‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 117 sur 164 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

corde, avait, à la hauteur du ministère des finances, rencontré un élève des Ecoles , officier d'état-major , qui lui avait dit de se porter immédiatement sur l'Hôtel-de-Ville. Il s'y était rendu au pas de course ; et, débouchant sur la rue de la Tixeranderie, il s'élançait aussitôt dans l'intérieur du palais. Deux compagnies de l'artillerie de la garde nationale s'y précipitaient également. Deux bataillons de la 7% vivement ramenés par son colonel Dauphin, se croisant avec la 6 e , entouraient l'Hotel-de- Ville. La 8°, revenant sur nouveaux ordres, divisant ses compagnies, entrait par les trois portes de la façade et par celles qui regardent l'église Saint-Gervais. Les autres légions accouraient successivement et s'entassaient sur les quais et dans les rues voisines. La garde nationale à cheval et le 9' dragons ouvraient la marche à MM. Lamartine et Ledru-Rollin, qui ne pouvaient avancer que lentement, à travers les rangs compacts et les transports d'enthousiasme de la garde nationale — cinq heures et demie.

Au fur et à mesure que la garde nationale, dirigée par l'adjoint de la mairie de Paris, occupait les cours et les salles aux cris de : Vive l'Assemblée ! vive le Pouvoir exécutif! les envahisseurs, refoulés, pliant devant une masse supérieure, se retiraient, répliquant par les cris de : Vive Barbés ! vive Raspail ! vive Blanqui !

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MM. Barbes et Albert, assis autour d'une table avec quatorze de leurs adhérents, signaient leur dernière proclamation, lorsqu'un capitaine d'artillerie de la garde nationale, M. Martin Péchinat, entre brusquement, a Q ue venez-vous faire ici? » lui demande M. Barbés, a Qu'y venez-vous faire vous-même? » riposte M. Péchinat. « Nous sommes membres du Gouvernement provisoire. — Lequel ? est-ce celui d'hier ou celui d'aujourd'hui? — Celui d'aujourd'hui. — Eh bien! au nom de la loi, je vous arrête! » Pendant ce colloque s'étaient précipités dans la salle les capitaines d'artillerie, MM. May etKeller, M. Lecour, brigadier de cette légion, M. Vauderberghe, adjudantmajor de la garde nationale de Beauvais, des artilleurs, des gardes nationaux et le com nandant en second de l'Hôtel -de -Ville, M. Beaumont. Un mouvement spontané de résistance et l'emportement irréfléchi de quelques gardes nationaux sont aussitôt réprimés par la prudence du plus grand nombre. M. Vanderberghe veut mettre en liberté M. Albert, qui refuse en disant : « Si Barbés est coupable, je le suis aussi. » Et t il reste. Le colonel Bey, subissant la responsabilité de la non-résislrnce à l'invasion, est arrêté comme l'a été le général Courtais.

Les prisonniers, pâles, émus, mais calmes et résignés, demeurèrent sous la garde de ceux qui les avaient saisis.

L'envahissement de l'Hôtel-de-Ville n'avait pas duré une heure.

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Pendant la chute de ce Gouvernement insurrectionnel, les deux membres de la Commission executive ne pouvaient s'arracher à l'ovation qui les enveloppait. Des milliers de mains leur pressaient les mains. M. Lamartine essayait quelques paroles de cœur étouffées par les acclamations. Il était enlevé de son cheval et porté jusqu'auprès du maire de Paris.

MM. Lamartine et Ledru-Rollin délibérèrent avec MM. Marrast, Edmond Adam, le générai Fouché et le nouveau commandant de la garde nationale, Clément Thomas, sur les mesures d'ordre exigées par les circonstances. Puis ils se retirèrent pour retourner à l'Assemblée, suivis des mêmes transports, du même enthousiasme.

Mais tout danger n'était pas conjuré. La nuit venait, et, avec la nuit, la possibilité d'une prise d'armes par les désespérés et les agents provocateurs. Cette prise d'armes pouvait surgir de deux foyers : la maison de Sobrier et la préfecture de police, où s'étaient renfermés les Montagnards qui avaient d'intimes ramifications avec les sociétaire* exagérés des Droits de l'homme.

Devant la maison de Sobrier stationnait un bataillon de la 3* légion, qui en gardait les abords et en surveil-

lait l'entrée. Cette maison, suivant la rumeur publique, était occupée par des hommes déterminés, de longue main préparés à une défense armée. Rendezvous des clubistos les plus violents! arsenal de munitions et de fusils ! En cherchant à la prendre d'assaut on devait s'attendre à une lutte meurtrière, rapide signal d'un embrasement général. Avant d'y employer la force, il fallait réfléchir, et l'on hésitait.

M. Perrée, maire du 3 e , y monta seul et trouva une trentaine d'individus, ignorant les derniers événements et très-inquiets sur ce qui se passait au dehors. Ils avaient vu les colonnes d'envahisseurs marchant sur l'Hôtel de-Ville, les bataillons nombreux de la garde nationale allant et venant, dans l'attente de l'inconnu. Ils ne savaient que penser ni que faire. Aussi M. Perrée put-il, après quelques paroles échangées, sortir comme il était entré.

Peu après, une dizaine de gardes mobiles de la marine, sous les ordres de M. Lallier, leur commandant, bientôt suivi du commissaire de police M. Bruzelin, de M. Despeux, adjoint du^ 1 er arrondissement et d'une centaine de gardes nationaux de la banlieue et de la 1™ légion, pénétrèrent dans les bureaux du journal la Commune de Paris et dans les appartements. Ils y firent une soixantaine de prisonniers qui, tout en protestant, n'opposèrent aucune résistance et furent conduits à l'élat-major, aux Tuileries.

Le commissaire de police avait commencé à poser les scellés, lorsqu'une espèce de frénésie saisit les gardes nationaux de la banlieue et les affola.

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