CHAPITRE HIHTIK.MK
M. (laussidière avait à combattre de violentes préventions et à justifier des actes inexplicables. Il aborde résolument la tribune et fait l'exposé de services trèsréels et de services supposés, en termes pittoresques mais fort habiles. Rudement interpellé et à trois reprises» il fait face à tout et à tons. Inépuisable en arguments, il en donne de bons, de mauvais, avec une verve et un aplomb qui les font écouter. Il soulève des murmures et les apaise ; à des accusations trop pressantes, il répond par un .flux de paroles qui les détourne. Il se défend et attaque tour à tour ; et ce n'est qu'après trois heures de lutte vive, opiniâtre, qu'il déclare se révoquer lui-même et donner librement, volontairement, sa démission de préfet de police.
Pendant cette longue discussion, des rapports contradictoires ayant été énoncés par des représentants, sur la situation de la préfecture occupée par 1500 janissaires, résolus suivant les uns à se faire tuer plutôt que de se rendre, prêts suivant les autres à céder la place à la garde nationale, M. Jules Favre avait été amené à résumer la pensée politique qui avait inspiré tous les membres du Gouvernement :
« Les hommes, qui ont, toute cette nuit, délibéré sur cette grave question et qui en ont accepté toute la responsabilité, ont voulu, avant tout, que le sang humain fût épargné. Sans doute, s'il eût fallu seulement s'adresser au patriotisme et au dévouement des
troupes, nous nous serions mis à leur tète, nous leur aurions dit : « là où il y a un danger, nous y serons tous avec vous ; » et toute l'Assemblée l'aurait dit comme nous. Si on avait rencontré une résistance, on en aurait triomphé, cela est bien clair; maison n'en aurait triomphé qu'avec de grands malheurs ; car le préfet de police vous l'a dit tout à l'heure, il n'était pas maître des événements. Nous avons voulu agir avec prudence ; nous avons voulu éviter que le sang de la garde nationale, que le sang de la garde républicaine, qui est aussi français, coulât sur un champ de bataille qui aurait été les rues de Paris. Maintenant, nous sommes en partie arrivés à ce résultat. »
Mandé au Petit-Luxembourg, au sortir de l'Assemblée, M. Caussidière confirma à la Commission exécutive l'offre de démission qu'il avait faite à la tribune, se déclarant prêt à remettre la préfecture à la garde nationale. Le Moniteur annonce le fait en ces termes :
« Aujourd'hui M. Lamartine a quitté le Luxembourg à cinq heures avec M. Caussidière, qui devait envoyer sa démission au Gouvernement. Ils ont fait route ensemble jusqu'au pont Saint-Michel. Là, ils se sont séparés. M. Caussidière a été à la préfecture de police calmer et dissoudre, selon sa promesse, la garde républicaine. M. Lamartine a harangué la garde nationale et les troupes de ligne. Il a été emporté, au milieu des acclamations et de l'enthousiasme universel, jus-