‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 102 sur 164 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

au plus tard, sera arrivée la garde nationale; il faut donc tenir encore un quart d'heure et empêcher une catastrophe imminente.

a Les cris : « Qu'on donne contre-ordre » se font entendre comme une immense clameur; plusieurs le vocifèrent tout près du président. Trois ou quatre factieux sont prêts à se porter aux dernières extrémités ; leurs regards menaçants, leurs mains placées sur des armes apparentes, ils sont prêts à agir avec violence ; ils veulent qu'on donne des ordres contre le rappel qui les agite, les tourmente, les met en fureur. Le président consulte le vice-président et un ou deux secrétaires placés à côté de lui. Dans l'intérêt du salut commun, il faut empêcher la violence, qui pourrait amener le plus terrible désastre, il faut sauvegarder pendant un quart d'heure encore la dignité de l'Assemblée, empêcher l'effusion du sang. Le tambour s' avançant, la garde nationale étant bien près de l'Assemblée, il faut recourir aux expédients et gagner un quart d'heure.

« Le citoyen Degousée, questeur délégué par le président pour veiller au salut et à la délivrance de l'Assemblée, rentre et dit à voix basse au citoyen Bûchez : Gagnez un quart d'heure, cela nous suint; donnez-leur le contre-ordre qu'ils vous demandent, ce contre-ordre n'aura aucun effet. « Etes-vous sûr, dit le président, que vos ordres donnés à la garde nationale sont exécutés? — J'en suis sur, répond M. Degousée. » Aussitôt le président et deux ou trois citoyens écrivent sur quelques feuilles volantes, et sans date, les mots suivants :

« Ne faites pas battre le rappel % » et ces feuilles sont distribuées à quelques citoyens ne pouvant, dans aucun cas, en faire usage ; car, sans date ni timbre, ils n'ont aucun des caractères des ordres dictés par un pouvoir libre et voulant agir efficacement. Cinq minutes s'écoulent ; les factieux paraissent un instant calmés. On se fait passer deux ou trois feuilles ; mais la foule se presse dans l'émeute ; de tous les côtés de la salle s'élancent des galeries une multitude de gens en blouse qui se précipitent dans l'enceinte, où se pressent, s'entassent tous ceux qui s'y rendent par les bas-côtés.

« Le citoyen Louis Blanc a est enlevé en ce moment sur les bras des personnes réunies dans l'enceinte. On le porte en triomphe devant les bancs des représentants en criant Vive Louis Blanc ! vive Louis Blanc !

« On improvise une tribune en le plaçant sur une des tables de l'enceinte. Ses paroles n'arrivent pas jusqu'à nous 3 .

« Les abords de la tribune sont envahis par une foule si compacte que les sténographes du Moniteur, obligés un peu avant de quitter leur pupitre et de se placer successivement au bureau des citoyens secrétaires et au bureau du citoyen président, ne peuvent continuer à prendre des notes. La tribune des sténographes des journaux, jusque-là restée à l'abri de l'invasion du peuple, est forcée ; plus de deux cents personnes se

* Contre-ordre de rappel reçu, 1" mairie, 4 h.; 2% 4 h. 1/2; 4«, 4 h. 1/2; état-major, 4 h.

* Louis Blane venait de prononcer son discours dans la salle des Pas Perdus. 3 Voir ses paroles : Moniteur, 1848, pige 2165.

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