CHAPITRE PREMIER
qui permettrait de laisser en dehors quatre membres de la majorité, ainsi que les quatre membres de la minorité. Là où M. Dupont (de l'Eure) ne serait pas, l'absence de M. Ledru-Rollin n'étonnerait personne. Leur retraite simultanée et volontaire n'aurait aucun caractère blessant pour eux et leurs partisans. Un ministère, choisi dans toutes les nuances du parti républicain, et soutenu par tous, donnerait au gouvernement la force pour résister et pour marcher en avant.
Ces trois membres étaient tout d'abord MM. François Arago et Lamartine, puis M. Garnier-Pagès ou tout autre. Le nom de M. Garnier-Pagès avait été prononcé parce que la crise financière n'était pas encore vaincue.
a Effacez mon nom », ajoutait en terminant M. Garnier-Pagès. a Mettez-en un autre ! peu importe! Mais, acceptez I » M. Lamartine repoussa nettement cette combinaison. Sa détermination était arrêtée.
M. Garnier-Pagès s'abstint de toute autre démarche, déclarant à ses amis qu'il laissait à chacun sa liberté d'action et qu'il attendrait les décisions de l'assemblée.
Les réunions, chez M. 0. Barrot, des anciens députés de la gauche, élus représentants, étaient fréquentes. Dès leur arrivée à Paris, ils accouraient dans ses salons. C'étaient des allées et venues non interrompues. Chacun apportait ses idées, ses préventions,
ses griefs, ses désirs, ses projets, et les proposait; el la discussion était constamment ouverte sur les mesures à prendre. M. 0. Barrot, froissé des attaques dont il s'était vu et cru l'objet, et dont il blâmait amèrement l'injustice, était cependant disposé à se rallier franchement à la République, mais en cherchant à la modérer. Pour la modérer, il fallait autant que possible s'emparer de l'Assemblée. Le talent de la parole, l'habitude de la tribune, la célébrité des noms donnaient aux anciens députés l'espoir fondé d'exercer sur leurs nouveaux collègues une facile influence.
Dans cette conviction, leurs vues sur le pouvoir exécutif étaient nettes : on devait le placer et le tenir sous la main directe de l'Assemblée. Chose étrange en ' apparence, mais conséquence naturelle de la situation ! les hommes les plus rapprochés de la monarchie, de la forme constitutionnelle, se trouvaient le plus inclinés vers la politique révolutionnaire : l'organisation de l'Assemblée en Convention. Les faits ne tardèrent pas à le démontrer.
Leur première pensée fut de remettre la nomination des ministres au vote des représentants. Le peuple ayant délégué sa souveraineté à l'Assemblée, elle devait soigneusement la conserver, entière et absolue, et n'en rien aliéner, même momentanément. Accorder à une commission exécutive le privilège de choisir les ministres, serait céder une de ses forces vitales et par conséquent s'affaiblir dans l'accomplissement de l'œuvre qu'elle devait seule diriger. Introduire des intermédiaires entre l'Assemblée et l'administration serait