CHAPITRE SIXIEME
dans un conseil, le Gouvernement est à votre tête, citoyens gardes nationaux; il est à votre téte dans la rue, sur le champ même du combat. (Bravo ! bravo ! vives et universelles acclamations.)
o Lêê citoyens gardes nationaux : A l'Hôtel-de-Ville, camarades, à l'Hôtel-de-Ville !
« (Les tambours battent la marche et les citoyens gardes nationaux quittent la salle des séances; un certain nombre d'entre eux restent pour garder les postes.) »
Délégués des mairies, officiers des légions, aides-decamp, ordonnances, affluaient dans les salles du Luxembourg. La Commission executive était pleine de confiance en la loyauté du chef d'état-major Guinard, malheureusement affecté d'une grave maladie; mais, se méfiant du sous-chef, le colonel Saisset, qui en l'absence de son supérieur dirigeait le service, et contre lequel l'inexécution des mesures ordonnées avec tant d'instances semblait confirmer des préventions antérieures, elle avait réitéré cet avis donné à toutes les mairies, à toutes les légions : « La Commission du pouvoir exécutif, siégeant au Luxembourg, vous invite à vous mettre directement en communication avec elle. — 4 heures, 15 mai — Garnier-Pagès. »
Tandis que M. F. Arago passait en revue les bataillons, à leur arrivée, M. Garnier-Pagès expédiait de nouveau l'ordre aux 5 # , 6% 7*, 8* et 9* légions de se
porter, dans le plus bref délai, à THotel-de- Ville, que l'on disait menacé.
La Commission executive — trois heures et demie — « pour reconstituer l'unité du commandement avait investi le général Fouché du commandement supérieur de toutes les forces militaires de Paris, y compris la garde nationale, sédentaire et mobile. »
MM. F. Arago et Garnier-Pagès , revenus à l'idée de monter à cheval, pour aller délivrer l'Assemblée, en avançant toutefois avec circonspection, de manière à ne susciter aucun péril pour les représentants, étaient descendus dans la cour du palais et se disposaient à partir, lorsqu'un des envahisseurs de l'Assemblée, M. Quentin, se présenta audacieusement, déclarant venir, au nom d'un nouveau Gouvernement provisoire, prendre possession du Luxembourg, « Je viens vous remplacer, » dit-il à M. F. Arago, qui le saisit au collet, lui répliquant : « Et moi, je vais vous donner une place en prison. » Aussitôt arrêté, on trouva sur lui une paire de pistolets.
Sur ces entrefaites, le président de l'Assemblée accourait annoncer les derniers incidents de la séance et délibérer sur les résolutions à prendre. Il avait été précédé par le ministre de la guerre par intérim et par le directeur des postes, venus pour concerter : l'un, la convocation des troupes voisines; l'autre, le départ des malles-poste. Il fut suivi d'un certain nombre de re-
présentants. M. Marie était revenu auprès de ses collègues. On examina tout aussitôt si le meilleur moyen de mettre un terme à cette déplorable situation n'était pas d'appeler momentanément l'Assemblée au palais du Luxembourg; et d'un commun accord on décida que cette affiche serait placardée sur les murs de Paris.
« 15 mai, 5 heures du soir.
ce L'Assemblée nationale, envahie dans la salle ordinaire de ses séances, sur l'invitation de la Commission exécutive , s'est immédiatement réunie au petit Luxembourg, où elle siège en permanence. Toute autorité qui voudrait se substituer à la souveraineté nationale est déclarée factieuse.
« F. Araoo, Garnier-Pagks, Marie, Lamartine, Ledru-Rollin. »
La reprise de la séance dans le palais même des députés rendit cette affiche inutile.
Toute la sollicitude du Pouvoir exécutif n'avait plus qu'à se concentrer sur l'Hôtel-de-Ville et sur la Préfecture de police.
Nous en verrons bientôt les effets.
Tandis que le président de l'Assemblée courait au Luxembourg, les vice-présidents, les secrétaires, les questeurs et quelques représentants, retirés dans le bu-
reau de la présidence, adressaient aux arrondissements de Paris celte lettre :
« L'Assemblée nationale fait appel à toutes les forces publiques pour la défendre contre d'indignes violences et pour défendre avec elle l'ordre, la liberté, la souveraineté du peuple.
« Pour le président :
a Les vice-présidents, « Le questeur délégué,
<C GORBON, SlÊNARD. « DEGOUSÉE. »
Cette lettre devait détruire, s'il était besoin, l'effet des contre-ordres donnés dans le but de laisser aux légions le temps d'arriver. Mais, suivant les prévisions de M. Degousée, pas un seul de ces contre-ordres n'avait été exécuté ; dans plusieurs mairies même les porteurs avaient été arrêtés. Le but voulu fut atteint sans que le moyen nuisît à la répression. Y eut-il dans ce fait sagesse ou faiblesse, prudence ou défaillance? C'est à l'avenir à prononcer? Quoiqu'il en soit, ceux qui ont eu recours à ce moyen d'apaisement, en ont courageusement accepté la responsabilité. M. Degousée, qui, dans toute cette journée, ne cessa de lutteravec énergie, en revendiqua la plus large part : il le dit à la tribune ; il le publia dans les journaux; il la réclama comme œuvre de dévouement absolu, comme sacrifice de la personnalité à la cbose publique, justifié par le succès.
Quelques représentants n'avaient pas voulu quitter la séance et assistaient à cet insensé et sacrilège débordement. La plus grande partie des députés ne prirent
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pas au sérieux cette factieuse dissolution prononcée de par Tunique volonté d'un clubiste, et regardant la séance comme simplement suspendue, attristés, affligés, étaient sortis et circulaient dans les bureaux, dans les couloirs, dans les salles voisines. Il en était cependant qui s'en allaient désespérés. Bien petit était le nombre de ceux qui se retiraient insouciants, dédaigneux, ou se réjouissant intérieurement de voir l'anarchie dévorer le suffrage universel. Le vénérable Dupont (de l'Eure), affaissé sur un fauleuil dans les salons de la présidence, pleurait silencieusement sur le peuple et sur la République.
MM. Gorbon, Sénard, Degousée, accompagnés par les députés qui les avaient secondés, s'étaient présentés devant les bataillons de la garde mobile, stationnés dans le jardin, et les avaient électrisés par un appel chaleureux. Ils étaient rentrés aux cris répétés de : Vive l'Assemblée I à la tête du 2ï bataillon commandé par M. Gary, et l'avaient laissé aux portes de la salle des séances. Ils avaient poursuivi leur visite aux autres bataillons, qui tous, à leurs paroles chaleureuses, répondaient par des cris d'enthousiasme.
Le ministre des finances, M. E. Duclerc, qui, lui aussi, guettait l'instant où, sans lutte dangereuse pour la République, il pourrait faire reprendre à l'Assemblée le cours de ses travaux , s'était élancé dans la salle avec deux autres ministres, MM. -Flocon et Crémieux.etungrand nombre de représentants, MM. Guichard, Laboissière , Reynaud-Lagardette, EIzéard Pin, etc., etc. D'un seul mot il avait fait justice du
scandale. Puis il avait remis le fauteuil de la présidence à M. Corbon.
Le général Fouché investi du commandement général le général Tempoure*, le colonel Clément Thomas * et les commandants des autres légions avaient, par un simple mouvement en avant , achevé de balayer les abords du palais, déjà désertés en partie par les envahisseurs, qui se dirigeaient sur l'Hôtel-de- Ville.
M. Lamartine, épuisé par ses inutiles efforts pour ramener des insensés à la raison, retiré dans un salon de la présidence, était accouru dans la salle des séances au premier roulement du tambour.
M. Ledru-Rollin avait été entouré, cerné, porté, sollicité par un flot d'envahisseurs, qui voulaient l'entraîner à l'Hôtcl-de-Ville. Sa conscience indignée se révolta à cette idée de trahison. Lui, membre de la Commission exécutive, déserter son devoir, souiller
4 A la tête des 2 bataillons de la 2* légion, des 4 bataillons de ligne et des 4 escadrons stationnés sur l'esplanade des Invalides et prés du ministère des affaires étrangères. L'artillerie s'était retirée sur l'ordre du questeur le général Négrier.
a A la tète des bataillons de la garde mobile amenés par le colonel îbdmas elle chef d'état-major Braqiiehé.
3 Arrivé avec la 2 e légion.