‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 10 sur 164 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

fausser une situation nette, fractionner ce que le suffrage universel avait voulu compact. Il y aurait là d'ailleurs inutilité, source intarissable de conflits et d'anarchie.

Ils soutenaient ces arguments avec une insistance d'autant plus grande, que, par la nomination directe des ministres, ils espéraient écarter M. Ledru-Rollin, contre qui ils nourrissaient des préventions, des haines même. Les vieilles querelles renaissaient. La presse les rendait plus vivaces que jamais. Une polémique violente attisait l'irritation. Journellement attaqués pour leurs actes, M. Ledru-Rollin et ses partisans rendaient coup pour coup à ce qu'ils appelaient la réaction. Ceux qu'ils avaient cherché à expulser de l'Assemblée s'efforçaient à les expulser du pouvoir; ceux qu'ils avaient voulu mettre hors de la république prétendaient les mettre hors du gouvernement.

Cependant, alors que les anciens députés de la gauche accusaient les républicains de la veille de projets d'absorption et d'exclusion contre les républicains du lendemain, ils ne pouvaient, sans se donner un éclatant démenti, s'isoler à leur tour, et repousser nominativement un homme auquel ils n'avaient à reprocher précisément qu'un amour exclusif de la République. Aussi, esquivant adroitement les personnalités, n'invoquaient-ils que les principes.

Le nom de M. Leclru-Rollin se trouvait donc, d'une manière évidente, quoique tacite, engagé dans le débat qui allait s'ouvrir au sein de l'Assemblée constituante.

Les séances, qui suivirent la vérification des pouvoirs et la formation du Bureau, avaient été consacrées à la lecture des comptes rendus des membres du Gouvernement provisoire, MM. Grémieux, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Garnot, Bethmont, Garnier-Pagès, François Arago, Marie, Lamartine. Ces rapports avaient été tous écoutés avec de bienveillantes approbations, quelques-uns avec des applaudissements enthousiastes. La critique était laissée à la presse du lendemain : suivant elle, M. Garnier-Pagès avait professé des doctrines financières trop avancées; M. Louis Blanc n'avait accordé qu'une improvisation ; M. Ledru- Rollin avait guerroyé, quand il aurait dû résumer ses travaux.

Les accusations contre ce dernier se basaient sur ces paroles :

«... Dans les jours de trouble et d'inquiétude, jour et nuit, je veillais sans relâche. C'est par un dévouement absolu à mes devoirs, que je répondais aux infâmes calomnies dont j'ai été l'objet. Je n'ai jamais vu dans ce débordement sans exemple qu'une raison de plus de défendre intrépidement une cause que la fureur de quelques insensés voulait compromettre en ma personne. (Très-bien! très-bien!) J'af eu confiance dans le bon sens de la nation, dans la justice de l'Assemblée et j'ai pensé que, soldat de la Révolution, je devais tout souffrir pour elle et ne pas perdre, à relever d'o-

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