‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 128 sur 164 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

nombre de leurs bannières, et il était hors de doute que beaucoup de brigadiers et d'ouvriers s'étaient individuellement mêlés dans les rangs des agitateurs. Le ministre des travaux publics et le ministre de l'intérieur furent invités à faire exécuter les mesures rigoureuses, décrétées le matin même, pour surveiller l'inscription des ateliers et en éloigner les hommes jeunes «t valides auxquels était offerte l'admission temporaire dans les cadres de l'armée. Le ministre de la justice donna quelques détails sur les arrestations opérées- Chaque ministre, ensuite, rendit compte de ses efforts, de ses impressions et de ses vues.

Les nouvelles de la préfecture de |K)lice arrivaient au Luxembourg sombres et sinistres.

Le secrétaire général, M. Pagnerre, communiquait à la Commission executive cette lettre :

« Paris, 15 mai, 8 heures du soir,

« La préfecture de police est sous les armes ; qui est-ce qui y commande? Je n'en sais rien; mais les abords en sont gardés par des sentinelles avancées; on n'y entre que sur un moi d'ordre particulier. On y annonce, dans les rangs de la garde républicaine, l'intention formelle de marcher, ce soir, sur l'Hôtel-de-Ville et de délivrer les prisonniers.

g Le maire-adjoint,

« Edmond Adam; *

Une autre lettre, du maire du IV* arrondissement, M. Lenoir, était ainsi conçue :

« Je viens vous informer qu'ayant fait conduire, ce soir, à la préfecture de police, quelques prisonniers faits sur le quai de la Mégisserie, dans une boutique d'armurier forcée et aux alentours, l'officier commandant un piquet de vingt hommes n'a pu entrer à la préfecture qu'avec cinq hommes seulement; et, après avoir remis les prisonniers, cet officier et ses hommes ont été menacés. Quelques-uns, pris à la poitrine et sur le point d'être retenus prisonniers par les Montagnards et plusieurs gardes républicains, n'ont dù leur liberté qu'à l'intervention de quelques-uns de ces derniers dont ils étaient connus. »

Des faits de la même gravité étaient successivement signalés. Les gardes nationaux, conduisant les prisonniers à la préfecture, y étaient maltraités, les prisonniers relâchés et munis de fusils. Les soixante-dix-huit individus saisis dans la maison de Sobrier et envoyés des Tuileries, sous escorte, reconnus par les Monta gnards, étaient délivrés, fêtés et armés, aux cris de : Vive Barbes ! On arrête les meilleurs citoyens î Vive Blaiiqui! Un second groupe de quatre-vingts prisonniers recevait le même accueil. Les gardes nationaux étaient repoussés ou demeuraient consignés aux portes.

La Commission exigea du préfet des explications sur ces plaintes réitérées. Le préfet, pour se justifier, chargea M. Grevât de conduire au Luxembourg une soixantaine de prisonniers, choisis parmi les inconnus et parmi les hommes de bonne volonté, à qui l'on fit

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ce bizarre appel de circonstance. Les plus déterminés à la lutte restèrent à la préfecture.

La préfecture prenait un aspect de plus en plus redoutable. Plus de trois mille hommes s'y tenaient armés, exaltés jusqu'à la fureur, ne reconnaissant plus que la discipline du coup de feu. Chacun avait choisi sa place et préparé son poste de combat, les uns dans la cour, les autres aux portes, ceux-ci aux fenêtres, ceuxlà dans les greniers et jusque sur les toits. Tous les étages devaient être occupés , et des combles devait pleuvoir une pluie de balles sur les assaillants. Des sorties vigoureuses et répétées déblayeraient les abords. Des émissaires seraient détachés pour aller insurger les clubs et les faubourgs. A travers le tumulte et le bruit s'élevaient des malédictions et des menaces contre l'Assemblée nationale et le Pouvoir exécutif, et des acclamations pour les chefs ultra-révolutionnaires. Les propositions les plus extrêmes, les plus insensées, les projets les plus audacieux, trouvaient des partisans : il n'y avait qu'à s'emparer de l'Hôtel-de-Ville, y installer le nouveau gouvernement, reconstituer le Gomité de salut public. Les plus intimes de Gaussidière, le colonel Mercier, les commandants Gaillaud, Morisset, M. Crevât, n'étaient plus écoutés que lorsqu'ils ordonnaient la résistance. A la première convulsion le volcan allait éclater.

Au milieu de ces incendiaires préparatifs, le préfet

2!m COMMISSION EXECUTIVE.

reçut l'invitation, datée de onze heures cinquante minutes du soir, de se rendre immédiatement auprès de la Commission executive.

M. Gaussidière tenta d'abord de démontrer au capitaine Bertrand, porteur du message, l'impossibilité physique de son déplacement; mais, sur la réplique qu'il y avait urgence, il voulut en délibérer avec ses amis. « N'allez pas au Luxembourg, lui dirent-ils, vous y serez arrêté. » — « Pourquoi ? répondit Gaussidière. Je n'ai fait aucun acte en opposition au Pouvoir exécutif. Il m'appelle, je dois lui obéir, quelles que soient ses intentions; et, malgré mon état de souffrance, je pars. » Lorsque le bruit de sa sortie se répandit, ce furent des clameurs frénétiques. MM. Caillaud et Crevât, chargés de la laborieuse tâche de calmer les Montagnards, ne purent y parvenir qu'en leur jurant que, si Gaussidière ne revenait pas, le signal du branlebas leur serait donné.

M. Caussidière sortit en voiture, accompagné du colonel Mercier; une escorte de soixante hommes d'élite le suivit et l'attendit à distance.

Lorsque le préfet entra dans la grande salle qui précédait celle du Conseil, elle était encombrée d'officiers

supérieurs, d'élèves des Ecoles, d'aides de camp et d'ordonnances. On venait de mettre aux arrêts M. Saisset. — « C'est mauvais signe, » dit Mercier. — « J'entre, » répliqua Caussidière.

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