CHAPITRE SEPTIEME
cendre d'un flacre avec ces armes, inquiet, préoccupé, avait été chercher le commissaire de police, à qui M. Villain s'était empressé de déclarer que ces fusils appartenaient à ceux de ses amis qui faisaient partie de la garde nationale.
Ainsi retenu, M. Villain, le chef de la société, avait appris en sortant l'envahissement de l'Assemblée. Et suivant lui, il avait répondu à l'ami qui lui apprenait cette nouvelle : « Ce que j'avais prévu est arrivé. On ne sait pas le mal que cela peut faire à la République. » Il circula dans les Tuileries pour surveiller de près les événements, apprit la dissolution prononcée par Huber, et se rendit à l'état-major de la garde nationale auprès de M. Guinard, au moment où l'on pénétrait dans la maison de Sobrier. Il lui affirma que la Société des Droits de l'homme réprouvait la manifestation, qu'elle la regardait comme intempestive , dangereuse, pouvant amener de tristes complications dans Paris.
« Sortant de l'état-major, il courut à la préfecture de police ; là, il ne vit de la part du préfet, ni de la part de personne quelque chose d'arrêté, personne qui pûl dire : oui, nous ferons, ou nous ne ferons pas. Il pouvait y avoir conflit, il courut passage Molière, entendant crier sur son passage : à bas les clubs ! Il y lion va deux ceuts personnes, toutes demandant des ordres, disant: <( Il faut mettre la Société en mouvement. Nos amis sont arrêtés. » Il leur répondit : « Il était convenu hier soir avec vous tous que vous iriez dans les clubs, dans tous les quartiers de Paris, pour les inviter à ne pas prendre part à la manifestation. Ils y sont allés, c'est
29fi COMMISSION EXECUTIVE.
malheureux. Devant deux cent mille hommes debout, ils ne pouvaient rien faire, parce qu'ils ne sont pas assez forts pour résister; et ils ne résisteront pas. Je ne peux pas prendre sur moi de mettre la Société des Droils de l'homme en mouvement. C'est contraire au règlement! » M. Villain croyait que, s'il avait donné l'ordre de marcher, la moitié des sociétaires aurait refusé, et d'ailleurs il ne lui paraissait pas convenable que la Société des droits de l'homme marchât pour ni contre une manifestation de cette nature.
« Il se décida donc à retourner à la préfecture de police, parce qu'il pensait que c'était le seul endroit où il y eût encore des républicains. Mais, là, il vit la même incertitude que partout ailleurs. Caussidière lui dit : « Retourne-t'en d'ici, parce que tu me compro- « mets! » Et il s'en retourna chez lui. »
Cet extrait d'un récit fait par le président de la Société des Droits de l'homme montre à nu l'attitude expectante des chefs, leur indécision, le trouble de leur esprit. Et dans cette Société, comme à la préfecture, comme dans le club Blanqui, il est évident que les chefs ne pouvaient maîtriser leurs affidés, plus disposés qu'eux-mêmes à prendre les armes au premier choc.
Un épisode malheureux termina cette journée. La 6 e légion et une compagnie de la banlieue de Gharonne avaient cerné le passage Molière. De minuit à une heure du matin, les gardes nationaux de Charonne se décident à pénétrer dans le club. lisse répandent dans les salles, les galeries, les loges, les couloirs, au milieu d'une