CHAPITRE SIXIÈME. 2M
Après avoir puisé, dans les caisses ouvertes, des munitions et des fusils, ils eurent bien vite saccagé la maison, brisé les meubles, dispersé les papiers. Cette frénésie fut poussée à ce point d'aveuglement qu'un capitaine de la 3 e légion, survenant pour ramasser les papiers dans les cartons et les porter à l'état-major, au moment où son bataillon conduisait les prisonniers, fut arrêté, malgré ses énergiques réclamations, et envoyé à la préfecture de police. On eut grand'peine à recueillir les débris de cette dévastation.
La préfecture de police était occupée par 3,000 hommes armés jusqu'aux dents, par les Lyonnais, les gardiens de Paris et les Montagnards, toujours indisciplinés, malgré l'épuration intelligente exécutée par M. Crevât, qui en avait élagué les hommes véreux. M. Caussidière se disait obligé de les conduire le pistolet au poing.
Le matin même du 15, les 300 Montagnards de la caserne Saint-Victor avaient résolu de prendre part à la manifestation, et le commandant Caillaud avait dû user de toute son influence pour les en détourner et les amener à la préfecture. Encore dut-il en laisser aller une vingtaine pour surveiller les événements.
Ces hommes à la ceinture rouge, garnie de pistolets, au sabre traînant, remplissant les cours, les escaliers et les salles; les fusils en faisceau, les amas de munition, les tonneaux de cartouches, les grenades dans les ma-
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gasins, les distributions de vivres et de vin, les émissaires allant et venant, les agents de toutes sortes apportant leurs rapports, les groupes aux conversations menaçantes, donnaient à la préfecture l'aspect d'un camp à l'approche d'une bataille. Les Montagnards avaient suivi, avec une animation toujours croissante, la formation, la marche et le progrès de la colonne. L'envahissement de la Chambre avait causé parmi eux une effervescence qui éclatait en cris de : Vive Barbés ! De nombreux émissaires de Blanqui venaient avec soin maintenir leurs relations avec les plus violents; et les cris de : Vive Blanqui! se faisaient entendre, malgré l'hostilité bien connue de Caussidière contre ce chef de club.
Caussidière se maintenait sur une réserve prudente. Le colonel Mercier et ses commandants les plus dévoués, Morisset, Caillaud, Louchet, etc., circulant dans les cours, témoins d'enthousiasmes que, dans leur impuissance, ils n'essayaient même pas de réprimer, et d'une exaltation de plus en plus passionnée, lui rendaient compte de tout. Depuis sa lettre d'excuse en réponse à l'appel de la Commission exécutive, il ne lui avait plus envoyé de notes; il attendait la décision des événements.
A la nouvelle de l'invasion de l'Assemblée, un de ses amis lui dit, en lui conseillant de se jeter dans le mouvement afin de le diriger : a Je n'étais pas partisan de la manifestation , vous le savez , et j'ai vivement combattu Huber dans le club de la Révolution. Mais il y a dans la vie des moments décisifs où l'inao-