le générai Duvivier s'opposèrent de toutes leurs forces à ce qu'on fusillât les prisonniers ooDduits à riI6tel-de-Ville, s'exprime ainsi : c On s'explique difBcilement com- « ment le quartier de l'Hôtel-dc-Ville, où commandait le général Duvivier, m fut un de ceux où l'on massacra le plus de prisonniers. On ne saurait non c plus accuser II. Marrast, qui, assure-t-on, aimait mieux laisser les prisonniers

c entassés que de les confier à la garde mobile Mais que pouvaient

€ quelques efforts individuels oûDtre un massacre organisé avec lAut d'en- € semble I • • . •

tt HISTOIRE

parler des exécotions venues k leur connaissance ; aussi n'en fut- il pas question.

« Nous avons le bonheor de tous dire, ajoutait le président, qnà l'heure qu'il est, une proclamation est lancée derrière les barricades pour détruire cette calomnie : voici ce que j*ai signé, moi, votre président, et le chef du pouvoir exécutif, ne craignant pas de nous engager tons deux dans une pensée qui est la vôtre.

La proclamation dont le citoyen Sénard donna alors lecture, était ainsi conçue :

c Ouvriers, et vous tons qui tenez encore les armes levées « contre la république , une dernière fois, au nom de ce qu'il « 7 a de plus respectable, de saint, de sacré pour les hommes, 4C déposez vos armes! rassemblée nationale, la nation tout « entière, vous le demandent.

« On vous, dit que de cruelles vengeances vous attendent ! ce « sont vos ennemis, les nôtres, qui parlent ainsi.

« On vous dit que vous serez sacrifiés de sang-froid I venez « à nous, venez comme des frères repentants soumis à la loi, « et les bras de la république sont tout prêts à vous recevoir.

c Signés : Le préiidmt de rassemblée nationale : Sénard. c Le chef du pouvoir exécutif : Gavaignac. »

Cette fois, tout le côté gauche et une partie du centre firent entendre les plus vifs applaudissements. Louis Blanc, dont rame, comme celle de ses collègues les républicains, devait être navrée de douleur, laissa échapper cette exclamation : c Ahl cest bieni c est très-bien! c est excellent! r Assuré désormais du bon accueil fait à cette proclamation, le président ajouta que depuis quelques heures, de concert avec le pouvoir exécutif, il la faisait répandre derrière les barricade^

Certes en repoussant, comme elle le faisait à la fin de la journée, les bruits qu'elle considérait comme injurieux à son honneur, à ses sentiments, et en tendant la main aux ouvriers menacés de cruelles vengeances, rassemblée nationale se relevait aux yeux mêmes de ses ennemis. Mais n'eût-il pas été plus opportun, et plus digne de la représentation d'un peuple civilisé d'aborder franchement ce qu'il y avait de pénible au fond de cette explication? Suflîsaitril de dire, puisqu'on savait à ne plus pouvoir le mettre en doute que des exécutions militaires avaient eu lieu dans plusieurs endroits, sans jugement, et sans qu'aucun décret eût prononcé la mise hors la loi des prisonniers pris les armes à la main ; sufûsait-il de déclarer qu'on n'avait pas autorisé ces cruelles vengeances? Si ces vengeances aussi sauvages qu'illégales étaient constatées; si les représentants envoyés en mission les avaient connues , l'assemblée ne devait-elle pas les frapper d'un blâme seyère? Ne devait-elle pas mettre les prisonniers sous la protection des lois humaines, des lois militaires même? L'humanité pouvait-elle être satisfaite en voyant l'assemblée d'an peuple civilisé déclarer, comme Pilate, qu'elle se lavait les mains des meurtres commis après le combat? L'assemblée nationale pouvait-elle oublier que , la veille , elle avait dit : c Plus de haines dans les conirsl Ne devait-elle pas se rappeler que le chef militaire lui-même avait dit aux soldats : Soyez fidèles aux lois de l honneur et de ï humanité I Comment lui eûtil été possible de concilier les promesses d'oubli qu'elle n'avait cessé de faire dans ses proclamations aux insurgés qui déposeraient les armes ! Et le général en chef ne lui avait-il pas dit : « Déposez vos armes fratricides ; le gouvernement rappelle .dans les bras de la patrie des frères égarés ! >i

Et lorsque ces bonnes proclamations circulent de barricade en barricade, lorsque les insurgés, qui déplorent peut-être plus^ que les ennemi» du peuple la guerre civile, née du plus fu-

ff4 HISTOIIZ

fiMlentendo. «tteihlent «i«r «axièié qm fassemUée nationale leur adre^^M^ enfin la parc4e; lorsqoe pins d'un de ces OQTners de^^'^pérés renonce a la lotie fratricide qui s'est en* g^gée par la faute de toot le monde, et se rend Tolontairement au milieu des soldats, tous laissez a cenx-ei le droit barbare de les jeter dans les csTeaux de THolel-de-Tille on du Luxembourg, d'où ils ne sortiront, s'ils y arnTent Tirants, que priur être arbitrairement et inhumainement passés par les armes '^ !

Disoo<y-le hautement, l'assemblée nationale ne fit pas, dans celle cruelle circonstance, tout ce qu'elle eût pu dire, tout ce qu elle eàt dà faire pour mettre un terme à ces actes de férocité sauvage qui furent commis presque sous ses yeux.

Après avoir formulé ce reproche, que la postérité sanctionnera, déloamons nous aussi nos r^rds afiQigés. H nous reste encore assez de malheurs et de désastres à raconter en parcon* rant le champ de bataille de la troisième journée.

L'insurrection, battue complètement sur la rive gauche, n'offre plus, de ce côté, aucun danger pour le parti dit de

(i) Combien de citoyens inoffensifs payèrent ainsi de leur TÎe le malhenr d'avoir été trouvés dans les maisons d'où les insurgés avaient tiré sur la troupe, ou simplement dénoncés comme suspects! Nous oe citerons ici qu'ona seule de ces erreurs déplorables qui furent si nombreuses en ces jours néfastes. Notre C(;lèbrc voyageur Tamisicr fut pris daus la maison qu'il habite au fau* bourg Suint-Martin, et conduit, avec plusieurs autres citoyens inoffensifs, à la caserne de raiici«;nneg:irde municipale, par cela seulement que des barricades avaient été construites au-devant de cette maison. Dans ce court trajet, il fui plusieurs fuis question de les fusiller sur place. Un ofticier de la ligne ne cessait de .v^lliciter la faveur de [>a«ser son éj>ée à travers le corps de celui que Ton considérait comme le chef de la hande. Heureusement l'escorte se trouvait sous Ifs ordres d'un oiTu/wr KU|M*ri(Mir de la garde nationale, qui s'oppon constaiiiincnt à ce qu'on f)UH.sAt par les armes ses prisonniers, Tamisier fut cinHi sauvé par c<'t officier ; mais plusieurs de ses malheureux compagnons de rallia furent fintiltés dans la cour de la caserne, et cela en vertu de réiai àù êiégê, dinaiaiU dsi UonuBot aosâ rtupidea que fi«08B.

Tordre. Ceux des insurgés qui ont encore les armes à la main n'ont pas su prendre le seul parti salutaire pour eux qui leur restait è la fin de la journée du 24 et dans la nuit. Au lieu d'aller se réunir à ceux du faubourg Saint-Antoine, comnye ils l'auraient pu très-facilement, ils se sont laissé acculer du edté opposé. Le 25 au matin, on les trouva se fortifiant è la barrière de Fontainebleau, c'est-à-dire aussi loin que possible des lieux où la lutte va recommencer. Là sont encore réunis deux mille à deux mille cinq cents insurgés ; mais on ne dirait plus les mêmes hommes du Panthéon et de la place Haubert. Il s'est mêlé parmi eux de ces coureurs habituels de barrière , et la funeste influence de ceux-ci se fait déjà sentir dans les rangs des ouvriers : une sorte d'anarchie règne au milieu de ce dernier camp de l'insurrection sur la rive gauche. Les uns semblent découragés ; chez les autres on remarque le dernier paroxisme de la fureur.

Au faubourg Saint-Jacques, les insurgés n'occupent plus que quelques points extrêmes. Dès cinq heures, la garde nationale et la troupe de ligne s'engagent avec précaution dans les petites rues où existent encore quelques barricades. Ces troupes sont assaillies par des coups de fusil tirés de ces barricades ou des maisons au-dessus. Mais bientôt ce dernier combat au faubourg Saint-Jacques cesse, les insurgés s' étant retirés en h&te du côté des barrières. Le faubourg se trouve donc entièrement évacué dans la matinée du 25.

U en est à peu près de même du faubourg Saint-Marceau.

De ce côté, quelques faibles troupes d'insurgés essaient d'élever de nouvelles barricades ; mais ces tentatives isolées échouent partout, à l'exception de la barrière Fontainebleau. Le général Bréa déploie la plus grande activité ; il se multiplie et paie partout de sa personne, afin de déblayer tout le terrain compris depuis le Jardin des Plantes à la rue Moufietard. Il veut réunir toutes les forces actives dont il dispose contre

•Adiv;*>^iMf «»ji «u^'''*^ :i^ ^ VMJ^ -îc û li une lar la prise

« rAi-/^. '/^^i..;-^, Ofî -i/ï ^x^ il aiiri ru* «^mt recQOH

>i ;mU/; ffttmidt; kjod:i^ » ««^d ti^ni^. Les» iicue» ii>At le fkiiéifHï (^-i^ifnat i'vif^ASèii U T^rîlle sir ^>Gt •iwUees par ÎHrth^. MU/jnhH^^. Ah Docabreax dH^-ibroiPÊats lie ^vdes îtHVkhUHnx hush\ti\ ^Hf UifiUA \*is tiIîm a [:«>rtee dcs cbemiiis d^. f<rr fl<?^ ifhn\^^ *\h li(fne, de la cdralerie s*jat an» eatrêes a \*Hf\\ *\HUt \h nuit; enfin des batterie: Jartiikrie* des thnftjhU'^ ^har;;e« de munition? qui, depaU deox j<3nrs, i^Hthui '^ftih de Vin^^rnne-s sans pouvoir franchir le» barriereiï /!e 1 e^-l et du nord, sont venos renforcer el ravit«ilJer 1 arm'>; déjà formidable que ce gênerai a sous sa

f/inHurr''/;tjon, au c/mtraire, a épuise ses ressources et son éner{/ie d;irM c^h deux jours de combats sans fin. Les quartiers qu'<lle or:/:upe encore sont dévastés; ceux du Marais et du r.i'nfre ne bouillonnent plus comme la veille. Saint-Méry, In rue M/imbuf^'/iu et cette foule de barricades qui s'élevaient d/mn l'inférieur, nienncant les généraux d'une campagne tf;rfilile d/ins b'S .V et fi* iirrondissements, sont occupées par in troupe ou p;ir In f/nrde nationale. Le triomphe complet d*f In cause que les généraux et rassemblée soutiennent paraît donc assuré; on peut même présumer que cette troi-

Aètne journée sera la dernière de ce malheureux conflit; car il est impossible que quelques détachements d'insurgés^ sans communication entre eux, puissent résister plus longtemps contre un si grand nombre de baïonnettes et de canons.

Quoique la situation des généraux se soit bien améliorée fpir toute leur ligne d'opération, même du côté du nord, nous retrouvons encore, le troisième jour, les insurgés maîtres des barrières Rochechouart et Poissonnière, qui ont déjà coûté tant de sang ; ils le sont encore du clos Saint- Xazare, de la barrière de La Chapelle, de celles de La Yillette, du faubourg du Temple et du faubourg Saint-Antoine. Mais ils paraissent moins nombreux sur tous ces* points du nord , et Ton peut penser qu il sera moins difficile que les jours précédents de les en déloger.

Pendant la nuit, la garde nationale d'Amiens, établie dans ime cour voisine de la barrière Poissonnière, avait échangé quelques coups de feu avec les insurgés qui gardaient cette barricade. Au jour, cette fusillade devint plus vive, et les Amiennois éprouvèrent quelques pertes.

Le général Lebreton, qui était occupé à examiner les positions des insurgés aux barrières Rochechouart et Poissonnière, reconnut facilement que ces barricades avaient été mises en état de soutenir de nouvelles attaques, qui nécessiteraient la présence de T artillerie. Il fit donc cesser le feu sans résultat des gardes nationaux d'Amiens , et leur donna l'ordre de se retirer à la caserne où se trouvaient trois cents honunes de celle de Rouen.

▼ers les neuf heures du matin, les Rouennais furent dirigés

entre les deux barrières, et prirent position au coin de la rue

du Delta, afin de pouvoir attaquer par le flanc les insurgés,

dont le feu à travers le mur d'enceinte devenait très-vif. Un

peu plus tard, le général dirigea un autre détachement de

la 3* légion et une compagnie du 21' de ligne sur les abattoirs TOMi nu 13

MoDtmartre, dont la positîoa permettait k ceux qui en ooeiipaient les fenétreB du nord, de battre en plein les barricades de la barrière Boehechouart. Le plan du géuerdl consistait k fiûre attaquer cette barricade simultanément par les flancs et par les derrières : les craintes que la commune de Montmartre avait inspirées les jours précédents s' étant dissipées. on pouvait dès lors utiliser cette garde nationale.

A un signal donné, les onze fenêtres de T abattoir s enflamment, lancent une grêle de balles sur la barricade de la barrière et font de grands ravages parmi les insurgés. Ceuxci, déconcertés « se placent à couvert dans le bâtiment de Toctroi et dans la maison qui fait le coin de la chaussée de Qignancourt, devant laquelle existait un autre retranchement, destiné à couvrir les derrières de la grande barricade. Une . fasillade des plus vives recommença alors entre les insui|;és, d'un coté, la troupe, les gardes nationaux placés aux abattoirs, l'artillerie qui faisait feu du clos Saint-Lazare, et les soldats qui attaquaient par la rue Rocliechouart même de l'autre coté. Bientôt, à tous ces assaillants se joignirent des détachements do la garde nationale de Montmartre qui , après avoir été comprimée pendant deux jours par le nombre des insurgés, venait de prendre position dans les rues de cette commune, débouchant sur les boulevarts extérieurs. Malgré toutes ces attaques simultanées, et malgré les boulets qui ne cessaient de faire de grands ravages contre les retranchements, les insurgés de la barrière Boehechouart, réduits à une soixantaine d'hommes déterminés k vendre choreiiient leur vie, tinrent tête aux assaillants jusqu'à quatre heures. Ils auraient probablement tenu en échec jusqu à la nuit les forces qui les attaquaient de tous cotés, mais l'arrivée, sur le flanc de la barricade, d'un nouveau bataillon de gardes nationaux sous les ordres du colonel Bapatel, enleva aux défenseurs des retranchements tout espoir de soutenir plus longtemps ceUe

lutte si inégale. Attaqués alors par les deux flancs , par leurs derrières, et aussi par la rue Rochechouart , d'où la troupe accourait au bruit de la charge, les insurgés abandonnèrent enfin leurs baiTicades très-maltraitées par le canon, et se jetèrent dans les rues latérales de la chaussée do Giignancourt, d* où. quelques-uns des plus intrépides recommencèrent lo feu.

Au moment où les assaillants s'aperçurent de la fuite des insurgés , la troupe de ligne , la garde mobile et la garde na- ' tionale poussèrent de grands cris de joie et se jetèrent sur les barricades, les uns en passant par-dessus la grille, les autres en pénétrant par les fenêtres de F octroi, d'autix^s enfin en longeant les boulevarts extérieurs. Plusieurs détachements ne tardèrent pas à se mettre à la poursuite des insurgés : la fusillade recommença dès lors, soit dans la rue de Qignancourt, soit sur les boulevarts extérieurs.

En même temps le général Lebreton faisait attaquer la barrière Poissonnière, peu distante do celle Rochechouart. Plusieurs compagnies des 2* et 3* légion et la garde nationale de Rouen, appuyées sur le 21* de ligne et le 23* léger, soutenaient le feu de ce côté, tandis qu'une batterie placée sur la hauteur des abattoirs tirait en broche cle l'autre côté. Les insurgés se défendirent vigoureusement jusqu'à Theure où la prise de la barrière Rochechouart permit aux vainciucurs de cette barricade, de se porter en forces sur le liane de la barrière Poissonnière. Alors seulement cette poignée d'ouvrière qui, depuis trois jours, tenait en échec tant de soldats et de canons , abandonna la barricade et se dispersa.

Les deux barrières Rochechouart et Poissonnière prises, la position des insurgés (jui occupaient le clos Saint-Lozaro devenait bien critique. Ce vasto clos, immense terrain entouré de mars du côté du faubourg SaintrDenis, de palissades et de maisons du côté de la rue Lafayette , et appuyé k la fois sur la barrière Poissonnière, sur le mur d'enceinte da nord et aur

la barrière de La Chapelle, était dominé par un grand bâtiment en construction » destiné k un hospice ; ï insurrection y avait planté son drapeau dès sa première levée de boucliers.

Harcelés sans cesse pendant les deux premiers jours par la garde nationale, la troupe de ligne et principalement par lagarde mobile, les insui^, éparpillés dans le dos, s'étaient joués de ces attaques partielles , et , de leurs retranchements, ils n'avaient point cessé de faire éprouver de grandes pertes aux assaillants; les mobiles, surtout, qu'on avait placés autour t des palissades et à l'église Saint- Vincentrde-Paul eurent beaucoup à souffrir du feu continu auquel ils étaient exposés. Vai* nement avait-on fait jouer le canon contre cette position , les boulets s'étaient bornés à frapper d'énormes blocs de pierre et étaient allés se perdre du côté du mur d'enceinte. Les artilleurs envoyés contre le clos avaient aussi éprouvé des pertes sensibles.

Dans la troisième journée, les insurgés du clos, comme ceux de tous les autres points encore occupés par eux, s'étaient montrés moins nombreux; ce qui iit espérer qu'on s'en rendrait maître entièrement sans de grandes pertes. Dès le matin, la mobile et la garde nationale s emparèrent sans peine de la partie de ces terrains qui avoisine la barriàre Poissonnière. Les hauteurs de T église Saint-Vincent-de-Paul furent aussi occupées, et un obus y fut placé aûn de balayer cette partie du clos. Un peu plus tard on dirigea T attaque contre les bâtiments de F entrepôt des douanes, dont les por^ tes furent enfoncées à coups de canon. A une heure, le général Lamoricière y pénétra à la tête des troupes et des gardes nationaux et mobiles qu'il avait sous sa main. Une fois maître de ces ouvrages avancés, le général ût attaquer les divers postes des insurgés, soit à coups d'obus, soit en lançant contre les retranchements des bataillons de soldats et de la mobile.

Cette attaque du clos était nmultanée avec l'attaque des

deux barrières Poissonnière et Rochechouart. Dès que ces deux points importants eurent été enlevés par le général Lebreton, il fut facile de prévoir que le clos ne tarderait pas à être évacué, car il allait être pris à revers par les boulevarts extérieurs.

Effectivement, les insurgés qui ^y trouvaient encore s'empressèrent d'en sortir lorsqu'ils entendirent la fusillade derrière le mur d'enceinte. Ceux qui occupaient le grand bâtiment continuèrent seuls leur feu , et dirigèrent même quelques décharges sur les gardes nationaux travaillant à franchir les mille obstacles qu'offraient les abattis d* arbres faits sur les boulevarts. Ces décharges et ces obstacles donnèrent le temps aux défenseurs du clos de se retirer. Mais tous ne purent pas traverser le boulevart : la troupe fit des prisonniers, qui furent passés par les armes ou conduits à la caserne Poissonnière (^).

Ce qui démontre de la manière la plus évidente que les insurgés des barrières du nord et du clos agissaient sans chefs, sans ordres, sans plan, et que chaque troupe n'avait d'autre but que de défendre isolément les barricades derrière lesquelles elle s'était retranchée , c'est le désordre qui se mit dans leurs rangs dès qu'ils furent chassés de leurs retranchements. Des troupes, battues aux barrières Rochechouart et Poissonnière, chassées du clos, se seraient naturellement retirées d'abord sur la barrière de La Chapelle , ensuite sur celle de La Villette , puis au faubourg du Temple , et enfin au faubourg Saint-Antoine. Ce mouvement de retraite concentrée était le plus simple ; le plus facile, le seul qui pût leur faire espérer des conditions, sinon avantageuses, du moins telles qu'ils eus< sent pu se soustraire au terrible Vœ victisi

(1) L'auteur des Fastes de la Garde nationale nous apprend que la colonne dd gardes nationaux d'Amiens, après avoir concouru à l'attaque du matm contre la barrière Poissonnière , passa le reste de la jaumée à conduire des prlHmniers de la caserne dite Nouvelle-Fraiice aux Toileriai.

m HISTOIRE

' Eh bien , ces hommes qui venaient de faire preiiye de tant de peFsévérance ; ces hommes qui avaient devant eux les boulevarts extérieurs libres du c6lé de Test, n'essayèrent point de profiter de ce que leur position avait encore de salutaire. • Au lieii de se réunir en détachements et en masses podr alter rejoindre leurs camarades des faubourgs de Test, la plupart se dirigèrent vers la campagne : les uns furent se cacher derf ière Montmartre, les autres derrière les buttes Saint-Chaumont ; beaucoup, après avoir enfoui leur armes , se retirèrent dans les maisons disséminées sur la plaine Sain^I)enis ou chez des amis. Tous ces insurgés abandonnèrent le champ de bataille, espérant qu'après le premier moment de terreur, ils seraient considérés comme des frères réconciliés avec leurs frères vainqueurs dans une lutte politique . ou tout au plus traités comme des prisonniers. Mais presque tous ne tardèrent pas k être dénoncés ou découverts ; ils furent traînés dans les casemates, antichambres des pontons.

Dès que les derniers coups de fusil eurent retenti au clos Saint-Lazare et dans cette partie de Montmartre qui se trouvô derrière les barrières Rochechouart et Poissonnière, les troupes qui s'étaient emparées de ces points importants, firent ce que les insurgés auraient dû faire. Elles se rabattirent immédiatement sur les barrières Saint-Denis et sur La Chapelle, dont la population avait soutenu les insurgés. Maîtres d'une partie des boulevarts extérieurs, les divers corps qui marchent sous les ordres du général Lebreton peuvent dès lors pénétrer au centre de la commune de La Chapelle et prendre à revers la barricade Saint-Denis.

Mais au moment d'y arriver, la troupe reconnut que les insurgés avaient aussi abandonné cette barrière , contre laquelle s'était épuisé, toute la journée, un régiment de ligne. Ce régiment y avait fait de grandes pertes ; mais enfin il s'était emparé de ce poste retranché en passant par la brèche qu'y

avaient faite les boulets de canon. La prise de la barrière Saint-Denis et F occupation de La Yillette mirent fin aux nombreux combats acharnés qui avaient ensanglanté tous ces points des faubourgs du nord, se reliant entre eux par cous les retranchements qui les couvraient. Il ne restait plus h l'insurrection de ce côté que le haut du faubourg Saint-Martin et La Yillette. Les généraux crurent qu'il fallait attendre au lendemain pour les attaquer ; ils pouvaient même espérer de les trouver évacués. Le moment leur paraissait venu, d'ailleurs, de se montrer en fitoe du faubourg Sûinl-Antoine. Le général Lamoricière se disposa donc à marclier vers la Bastille.

Il avait passé une partie de sa matinée à combattre ceux des msui^és qui ayant pris, dès le premier moment, le canal et le liubouT^ du Temple pour lignes de défense, avaient, k diverses reprises, empêché les troupes d'y pénétrer ou de s'y établir. Dans cette journée du dimanche, qui fut encore si terrible et si sanglante sur cette ligne, les corps aux ordres directs du général Lamoricière n'avaient cessé, depuis la pointe du jour, de se battre contrôles insurgés. De la barrière de Pantin à la rue d*Angoulème, on s'était fusillé sans relâche. Le but des troupes était de chasser les insurgés des positions qu'ils occupaient sur le canal, et de les rejeter bien loin. Des combats très-vifs avaient donc eu lieu au pont de la rue Grangc-aux-Bclles, du côté de la rue des lilcluses-Snint-Martin, où des barricades furent enlevées de vive force, mais non sans pertes. Quelques heures après, la garde nationale et la mobile ayant épuisé leurs munitions, se virent dans la nécessité (rabandonnor ces ponts, et les troupes, réunies aux sohiats du la liL'ue, finirent [)ar recevoir l'ordre de passer la nuit dans des positions moins dangureuses.

Plus bas, et toujours sur le canal , des tirailleurs de la garde nationale et de la mobile, établis dans les bâtiments de la douane, tiraillaient, depuis le mati^, avec les insurgés placés dans les maisons qui bordent la rive gauche du canal. Insen-

siblement ce fen devînt très-vif, et les balles des insurgés ttrrivaient jasipi'au Château d'Eau, où se trouTait un régiment de la ligne, dont quelques hommes furent ainsi blessés. Vers les dix heures, le général Lamoricière, suivi de soji état-major, arrivait près du Gh&teaU d'£au. U put croire, à la vivacité du feu engagé du côté de la douane, que les insurgés venaient de passer le canal. Il donnait Tordre au régiment de ligne de reprendre ce poste, lorsqu'on lui fit observer qu'il était occupé par la garde nationale et les mobiles. Le général s'avançait pour s'en assurer, quand une balle partie de l'autre côté du canal vint frapper et renverser le cheval qu' il montait. On crut que le général était blessé ; mais il se releva aussitôt, monta sur un autre cheval, et après s'être assuré que les insurgés nV vaient point passé le canal, il se dirigea vers le boulevart dea Filles-du-Galvaire .

Page 1