‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 109 sur 164 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

rants, dressent aussi leurs listes, pérorent, proposent, écrivent, effacent, retracent des noms et distribuent ces listes au hasard. Au départ pour l'Hôtel-de-Ville, le flux et le reflux accroissent encore le bouillonnement de ce tourbillon indescriptible.

Raspail, se trouvant mal, est porté, étendu, sur le gazon du jardin. Barbès, s'arrachant à l'ovation, respirant à peine, tombe sur un banc pour reprendre ses sens. Albert a perdu connaissance. Blanqui s'est évanoui. Quentin va choir, épuisé, sur la place des Invalides. Sobrier étouffe et s'affaisse. Chez tous, le moral ne soutient plus la matière.

Pendant les journées de 1830 et de février 1848, dans les foules les plus compactes de l'Hôtel-de-Ville, pas un de ces accidents. Le sentiment de la défense du droit et de la souveraineté du peuple donnait de la force au plus faible, ravivait les malades, rallumait la vie prête à s'éteindre; mais, le 15 mai, les âmes bourrelées rendent les corps inertes. La physiologie de l'histoire doit être étudiée sous cet aspect saisissant.

Les faits qui suivent vont démontrer cette vérité d'une manière encore plus évidente.

M. Raspail, ranimé, sort de l'Assemblée, prend une voiture, la quitte, en prend une seconde au quai Malaquai, se dirige ou est dirigé, par la rive gauche, jusqu'au pont d'Arcole, entouré d'un groupe qui l'acclame et veut le pousser bon gré mal gré à l'Hôtel-de-Ville.

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11 résiste, cède, résiste encore et leur crie : « Mais, malheureux que vous êtes, vous perdez la République! si ce n'était encore que moi ! vous appelez la guerre civile! Voyez autour de vous, tout est tranquille! Il n'y a rien dans l'air qui ressemble à une révolution ! Laissez-moi ! » Il descend de voiture, aperçoit la place de l'Hôtel-de-Ville couverte par les bataillons des 7*, 8 e et 9 e légions \ se soustrait à ses partisans, s'éloigne enfin, désespéré, reprend un cabriolet et se fait conduire chez ses enfants, dans le quartier du Panthéon.

Blanqui se détache de la foule, va par la rive droite jusqu'au quai de la Mégisserie, où demeure le seul ami qui l'accompagne. Là, non loin de l'Hôtel-de- Ville, il s'arrête, sachant que l'insurrection y conduit Barbés, se retire dans un café voisin, près des Halles, et y attend prudemment les événements.

Huber, à sa sortie de l'Assemblée, escalade les marches du péristyle, à travers les gardes mobiles, qui, étonnés, le regardent passer ; y proclame de nouveau la dissolution de la Chambre ; adresse en descendant une allocution à la garde mobile, qui, sous le commandement du général Tempoure, lui répond par les cris de : Vive V Assemblée ! Il prend une voiture pour aller à l'Hôtel-de-Ville, trouve son chemin barré par la garde nationale. Et lui, le premier fauteur, l'organisateur de la démonstration, lui qui vientde faire appel à la Révolution, va se reposer paisiblement dans un café, monte chez lui, change de linge, redescend et se laisse arrê-

• M. Raspail arriva au pont d'Arcole, un instant avant l'arrivée de Barbes à l'Hclel- le- Ville.

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