CHAPITRE PREMTER
Les représentants se retirent aussitôt dans leurs bureaux : les débats y sont très-agités ; les opinions diverses, émises avec feu. Les orateurs sont nombreux. Sous la forme se décèle la réserve des noms. Les anciens députés soutiennent généralement la nomination directe des ministres ; les radicaux appuient la proposition (Je M. Dornès.
Les anciens députés ne s'étaient pas trompés sur l'influence qu'ils espéraient exercer. Nommés déjà en grande majorité à la vice-présidence et au secrétariat des bureaux, comme membres de cette commission ils obtinrent dix voix sur dix-huit, et en faveur de leur système quatorze voix contre quatre seulement, colles de MM. Glais-Bizoin, Théodore Bac, Hingray et Billault.
La commission se rassemble sur le champ ; elle prolonge sa délibération jusqu'à la nuit. Deux heures du matin sonnent; elle discute encore. Chaque commissaire sait que le rapport exercera sans doute une action décisive sur l'Assemblée ; et la minorité lutte avec une opiniâtre ténacité. Personne ne se dissimule qu'il s'agit et d'un principe, et de l'admission ou de l'exclusion de l'un des chefs du parti républicain. Quelques représentants paraissent avoir l'intention de ne pas l'écarter absolument du gouvernement; ils l'accepteraient comme ministre, s'ils le repoussent comme membre du pouvoir exécutif. La plupart n'en
veulent même pas au ministère. La nuit s'écoule. Enfin on adopte la nomination directe, par l'Assemblée, et des ministres et du président du Conseil; et, pour donner à cette décision une force particulière, on choisit comme rapporteur un ouvrier, M. Peupin.
Paris attendait avec anxiété. Dans tous les clubs, la formation du pouvoir exécutif était à l'ordre du jour. Les plus hostiles au Gouvernement provisoire, sous la ' crainte d'un vote exclusif, se ralliaient à l'idée de son maintien et même aux noms indiqués par M. Dornès. Ils s'emportaient en invectives contre une assemblée réactionnaire. La menace allait jusqu'au délire.
Le lendemain, la séance fut ouverte dès onze heures. Les tribunes étaient encombrées ; les portes du palais, assiégées par la foule. Près de huit cents représentants étaient présents.
Le rapporteur monte à la tribune. Il expose brièvement ces deux propositions : formation d'une commission de cinq membres, qui choisirait les ministres et dirigerait le gouvernement; — nomination directe par l'Assemblée, au scrutin individuel, des ministres à portefeuille, et d'un dixième ministre sans portefeuille qui les présiderait :
« Les partisans du premier mode ont dit qu'il fallait un intermédiaire entre l'Assemblée et les ministres ; que l'Assemblée ne pouvait ni ne devait gouverner ; que les ministres seuls ne pouvaient suffire aux débats