CHAPITRE SEPTIEME
Cette dramatique séance, avec ses péripéties, ses contrastes, ses mouvements passionnés , ses abaissements et ses élévations, ses désordres et ses répressions, ses luttes et ses apaisements, ses flux et ses reflux, avait duré neuf heures.
Les députés, par la fermeté de leur maintien en face du danger, avaient relevé le burlesque de ces scènes anarchiques, protégé la souveraineté du peuple contre le sacrilège et sauvé le principe de la représentation nationale, le suffrage universel. Ils avaient noblement rempli leur devoir.
La Commission du pouvoir exécutif, dès son retour au Luxembourg, convoqua le conseil des ministres.
Si le Gouvernement avait délivré l'Assemblée et l'Hôtel-de- Ville, la préfecture de police restait debout, armée, n'obéissant même plus à Gaussidière. Une étincelle pouvait la mettre en feu. Il fallait circonvenir, maîtriser ce dernier foyer de troubles, sans qu'une seule mesure malhabile pût compromettre l'entreprise et faire couvrir Paris de barricades pendant la nuit.
Dans cette prévision, la Commission exécutive réorganisa sur-le-champ les commandements militaires. Voulant assumer sur elle seule la responsabilité de la
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direction des forces, elle reprit au général Fouché le commandement général, tout en le maintenant à la tête de la 1" division. Elle fit accepter par le général Bedeau, toujours prêt pour les missions difficiles et utiles, le commandement de la garde mobile, en remplacement du général Tempoure. M. François Ara go, apprenant qu'une légion de la banlieue venait de recevoir du sous-chef d'état-major Saisset l'ordre <ie s'éloigner du Luxembourg, à l'approche de la nuit, au moment où le Gouvernement avait le plus besoin de conserver toutes les forces rassemblées, et croyant voir dans cette mesure la confirmation de ses soupçons, le manda et lui fit déposer son épée. Le général Guinard, qui était venu au Luxembourg se concerter avec MM. François Arago et Garnier - Pagès et avait dirigé sous leurs ordres la garde nationale avec autant de rapidité que d'habileté, crut ne pas devoir conserver sa position et fit agréer sa démission. Le soin de recomposer l'étatmajor de la garde nationale fut laissé à son nouveau commandant en chef, Clément Thomas. Il ne restait plus à réorganiser que la garde républicaine, dont la majeure partie, Montagnards et Lyonnais, se tenaient renfermés dans la préfecture de police.
Dans le conseil des ministres, la première préoccupation porta sur les Ateliers nationaux. Les Ateliers nationaux, en majeure partie, avaient été éloignés de la manifestation; on y avait pourtant vu un certain