CHAPITRE SIXIÈME
la sottise ! de la démence au premier chef ! Il faut avoir perdu la tête pour faire des choses pareilles ! » Barbés, en ce moment à la tribune à côté de Huber, ne trouva que ces mots, pour exprimer sa surprise et sa désapprobation : a Huber, tu as tort ! »
Quels étaient les mobiles qui égaraient M. Huber, lorsque, revenu d'un long évanouissement, il eut cette criminelle pensée? Voulut-il, comme il Ta affirmé pour se justifier, « violant ses propres principes, étouffant en lui son respect pour une assemblée, œuvre de suffrage universel, mettre un terme à une crise pleine de périls pour tous? j) Mais, par cette folle tentative, il jetait le pays en pleine lutte armée, brusquement, le soir même ou dans la nuit au plus tard? Gédait-il au désir immense, à l'orgueil d'Erostrate d'inscrire son nom dans l'histoire de cette journée? Nourrissait-il l'espoir chimérique de se voir porté, par un coup de dé, sur une liste de Comité de salut public? Servait-il occultement un parti? Ou bien, agent calculateur d'un gouvernement qui surgirait plus tard, espérait-il, pour avoir livré la République à l'anarchie, une récompense rétrospective? Les pièces de police, qui démontrent qu'il avait agi déjà dans un but de récompense semblable dans l'affaire Grouvelle, permettent cette dernière supposition.
Quoi qu'il en soit, cette sinistre pensée, qui ne pouvait s'appuyer sur rien de solide contre une Assemblée élue par la France entière, et contre un Gouvernement qui n'avait cessé d'être partout présent et d'agir avec
prudence et rapidité, allait entraîner les chefs sociai. ir,
listes et ultra-révolutionnaires dans des démarches hasardeuses, décevantes.
Pour les esprits portés à l'exaltation jusqu'à la violation des principes éternels du droit, pour les démocrates qui, au milieu de l'exercice libre et régulier du suffrage universel, croient à la réussite d'une dictature populaire conquise par l'audace, il n'est pas de plus haut enseignement que de contempler les conséquences de cette manifestation, faite sous un prétexte généreux, contre une Assemblée née du cœur même de la nation.
Suivons les chefs un à un, et nous ne verrons qu'esprits troublés, déchirements de l'âme, tortures morales, légitimes et inévitables révoltes de la conscience contre ces actes accomplis sous le poids d'une situation fausse ou sous les conseils trompeurs d'une idée coupable.
A cette longue séance d'anarohie, les chefs sont im* puissants à mettre un terme. Les bras croisés, l'œil hagard, ils demeuraient à regarder ces scènes honteuses, ces invasions scandaleuses et interrompues. Lorsque M. Huber a jeté son dernier cri, la confusion et la discorde redoublent: tandis que, dans la salle des séances, les envahisseurs, au bruit des clameurs insensées, discutent et s'arrachent des listes de Gouvernement provisoire, dans les salles de conférence et des Pas Perdus, dans les couloirs, des groupes nombreux, serrés, déli-