‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 111 sur 164 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

De tous ces présidents de clubs, acteurs dans la manifestation, et dont les noms étaient connus, Barbés, l'adversaire constant de son organisation, devait seul, avec Albert, se rendre a l'Hùtel-de-Ville. Au milieu du flot qui le portait en triomplie pour l'y conduire, un homme qui avait vivement lutté pour calmer celte tempête, M. Lagrangc, avocat, s'approcha du banc sur lequel Barbés s'était un instant affaissé et lui dit, sous l'impulsion d'un sentiment affectueux : « Citoyen Barbés! n'allez pas à l'Hùtel-de-Ville ! c'est Blanqui qui veut vous entraîner. » — « Non ! je n'irai pas ! » fut la réponse qu'il obtint. Mais Barbés était pressé, sollicité par la multitude, et, prenant ses cris pour la voix du peuple, il se détermina à obéir à cette volonté souveraine. 11 croyait aussi voir, dans la sortie des représentants de la salle, une soumission au fait accompli, et il prenait au sérieux les mots prononcés par Huber, quoiqu'il les eût désapprouvés. Enfin il se révoltait à l'idée que la France sans gouvernement allait tomber dans l'anarchie, dans les mains de Blanqui, qui irait à l'Hôtel-de- Ville s'il no s'y rendait pas lui-même. Il était d'ailleurs animé par son propre courage et sa nature chevaleresque. Pendant la séance il s'était emparé de la direction du mouvement. Il no pouvait déserter ; et il se mit en marche suivi d'une escorte peu considérable.

Sur son passage, une vieille dame à la figure véné-

rable, le voyant ainsi entouré, s'approcha de lui, lui prit la main et lui dit avec une douce bienveillance : « M. Barbés, on vous entraine à votre perte, n'allez pas plus loin. » Inutile conseil d'un cœur sympathique. Ces mots : « Vous vous perdez, » qu'il avait déjà entendus, étaient un nouvel excitant pour son âme vouée au sacrifice. Il poursuivit sa route.

M. Marrast avait quitté l'Assemblée et s'était transporté à l'Hôtel-de- Ville dès qu'il avait pressenti les dispositions de la foule. Il y avait trouvé son adjoint, M. Edmond Adam, qui ne lui dissimula pas ses inquiétudes. Il avait un millier de ses gardes républicains, organisés pour défendre ce siège du Gouvernement. Mais cette garde improvisée en février résisterait-t-elle à un envahissement? Ne se laisserai t-t-elle pas absorber? Quant à la garde nationale, M. Adam venait de parcourir ses rangs et il était plus rassuré de ce côté. Deux bataillons, 1,400 hommes, de la 9 e légion, deux de la 8* et deux de la 7% accourus sur les ordres de rappel de la Commission executive, opposaient une masse suffisante aux tentatives insurrectionnelles. Le poste était occupé par un détachement assez nombreux de la 12% capitaine Haulte.

Le maire de Paris et son adjoint interrogèrent le colonel commandant de l'Hôtel-de-Ville, Rey, et son second, le chef de bataillon Beaumont. M. Marrast posa nettement cette question à M. Rey : « Êtes-vous

Page 1